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Un des cas princeps de ce mémoire dont nous avons relaté l'histoire au chapitre pneumonies se montra pendant cette période.
Voici d’autres observations qui, malgré l'insuffisance des recherches bactériologiques pratiquées, sont, croyons-nous, des plus démonstratives.
Ogservarion XII. — État grippal; pneumonie avec œdème aigu.
Jel..…., puisatier, entre à l’hôpital Tenon, parce que depuis quelques jours il ressent des douleurs vives dans l'abdomen, une sensation de courbature généralisée, de la céphalée et de la rachialgie. Le début de l'affection a été insidieux et s’est traduit par quelques-frissons, une élévation de la température à 39°; les symplômes abdominaux ne sont survenus que la veille de l'entrée à l’hôpital. Le malade est d'aspect robuste; son faciès est vultueux, les pommettes rouges, l’œil brillant avec une conjonctive légèrement subictérique. La palpation de l'abdomen est douloureuse, mais on ne trouve pas de signes nets de péritonite. Ce n’est que cinq jours après, alors que les phénomènes abdominaux se sont amendés, que le malade se plaint d’un point de côté à droite ; la percussion et l’auscultation révèlent la présence, à la base du poumon, d’un foyer de congestion. Il y a un léger ictère. le foie est augmenté de volume, larate nettement sensible. Les jours suivants, une expectoration extrêmement abondante traduisant l’æœdème pulmonaire se montre ; elle est faite de crachats séro-albumineux dans lesquels l’examen bactériologique décèle de nombreux diplocoques encapsulés. Un ensemencement de sang donne une culture pure de pneumocoque. Le tableau clinique se précise; un souffle apparaît et bientôt l'expectoration diminue et la crise urinaire de la défervescence se produit; le malade sort de l'hôpital entièrement guéri après un mois de séjour.
En résumé, on voit que l'état grippal du début doit être altribué à une pneumococcémie. Bien que rien ne nous autorise dans ce cas à nier de manière absolue l'origine aérienne des accidents pulmonaires présentés, 1l nous parait plus vraisemblable de les rattacher à la septicémie concomittante.
OsservaTion XIIL — État grippal: pneumonie bâlarde du sommet droit ; mort par urémie.
Un autre malade, L..., homme de peine, âgé de quarante-six ans, entre le 18 janvier 1907, à l'hôpital Tenon, dans le service de M. le Dr Caussane, salle Trousseau. pour douleurs thoraciques avec gêne respiratoire extrême. Son affection actuelle remonte à six Jours environ et a
débuté par un point de côté au niveau du mamelon droit et par de la dypsnée. Mais le malade était déjà, depuis une quinzaine de jours, dans un mauvais état général, avec céphalée fréquente et fatigue rapide au moindre effort.
Du 12 au 18 janvier, la dypsnée fut intense, Ja température élevée, l'expectoration abondante, spumeuse et aérée, etc’est devant la persistance de tels symptômes qu’il se décide à venir à l'hôpital.
Le jour de son entrée, c’est-à-dire le sixième de sa maladie, la température est à 38°; le pouls à 140, mais fort et bien frappé. Le visage est vultueux, la dyspnée extrême. A l'examen du poumon, la percussion dénote en avant, au sommet droit, une zone de matité et en arrière de la submatité dans toute la hauteur.
L'’auscultation révèle, en avant, à droite, une abolition du murmure vésiculaire ; à gauche, de gros ronchus sonores. En arrière, à droite, râles crépitants et sous-crépitants à la base, râles de gargouillement tellement nets dans la région moyenne que l’on pouvait penser à la présence d’une véritable caverne. À gauche, quelques râles fins de congestion à la base.
