Bretschneider, l. c., p
4. Atsuma-gusa. liecueil pour servir à In connaissance de l extrême Or.ent,
oublié par Fr. ïurretiui, vol. 6, p. 200, 203.
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qui cultivaient déjà certaines plantes. L’agriculture est. plus ancienne dans cette région que Babylone et les premières dynasties égyptiennes, lesquelles datent de plus de quatre mille ans. Les empires assyriens et égyptiens se sont ensuite disputé la suprématie, et dans leurs luttes ils ont transporté des populations, ce qui ne pouvait manquer de répandre les espèces cultivées. D'un autre côté, les peuples aryens, qui habitaient primitivement au nord de la Mésopotamie, dans une contrée moins favorable à l’agriculture, se sont répandus à l’ouest et au midi, refoulant ou subjuguant les nations touraniennes et dravidiennes. Leur langue, et surtout celles qui en sont dérivées en Europe et dans l'Inde, montrent qu’ils ont connu et transporté plusieurs espèces utiles '. Après ces anciens événements, dont les dates sont généralement incertaines, les voyages par mer des Phéniciens, les guerres entre les Grecs et les Perses, l’expédition d’Alexandre jusque dans l’Inde, et finalement la domination romaine ont achevé de répandre les cultures dans l'intérieur de l’Asie occidentale et même de les introduire en Europe et dans le n rd de l’Afrique, partout où le climat pouvait leur être favorable. Plus tard, à l’époque des croisades, il restait bien peu de plantes utiles à tirer de l’Orient. Il est arrivé alors en Europe quelques variétés d’arbres fruitiers que les Romains ne possédaient pas et des plantes d’ornement.
La découverte de l’Amérique, en 1402, a été le dernier grand événement qui a permis de répandre les plantes cultivées dans tous les pays. Ce sont d'abord les espèces américaines, comme la pomme de terre, le maïs, la figue d’Inde, le tabac, etc., qui ont été apportées en Europe et en Asie. Ensuite une foule d’espèces de l’ancien monde ont été introduites en Amérique. Le voyage de Magellan (1520-21) fut' la première communication directe entre l’Amérique méridionale et l’Asie. Dans le même siècle, la traite des nègres vint multiplier les rapports entre l’Afrique et l’Amérique. Enfin la découverte des îles de la mer Pacifique au xvme siècle, et la facilité croissante des moyens de communication, combinée avec un désir général d’améliorer, ont produit la dispersion plus générale des plantes utiles dont nous sommes aujourd’hui les témoins.
§ 5. — Linguistique.
Les noms vulgr'ues de plantes cultivées sont ordinairement très connus et peuvent donner des indications sur l’histoire
1. Il existe, en longue française, deux excellents résumés des connaissances actuelles sur l'Orient et i’rv/’fite. Je ne saurais trop les recommander aux naturalistes qui no se sont pas occupés spécialement de ces questions. L’un de ces ouvrages est le Manuel de l'histoire ancienne de l Orient, par François Lenormcud, 3 vol. in-12, Paris, 1863. L'autre est ï II i< taire ancienne des peuples de l’Orient, par Maspero, un vol. iu-8, Paris,
d’une espèce, mais il n’est pas sans exemple qu’ils soient absurdes, basés sur des erreurs, ou vagues et contestables, ce qui oblige à user d’une certaine prudence dans leur emploi.
Je pourrais citer beaucoup de noms absurdes, pris dans toutes les langues. Il suffit de rappeler :
En français : blé de Turquie (maïs), pour une plante qui n’est pas un blé et qui vient d’Amérique.
En anglais : Jérusalem artichoke , pour le Topinambour (IJelianthus tuberosus), qui ne vient pas de Jérusalem, mais de l’Amérique septentrionale, et n’est pas un artichaut.
En allemand: II afernmrzel ( Haber , bouc, en vieux allemand) racine d avoine, pour le Salsifis (Tragopogon) , plante à racine charnue 1
Une quantité de noms donnés par les Européens à des plantes étrangères, lorsqu'ils se sont établis dans les colonies, expriment des analogies fausses ou insignifiantes. Par exemple, le lin de la Nouvelle-Zélande ressemble aussi peu que possible au lin; seulement on tire de ses feuilles une matière textile. La pomme d'acajou , des Antilles françaises, n’est pas le fruit d’un pommier, ni même d’une pomacée, et n’a rien à voir avec l'acajou.
