LIVRE VI
CONSÉQUENCE DE L'ORIGINE SANGUINE POUR LE PRONOSTIC ET LA THÉRAPEUTIQUE DES MALADIES DU POUMON.
Si l’on veut bien admettre que les agents pathogènes, pour arriver au poumon et y déterminer des lésions caractéristiques, empruntent la voie aérienne à titre exceptionnel et que la plupart des affections pulmonaires ne sont — comme nous pensons l'avoir démontré — que des manifestations d’une septicémie préalable, on comprendra aisément que cette nouvelle doctrine pathogénique dirige et commande une thérapeutique adéquate.
Le pronostic, dans bien des cas, ne sera nullement modifié par cette notion particulière, puisque nous avons vu que les septicémies en général sont loin de comporter le facteur” de gravité qu'on leur attribuait autrefois.
La bactériémie est le plus souvent passagère, elle a une tendance naturelle à disparaître, mais elle est aussi plus fréquente et peut ne se traduire que par dessymptômes atténués.
Il appartient aux cliniciens avisés de la déceler dans tous les cas etles nouveaux moyens d'investigation scientifique, au premier rang desquels apparaît l'hémoculture, en donnent aujourd'hui la possibilité.
La conclusion s'impose, et comme toute septicémie latente est un danger en raison même des localisations les plus variées sur tous les organes des microbes en circulation dans le sang, il faut de bonne heure, dès qu'elle est reconnue, entreprendre contre elle une lutte acharnée.
Pour arriver à ce but, un diagnostic précoce, qui nous est
pire
rendu plus facile aujourd'hui, est nécessaire ; il doit être immédiatement suivi d'une thérapeutique rationnelle.
Il n'existe évidemment pas de médicament spécifique pour toutes les septicémies, mais les découvertes de ces dernières années nous permettent d'espérer en l'avenir. En éclairant le mécanisme de l'immunité, l'étude des réactions humorales a permis de trouver les moyens de mettre l'organisme humain en état de défense contre un grand nombre d'affections. La vaccination tend à prendre une place de plus en plus grande, et nous connaissons déjà quelques-uns de ses merveilleux effets. |
Il en est de même de la sérothérapie. Les modifications nouvelles et sans cesse en progrès apportées dans la technique de la préparation des sérums ont contribué, avec la notion récente des anticorps, à étendre considérablement son champ d'action.
La chimie physique, d'autre part, en éclairant d'un jour nouveau le mécanisme des diverses réactions qui se font au sein de notre organisme et en nous fournissant le moyen d'obtenir certains corps sous un état physique spécial qui leur donne des propriétés analogues aux substances constituantes de nos tissus, a ébauché tout dernièrement une nouvelle méthode thérapeutique.
Il serait aussi injuste de donner à ces nouveaux modes de traitement des maladies une importance qu'ils ne peuvent encore posséder à l'heure actuelle que de méconnaître leur valeur. Il est indispensable, surtout en pareille matière, où l'expérimentation est des plus délicate, de se garder des enthousiasmes trop prompts comme des critiques trop sévères.
Les affections du poumon et en particulier les pneumococcies pulmonaires, qui comptent parmi les plus habituelles, relèvent donc directement de cette thérapeutique générale. Quand on songe à la fréquence avec laquelle l'appareil respiratoire présente des lésions et combien les septicémies
pneumococciques avec ou sans localisation peuvent causer de morts, on est en droit de se demander sil ne serait parfois possible, en combattant la bactériémie, d'éviter ces métastases.
« L'expérience clinique, dégagée de {oute préoccupation théorique, avait démontré depuis un quart de siècle qu'il n'existe pas de remède de la pneumonie; d'ores et déjà, on peut ajouter que les recherches doivent se poursuivre dans l'ordre des médicaments qui atténuent l'action des parasites sur l'organisme tout en maintenant les forces individuelles de manière à leur permettre de lutter contre l’action envahissante et destructive du parasite. »
Cette profession de foi de Germain Sée demeure l'expression exacte de la vérité.
