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LA CITÉ ET LE THEATRE

La tragédie grecque fut un art national, moins par ses fables toutes empruntées aux légendes locales, que par son but avoué. Sur le théâtre de Dyonisos, l'idée de patrie plane sans cesse et le poète s'efforce à exalter l'orgueil athénien, à fortifier le sentiment de la race, à exciter l'amour du sol. Le spectateur sortait de la représentation avec le mépris des autres peuples et la conviction de son aristie. Cette volonté, évidente, systématique, cache un dessein politique ; il y a une conception d'état derrière l'expression lyrique.

Ce caractère du théâtre athénien ne peut être négligé, car les trois no-

tions religieuse, sociale et patriotique se mêlaient intimement dans la conscience des fils de Cécrops.

Une oeuvre de Corneille, Polyeucte; deux de Racine, Athalie et Esther, ressemblent à la tragédie antique.

Elles évoquent nos dieux et nos livres sacrés. Le chrétien reconnaît dans Joad un ancêtre de ses pontifes et Polyeucte incarne un héroïsme propre à la racine latine. Même mal représentées ces tragédies passionnent une partie des spectateurs qui restent froids à Britannicus ou à Cinna. Nos deux tragiques n'égalent ni Eschyle ni Sophocle : leur infériorité vient du public de leur temps, le pire qui soit, le public de caste.

Idéalement, ce qui borne notre horizon spirituel et accapare notre sensibilité doit être rejeté : le patriotisme ardent contredit à la communion humaine et nous entretient dans une partialité facilement injuste, cruelle souvent.

Pratiquement, plus l'objet de notre amour est prochain et précis, mieux

il profite de notre feu. Selon qu'on envisage l'idéologie ou l'expérience, on tient pour l'un ou l'autre avis, et honnêtement. Dans le silence du cabinet, parmi les livres évocateurs du passé, l'intellectuel ébloui par des aspects panoramiques envisage le sentiment de la race comme un aveuglement générateur de crimes.

Au contraire, l'homme d'état, aux prises avec les péripéties de la vie collective, considère le patriotisme comme un élément dynamique essentiel à la conservation et à la prospérité d'une race. Le penseur et le politique ont également raison : à certaines heures, le patriote deviendra l'ennemi de la justice : mais le citoyen universel trahit la cité. Nul ne résoudra cette antinomie entre l'idée abstraite et l'intérêt d'une race : l'écrivain de théâtre obéit malgré lui au sentiment ethnique. Shakespeare, qui a pourtant deviné la supériorité morale des Troyens sur les Grecs, maltraite Jeanne d'Arc, en véritable anglais et Wagner aimera vraiment,

dans le brutal Siegfried, le bel adolescent allemand, idéal de son pays plutôt que de sa pensée.

« Si on faisait le compte de ce qu'a coûté aux Athéniens chacune de leurs tragédies, on trouverait qu'ils ont dépensé davantage pour jouer les Œdifies et les infortunes de M édée ou d'Electre que pour obtenir par la guerre, la liberté et l'empire ». Ainsi parle le bon Plutarque et après lui des professeurs ont poussé des cris en relatant qu'une loi consacra aux dépenses du théâtre l'argent destiné à l'entretien de la flotte ! Même on décréta la peine de mort contre celui qui proposerait d'appliquer à la paye des soldats les sommes destinées aux représentations. Les historiens ne manquent pas d'attribuer à un souci de popularité ces distributions instituées par Périclès qui permettaient au peuple de payer sa place au théâtre ! Cette frivolité, scandaleuse en apparence, enveloppe un calcul savant et pratique : pour le découvrir, il suffit de lire les tra-

gédies ingénûment. L'art pour l'art, formule décadente, fût inconnue aux grandes époques. Nous voulons aujourd'hui que le moyen soit le but, parce que la volonté morale est morte; obstinément, nous attribuons aux Grecs notre mentalité appauvrie.

