VI.— ORIGINE ET DÉVELOPPEMENT DE LA COLONIE FRANÇAISE EN ACADIE
La colonisation de l'Acadie commence «avec De Monts. Au mois de Mars 1604 il fait voile avec Champlain, Poutrincourt et une petite colonie qu'il débarque à l'Ile Ste. Croix, au sud de la presqu'ile acadienne. Pendant l'hiver la maladie se met dans l'habitation et emporte trente-six hommes. Au printempssuivant (1605) Pontgravé comble le vide fait par l'épidémie, en emmenant à De Monts un renfort de 40 colons. Peu de temps après, la colonie toute entière va s'établir à Port Royal. Cependant, De Monts passe en France “ avec ceux qui veulent le suivre”, (2) et laisse à Pontgravé le commandement de la colonie. Six mois s'écoulent et De Monts,qui devait leur apporter un prompt secours, n'arrive pas. Menacés par la faim, Pontgravé et tous ses compagnons s’embarquent le 15 juiliet 1606 pour la France, ne laissant pour garder le drapeau français à Port Royal que la Taille et Miquelet, deux braves.
Quelques jours après leur départ, le 27 juillet, Poutrincourt, associé de De Monts, arrive à Port Royal, emmenant avec lui une <olonie ‘‘ de menuisiers, charpentiers, inaçons, taillandiers, serruriers, scieurs d’ais,” (3) et, il va sans dire, de cultivateurs. L'historien Lescarbot est du voyage. Dès le lendemain de son arrivée,
(1) Le traité de St. Germain ne fut définitivement signé qu'en 1632, mais depuis quatre ans, la Compagnie des Cent Associés faisait des préparatifs pour le repeuplement de l’Acadie,
(2) Lescarbot, p.478. Champlain qui était du voyage resta à Port Royal.
(3) Lescarbot, p. 528.
Poutrincourt met ses gens à la culture de la terre. La colonie avait déjà pris un aspect assez florissant quand, au mois de mai de l’année suivante, 1607, De Monts écrivit à Poutrincourt que les Hollandais l'avaient ruiné, et que le privilége du commerce des pelleteries lui était retiré. Il fallut abandonner Port Royal. Une partie de la colonie fit voile le 29 juillet, et le reste, avec Poutrincourt et Lescarbot, le 11 août ‘au milieu des pleurs des sauvages. ”
I] ne restait plus de Français dans la colonie acadienne, excepté quelques pêcheurs hivernants et avec eux peut-être Robert Gravé, fils de Pontgravé. Trois ans se passèrent ainsi.
Dans l’intervale, le privi'ége de la traite fut rendu à De Monts qui céda ensuite tous ses droits à Poutrincourt. Celui-ci s'embarqua avec Charles de Biencourt, son fils, et un$ petite colonie, pour Port Royal, où il arriva vers la fin de Mai, 1610, Aussitôt on -eleva les maisous et l’on se livra à l’agriculture comme en 1604 et 1606.
Cependant, la colonie que Poutrincourt venait de fonder n'’était pas une colonie pénale, ni les colons des brigands, ni même des aventuriers. ‘“ Les historiens s'accordent à reconnaître que les “ colons avaient été choisis avec soin dans les deux classes des la- ‘boureurs et des artisans.” (1) Il n’avait pas, non plus, emmené de femmes. (2).
Au mois de juillet de la même année, le fils de Poutrincourt passa en France, et ne revint à Port Royal que le 11 Mai de l’année suivante (1611). Il emmenait avec lui une trentaine d'hommes ‘ouvriers et laboureurs.” (3) Maisc’était des provisionset non des hommes qu’il fallait à la colonie prête à périr. Pour lui en procurer, Poutrincourt n’'hésita pas à s’embarquer de nouveau pour la France. Malgré son héroïsme il ne devait pas sauver finalement la colonie. Entouré d’ennemis et d’intrigants, il ne put envoyer au secours de son fils qu’un vaisseau qui,malheureusement, n’arriva à Port Royal que le 23 janvier 1612. Lui-même il avait dû rester en France, où il passa l’année en négociations, et finit par être jeté en prison. Pendant ce temps la désunion s'était mise entre les Jésuites et le jeune gouverneur. On ne recevait plus de nouvelles de France, et l'hiver se passa dans la famine. Au mois de mars 1613, Mme de Guercheville, qui s’était substituée dans tous les droits de Poutrincourt, envoya une colonie de 48 per-
(1) M. Moreau, p. 51.
(2) ‘“ Unica hic adest D. Poutrincourtii familia sine feminis capila sumus t wvigenti.—P. Biard, lettre à son supériour. (3) Moreau, p. 69,