‹ Origine des plantes cultivéesChapitre 15 sur 427 · HISTOIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE

culture d’une espèce dans un pays avec celui de son habitation antérieure, à l’état sauvage. On a dit communément, — même de nos jours — d’une espèce cultivée en Amérique ou en Chine qu’eile habite l’Amérique ou la Chine. Une erreur non moins fréquente a été de croire une espèce originaire d’un pays, parce qu’on l’a reçue de là et non du pays véritablement de son origine. Ainsi les Grecs et les Romains ont appelé pomme de Perse la pèche, qu’ils avaient vue cultivée en Perse, qui n’y était probablement pas sauvage et que j’ai prouvée naguère être originaire de Chine. Ils ont appelé pomme de Carthage (Malum punicum) la grenade, qui s’était répandue progressivement dans les jardins, de Perse en Mauritanie. A plus forte raison, les très anciens auteurs, tels que Bérose et Hérodote, ont pu se tromper, malgré leur désir d’être exacts.

Nous verrons, à l'occasion du maïs, que des pièces historiques entièrement forgées, peuvent tromper sur l’origine d’une espèce. C’est singulier, car pour un fait de culture il semble que personne n'a intérêt à mentir. Heureusement les indices botaniques ou archéologiques aident à faire présumer les erreurs de celte nature.

La principale difficulté — celle qui se présente ordinairement pour les anciens historiens — est de traduire exactement les noms des plantes qui, dans leurs livres, sont toujours des noms vulgaires. Je parlerai bientôt de la valeur de ces noms et des ressources de la linguistique dans les questions qui nous occupent; mais il faut indiquer auparavant quelles notions historiques sont le plus utiles dans l’étude des plantes cultivées.

L’agriculture est sortie anciennement, du moins en ce qui concerne les principales espèces, de trois grandes régions où croissaient certaines plantes et qui n’avaient aucune communication les unes avec les autres. Ce sont : la Chine, le sud-ouest de l’Asie (lié avec l'Egypte) et l’Amérique intertropicale. Je ne veux pas dire qu’en Europe, en Afrique ou ailleurs des peuples sauvages n'aient cultivé quelques espèces, à une époque reculée, d’une manière locale, comme accessoires de la chasse ou de la pèche ; ruais les grandes civilisations, basées sur l’agriculture, ont commencé dans les trois régions que je viens d’indiquer. Chose digne de remarque, dans l’ancien monde, c’est sur le bord des lleuves que les populations agricoles se sont surtout constituées, tandis qu’en Amérique c’est sur les plateaux du Mexique et du Pérou. 11 faut peut-être l’attribuer à la situation primitive des plantes bonnes à cultiver, car les rives du Mississipi, de l’Orénoque et de l’Amazone ne sont pas plus malsaines que celles des fleuves de l’ancien monde.

Quelques mots sur chacune des trois régions.

La Chine avait depuis des milliers d'années une agriculture et même une horticulture florissantes lorsqu’elle est entrée, pour la première fois, en communication avec l'Asie occiden-

taie, par la mission de Chang-Kien, sous le règne de l’empereur Wu-ti, dans le ne siècle avant l’ôre chrétienne. Les recueils appelés Pent-sao, écrits à l’époque de notre moyen âge, constatent qu’il rapporta la fève, Je concombre, la luzerne, le safran, le sésame, le noyer, le pois, l’épinard, le melon d’eau et d’autres plantes de l’ouest l, alors inconnues aux Chinois. Chang-Kien, comme on voit, n’a pas été un ambassadeur ordinaire. Il a étendu singulièrement les connaissances géographiques et amélioré les conditions économiques de ses compatriotes. Il est vrai qu’il avait été forcé de demeurer dix ans dans l’ouest et qu'il appartenait à une population déjà civilisée, chez laquelle un empereur, 2TÜ0 ans avant Jésus-Christ, avait entouré de cérémonies imposantes la culture de quelques plantes. Les Mongoles étaient trop barbares et venaient d'un pays trop froid pour avoir pu introduire beaucoup d’espèces utiles en Chine ; mais, en étudiant l’origine du pêcher et de l’abricotier, nous verrons que ces arbres ont été portés de Chine dans l’Asie occidentale, probablement par des voyageurs isolés, marchands ou autres, qui passaient au nord de l’Himalaya. Quelques espèces ont pu se répandre de la môme manière de l’ouest en Chine, avant l’ambassade de Chang-Kien.

Les communications régulières de la Chine avec l’Inde ont commencé seulement à l’époque de ce même personnage, et par la voie détournée de la Bactriane 2, mais il a pu y avoir des transmissions de proche en proche par la presqu’île malaise et la Gochinchine. Les lettrés qui écrivaient dans le nord de la Chine ont pu les ignorer, d’autant plus que les provinces méridionales ont été jointes à l’empire seulement au 11e siècle avant l’ère chrétienne 3 4 * .

Les premiers rapports du Japon avec la Chine ont été vers l’an 57 de notre ère, par l’envoi d’un ambassadeur, et les Chinois n’eurent vraiment connaissance de leurs voisins orientaux que dans le in8 siècle, époque de l’introduction de l’écriture chinoise au Japon *.

La vaste région qui s’étend du Gange a l’Arménie et au Nil n’a pas été anciennement aussi isolée que la Chine. Ses peuples ont échangé, de place en place, et même transporté à distance des plantes cultivées, avec une grande facilité. Il suffit de rappeler que d’anciennes migrations ou conquêtes ont mêlé sans cesse les populations touraniennes, aryennes et sémites entre la mer Caspienne, la Mésopotamie et le Nil. De grands Etats se sont formés, à peu près dans les mêmes temps, sur les bords de l’Euphrate et eu Egypte, mais ils avaient succédé à des tribus

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