Le théâtre actuel, en effet, ne se propose que de distraire la classe aisée ; le théâtre de Dyonisos formait des citoyens et des héros ! Il y a dans le Mémorial de Saint-Etienne des remarques sur Corneille plus politiques que littéraires ou le vieil empereur devine avec son instinct de meneur d'hommes, ce que vaut la tragédie pour tremper les caractères et entraîner un peuple par des prestiges de gloire. Sous Périclès, le recensement qui fit retomber 5.000 citoyens dans la classe des métèques ne donna à la cité que 15.090 hommes nés de pères et de mères athéniens.

Ce chiffre, plus éloquent qu'un discours, explique comment tout dépendait de l'enthousiasme et que le premier soin s'appliquait à échauffer et

à entretenir les courages. Lorsque, dans Aristophane, Eschyle et Euripide se disputent, l'auteur du Prométhée s'écrie : « Quels hommes il a reçus de moi, des hommes de quatre coudées ; ils ne respiraient que pour la lance et le javelot ; nul spectateur ne sortait des Sept devant Thèbes sans avoir au cœur la fureur de Arès ; par ma tragédie des Perses, j'ai inspiré à mes compatriotes l'ambition de vaincre toujours leurs ennemis ». C'était un soldat de Salamine, celui qui chantait : « Allez, fils de la Grèce, délivrez votre mère, délivrez votre femme et vos fils, délivrez le temple des dieux, délivrez le tombeau des ancêtres. Voilà, voilà le prix de la victoire ! ».

Marathon, les Thermopyles, l'Artémision, Salamine, Platées, Mycale, ne sont pas seulement des trophées grecs, c'est l'Occident sauvé des Asiatiques. Sans ces héros qu'Eschyle entendait former, la race latine « dont nous sommes le soir et peut-être la nuit », aurait-elle évolué

avec une même splendeur ? Le dernier des répétiteurs se complaît à blâmer cette étrange indépendance qui opposa sans cesse Sparte, Athènes et Thèbes entre elles jusqu'à l'épuisement de leurs forces. Sait-on bien si cette impuissance de la Grèce à se former en grand état n'était pas la condition de son énergie créatrice ? On mesure les hommes d'après leurs oeuvres, non d'après leurs jours. L'imagination ne conçoit pas ce que l'Ionie aurait produit de plus, même en doublant la durée de son existence politique. Eschyle naquit en 525 et Sophocle mourut en 406. L'art tragique dura à peine un siècle mais atteignit une telle perfection que l'admiration ne se lassera jamais.

Entre les 15,000 citoyens d'Athènes et les 1,000 cités tributaires ou colonies, il n'y avait pas de lien religieux virtuel. Les jeux et les fêtes furent institués pour établir un contact moral parmi des individus si divers : ensuite il fallut éblouir les

alliés pour leur faire admettre que leur argent servît à entretenir la splendeur attique. De ces besoins positifs sortit une floraison de beauté. L'amour de l'Hellène pour la cité s'épanouit au théâtre.

Ce qu'on nomme le patriotisme de clocher sera toujours le plus vif ; il incarne l'égoïsme et se forme d'habitudes physiques et d'instinctivités- Dans une ville entourée de remparts, il s'établit une intimité, entre l'habitant et les pavés eux-mêmes :

son berceau, le lieu de ses études et celui de ses amours, son tombeau même se groupent autour de lui en un rayon si étroit qu'il fait lui-même corps avec le sol et lui emprunte, comme un Antée, toutes ses raisons de vivre. Cette solidarité de l'homme et de sa ville devait affecter une vivacité spéciale à Athènes.

A la dernière scène de VOrestie Minerve désarme les Euménides et dit : a C'est moi qui rendrai les triomphes d'Athènes éternellement illustres, dans la mémoire des nom-

mes » et le chœur s'écrie : « Adieu, peuple d'Athènes, Jupiter habite cette cité ; vous êtes aimés de sa fille, la Vierge ; ceux que Pallas couvre de ses ailes, son père les respecte toujours ». Quelle affirmation pour les 30,000 spectateurs ! Le Dieu suprême et sa fille sont-ils pas les premiers citoyens de la ville incomparable? Ils l'habitent tout puissants et bénins, Olympiens par la protection, Athéniens véritables par prédilection.

