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sonnes et deux Jésuites, sous les ordres de la Saussaye qui s'établit.
à St. Sauveur.
On commençait à concevoir les plus belles espérances, quand les Anglais, sous Argall, vinrent en pirates, dans l’automne, détruire l'établissement de la Saussaye et Port Royal.
Argall emmena sur ses vaisseaux le tiers des habitants de St. Sauveur ; le reste put regagner la France sur un vaisseau malouin appartenant à Robert Gravé. A Port Royal, il ne fit que brûler le fort après l'avoir pillé Au moment de l'attaque, les habitants étaient occupés à cultiver la terre, à deux lieues plus haut, sur la rivière Dauphin, et échappèrent à leurs ennemis.
Poutrincourt, aussitôt qu'il eut appris le désastre survenu à sa colonie, se hâta de venir de France à son secours. Quand il arriva, le 27 mars 1614, ce qui restait à Port Royal de colons “ avaient vécu depuis la Toussaint de racines et de bourgeons d'herbes, et plusieurs étaient morts de faim.” (1).
Une partie de ces malheureux avaient traversé au Canada fuyant la mort et la domination anglaise. Quelques-uns avaient gagné, avec Biencourt, le sud de la presqu’ile, à ce que l’on croit: car on ne voit pas qu’ils aient retourné en France avec Poutrincourt qui ne put les rencontrer. Au Cap Sable, ils bâtirent, selon. toutes les apparences, le fort Lamoron, appelé plus tard fort Latour, et vécurent de pèche et de la traite avec les sauvages.
Voilà en peu de mots quels ont été les commencements de l’Acadie. Abandonnée en 1607, reprise en 1610, elle est finalement dépeuplée en 1613. Comment, après cela, M. Rameau peut-il affirmer que la filiation des Acadiens remonte à 1606, quand, de 1607 à 1610, il n'est pas resté un colon français en Acadie! L’abbé Maurault qui, sur cette question, copie M. Rameau, a vu cette dificul'é. Il y remédie à sa manière. ‘ Les Français de l’Acadie, dit.il, ne ‘“ passèrent pas tous en France (avec Poutrincourt en 1607) ; un ‘“ grand uombre restèrent et se dispersèrent parmi les sauvages. ‘ La plupart se marièrent à des squaws, et passèrent leurs jours ‘ parmi les sauvages, adoptant leur manière de vivre. De cette ‘© époque datent les premiers mariages français avec les sauvages “ de l’Acadie.” (2) Voilà un remède pire que le mal mème, en ce
qu’il prouve que dans le domaine des hypothèses on ne prévoit jamais à quelles suppositions atroces peut nous conduire une première supposition qu’on veut soutenir quand même. Où l'abbé Maurault
(1) Lescarbot, cité par Moreau, p. 97. (2) L'Abbé Maurault, p. 84.
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trouve-t-il ‘“ qu'un grand nombre de Français restèrent en Acadie “ en 1607, et se dispersèrent dans les bois ? ” Assurément il ne peut avoir, pour prouver ce fait, d'autre autorité que Lescarbot et les Révérends Pères Jésuites. Or ni l’un ni les autres ne disent rien de semblable. Au contraire Lescarbot, qui était à Port Royal, affirme positivement que quand la lettre de De Monts annonçant qu'il était ruiné, que le privilége de la traite lui était retiré, et qu'il déliait les colons de leurs engagements, fut lue par Poutrincourt aux colons rassemblés, ‘“ tous d'une voix ” décidèrent qu'il fallait retourner en France immédiatement. Vainement Poutrint court leur conseillat-il de demeurer et d'attendre des jours meilleurs ; sa courageuse résolution ne fut ni partagée ni comprise ; il dût se rendre au vœu unanime, et donner ses ordres pour les préparatifs du départ. La colonie mit à voile les 29 et 30 juillet. Poutrincourt resta encore douze jours. à Port Royal, ne pouvant s'en détacher. Quand il partit ce fut pitié de voir pleurer les ‘“ sauvages lésquels on avait toujours tenus en espérance que “ quelques-uns des nôtres demeureraient auprès d'eux. Il fallut ‘ promettre que l'an suivant on leur enverrait des ménages et des ‘“ familles pour habiter totalement leurs terres, et leur enseigner ‘! des métiers pour les faire vivre comme nous. (1)” C’est après un pareil témoignage que l'Abbé Maurault nous raconte qu un grand nombre de Français restèrent à Port Royal après le départ de Poutrincourt, et se dispersèrent dans les bois !
Biencourt, établi au Cap Sable où nous l'avons laissé, voyait sa petite troupe s'accroître de ÿour en jour par l'arrivée de pêcheurs et d’aventuriers. Il avait aussi à sa disposition les sauvages du Cap avec lesquels il était en relations ; et tous ensemble ils étaient devenus si redoutables, que les premiers émigrants “écossais emmenés par Sir William Alexander en 1623, jugèrent prudent de faire en Acadie un séjour de courte durée, et s’en retournèrent immédiatement.
Vers le même temps, 1623 ou 1624, survint, selon toutes les ‘apparences, la mort de Biencourt. Il fut remplacé dans la possession du fort Lamoron par le jeune La Tour qui, en 1631, changea ‘<e nom en celui de Fort La Tour.
Cependant, de nouvelles lettres patentes furent accordées à Sir Alexander, qui revint avec un convoi considérable de ses compatriotes s'établir, en 1628; aux environs de Port Royal.
En 1627, une compagnie, dite des “ Cent Associés,” fut formée ‘en France, dans le but de coloniser le Canada, et surtout l'Acadie ‘dont on anticipait la rentrée en possession.
{1} Lescarbot vol. 2, p. 578, etc.
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Les frères David, Thomas et Louis Kirk, firent semblant, en 1698, de s'emparer de l’Acadie, désormais appelée Nouvelle-Ecosse, en occupant les places qui appartenaient déjà aux Anglais.
Les affaires de la colonie restèrent en cet état précaire jusqu’en 1632, époque où fut signé le tsaité de St. Germain qui rendait défnitivement le pays à ses premiers maîtres. La ‘ Compagnie des Cent Associés,” prête depuis longtemps pour ses opérations, envoya immédiatement le commandeur de Razilly avec ‘ trois cents hommes d'élite ” (1), déloger de l’Acadie les colons de Sir Alexander, en prendre possession et s’y établir.
A partir de cette époque, la colonie entre en pleine voie de progrès. Chaque année la compagnie y fait passer un certain nombre de familles qu’elle établit à ia Hève. Elle s'était engagée d'envoyer au Canada et en Acadie, dans l’espace de quinze ans, 4,000 colons de l’un et de l’autre sexe. Les circonstances, il est vrai, ne lui permirent pas de remplir à la lettre cet engagement. Néanmoins, à la mort de Razilly en ‘"35,elle avait déjà fait passer trente à quarante famiiles qui, au témoignage de Denys, ‘* recueillaient quantité de froment.”
Après Razilly vint d'Aunay. Le premier acte de son autorité fut de transférer les habitants de la Hève à Port Royal. Malgré les luttes incessantes qu’il eut à soutenir contre les Anglais et surtout contre La Tour et ses flibustiers, il fit venir de France, pendant son administration, une vingtaine de familles qu'il établit égale-
ment à Port Royal. :
Ces cinquante à soixante familles sont évidemment les familles.
… mentionnées dans le recensement de 1671, les véritables ancêtres, di les familles originaires des Acadiens. : Le croisement des alliances … dont parle M. Rameau avait, en 1671, porté à soixante et sept ow + soixante et neuf le nombre de ces familles.