VII.—LaA Tour ET SES COMPAGNONS
Qu'’étaient devenus, pendant ce laps de temps, les compagnons.
© de Poutrincourt laissés avec Ta Tour au Cap Sable,et les aventuriers 4 qui s'étaient joints à eux ? Cette période de l'Histoire de l’Acadie 4 est très-obscure ; c’est celle où les historiens se sont le plus contredits, celle par conséquent où il était moins dangereux de : hasarder des suppositions. Aussi M. Rameau et M. Moreau n’ont # pas manqué d’en profiter pour faire des aventuriers du Gap Sable 4 les premiers ancêtres de la race actuelle des Acadiens. C'est par
(t) Gazette, citée par Moreau,
eux qu’ils en font remonter la descendance à 1606. Comment s'y prennent-ils pour nouer la filiation des familles emmenées par Razilly et d'Aunay,ayec les flibustriers nomades de LaTour ; fondre en une commune origine les colons de la Hève et de Port Royal, avec les aventuriers du Cap Sable, pendant qu'il est dé fait historique, que ces deux groupes distincts et séparés par la rivalité de leurs chefs respectifs, ont continué de se faire une guerre à outrance, jusqu'à l'extinction presque radicale de celui du Cap Sable : c'està-dire, jusqu’à l’extermination des pères par les enfants ? C'est ce que nous examinerons plus tard. Pour le présent, constatons que cette origine primitive de laquelle MM. Rameau et Moreau font descendre les Acadiens, est essentiellement métisse. Les compagnons de Poutrincourt, La Tour et ses aventuriers auraient, selon ces deux historiens, contracté force alliances avec les Micmacques ; et les enfants issus de ces unions seraient devenus, Dieu sait comment, legpères des Acadiens de Port Royal mentionnés nominalement dans le recensement de 1671.
M. Rameau n'avait pas prévu toutes ces difficultés. Il n'avait pas été frappé de l’absurdité qu'il y avait de faire des deux groupes de Français en Acadie, les aveuturiers du Cap Sable, et les colons “ d'élite” de Razilly, des parents aussi rapprochés, pour les voir s’égorger ensuite les uns les autres, sans qu'au moins les filles et les femmes se fussent jetées au milieu des combattants, dont les uns étaient leurs pères, les autres leurs maris et leurs enfants, pour les séparer comme autrefois les Romaines et les Sabines.
Mais du moins devait-il apporter quelques documents qui établissent le mélange primitif,. la fusion des aventuriers du Cap Sable et des colons de la Hève et du Port Royal, avec Jes sauvages. Pas une preuve, pas un document. M. Moreau vient à sa rescousse. Dans la découverte qu’il a faite de manuscrits importants, conservés dans la famille de Menou (1) il nous montre un mémoire dans lequel il est dit “ qu'aprèsile “ décès de Biencourt,, (1623 ou 1624) La Tour courut dans les bois ‘avec dix-huit ou vingt hommes, se mêlant avec les sauvages, ‘ vivant d’une vie libertine et infâme comme bêtes brutes, sans ‘“ aucun exercice de religion, n'ayant pas même le soin de faire ‘ baptiser les enfants procréés d'eux et de ces pauvres misérables “ femmes, au contraire les abandonnant à leurs mères, comme < encore à présent ils font.” (2)