Je ne dirai point que les Attiques ont été les plus grands hommes parce qu'ils se sont crus tels : mais l'art ne cessa jamais d'exalter leur orgueil. Il y a là une leçon pour nous qui faisons trop bon marché de nos traditions et laissons nos théâtres tourner aux caravansérails. L'internationalisme politique se justifie peut-être par des mirages de pacificité ; rien n'excuse le cosmopolitisme d'art que l'invasion glorieuse du chef-d'œuvre.

Wagner est Dionysos lui-même ;

toute âme vibrante se joint à son cortège, mais les autres étrangers qui, n'ont pour mérite que de représenter des différences de tempérament ne nous apportent rien et corrompent notre goût, inestimable don patrimonial qu'il faudrait sauver à tout prix.

Thésée, qui se montre généreux pour OEdipe, ne nous représente qu'un caractère noble, Pour l'Ionien c'était l'ancêtre divin, destructeur des brigands, vainqueur du minotaure, le premier roi d'Athènes. Lorsque le vieil aveugle se flatte de payer d'un grand bienfait le léger service qu'il demande au fils d'Egée, il étonne le passant comme il étonnera le chœur jusqu'au moment où il révèle qu'une guerre éclatera entre les Athéniens et les Thébains. « Alors, dans le sein de la terre où elles dormiront, mes cendres boiront les ondes brûlantes du sang thébain, si Jupiter est toujours Jupiter, si son fils Apollon ne ment point. »

Nous sommes forcément insensi-

bles à cette circonstance si émouvante pour les contemporains. Le choeur qui célèbre la blanche Golone remuait leurs fibres en transposant dans la poésie un site familier et des traditions d'enfance. L'aspiration si générale vers un art qui exprime notre temps, doit faire comprendre combien la tragédie fut vivante, miroir d'enchantement où l'âme grecque se comtemplait ressemblante et héroïsée. Sermons de notre clergé, harangues de nos politiciens, conférences de nos professeurs que sontils auprès du chœur tragique exhalant en rythmes prestigieux le sentiment populaire de cette démocratie bizarre où il y avait des pauvres mais point d'ignares.

Il n'y a pas de nouveauté à souligner le patriotisme de la tragédie :

mais a-t-on dit qu'il constituait un des éléments du genre et qu'en le rejetant, on a violé la règle même ?

Ici apparaît la redoutable question de l'humanisme. Nos génies ont été grecs et romains et non français.

Victor Hugo a transporté sur sa lyre sonore le gros drame du boulevard.

Celui-là, cependant, avait reçu des dieux la faculté prodigieuse de l'image multiple, colorée, parfois éblouissante. Que lui manqua-t-il pour évoquer Jeanne d'Arc, notre Pallas ?

Cet immense horizon que l'archéologie étend chaque jour devant l'esprit moderne empêche de voir, de sentir et d'incarner le présent. Notre admiration dispersée aux rives du Gange, du Nil, de l'Eurotas ou de l'Arno, notre curiosité sans cesse à la poursuite des vestiges ; nos aspirations, enfin, qui faute de se satisfaire, cherchent des pavillons de rêve parmi les ruines, tout s'oppose à ce que nous aimions notre époque et notre lieu.

Or, l'art dyonisiaque est un chant d'amour en l'honneur d'Athènes ; les poètes tragiques se firent les hiérophantes de cette passion civique.

Comme les gentilshommes qui se faisaient tuer pour le roi, parce qu'ils

étaient gentilshommes, beaucoup d'entre nous donneraient leur vie à la patrie par devoir mais sans amour, sans cette passion ardente qui enflammait l'Hellène.

On a porté les plus bizarres jugements sur la tragédie, celui d'Aristote surprend entre tous ; il déclare Euripide le plus tragique des poètes.

Le Stagirite ignorait donc le véritable sens de cet art ou bien son goût personnel s'égarait ? Quintilien préfère l'auteur d'Alceste à celui d'Œdipe et il faut attendre Schlegel pour entendre une juste appréciation qui s'accorde avec celle d'Aristophane.

Le grand comique abomine trois choses qu'il donne comme symptômes de dégénérescence : la philosophie de Socrate, la tragédie d'Euripide et la nouvelle musique. Elles étaient, en effet, la négation du mysticisme, du patriotisme et de l'art hiératique.