Thérapeutique colloïdale.
Depuis quelques années toutes les sciences biologiques sont entrées dans une phase nouvelle, grâce au progrès de la chimie. La découverte relativement récente de l’état colloïdal et surtout des propriétés particulières qu'acquièrent les corps sous cette forme physique, a déjà reçu en médecine journalière, des applications nombreuses. La science récente des colloïdes tend à jouer un rôle de plus en plus grand en biologie générale et nous avons vu comment la plupart des réactions humorales de l'organisme sont en réalité du domaine de la chimie physique. Les colloïdes et les lipoïdes entrent, eneffet, en ligne de compte dans la formation même des anticorps.
Les métaux colloïdaux ont pris place définitivement parmi les agents Les plus employés de la thérapeutique moderne.
L'éloge de l'argent colloïdal, le premier obtenu par voie chimique sous le nom de collargol, auquel on préfère actuellement l'électrargol obtenu par le procédé électrique, n’est certes plus à faire. [ntroduit par CRÉDÉ en thérapeutique,
vulgarisé surtout par MM. Nerrer et Roi, il a déjà fait ses preuves dans un certain nombre de septicémies.
ne faut pas croire que toutes les septicémies en sont redevables, ni surtout que les nombreux microbes en cireulation dans le sang et souvent déjà localisés dans divers organes qu'ils ont lésés, vont disparaître après l'introduction dans les veines d'une petite quantité de métal colloïdal. Mais leur développement peut s’arrêter, et il est certainque les observations deviennent de plus en plus nombreuses où il semble logique de mettre surle compte dela thérapeutique colloïdale, les bons effets obtenus.
Déjà les vétérinaires avaient constaté des guérisons dans la morve tuberculeuse aiguë, après injections intraveineuses. C'est à M. Nerter que revient le mérite d’avoir employé en France, en 1902, les métaux colloïdaux dans le traitement des maladies infectieuses.
Il n'est pas d'affections où les injections intraveineuses d'argent colloïdal furent plus employées que dans les septicémies pneumoniques et streptococciques. Les pneumonies les broncho-pneumonies, les septicémies puerpérales paraissent avoir été, dans des cas graves, heureusement influencées par l'emploi de cette thérapeutique (1).
(1) La science des colloïdes est de date récente et n’a commencé que le jour où l’on a recherché systématiquement à s'expliquer la nature intime de cet état. La vitesse de diffusion à travers une membrane de parchemin avait conduit à distinguer deux classes de corps :les cristalloïdes qui diffusent facilement et présentent des solutions fluides, et les colloïdes qui ne dialysent pas.
L’ultra-microscope a permis de reconnaître qu’une solution colloïdale est en réalité formée par une suspension d’une quantité considérable de particules ultra-microscopiques dans un liquide qui est habituellement l’eau distillée. Bredig le premier a obtenu une poudre ultra-microscopique par la pulvérisation électrique de lames métalliques qu’il plongeait dans l’eau et entre lesquelles il faisait jaillir l'arc voltaïque. Ces colloïdes sont constitués par des granules d’une finesse extrême, ce qui fait que la surface de contact entre eux et le liquide est considérable : 4 millimètre de platine colloïdal aura une surface de plus de 600 mètres carrés. C'est au grand développement des phénomènes qui se passent sur toutes les
surfaces qu'est due l’action catalytique des colloïdes. Ceux-ci partagent en effet avec les diastases cette propriété. Une petite quantité de platine
Son mode d'action d'ailleurs s'explique aisément.
Les résultats obtenus par les premiers auteurs qui ont employé les métaux colloïdaux dans divers états septicémiques, devaient rapidement conduire à étudier leur pouvoir antiseptique, en les faisant agir sur les cultures microbiennes et en les inoculant aux animaux.
