‹ Origine des plantes cultivéesChapitre 14 sur 427 · ARCHÉOLOGIE ET PALÉONTOLOGIE · texte numérisé non relu

ARCHÉOLOGIE ET PALÉONTOLOGIE

tout à coup de grands développements par l’effet de la culture, car l'homme n’aurait pas commencé à la cultiver si elle n’avait offert dès l’origine quelque chose d’utile ou agréable.

Une fois la plante cultivée réduite à ce qui permet de la comparer raisonnablement aux formes analogues spontanées, il faut savoir encore quel groupe de plantes à peu près semblables on juge à propos de désigner comme constituant une espèce. Sur ce point, les botanistes sont seuls compétents, parce qu’ils ont l’habitude d’apprécier les différences et les ressemblances, et qu’ils n’ignorent pas la confusion de certains ouvrages en fait de nomenclature. Ce n’est pas ici le lieu de discuter ce qu’on peut appeler raisonnablement une espèce. On verra dans quelques-uns de mes articles les principes qui me paraissent les meilleurs. Comme leur application exigerait souvent des observations qui n’ont pas été faites, j’ai pris le parti de distinguer quelquefois des formes quasi spécifiques dans un groupe qui me paraît être une espèce, et j’ai cherché l’origine géographique de ces formes comme si elles étaient vraiment spécifiques.

En résumé, la botanique fournit des moyens précieux pour deviner ou constater l’origine des plantes cultivées et pour éviter des erreurs. Il faut se bien persuader cependant que la combinaison d’observations sur le terrain et dans le cabinet est nécessaire. Après le collecteur qui voit les plantes dans une localité ou une région et qui rédige peut-être une flore ou un catalogue d’espèces, il est indispensable d’étudier les distributions géographiques, connues ou probables, d’après les livres et les herbiers, et de penser aux principes de la géographie botanique et aux questions de classification, ce qui ne peut se faire ni en voyageant ni en herborisant. D'autres recherches, dont je vais parler, doivent être combinées avec celles de botanique, si l’on veut arriver à des conclusions satisfaisantes.

§ 3. — Archéologie et paléontologie.

La preuve la plus directe qu’on puisse imaginer de l’existence ancienne d’une espèce dans un pays est d’en voir des fragments reconnaissables dans de vieux édifices ou de vieux dépôts, d’une date plus ou moins certaine.

Les fruits, graines et fragments divers de plantes sortis des tombeaux de l’ancienne Egypte et les dessins qui les entourent dans les pyramides, ont donné lieu à des recherches d’une grande importance, dont j’aurai souvent à faire mention. Il y a pourtant ici une chance d’erreur : l'introduction frauduleuse de plantes modernes dans les cercueils de momies. On l’a reconnue facilement, quand il s’est agi, par exemple, de grains de maïs, plante d’origine américaine, glissés par les Arabes; mais on peut avoir ajouté des espèces cultivées en Egypte depuis deux ou trois mille

ans, qui semblent alors d'une antiquité trop reculée. Les tumuli ou mounds de l’Amérique septentrionale et les monuments des anciens Mexicains et Péruviens ont fourni des documents sur les plantes qu’on cultivait dans cette partie du monde. Il s’agit alors de temps moins anciens que celui des pyramides d’Egypte.

Les dépôts des lacustres ou palafittes de Suisse ont donné lieu à des mémoires très importants, parmi lesquels il faut citer en première ligne celui de Ileer, mentionné tout à l’heure. Des travaux analogues ont été faits sur les débris végétaux trouvés dans d’autres lacs ou tourbières de Suisse, Savoie, Allemagne et Italie. Je les mentionnerai à l’occasion de plusieurs espèces. M. le Dr Gross a eu l’obligean e de me communiquer des fruits et graines tirés des palafittes du lac de Neuchâtel, et mon collègue le professeur Ileer m’a favorisé de quelques renseignements recueillis à Zurich depuis sa publication. J’ai dit que les dépôts appelés Kjokkenmôddings dans les pays Scandinaves n’ont fourni aucune trace de végétaux cultivés.

Les tufs du midi de la France contiennent des feuilles et autres débris de plantes qui ont été déterminés par MM. Martins, Planchon, de Saporla et autres savants. Leur date n’est peutêtre pas toujours plus ancienne que les premiers dépôts îles lacustres, et il est possible qu’elle concorde avec celle d’anciens monuments d’Egypte et d’anciens livres des Chinois. Enfin, lps couches minérales, dont les géologues s’occupent spécialement, apprennent déjà beaucoup sur la succession des formes végétales dans divers pays; mais il s’agit alors d'époques bien antérieures à l’agriculture, et ce serait un hasard singulier, et assurément précieux, si l’on découvrait à l’époque tertiaire européenne une espèce actuellement cultivée. Cela n’est pas arrivé jusqu'à présent, d’une manière tout à fait certaine, quoique des espèces non cultivées aient été reconnues dans des couches antérieures à notre époque glaciaire de l’hémisphère boréal. Du reste, si l'on ne parvient pas à en trouver, les conséquences ne seront pas claires, attendu qu’on pourra dire : telle plante est arrivée depuis. d’une autre région, ou bien elle avait jadis une forme différente, qui n’a pas permis de la reconnaître dans les fossiles.

§ 4. — Histoire.

Les documents historiques sont importants pour la date de certaines cultures dans chaque pays. Ils donnent aussi des indications sur l’origine géographique des plantes quand elles ont été propagées par les migrations d’anciens peuples, les voyages ou des expéditions militaires.

Il ne faut pourtant pas accepter sans examen les assertions des auteurs.

La plupart des anciens historiens ont confondu le fait de la

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