Socrate est mort, décorativement, habilement et la coupe, qu'il a jetée à la postérité après avoir bu la ci-

guë, a passé de main en main : quelques-uns y ont vu le Graal philosophique. Pendant trente ans, le fils de l'accoucheuse conspira à la fois contre la démocratie et contre la religion nationale ; oligarchie et positiviste il a donné son nom à la méthode ironique la plus agaçante qui soit : elle humilie l'adversaire, et ce n'est pas une bonne prémisse de conviction mais plutôt une escrime toute sophistique. . Nietszche le visionnaire a montré Socrate derrière Euripide comme Méphistophelès se tient derrièrele docteur Faust; et vraiment les aphorismes moraux du poète substituèrent un déterminisme philosophique à l'immanence de la Divinité. L'art s'accommode du merveilleux le plus invraisemblable et supporte mal la morale pratique.

Eternellement, la vraie toile de fond s'appelle mystère, tandis que le raisonneur appartient à la comédie.

Malheur au poète qui substitue la philosophie à la religion, les muses se détourneront de lui, surtout la

muse tragique. En se souvenant de cette formule « le peuple d'Athènes a gagné la bataille de Marathon » ; on comprendra à quel point l'individualisme contrariait l'idéal athénien. Le nom de Miltiades ne se lisait pas sur le tableau du Pœcile représentant sa victoire et Phidias fut accusé de sacrilège pour avoir mis ses traits et ceux de Périclès sur le bouclier de Minerve. L'ostracisme ce singulier mode d'exil, qui chassait d'Athènes quiconque, sans jugement, sans grief, sur la demande du tiers des citoyens, nous révèle la ferme volonté d'une gloire où le héros ennoblit ses concitoyens sans s'élever au-dessus d'eux, véritable communisme moral, ayant pour visée secrète de persuader à tous un orgueil immense du nom athénien. Un esprit attentif, qui ne se laisserait pas distraire par l'extériorité, découvrirait dans la compagnie de Jésus quelque chose des sentiments de la République grecque ; car le dessein d'Ignace de Loyola fut aussi de

former une élite impersonnelle où chaque individu s'abdique au profit de l'ordre.

On reconnaît l'esprit aryen et le système de la caste dans cette tentative de 15,000 citoyens servis par 200.000 esclaves. L'énonciation du fait répugne à nos idées chrétiennes mais envisageons le résultat. Par le développement simultané de toutes les facultés de l'homme civilisé, l'Athénien réalisa le type accompli de l'espèce et produisit les modèles futurs des lettres et des arts, tandis que Sparte, exclusivement militaire mourut entièrement le jour où sa main cessa de frapper. Après la bataille de Corinthe, la Grèce, devenue la province d'Achaïe, conquit spirituellement l'empire romain autant, du moins, que le rayonnement athénien pouvait pénétrer la basse et brutale nature du Tibre ; elle avait déjà conquis l'Orient sous les traits du Macédonien. Il fallut la floraison chrétienne pour renverser cette hégémonie ; elle reparut cependant

plus éclatante que jamais au xve siècle. La Renaissance fut un nouvel avatar d'Athènes et, de nos jours, l'hellénisme constitue encore la doctrine esthétique. Sauf en architecture et en musique, nous continuons notre rôle de métèques artistiques ; nos musées ne sont, dans leurs meilleures parties, que des colonies grecques : et la culture ne cessera probablement jamais de se tourner, consciente ou superstitieuse, vers la petite cité attique où sont nées les méthodes et les formes les plus générales. Ces considérations prennent leur importance de ce fait que l'Athénien, au lieu de songer comme nous à l'universalité et d'être humaniste, fit son effort dans un sens lor cal, soucieux seulement d'incarner sa race et son pays : le génie grec est le fruit de cette concentration spirituelle dans un rayon très restreint.