Il suffit d'additionner des tubes de cultures d’une solution colloïdale d’argent telle que lemilieurenferme un quatre-vingt millième du métal, pour arrêter ledéveloppement du pneumocoque. De plus, cemicrobe a despropriétés essentielles qui se modifient sous cette influence : c'est ainsiqu'il perd la propriété de prendre le Gram, comme l'ont bien montré MM. CHaRRiIN et Moxier-Vinarp. Nous avons, d’ailleurs, trouvé les mêmes résultats. Le streptocoque ne peut non plus se développer sur un bouillon additionné de quelques gouttes d'électrarsol. Le bacille d'Eberth est arrêté dans son développement et s’agglutine. Presque tous les autres microbes ont une sensibilité intermédiaire entre celle du bacille d'Eberth et celle du colibacille.
Nous avons en outre remarqué qu'en ajoutant un métal colloïdal qui par lui-même ne possède aucune propriété hémolylique à une culture microbienne servant d’antigène au cours d’une réaction de fixation, celle-ci perdait, au moins en partie, ses propriétés. Il semble que la sensibilisatrice spécifique contenue dans le sérum d’un malade atteint de pneumonie ne soit plus capable de jouer entre les pneumocoques ainsi modifiés par le métal colloïdal, et le complément, son rôle d'intermédiaire et de fixateur.
colloïdal peut décomposer des dosesinfinies d'eau oxygénée, Si dans une solution colloïdale remplissant un tube en U on plonge deux électrodes analogues, on voit les granules se diriger vers un pôle c’est : le transport électrique. On a ainsi diviséles colloïdes en positifs et en négatifs. Certains d’entre eux sont très frêles, mais on peut les stabiliser en leur ajoutant un colloïde résistant et de même signe. Les sels minéraux ont aussi une grande influence pour précipiter les colloïdes.
Une quantité infinitésinale d'un poison comme l'iode suffit à arrêter l'action catalytique du platine colloïdal sur l’eau oxygénée.
. Nous avons recherché si des animaux ayant reçu de fortes doses d'argent colloïdal ne seraient pas susceptibles de résister à l’action de différents microbes. Nous avons pour cela pris deux lots de souris : le premier, composé de quatre animaux, a reçu à vingt-quatre heures d'intervalle, pendant trois jours de suite, un centimètre cube d'argent colloïdal électrique à petits grains. Nous avons ensuite inoculé toutes les souris en expérience avec du pneumocoque. Dans le premier lot, deux seulement ont succombé; dans le deuxième, les quatre sont mortes rapidement.
Sans qu'on puisseconclure, de ces faits trop peunombreux, à la possibilité d'immunisation par ce procédé, d'autant que l'élimination doit être très rapide et le phénomène momentané, ces expériences nous paraissent concluantes quant à l’action des colloïdes introduits dans l'organisme.
Il nous a paru utile, pour la théorie que nous soutenons, de l’origine sanguine des pneumopathies, d'étudier ce passage de métaux colloïdaux, quelle que soitla voie d'absorption, dans les différents organes et en particulier dans le poumon.
Que l’on fasse des injections intraveineuses ou souscutanées, il est possible, au bout de quelques heures, de retrouver l'argent injecté dans le poumon, ce qui semble prouver que la voie sanguine est une des plus habituelles pour conduire dans cet organe les divers agents physiques, chimiques ou parasitaires introduits dans l'organisme.
On peut admettre, a priori, que les microbes n'ont aucune raison pour agir autrement que les particules ultra-microscopiques des colloïdes employés dans ces diverses expériences. On en retrouve des traces, non seulement dans le poumon, mais aussi dans les parois intestinales, le foie, la rate, le cœur, et surtout le rein. Il en existe aussi dans la bile, ce qui vient à l'appui de la théorie soutenue par MM. Lemierre et ABrami, que la voie descendante est une voie pour ainsi dire naturelle. On ne les trouve JAMAIS dans le liquide céphalo-rachidien, ce qui s'explique par l'imper-
méabilité des méninges et fait comprendre la nécessité de les introduire directement dans la cavité rachidienne quand on veut agir sur une lésion cérébrale ou méningique.
