‹ Origine des Acadiens [microforme]Chapitre 18 sur 28 · MES · texte numérisé non relu

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ample justice des hypothèses. Les difficultés qui restent sont faciles à résoudre, comparativement aux difficultés vaincues, en se sens que les documents que nous en avons sont plus complets.

En 1686 la Hève n’était pas comprise parmi les grands établissements de l’Acadie. Depuis que d’Aunay en avait transféré les habitants à Port Royal, en 1636, cette place était restée à peu près inhabitée, ou tout au plus avait servi d’habitation à quelques pêcheurs hivernants, et aux exploiteurs de bois de Denys. Quelques colons, cependant, avaient fini par s’y fixer en permanence.

Nous y trouvons en 1686, sept habitants :—

Petit-Violon, volontaire ;

Jean Vesin, âgé de 55 ans;

Jacques Prévost, marié à Jeanne Fouceaux ;

François Michel, marié à Madeleine Germon ;

Pierre Lejeune (dit Briard) marié à Marie Thibodeau ;

Martin Lejeune, marié à Jeanne, sauvagesse de nation ; et Jean Labat (1), habitant de la petite rivière de la Hève.

Martin Lejeune est le deuxième colon français de l’Acadie que nous voyons marié à une sauvagesse. Qu'est devenue sa lignée ? Ses enfants se sont-ils unis au groupe principal de la famille acadienne, ou sont-ils demeurés avec leurs parents maternels dans la tribu des Souriquois ? Nous n'avons rien de positif sur leur compte. Ce que nous savons, c’est que la Hève, contrairementaux autres établissements français, n’a jamais augmenté en importance ni en population, jusqu’à ce que les Anglais, qui en sont aujourd’hui les seuls habitants, soient venu, longtemps après la cession du pays à l'Angleterre, y former un établissement. En 1693 il n’y avait encore que sept habitants, et les documents n’en font que de rares mentions dans la suite. Ce qui m’autorise à penser que les enfants de Martin Lejeune ne se sont jamais mêlés à la famille acadienne, ce n’est pas seulement l'isolement où se trouvait la Hève, séparée de Port Royal par toute la largeur de la péninsule et située à trente lieues du Cap Sable, mais c’est que les autres habitants que nous venons d'y voir en 1686, ne s’y sont pas réunis. Dans aucune partie de la Nouvelle-Ecosse, du Cap Breton, du Nouveau-Brunswick et de l'Ile Prince Edouard, je ne trouve aujourd'hui de Vesin, de Petit-Violon, de Labat, ni de Michel. Il y a quelques Prévost à Poulamond, Cap Breton. Quant aux Lejeune, je n’en trouve pas non plus, excepté des Young à Elm Tree, à Nepisiguit,

(1) Le rescensement de 1671 mentionne, à Port Royal, un Jean Labathe âgé de 33 ans, marié à Renée Gautherot. Est-ce le même Labat ou Labathe qui serait allé s'établir à la Rivière de la Hève? Il pourrait se faire,

à Téte-à-Gouche (côté sud) dans le. Nouveau-Brunswick, et à Arichat (ouest), au Cap Breton. Il s'agit de savoir si :es Young descendent des Lejeune de la Hève, ou de quelqu'autre Lejeune que l'immigration aurait plus tard emmenés en Acadie. Je remarque précisément dans les localités où demeurent les Young dont il est question, grand nombre familles arrivées dans le pays après 1686 ; par exemple à Elm Tree, des Bertin, des Laplante, des Lecouffe; à Nepisiguit, des Boucher, des Veneault ; à Arichat (ouest) des Bouton, Broussard, Deslauriers, Dorion, Deveau, Forgeron, Héroux, Lacheur, La Vache, Marchant, Meunier, Mouchette, Pompin, Roger, Sacaloupe, Samson, Verre, Vigneau. Ne peut-on pas supposer que l'installation des Lejeune en Acadie soit également postérieure à 1686 ? Si l'on persiste toutefois, contre la vraisemblance des faits, à vouloir qu'ils descendent des Lejeune de la Hève, il faudra encore s'assurer quel est leur ancêtre, du Lejeune marié à une sauvagesse, ou de celui qui a épousé Marie Thibodeau. Comme les enfants issus de mères sauvagesses avaient pour habitude d’embrasser la vie des bois, ce qui se verra mieux quand nous parlerons de St. Castin, et que la Hève se trouvait dans un lieu isolé et entouré de sauvages belliqueux, on peut presqu'affirmer que la descendance de Martin Lejeune s’est éteinte dans quelque expédition, siége ou embuscade si communs à cette époque.et que les Young d’Arichat et du Nouveau- Brunswick n’ont pas dans leurs veines de sang sauvage, et que leurs ancêtres n’en ont jamais eu.

Pour ce qui regarde Enaud de Nepisigny (1), il n’y a guère lieu de s’en embarrasser, il n'eut pas d'enfants ; au moins il n’en avait pas à la date du présent recensement. S'il lui en naquit par la suite, ils sont demeurés dans la tribu, ou sont passés au Canada dont ils étaient bien plus rapprochés que de Port Royal. Toujours est-il qu'il n’est resté dans l’Acadie aucune trace du seigneur Enaud. Est-il mort à Nepisigny, s'en est-il retourné en France? Je suis porté à croire qu'il ne laissa pas ses os sur le sol américain, où il n'était venu, avec quatre serviteurs, que pour faire ou chercher fortune ; et que, s'étant accommodé en passant, d’une compagne aux joues dorées, il s'en retourna ensuite au pays de ses pères. Dans le siècle aristocratique par excellence où vivait ce seigneur, les grands avaient pour habitude dese permettre très-innocemment mille petits luxes auxquels il eut été criminel à un roturier de songer.

Restent encore le baron de St. Castin, autre seigneur, et Jean Renaud, un de ses hommes (2). St. Castin est établi à Pentagoët,

(1) Nepisigny aujourd’hui Nepisiguit, est situé sur la Rivière Nepisiguit, tout près de Bathurst, comté de Gloucester, dans le Nouveau-Brunswick. (2) Voir note, page 44.

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