Quelquefois les noms vulgaires se sont altérés en passant d’une langue à l’autre, de manière à donner un sens faux ou ridicule. Ainsi l’arbre de Judée des Français (Cercis Siliquastruni) est devenu en anglais Judas tree, arbre de Judas! Le fruit appelé A/iuaca parles Mexicains est devenu Y Avocat des colons français.
Assez souvent, des noms de plantes ont été pris par le même peuple, à des époques successives ou dans des provinces différentes, tantôt comme noms de genres et tantôt comme noms d'espèces. Par exemple, blé peut signifier ou plusieurs espèces du genre Triticum, et même de plantes nutritives très différentes (maïs et blés), ou telle espèce de blé en particulier.
Plusieurs noms vulgaires ont été transportés d'une planté à l’aulre, par suite d’erreurs ou d’ignorance. Ainsi, la confusion faite par d’anciens voyageurs entre la Batate (Convolvolus Batatas) et la Pomme de terre (Solanum tuberosum), a entraîné l’usage d’appeler la Pomme de terre en anglais Polaloe et en espagnol Patatas.
Si des peuples modernes, civilisés, qui ont de grandes lacilités pour comparer les espèces, connaître leur origine et vérifier les noms dans les livres, ont fait de semblables erreurs, il est probable que les anciens en ont fait plus encore et de plus grossières. Les érudits déploient infiniment de science pour expliquer l’origine linguistique d’un nom ou ses modifications dans les langues dérivées, mais ils ne peuvent pas découvrir les fautes ou les absurdités populaires. Ce sont plutôt les botanistes qui les devinent ou les démontrent. Remarquons en passant que les noms doubles ou composés sont les plus suspects. Ils peuvent avoir deux erreurs : l’une dans la racine ou le nom principal, l’autre dans l'addition ou nom accessoire, destiné presque tou-
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jours à indiquer une origine géographique, une qualité apparente ou quelque comparaison avec d’autres espèces. Plus un nom est bref, plus il mérite qu’on en tienne compte dans la question d’origine ou d'ancienneté, car c’est à la suite des années, des migrations de peuples et des transports de plantes que s'ajoutent les épithètes souvent erronées. De même, dans les écritures symboliques, comme celles des Chinois et des Egyptiens, les signes uniques et simples font présumer des espèces anciennement connues, ne venant pas de pays étrangers, et les signes compliqués sont suspects ou indiquent une origine étrangère. N’oublions pas cependant que les signes ont été souvent des rébus, basés sur des ressemblances fortuites de mots, ou sur des idées superstitieuses et fantastiques.
L’identité d’un nom vulgaire pour -une espèce dans plusieurs langues peut avoir deux significations très différentes. Elle peut venir de ce qu’une plante a été transportée par un peuple qui s’est divisé et dispersé. Elle peut résulter aussi de ce qu’une plante a été transmise d’un peuple à l’autre avec le nom du pays d’origine. Le premier cas est celui du chanvre, dont le nom est semblable, au moins quant à sa racine, dans toutes les langues dérivées des Aryas primitifs. Le second se voit dans le nom américain du tabac et le nom chinois du thé, qui se sont répandus dans une infinité de pays, sans aucune filiation linguistique ou ethnographique. Ce cas s’est présenté plus fréquemment dans les temps modernes que dans les anciens, parce que la rapidité des communications permet aujourd’hui d'introduire à la fois une plante et son nom, même à de grandes distances.
La diversité des noms pour une même espèce peut avoir aussi des causes variées. Eu général, elle indique une existence ancienne dans divers pays, mais elle peut aussi provenir du mélange des peuples ou de noms de variétés qui usurpent le nom primitif. Ainsi, en Angleterre, on peut trouver, suivant les provinces, un nom celte, saxon, danois ou latin, et nous voyons en Allemagne les noms de Flachs et Lcin pour le lin, qui ont évidemment des origines différentes.
Lorsqu’on veut se servir des noms vulgaires pour en tirer certaines probabilités sur l’origine des espèces, il faut consulter les dictionnaires et les dissertations des philologues, mais on est obligé d'estimer les chances d’erreur de ces érudits, qui, n’étant ni agriculteurs ni botanistes, peuvent s’étre trompés dans l’application d’un nom à une espèce.
Le recueil le plus considérable de noms vulgaires est celui de Nernnich \ publié en 171)3. J’en possède un autre, manuscrit, plus étendu encore, rédigé dans notre bibliothèque par mon ancien élève Morilzi, au moyen des flores et de plusieurs livres
t Neumidi, Allgemeines polyglutlen-Lexicon der Naturgeschichte, 2 vol
in-4.
