PNEUMONIE PALUDÉENNE
Sous cette rubrique on a fait rentrer une série de cas sur la véritable nature desquels on discute encore. L'apparition de phénomènes pulmonaires graves n’est certes pas rare chez les palustres et ils peuvent revêtir un caractère pneumonique
marqué. Voici comment les choses se passent habituellement :
La maladie débute comme une fièvre intermittente ordinaire avec ou sans frisson. Le type est presque toujours quotidien ou tierce. Au bout de quelques jours la fièvre devient plutôt rémittente et se termine ensuite soit par une chute critique, soit en lysis. En même temps que la fièvre, apparaissent de la-dyspnée, un point de côté, de la toux et une expectoration, tantôt muco-purulente, tantôt franchement pneumonique. L'auscultation etla percussion décèlentparfois dès le premier Jour, de l’hépatisation généralement à la base. Mais il arrive souvent que pendant les intervalles d'apyrexie, les signes pulmonaires tant objectifs que subjectifs rétrocèdent ou même disparaissent complètement. La terminaison est souvent favorable ; mais, d’autres fois, les malades meurent dans le collapsus après quatre ou cinq accès fébriles. Ou bien encore la maladie a dès le début le caractère d’une rémittente ou d’une continue, le tableau clinique rappelle celui de la pneumonie typhoïde, et le malade succombe.
Il ne paraît pas douteux que certaines pneumonies malariennes ne soient pas autre chose que des accès pernicieux à forme pnéumonique et relèvent exclusivement du germe paludique..
MarcHoux a démontré que dans ces cas les crachats ne contiennent pas de pneumocoque, mais des quantités d'hématozoaires pigmentés.
Il est évident, d’autre part, que les autopsies de paludiques font souvent découvrir un foyer d’hépatisation passé inaperçu au cours d’un accès pernicieux et qu'on peut avoir affaire à une pneumonie vraie causée par le pneumocoque. Ce qui est remarquable, c'est l'influence curative qu’exerce la quinine non seulement sur la fièvre, mais encore sur le syndrome pneumonique, preuve évidente, pour certains auteurs, du caractère spécifiquement palustre de celui-ci.
MarriN, médecin à Déli (Sumatra), a décrit une forme spéciale de paludisme qui évoluerait avec tous les symptômes
de la phtisie galopante et provoquerait la formation rapide de cavernes pulmonaires sans qu'on puisse trouver de bacilles de Koch dansles crachats. D'autres auteurs, comme SCHUFFNER, croient qu'il s'agissait de tuberculose vraie chez des paludiques. F k
Les lésions chroniques déterminées par l'Aemamæba malariæ dans le poumon sont connues depuis la magistrale description de LaverAN, sous le nom de cirrhose pulmonaire palustre.
MM. Leruzze et NaATrAN-LaARRIER ont pu suivre, trois années durant, un vieux paludéen cachectique ayant présenté à différentes reprises des signes manifestes de congestion pulmonaire pendantles accès. Peu à peu se développaient au-dessus et au-dessous de la clavicule droite tous les signes d'une induration chronique aux poumons. Bien que la mort ait été due dans ce cas à une tuberculisation caséeuse à peu près totale des deux glandes surrénales, la maladie d'Addison ayant évolué d'une façon latente ou masquée du moins par la cachexie paludéenne, le poumon ne présentait aucune lésion luberculeuse et était très nettement atteint de congestion paludéenne chronique et de sclérose. Cette question est encore à l'étude.