‹ Origine des plantes cultivées; (volume 2)Chapitre 155 sur 372 · JUJUBIER DE L'INDE · texte numérisé non relu

JUJUBIER DE L'INDE

connues indique une très ancienne culture. Celle-ci s'étend aujourd'hui de la Chine méridionale, de l'archipel indien et de Queensland en Australie, par F Arabie et TEgypte, jusqu'au Maroc et même au Sénégal, en Guinée et dans l'Angola *. Elle se voit également à Tile Maurice, mais il ne paraît pas qu'on l'ait introduite jusqu'à présent en Amérique, si ce n'est au Brésil, d'après un échantillon de mon herbier *. Le fruit est préférable à la jujube ordinaire, d'après ce que disent les auteurs.

Quelle était l'habitation de l'espèce avant toute culture? Ce n'est pas aisé à savoir, parce que les noyaux se sèment facilement et naturalisent la plante hors des jardins ^.

Si nous nous laissons guider par la fréquence à l'état sauvage, il semble que le pays des Burmans et l'Inde anglaise seraient la patrie ancienne. Je possède dans mon herbier plusieurs échantillons recueillis par Wallich dans le royaume burman, et Kurz l'a vue fréquemment dans les forêts sèches de ce pays, autour d'Ava et de Prome *. Beddone admet l'espèce comme spontanée dans les forêts de l'Inde anglaise, mais Brandis l'a trouvée seulement dans des localités de ce genre où il y avait eu des établissements d'indigènes ^. Avant ces auteurs, dans le xw siècle, Rheede ^ décrivait cet arbre comme spontané au Malabar, et les botanistes du xvi® siècle l'avaient reçu du Bengale.

A l'appui de cette origine indienne, il faut mentionner l'existance de trois noms sanscrits et de onze autres noms dans les langues indiennes modernes ' .

L'introduction à Amboine, dans la partie orientale de l'Archipel, était récente lorsque Rumphius y séjournait ®, et il dit lui-même que l'espèce est indienne. Peut-être était-elle anciennement à Sumatra et dans d'autres îles rapprochées de la péninsule malaise. Les anciens auteurs chinois n'en ont pas parlé ; du moins Bretschneider ne Ta pas connu. L'extension et les naturalisations au midi et à Test du continent indien paraissent donc peu anciennes.

En Arabie et en Egypte, l'introduction doit être encore plus récente. Non seulement on ne connaît aucun nom ancien, mais Forskal, il y a cent ans, et Delile, au commencement du siècle actuel, n'ont pas vu l'espèce, dont Schweinfurth a parlé récem- ^^t comme cultivée. Elle doit s'être répandue d'Asie à Zan-

. *'.Sir J. Hooker, Flora of brit. India, 1, p. 632 ; Brandis, Forest flora of /J**^» ^)P.87; Bentham, F/, austral,, 1, p. 412; Boissier, FL orient,^ 2, p. 13; <^avep, rt. of tropical Africa, 1, p. 379.

5* Venant de Martius, n» 1070, du Cabo frio.

f' «outOQ, /. c. ; Baker, FL of Mauritius, p. 61 ; Brandis, /. c.

î* ^Urz, Forest flora of Burma, 1^ p. 266.

va» ^^ddone, Forest flora of India, i, pi. 149 (représentant le fruit sau- *f ®> Plus petit que le cultive) ; Brandis, /. c.

S* gJtieede, 4, pi. 141.

«• ^iddington, Index.

^' Humphius, Amb,^ 2, pi. 36.

guebar, et de proche en proche au travers de l'Afrique ou par la navigation des Européens jusqu'à la côte occidentale. Ce serait même assez récent , puisque Robert Brown {Bot. of Congo) et Thonning n'ont pas eu connaissance de l'espèce en Guinée *.

Pommier d'Acajou. — Anacardium occidentale^ Linné. — CasheWj des Anglais.

Les assertions les plus fausses ont été émises autrefois sur l'origine de cet arbre ^, et, malgré ce que j'en ai dit en 1855 *, je les vois reproduites çà et là.

Le nom français de Pommier d'Acajou est aussi ridicule que possible. Il s'agit d'un arbre de la famille des Térébintacées (soit Anacardiacées), très différente des Rosacées et des Méliacées auxquelles appartiennent les Pommiers et l'Acajou. La partie que l'on mange ressemble plus à une poire qu'aune pomme, et, botaniquement parlant, ce n'est pas un fruit, mais le pédoncule ou support du fruit, lequel ressemble à une grosse fève. Les deux noms, français et anglais, dérivent d'un nom des indigènes du Brésil, Acaju, Acajaiba, cité par d'anciens voyageurs *.

L'espèce est certainement spontanée dans les forêts de l'Amérique interlropicale et même dans une grande étendue de cette région, par exemple au Brésil, à la Guyane, dans Tisthme de Panama et aux Antilles ^. Le D"" Ernst ^ la croit originaire seulement de la contrée voisine du fleuve des Amazones, bien qu'il la connaisse aussi de Cuba, Panama, l'Equateur et la Nouvelle-Grenade. Il se fonde sur ce que les auteurs espagnols du temps de la conquête n'en ont pas parlé, preuve négative, qu'il faut prendre pour une simple probabilité.

Rheede et Rumphius avaient aussi indiqué cet arbre dans l'Asie méridionale. Le premier le dit commun au Malabar ". L'existence d'une même espèce tropicale arborescente en Asie et en Amérique était si peu probable qu'on a soupçonné d'abord quelque différence spécifique ou au moins de variété, qui ne s'est pas confirmée. Divers arguments, historiques et linguistiques, m'avaient démontré une origine étrangère à l'Asie. D'ailleurs Rumphius, toujours exact , parlait d'une introduction

1. Le Zizyphiis abyssiniens y Hochst., pardt une espèce différente.

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