L'étude des échanges nutritifs est des plus utile à connaître. M. le professeur RoBix a montré que l'introduction sous la peau de quelque dix-millième de gramme d’un métal comme l'argent, le palladium, l'or, le platine, était capable de produire des effets chimiques considérables et similaires de ceux que l'on obtient avec les diastases extraites des levures.
Ces effets sont: une augmentation de l'urée qui peut s'élever de plus de 30 p. 100; une augmentation du coefficient d'utilisation azotée ; l'augmentation de l'acide urique, qui peut atteindre des chiffres considérables, jusqu'au triple de la quantité initiale ; une véritable décharge d'indoxyle urinaire ; une diminution dans la quantité totale d'oxygène consommée avec abaissement parallèle de l'acide carbonique, d'où élévation du quotient respiratoire ; une élévation tem: poraire de la tension sanguine.
On sait que dans la pneumonie, et surtout dans les étapes pneumococcémiques graves, le coefficient d'utilisation azotée tombe, et il y a de lhypoazoturie. Or, cliniquement, les résultats de l'injection sous-cutanée ou mieux intraveineuse, de 5 à 10 centimètres cubes d’électrargol, sont très nets: il y a de l’augmentation de l'urée, de l'acide urique et une décharge d'indoxyle.
Les signes physiques des lésions de la pneumonie montrent que celle-ci continue son évolution, malgré la chute de la température, mais, il est néanmoins évident que la crise terminale est ainsi favorisée.
Nous avons étudié les réactions sanguines dans un très très grand nombre de cas d’affections pulmonaires traitées par cette méthode : presque toujours, nous avons constaté une forte polynucléose, et une tendance à l’éosinophilie qui, nous le savons, et sans qu'on puisse encore l'expliquer d’une
façon précise, apparaît presque toujours pendant la convalescence des maladies infectieuses.
Voici d’ailleurs quelques chiffres plus démonstratifs que n'importe quelle affirmation. A Ja suite d'injection d’électrargol, dans un cas de septicémie staphylococcique, avec broncho-pneumonie, le nombre des globules blancs s'élève de 8000 à 22000; dans deux infections puerpérales avec accidents pulmonaires, de 10000 à 40000; dans un rhumaüsme articulaire aigu avec congestion pulmonaire, de 8500 à 22000. Enfin, dans plusieurs cas de pneumococcémie à détermination pulmonaire et de pneumonie simple, nous avons vu les chiffres montés de 3 000 à 6000 globules blancs après le traitement.
MM. Acnarp et Paul-Emile Werrz ont faitune étude expérimentale de l'action de l’électrargol sur le sang et les organes hématopoiétiques chez l'animal sain ; elle confirme entièrement ces résultats ; ils ont observé une leucolyse marquée une heure après l’injection. De 5200, le nombre des globules blancs tombe à 3000. Au bout de quarante-huit heures, 10200 globules blancs, et après douze jours, 14400.
RiBADEAU-Dumas et DEBRÉ ont constaté dans le sang de certains malades une réaction myéloïde caractérisée par la. présence de myélocytes et d' hématies nucléées. Nous n'avons d’ailleurs pas constaté ce phénomène, mais celui-ci est d'accord avec les faits expérimentés.
Acxarp et Wei ont en effet constaté à l’autopsie d’anrmaux injectés avec de l'argent colloïdal, une réaction très nette de la moelle osseuse; du côté de la rate la réaction fut aussi des plus nette ainsi que du côté du thymus. C'est, en somme, le cycle réactionnel entre la moelle et Ia rate, si bien étudié par M. Dominicr dans ses différents travaux, qui se révèle ici dans ses grandes lignes, avec l’antagonisme fonctionnel entre les tissus myéloïde et Iymphatique.