LH; Candollb.
de voyages écrits par des botanistes. II y a, en outre, des dictionnaires concernant les noms d’espèces de tel ou tel pays ou d’une langue en particulier. Ces sortes de recueils ne contiennent pas souvent des explications sur les étymologies ; mais, quoi qu’en dise M. Hehn ‘, un naturaliste, pourvu de l’instruction générale ordinaire, peut reconnaître les connexités ou les d versités fondamentales de certains noms dans des langues dillérentes et ne pas confondre les langues modernes avec les anciennes. Il n’est pas nécessaire pour cela d’être initié dans les subtilités des suffixes et des affixes, des labiales et des dentales. Sans doute un philologue pénètre mieux et plus loin dans les étymologies, mais il est rare que ce soit nécessaire pour les recherches sur les plantes cultivées. D’autres connaissances sont plus utiles, surtout celles de pure botanique, et elles manquent aux philologues plus que la linguistique aux naturalistes, par la raison fort évidente qu’on donne plus de place dans l’instruction générale aux langues qu’à l'histoire naturelle. Il me parait aussi que les linguistes, notamment ceux qui traitent du sanscrit, veulent beaucoup trop chercher des étymologies à chaque nom. Ils ne pensent pas assez à la bêtise humaine, qui a fait naître dans tous les temps des mots absurdes, sans base réelle, déduits d’une erreur ou d'une idée superstitieuse.
La filiation des langues modernes européennes est connue de tout le monde. Celle des langues anciennes a été l’objet, depqis un demi-siècle, de travaux importants. Je ne puis en donner ici un aperçu, même abrégé. Il suffit de rappeler que toutes les langues européennes actuelles dérivent de la langue des Aryens occidentaux, venus d’Asie, à l’exception du basque (dérivé de l’ibère), du finnois, du turc et du hongrois, dans lesquels au surplus beaucoup de mots d’origine aryenne se sont introduits.
• D’un autre côté, plusieurs' langues actuelles de l’Inde, Ceylan, dérivent du sanscrit des Aryens orientaux, sortis de l’Asie centrale après les Aryens de l'Occident. On suppose, avec assez de vraisemblance, que les premiers Aryens occidentaux sont arrivés en Europe 2300 ans avant notre ère, et les Aryens orientaux dans l'Inde un millier d’années plus tard.
Le basque (ou ibère), le guanche des îles Canaries, dont on connaît quelques noms de plantes, et le berbère se rattachaient probablement aux anciennes langues du nord de 1 Afrique.
Les botanistes sont obligés, dans beaucoup de cas, de douter des noms vulgaires attribués aux plantes par les voyageurs, les historiens et les philologues. C’est une conséquence des doutes qu’ils ont eux-mêmes sur la distinction des espèces et de la difficulté qu’ils savent très bien exister lorsqu'on veut s’assurer du nom vulgaire d’une plante. D'incertitude devient d autant
t. Hehu, Kulturpflansen und liausthiere in ihren Uebergany au* Asten in-8, 3« édition, 1877.
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plus grande qu’il s’agit d’espèces plus faciles à confondre ou moins connues du public, ou de langues de nations peu civilisées. Il y a des degrés, pour ainsi dire, entre les langues, sous ce point de vue, et les noms doivent être acceptés plus ou moins suivant ces degrés.
En tète, pour la certitude, se placent les langues qui possèdent des ouvrages de botanique. On peut en effet reconnaître une espèce au moyen d’une description grecque de Dioscoride ou de Théophraste, et des textes latins moins développés de Caton, Columelle ou Pline. Les livres chinois donnent aussi des descriptions. Leur étude a fait l’objet d'excellents travaux du docteur Bretschneider, médecin de la légation russe à Peking, que je citerai fréquemment *.
Le second degré est celui des langues qui ont une littérature composée seulement d’ouvrages de théologie, de poésie, ou de chroniques sur les rois et les batailles. Ces sortes d’ouvrages mentionnent çà et là des plantes, avec des épithètes ou des réflexions sur leur floraison, leur maturité, leur emploi, etc., qui permettent de comprendre un nom et de le rapporter à la nomenclature botanique actuelle. En s’aidant d’ailleurs de notions sur la flore du pays et des noms vulgaires dans les langues dérivées de l'ancienne, on arrive, tant bien que mal, à fixer le sens de quelques mots. C’est ce qui a été fait pour le sanscrits. l’hébreu 1 2 3 4 et l’araméen *.