L'examen du cœur, avec une tachycardie très marquée, montre par moment une légère arythmie. Le foie dépasse de deux travers: de doigt les fausses côtes et est légèrement sensible. Les urines sont rares, très hautes en couleur et légèrement sanguinolentes ; elles contiennent de l’albumine en grande quantité et quelques pigments biliaires décelés par la réaction de Gmelin. Le 20, l’état général est des plus mauvais; la température est à 40°, le pouls à 130, la dypsnée et la cyanose ont plutôt augmenté. Les signes stéthoscopiques ne se sont guère modifiés ; l’expectoration, légèrement teintée, contient du pneumocoque en abondance.
Le 21, la cyanose est plus marquée que la veille. Au poumon, à droite, la respiration est soufflante à la base. Le sommet est le siège de ràles sous-crépitants et de fins râles sibilants; mais la température descend, le pouls reste à 110, et en présence des phénomènes pulmonaires congestifs de l’albuminurie, de l'hypertension (19 au sphygmo-manromètre de Potain) et de l’arythmie, on pratique une saignée de 400 grammes. Les phénomènes s’amendent, mais le surlendemain, le malade meurt assez brusquement au milieu d’une crise d'urémie.
Le diagnostic était resté longtemps hésitant entre grippe, pneumococcémie et fièvre typhoïde. A l’autopsie on constate de l’œdème pulmonaire à gauche, et le poumon droit est le siège d'une congestion intense. Il existe un véritable bloc d’hépatisation rouge de tout le lobe supérieur. Le cœur est gros sans lésion typique, le foie a augmenté de volume, les reins très altérés.Il y a dans tous les organes du pneumocoque en abondance.
En résumé, l'histoire clinique de ce malade paraît démontrer qu il s'agissait d'une septicémie à pneumocoque avec localisations pulmonaires et rénales.
Nous avons eu l’occasion d'observer un cas de splénopneumonie survenue manifestement au cours d’une affection pneumococcique. Il demande à être rapproché de ceux que Lemoine (de Lille) a récemment signalés dans une épidémie de grippe.
En voici d’ailleurs l'observation résumée que nous devons à l’obligeance du D' Baunoux (de Tours).
Ogservarion XIV. — Spléno-pneumonie grippale.
Un homme de trente-quatre ans, charretier, entre à l'hôpital de Tours le 11 novembre 1906, pour courbature généralisée, douleurs abdominales et céphalée intense. Malade depuis une dizaine de jours, éthylique avéré, il est pris le lendemain de son entrée à l'hôpital d’un délire ayant les caractères du délire alcoolique. Après un séjour d’une semaine environ, le malade est pris brusquement d’un point de côté violent et d’un frisson unique et prolongé. Le faciès est celui d’un pneumonique ; il a une dyspnée considérable (40 respirations par minute); la température, qui était à 38° les Jours précédents, monte brusquement à 40°, le pouls à 120. L'examen du thorax révèle, en arrière et à gauche, une abolition complète des vibrations thoraciques dans les deux tiers inférieurs du poumon.
Une matité absolue hydrique au même niveau, un souffle à timbre presque amphorique, aucun râle, abolition complète du murmure vésiculaire, égophonie et pectoriloquie aphone; en arrière et à droite, diminution des vibrations, murmure vésiculaire diminué. La ponction ne permet de retirer aueun liquide comme l’auraient pu faire supposer les symptômes physiques. L’ensemencement du sang a montré du pneumocoque en abondance. A l’autopsie, il n’y a pas d’épanchement pleural et l’on trouve une broncho-pneumonie à tendance hémorragique. Sur les coupes histologiques, des paquets de pneumocoques se montrent dans les alvéoles pulmonaires et au sein des vaisseaux.
On retrouve aisément dans la littérature médicale de ces dernières années des pneumonies et des broncho-pneumonies grippales manifestement survenues au cours de septicémies pneumococciques. RENDU, en particulier, à relaté un cas de grippe ayant été précédée par une angine érythémateuse à pneumocoque qui fut suivie d'une broncho-pneumonie grave ayant causé la mort du malade.
FressiNGer a étudié les rapports qui existent entre la grippe endémique et la pneumonie et arrive à cette conclusion que ces deux maladies évoluent simultanément, la première