Le point particulier qu'il faut mettreen lumière, c'estqu'au début, tandis que la moelle réagit par une prolifération myé-
loïde, la rate réagit avec autant d'intensité par une probfération lymphatique.
Toutes ces réactions, purement fonctionnelles, nes’accompagnent d'aucune lésion et permettent le retour des organes au repos sans laisser subsister aucun désordre.
Nous avons étudié systématiquement la résistance globulaire chez nos malades traités par l'argent colloïdal: jamais nous n'avons constaté de fragilité par le procédé de Vaquez et Rimierre, ni avec le sang total, ni par le procédé des hématies déplasmatisées. Nous n'avons jamais non plus, il est vrai, constaté d'augmentation de cette résistance.
Une des actions les plus nettes produites par l'introduction dans la circulation générale des métaux colloïdaux, c'est la modification de la courbe thermique. Dans toutes les septicémies, voici habituellement ce que l’on constate : dans un premier stade qui est de courte durée, la réaction se traduit par une surélévation de température qui paraît en rapport avec la dose injectée, puis dans un deuxième stade assez rapide, il se produit une chute assez brusque et qui parfois peut se maintenir.
La transformation d'une formule cytologique à prédominance de lymphocytes, en une formule de polynucléoses, est la règle, quand il s’agit du liquide céphalo-rachidien. Ces modifications sont moins nettes, lorsqu'on injecte les métaux colloïdaux à l’intérieur de la cavité pleurale.
- Nous avons vu que le pouvoir opsonique d’un sérum de pneumonique, était généralement augmenté vis à-vis du pneumocoque, et qu'un certain nombre d'individus normaux sont susceplibles de posséder un pouvoir opsonique considérable vis-à-vis du pneumocoque. Or il semble, d'après les études de Bossan et Marcelet, que le pouvoir opsonique d’un sérum vis-à-vis de différents bacilles et en particulier du pneumo-bacille de Friedlander et du bacille d'Eberth, soit doublé à la suite d'injection d'électrargol. En d’autres termes, il semble que l'introduction de colloïde dans
ÉLE vs
l'organisme y produise une surproduction d'opsonines qui figurent au nombre des anticorps développés dans tout organisme infecté.
Ces faits permettent de conclure que les métaux colloidaux provoquent dans l'organisme de véritables phénomènes de défense. Nous avons, pour notre part, essayé ce mode de thérapeutique dans un grand nombre d'affections pulmonaires et en particulier au cours de l'épidémie de grippe que nous avons eu l’occasion, d'observer dans le service de M. CaussapE, à l'hôpital Tenon. | - I est évidemment difficile de conclure d'une façon absolue aux bons effets d’une thérapeutique en clinique journalière. Il est en tout cas certain que si l'introduction des métaux colloïidaux ne peut avoir aucune action sur la localisation d'une septicémie et sur les lésions organiques provoquées par cette localisation, elle fait au moins disparaitre assez rapidement du sang les germes pathogènes qui s’y trouvent. C'est ainsi que les ensemencements de sang pratiqués chez des malades soumis à des injections intraveineuses d'électrargol, se sont dans presque tous les cas montrés négatifs, falors même qu'avant l'emploi du traitement ils s'étaient montrés nettement positifs.
Sérums et vaccins.
Les tentatives expérimentales faites de divers côtés à fin de vaccination et d'atténuation prophylactique et thérapeutique des affections pneumococciques n'ont malheureusement pas, jusqu'ici, donné tous les résultats qu'on était en droit d'attendre d'elles.
Les premiers essais du traitement de la pneumonie avec les injections de sérum provenant d'animaux immunisés ont été pratiqués par F. et G. KcemPerer. De 5 à 10 centimètres cubes de sérum sanguin emprunté à des lapins rendus réfractaires ont déterminéchez six pneumoniques unechute notable
de la température et purent hâter la crise chez quatre d'entre eux, tandis que chez deux autres tous les phénomènes généraux réapparaissaient au bout de quelques heures.
