LIVRE 11, CHAPITRE VI
tous les autres , celui qui les embrassaiton contenait tous. Dans ce ciel était le zodiaque , une des premières causes de génération , dans lequel les sept planètes voyageaient, et que l’ame du monde tenait dans un mouvement éternel. Il était un animal immortel et divin (a), qu’organisait l'ame du monde , et qui produisait ou reeueillait en lui toutes les émanations variées des différentes puissances qui partagent la nature de la divinité, ou qui lui sont immédiatementsoumises. Enfin , il réunissaiten lui toute la puissance de Jupiter, maître et ame du monde.
Les principes théologiques que développe Macrobe en cet endroit sont tirés en grande partie de Plotin que l’on peut consulter en original, ainsi que son commentateur Marsilius Ficin. On y verra que le mouvement de rotation , qui est celni du ciel et des sphères, est une suite nécessaire de la nature de l'ame qui l'oblige à tourner.
Cette doctrine sur l'ame du ciel et des sphères , considérée comme divinité univérselle , est d’une haute antiquité, si nous en croyons Maïmonides qui la fait remonter jusqu'aux anciens Sabéens, dont élle était un des principaux dogmes. Les Sabéens, dit-il (&), appe- Jaient Dieu l'esprit du ciel, ou lame qui le meut. Et cest par une suite de cette opinion , qu'il nous dit ailleurs qu'ils regardaient les sphères et les planètes comme autant de Dieux.
C’est là cette ancienne théologie que Timée , Platon, Speusippe , Jamblique, Maerobe , Marc-Aurèle, et
avant eux Pythagore, ont constamment enseignée. Is
(a) Macrob. Som. Scip., L. 1, e. 19. — (b) Maimonid.-Mor. Nevoch., part. I, c. vo.
ont attribué à l'ame du monde toutes les fonctions que nous avons dit plus haut appartenir à la cause active ou à Uranus, savoir celle d'organiser et de former les Corps ; ainsi nous pouvons appliquer à l'ame universelle tout ce que nous avons dit du ciel et de ses parties. C’est à l’ame universelle , suivant Platon > Qu'a été confié le soin de former les espèces mortelles, les animaux aériens , aquatiques et terrestres , par le secours et par l’action intermédiaire des animaux célestes et immortels, c'est-à-dire des astres, agens puissans de la fatalité , et dépositaires de l'énergie active d’Uranus. Par une fiction poétique, Platon peint la divinité qui présente aux Dieux célestes une coupe dans laquelle était un mélange des deux parties de l’ame du monde, auquel il ajoute une petite portion du feu , principe intelligent , et il en fait une composition particulière d’où furent tirées les ames humaines. Il en distribua ensuite différentes porüons dans les astres, comme dans autant de chars de feu, pour les promener dans l’univers » et leur montrer les lois et le destin des êtres. On sent qu'en écartant le voile allégorique que le génie poétique de Platon à étendu sur ce dogme philosophique ,: tout ce morceau , bien analysé , se réduit à dire ce qu'a dit ensuite Virgile , d'après Pythagore (a), que toutes les ames: sont une émanation de l’ame universelle , et que le ciel , dans lequel brillent les aëtres où elles sont distribuées, les précipite dans la matière, suivant une marclie réglée par le destin , lequel dépend tout entier du mouvement des corps célestes. Il les enchaîne dans les CUrps mor-
(a) Virgil AEneïd., L 6, v. 728 ; et Georg., 1. 4, v. 2
EIVRE II, CHAPITRE Vi, 2G
tels des différens animaux, jusqu’à ce qu’à la mort elles soient rendues à ce même ciel et aux astres, d’où elles étaient émanées.
Cette doctrine a été exprimée dans beaucoup de fables qui tiennent à la doctrine secrète des mystères, et elle s’est reproduite sous les formes les plus monstrueuses, dans les premières sectes du christianisme , ainsi qu’on peut le voir dans saint Épiphane et dans Beausobre. Comme ces fables théologiques font une classe à part, nous renvoyons à ces ouvrages le lecteur curieux de connaître et de résoudre ces sortes d’énigmes. Pour nous, il nous suffit d’en indiquer la base et le principe de SO lution ; car nous ne nous proposons ici que d’ examiner les de et les mouvemens de l’ame universelle et de l’'Univers-Dieu animé , et nous n'’entrerons dans la théorie particulière des ames humaines , qu’autant qu’il sera nécessaire , pour saisir l'esprit de la doctrine secrète des mystères ; ce qui sera Le sujet d’un traité particulier.
Platon (a), en donnant au monde l’ame et la vie, ne croit pas pour cela qu’on doive l’assimiler aux autres animaux, trop imparfaits, pour que la beauté du monde puisse leur convenir. C’est un animal, maïs un animal composé de l'assemblage de tous les êtres animés, qui sont autant de parties de ce grand animal, soit qu'on les considère dans leurs espèces variées , soit qu'on les compte individuellement. Les animaux qui üennent le premier rang sont les animaux célestes et divins, composés de la substance du feu-(b); autrement les astres qui ornent les cieux par leur éclat et leur beauté. Cette
CRE EE OR RERO TP PT à
(a) Plat. in Tim., p. 30. — (b) Ibid, p. 4e.
classe d'animaux fait la fonction de eause , relativement à tous les autres que la terre nourrit dans son sein. Ce sont ces animaux immortels qui organisent et gou= vernent les animaux passagers et mortels , auxquels l’administration de la nature sublunaire ést confiée (a). Ce sont eux qui, agissant sur les élémens, les modifiant, les unissant et les amalgamant entre eux suivant certains rapports , organisent les corps particuliers, dans lesquels ils versent une petite portion de l’ame universelle (b). On aperçoit aisément que la théorie de Platon rentre absolument dans le système des influences célestes sur les corps terrestres, et que l'appareil métaphysique dont il l’a environnée n’empèche pas que nous n'y reconnaïlssions tous les principes astrologiques que nous avons exposés plus haut, en parlant de l’action du ciel sur la terre et du concours de l’un et de l’autre dans la formation des animaux , et en général de tous les corps produits. Donc, notre méthode proposée trouve tont entière sa place , même dans le système de Platon et de tous les platoniciens qui l'ont commenté.
Jamblique , qui regarde FPÜnivers comme un grand animal dont toutes Les parties, quoique très-distantes entre elles, s'unissent par une nature commune, et agissent l’une sur l’autre, n’a fait qu’exprimer un dogme fondamental de l'astrologie naturelle. Ce lien commun, c'est l’ame du monde qui cireule dans toutes ses parües, et établit entre elles une correspondance qui unit la partie active où sont les astres , à la partie passive dans laquelle se forment les corps mortels.
(a) Plat. in im, p. 41. — (db; Ibid. , p. 43.