LIVRE III, CHAPITRE I
devons les croire aussi, quelqu'invraisemblables que soient ces histoires ! IL faut convenir , que quand la raison et le bon sens repoussent loin du sanctuaire de l’histoire de semblables monstruosités, et qu'on n’a d’autre motif pour les y faire entrer, que la crédulité des siècles d'ignorance , c'est bien 1à sacrifier à la barbarie des préjugés , plutôt que déférer à des autorités sages et anciennes. C'est à la suite de ce discours préliminaire de Diodore , sur l’absurdité de l’histoire merveilleuse d’'Hercule , dont ïl ne peut excuser l’invraisemblance que par les plus pitoyables raisons , telles que celles qui sont tirées de la crédulité religieuse des anciens Grecs , que cet historien commence le récit de ces étranges aventures , dont nous venons de montrer le fondement dans les apparences astronomiques et dans les phénomènes célestes.
Il résulte une seconde conséquence de notre démonstration ( car nous osons l’appeler ainsi}, c’est que le témoignage de plusieurs siècles et de plusieurs peuples en faveur des histoires religieuses, et de l’existence de ces enfans des Dieux, objet du culte des crédules mortels, n'est pas une grande preuve de leur réalité historique. L'exemple d'Hercule met cette vérité dans la plus grande évidence. Tous les Grecs croyaient à l’existence d’Hercule, comme à celle d'un prince qui avait vécu parmi eux autrefois , qui avait eu une femme , des enfans , et. qui avait été le chef d’une famille appelée famille des Héracléides , dont les descendans régnèrent sur différentes peuplades. Ces petits rois se disaient descendus d'Hercule, comme les Incas du Pérou se disaient descendre du soleil. Partout on montrait des traces de l’existence d'Hercule , jusqu'à l’empreinte sacrée de ses
pas (a). Non-seulement on en faisait un homme, mais on avait son signalement ; il était maigre , nerveux, basané ; il avait le nez aquilin , les yeux bleux , les che veux crêpus ; il était d’une santé robuste (b).
On fixait jusqu’à la hauteur de sa taille, qu’on faisait de septpieds, nombre sacré dans le système solaire (c). On montrait en Italie (d) et ailleurs, les villes qu'il avait fondées , les canaux qu’il avait creusés , les rochers qu'il avait séparés , les colonnes qu'il avait posées , les pierres que Jupiter avait fait tomber du ciel, pour remplacer les traits qui lui manquaient pour combattre les Liguriens. Les cigales de la Calabre étaient muettes , depuis que ce héros leur avait défendu de troubler son sommeil (e) ; des temples , des statues , des fêtes , des jeux solennels établis en son honneur ou institués par lui, rappelaient à tous les Grecs les hauts faits d'Hereule et les bienfaits dont il avait comblé l’univers en général , et en particulier les Grecs ; et néanmoins nous venons de voir qu'Hercule n’était que le soleil qui engendre le temps en circulant dans le zodiaque autour de l’univers, ct dont la marche et les divisions graduées sont marquées par les animaux célestes , les seuls qu'ait jamais combattus Hercule. Quelle matière à réflexions , pour ceux qui tirent de grands argumens de la croyance d’un ou de plusieurs peuples et de plusieurs siècles, pour établir la vérité d’un fait historique , surtout quand il s'agit de religion ? La philosophie d’un seul homme , dans ce cas, vaut mieux que l'opinion de plusieurs
TR RER PRR en rn R RE RRRQ ES OT
(a) Hérodote, 1. 4, c. 82. — (b) Clem. Alex. Admon. ad Gent., p. 19. —.(c) Solin., p. 17. — (d) Did. , p.21. — (e) 1bid., p. 26.