Y a-t-il là une suprême leçon, récapitulatrice des autres ? Les meilleurs, aujourd'hui, n'aiment pas leur

temps ; le passé les obsède et aussi le lointain. Cependant, lorsqu'on assiste à Parsifal, il se produit un phénomène étrange : ce n'est plus l'émotivité seule qui s'ébranle en nous ; quelque chose d'innomé s'éveille, une fibre longtemps endormie vibre longuement ; et des pensées généreuses se pressent dans notre esprit. Le sens de la race se manifeste à la vue de ces chevaliers teutoniques ou templiers, ancêtres authentiques de nos prouesses et de nos poésies. Nos prières d'enfant, les enseignements religieux, les traditions du foyer, les contes de nos premières lectures et aussi nos rêves d'adolescents reviennent, comme des spectres, nous demander compte de l'idéalité qu'ils nous avaient insufflée ? La chevalerie n'est-elle pas la sainteté agissante et la première idée de perfection laïque d'où sortit notre geste incomparable, la Croisade, plus digne d'un Homère que l'Iliade et qui n'a eu pour chantre que le Tasse ! Parsifal est appelé à

un rayonnement incomparable parmi les races latines : cette œuvre, à défaut d'accents nationaux, incarne l'âme religieuse qui éleva nos cathédrales et aussi les traits initiaux de notre histoire : notre roi Louis IX et Parsifal se ressemblent au fond du cœur, purs et vaillants tous deux.

Un autre preux a les traits du fils de Gamuret, Godefroy de Bouillon. 11 suffit d'avoir indiqué l'œuvre moderne la plus semblable à la tragédie grecque pour montrer combien notre théâtre diffère de celui de Dyonisos et ne pas « confondre le drame historique, tel que la série des Henri » dans Shakespeare, avec l'évocation mythique d'un Hercule, ou d'un Agamemnon.

Présents, comme dans les Euménides et dans Ajax ; immanents comme dans YŒdifiéide, les dieux sont les véritables protagonistes de la tragédie. Zeus remplit la Prométhèide, Hercule le Philoctète qu'il dénoue par son apparition ; et même dans Electre et Antigone^ on les près-

sent, invisibles témoins, ces Olympiens, si étroitement mêlés aux catastrophes humaines ; à tout moment ils surviendraient sans étonner le spectateur. Pourquoi chercher un plus dominant caractère de la tragédie que celui-là : le prodigieux voisinage du mortel et de l'immortel, qui permet à la fois d'étaler la torture du Titan, la plaie du fils de Péan, le cadavre du roi d'Argos, et aussi de faire descendre de l'Olympe Minerve protectrice d'Ulysse, Apollon purificateur d'Oreste. Ces dieux, malgré l'universalité qu'on leur attribue, sont surtout les dieux d'Athènes ; un pacte les lie avec la cité attique comme celui de Jehovah avec Israël. Le ciel même est athénien par amitié 1 Certes, il ne faut pas l'entendement d'un Anaxagore ou d'un Socrate pour mépriser cette fiction ; mais ces philosophes, éblouis par leur propre personnalité, ont-ils estimé la virtualité d'une telle croyance et son efficacité pour tirer de l'âme hellénique les

plus beaux efforts ? Il y a dans la religion une force active et fécondante, un dynamisme puissant : on le voit aux actes comme aux œuvres.

Il y a dans le sentiment patriotique une source incomparable d'inspiration : en diminuant ce sentiment at-on bien agi, et l'esthétique peutelle attendre quelque œuvre de ce cosmopolitisme fait de curiosité et de critique stérile qui envahit notre mentalité ?

Ce serait attribuer trop d'importance à l'évolution de sa propre pensée que de remémorer ses états d'esprit antérieurs ; mais j'ai été frappé, en étudiant les tragiques, de trouver deux Mepomène : la Muse et Athènes.

Nous n'avons jamais entendu la louange de Paris que sur les lèvres carminées ou avinées de l'opérette, et cette louange ne célébrait que des plaisirs corinthiens.

La cité fut le grand foyer, la large famille adorée par le Grec comme la divinité véritable : il lui dédia sa viç

il lui dédia son art, et son amour lui inspira de tels accents qu'aujourd'hui encore tout esprit cultivé, qu'il soit du nord ou du midi, qu'il blasphème ou qu'il prie, et sans égard à la patrie de son cœur, salue Athènes comme la patrie de son esprit.

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