Enfin, une troisième catégorie dans les langues anciennes ne peut donner aucune certitude, mais seulement des présomptions
1. Iîrelschneider, On the study and value of chinese botanicaf Works, with notes on the history of plants and geographical bolany from chinese sources. In-8, 51 pages avec ügures, Fooetioo, sans date, mais la préface datée de décembre 1870. — Notes on sotne botanical questions, lu-8, 14 pages, 1880.
2. Le dictionnaire de Wilson contient des noms de plantes, mais les botanistes se lient davantage aux noms indiqués par Roxburgh dans son Flora indica (éd. de 1802, 3 vol. in-8) et au dictionnaire spécial île Piddington, English index to the plants of India, Calcutta, 1832. Les érudits prétendent découvrir un plus grand nombre de noms dans les textes, mais ils ne donnent pas assez la preuve du sens de ces noms. Généralement, il manque pour le sanscrit ce que nous avons pour l'hébreu, le grec et le chinois, la citation, traduite en langue moderne, des phrases concernant chaque mot.
3. Le meilleur ouvrage sur les noms des plantes de l’Ancien Testament est celui de Hosenmüller, Handbuch der biblischen Alterkunde, in-8, vol. i, Leipzig, 1830. Un bon ouvrage, abrégé, en français, est La botanique de la Bible, par Fred. Hamilton, in-8, Nice, 1871.
4. Reynier, botaniste suisse, qui avait séjourné eu Egypte, a donné
avec sagacité le sens de beaucoup de noms de plantes dans le Talinud \ ou- ses volumes intitulés : Economie publique et l'uvale des Arabes et des Juifs, in-8, 1820, et Economie publique et rurale des Eqyptiens et des Carthaginois, in-8, Lausanne, 1823. Les ouvrages plus récents de Duschak et de Low ne reposent pas sur la connaissance des plantes d’Orient et sont illisibles, pour les botanistes, à cause des noms en lettres svriiuiues hébraïques, etc. J 1
ou des indications hypothétiques assez rares. C’est celle des langues dont on ne connaît aucun ouvrage, comme le celte, avec tous ses dialectes, le vieux slave, le pélasge, l’ibère, la langue des Aryas primitifs, des Touraniens, etc. On arrive à présumer certains noms, ou leur forme approximative, dans ces anciennes langues, par deux procédés, tous deux sujets à caution.
Le premier, et le meilleur, est de consulter les langues dérivées ou qu’on croit dérivées directement des anciennes, comme le basque pour l’ibère, l’albanais pour le pélasge, le breton, l’irlandais et le gaëlic pour le celte. Le danger est de se tromper sur la filiation des langues, et surtout de croire à l'ancienneté d’un nom de plante qui peut être venu par un autre peuple. Ainsi le basque a beaucoup de noms qui paraissent tirés du latin à la suite delà domination romaine. Le berbère est rempli de noms arabes, et le persan de noms de toutes sortes, qui n’existaient probablement pas dans le zend.
L’autre procédé consiste à reconstruire une langue ancienne sans littérature, au moyen de ses dérivées, par exemple la langue des Aryas occidentaux au moyen des mots communs à plusieurs langues européennes qui en sont issues. Pour les mots des anciennes langues aryennes, le dictionnaire deFiek ne peut guère être employé, car il donne peu de noms de plantes, et sa disposition ne le met pas du tout à la portée des personnes qui ne connaissent pas le sanscrit. Bien plus important pour les naturalistes est l’ouvrage d'Adolphe Pictet, dont il a paru, après la mort de l’auteur, une seconde édition, augmentée et perfectionnée *. Les noms de plantes et les termes de l’agriculture y sont exposés et discutés d'une manière d’autant plus satisfaisante qu elle est combinée avec des notions exactes de botanique. Si l’auteur attribue peut-être plus d’importance qu’il ne faudrait à des étymologies douteuses, il le compense par des notions d’une autre nature et par beaucoup de méthode et de clarté.
Les noms de plantes en langue euskaricnne, soit basque, ont été commentés, au point de vue des étymologies probables, par M.le comte de Charencey 8. J’aurai l’occasion de citer ce travail, où les difficultés étaient bien grandes, à cause de l’absence de toute littérature et de langues dérivées.
§6. — Nécessité de combiner les différentes
méthodes.
Les divers procédés dont je viens de parler n’ont pas une valeur égale. Evidemment lorsqu’on peut avoir sur une espèce
1. Adolphe l’ictet, Les origines des peuples indo-européens, 3 vol. in-8.
Paris. 1378. a„n
2. Chareacey, daus Actes de la Société philologique, vol. 1, n 1, iob».