PNEUMONIE TRAUMATIQUE
Le traumatisme local, dont l'importance éliologique n'est certes pas douteuse, a pu être invoqué dans la genèse d'un grand nombre d'affections pulmonaires. Depuis longtemps son rôle a été reconnu dans la production de la tuberculose.
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On se rappelle l'histoire devenue classique de ces bateliers du Rhône qui, pour faire progresser leur barque, appuient leur gaffe sur la région sous-claviculaire et ébauchent ensuite des lésions tuberculeuses à l'endroit même où portait le traumatisme.
Nous ne parlerons pas du cas d'Harris de broncho-pneumonie consécutive à un traumatisme thoracique et qui fut probablement, d’après la lecture attentive de l'observation, une broncho-pneumonie caséeuse chez un malade antérieurement atteint de tuberculose ganglionnaire latente depuis de longues années.
Nous avons eu l’occasion de suivre, dans le service de M. Caisse et dans celui de M. Wipar, deux cas de pneumonie traumatique des plus nets. Il semble bien, dans l’un d'eux tout au moins, qu'un état septicémique ait précédé l'éclosion des accidents pulmonaires.
Lorsqu'on parcourt les observations qui se trouvent dans la thèse si documentée de Proust sur la pneumonie traumatique on voit que dans de nombreux cas, il semble qu’une phase de septicémie consécutive au traumatisme, ait précédé l'apparition des phénomènes pulmonaires.
Un fait encore intéressant à signaler à ce point de vue, c'est que les traumatismes portant sur les voies respiratoires supérieures ne paraissent nullement prédisposer à la pneumonie. C'est ainsi par exemple, que la trachéotomie n’a pas une influence bien grande sur la production de la pneumonie ou de la broncho-pneumonie ce qu’on s'explique assez mal, si l’on admet leur origine aérienne.
Lagric et Simon disent que lorsqu'une telle opération est pratiquée sur un imdividu ne présentant aucune prédisposition à l'inflammation de l'appareil pulmonaire, elle ne favorise pas la pneumonie. C’est sans doute à la faveur d’un refroidissement causé par l’arrivée brusque dans les alvéoles d'un air qui ne s’est pas réchauffé que se sont produits les rares cas signalés.
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Dans la pneumonie traumatique, c’est l'épithélium alvéolaire qui est surtout atteint; très susceptible il se multiplie se gonfle et desquame sous l’influence des moindres irritations. Dans l’intérieur des alvéoles la masse contenue est formée de cellules épithéliales volumineuses et de leucocytes. Dans les travées interlobulaires et dans le nodule peri-bronchique ce sont les lésions exsudatives qui dominent. Les lésions bronchiques sont rares.
Dans ces cas, encore, bien que la clinique parfois ne permette pas de saisir l'étape de passage du microbe, il semble que le poumon soit envahi par la voie sanguine.
Certains auteurs ont voulu rapprocher de la pneumonie traumatique, les pneumonies qu'on voit survenir à la suite d'un étranglement herniaire par exemple. Il parait logique d'invoquer une septicémie d'origine intestinale souvent même colibacillaire, et l'atteinte secondaire du poumon par le même germe. Il faudrait dans ces cas multiplier les ensemencements de sang sur tous les milieux. Nous verrons d’ailleurs, que l’expérimentation sur les animaux et Île tableau clinique de certaines broncho-pneumonies au cours de diarrhées infantiles ne font que confirmer l'hypothèse que
nous avons formulée.
Pneumonie du fœtus.
Dans tous les faits cliniques que nous venons de rapporter pour essayer de démontrer l'importance capitale de la théorie sanguine dans la discussion pathogénique des pneumonies on peut toujours invoquer quelque argument de doute. La pneumonie du fœtus nous apparaît, à Juste titre, comme la plus convaincante des preuves, car on ne peut lui découvrir d'autre origine.
La transmission des diverses maladies infectieuses de la mère au fœtus est connue depuis longtemps. La bactéridie charbonneuse, le bacille d'Eberth, le bacille du choléra, etc.,
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peuvent passer de la mère à l'embryon à travers le placenta. M. Nerrer a prouvé que le même mécanisme pouvait s’appliquer à la pneumonie, et cela non seulement chez les animaux, mais encore chez l’homme. “vi
Dans un cas qu'il relate, une femme, atteinte d’une pneumonie franche du sommet droit, accouche d’un enfant du sexe féminin, le lendemain du jour où la défervescence se produisait. L'enfant meurt et l'autopsie révèle l'existence d'une pneumonie de la plus grande partie du lobe supérieur droit. Il s’agit d'une hépatisation rouge vraie avec présence de moules fibrineux dans les bronches. L'examen microscopique démontre qu'il s’agit d'une pneumonie fibrineuse. La recherche des microbes permet de constater leur existence en grande abondance dans les moules fibrineux du poumon, dans l’exsudat pleural, dans le sang du cœur. Il n’est pas douteux que la pneumonie de ce nouveau-né soit imputable, dans ce cas, à une contamination d'origine maternelle par l'intermédiaire du placenta.
M. NeTTeR a même pu reproduire expérimentalement la pneumonie du fœtus chez le cobaye et la souris. Foa et BorpoxEe Urrrevozzi ont, de leur côté, observé la transmission intra-utérine de l'infection pneumococcique chez le lapin. ORTMANN a trouvé du pneumocoque dans l'utérus d'un cobaye qui avait avorté à la suite de pneumococcie.
Cette pneumonie du fœtus, qui constitue un chapitre dans l'étude de l'hérédité infectieuse, est assez peu connue encore en raison du nombre restreint des faits publiés.
Dans un cas de Tnorner, la mère était enceinte pour la troisième fois, elle accouche à terme après la défervescence de la pneumonie, l'enfant vit trente-sept heures, il y a une hépatisation du lobe inférieur gauche.
Dans l'observation de MarcuaNp, l'accouchement à lieu à terme deux jours après le début de la pneumonie de la mère.
L'enfant est pris bientôt après de pneumonie du lobe inférieur droit.
Les cas signalés par HERMANN, HuTErR, GuéNIoT, SrracHau n'ont pas de contrôle histologique. Ceux de Brcrarp, CRUVELHIER, GRISOLLE, WAGNER sont concluants et démontrent l'existence de pneumonie congénitale. Hecker, Lévy, Rocer signalent de véritables pyohémies fœtalesavec de nombreux foyers viscéraux et des épanchements purulents dans les grandes cavités séreuses. Le sang et les organes du fœtus donnaient des cultures pures de pneumocoque sans qu'il y eut de foyers morbides individualisés. Vrrr, DELESTRE, Bocaexskt et GROEBEL ont, comme NErrer, trouvé le pneumocoque dans le sang et dans les poumons.
La septicémie pneumococcique du fœtus réalise donc, non seulementla pneumonie franche aiguë la plus classique, mais encore la pneumonie infectante. L'affinité pour le tissu pulmonaire du diplocoque de TALAMoON-FRÆNKEL, agent de bactériémie, apparaît ici d’une façon manifeste.
MM. MÉNÉTrRIER et TouRAINE ont, l’année dernière, étudié très complètement un cas des plus typique à ce point de vue. Nous avons pu, grâce à leur obligeance, analyser l’observation et étudier les coupes histologiques dont nous reproduisons des dessins.
Ogservarion XXIII (Résumé), — Une femme enceinte, de quarante-cinq ans, entre à l'hôpital Tenon pour une pneumonie dont le début remonte à sept jours. Elle présente à ce moment tous les signes d’un foyer à la base du poumon droit. La température est de 39°,8. Elle a quelques vésicules d’herpès aux lèvres et son expectoration renferme du pneumocoque en abondance. La défervescence se produit le lendemain. Elle accouche deux jours après d’un enfant mort-né. Elle a dans la suite une pleurésie purulente et une arthrite à pneumocoque, mais finit par guérir. Le fœtus présente une pneumonie des plus nettes. Le poumon gauche est congestionné et, sur le poumon droit, le lobe moyen apparaît plus foncé et plus dense. Du volume d’une noix, cette masse indurée vient en arrière au contact de la plèvre épaissie à ce niveau. En avant, une couche de 2 centimètres environ la sépare du bord antérieur du poumon. C’est en somme un bloc d’hépatisation congestive. Du sang prélevé dans la veine ombilicaleet le ventricule donne des cullures de pneumocoque. Lescoupes de poumon fixées au Bouin ont porté sur le lissu hépatisé et les portions congestives avoisinantes. Au faible grossissement, l’extrême intensité de