Fox et CARBONE ont constaté une action analogue chez douze autres pneumoniques et souvent même (sept cas) l'affection fut arrêtée au troisième ou quatrième jour de son évolution.
Foa et Scagra ont également pratiqué des inoculations de sérum de lapins immunisés. Huit fois sur dix, ils ont produit la crise le soir ou le lendemain de la première injection.
WEISSBECKEN a essayé l’action du sérum sanguin de convalescents de pneumonie ; il aurait obtenu des effets favorables portant aussi bien sur l’état général que sur la fièvre et sur le processus local. Deux tentatives nouvelles ont vu récemment le jour : en Italie, PANE immunisa des poneys et des ânes en leur inoculant des doses progressivement croissantes de cultures de pneumocoque. Après avoir essayé la puissance du sérum ainsi obtenu en le mélangeant en diverses proportions à une dose considérable de cultures virulentes et en l'injectant dans la cavité péritonéale d’un lapin, PANE a trouvé que cette méthode thérapeutique donnait des résultats satisfaisants. L'auteur, cependant, remarque que très rapidement l'animal ne fournit plus de sérum efficace malgré de nouvelles injections. À
Ces faits nous paraissent en rapportavec les enseignements des réactions de fixation pratiquées dansle but de rechercher la persistance des anticorps après la guérison de la pneumonie.
Reyro et WasBourx ont essayé de fabriquer un sérum antipneumococcique plus actif. Après s'être assurés de la virulence fixe des agents pathogènesemployés par passages répétés sur des lapins, ils ont injecté non plus le sérum avec la culture, mais ils ont fait pénétrer le sérum dans la circulation et aussitôt après la culture dans la cavité péritonéale.
Les résultats qu'ils ont obtenus ne sont cependant pas des plus concluants.
Actuellement, Pane cherche un nouveau sérum par immunisation du bœuf.
RomEr a découvert un sérum polyvalent qu’il a appliqué d’abord au traitement de certaines uleérations cornéennes, puis, avec des résultats divers, au traitement de la pneumonie; tandis que TaBar et Knauri signalaient des cas favorables, Mrésowicz et May restaient incertains sur son rôle.
Déjà, en 1901, M. Taramon avait insisté sur-le bon effet du sérum antidiphtérique dans le traitement dela pneumonie.
De même qu'il existe des coagglutinations et des cofixaions, il se produit dans les sérums curateurs des substances antitoxiques bactéricides et opsonisantes dont l'effet peut s'élendre à des germes pathogènes de nature différente.
Nous avons vu l’action probable des toxines microbiennes élaborées dans les cavités naturelles et presque aussitôt absorbées sur le système nerveux et combien leur rôle tend à prendre de plus en plus une importance plus grande dans la genèse des divers accidents présentés.
On connaît actuellement les réactions de l'organisme visà-vis des toxines et une méthode nouvelle de séro-diagnostic a été instituée par la pratique devenue courante des sous-, cuti et intradermo-réactions.
On peut expérimentalement immuniser des animaux en leur inoculant des extraits organiques de lapin préalablement garantis contre l’action du pneumocoque.
Il semble que les antitoxines se forment d’abord dans la moelle osseuse et viennent se déposer ensuite dans les organes lymphoïdes (thymus, rate, ganglions lymphatiques). Certains auteurs ont attiré l'attention sur ce fait que la leucocytose de la pneumonie s'exerce principalement aux dépens des leucocytes polynucléaires de la moelle osseuse.
On pouvait donc penser que ces leucocytes étaient chargés de porter dans l’écoromie les antitoxines ainsi élaborées.
Si les expériences conduites dans cette direction ont donné
un résultat négatif, il serait intéressant, néanmoins, de les poursuivre.
Ainsi done, les propriétés des colloïdes, des sérums et des substances antitoxiques reconnaissent une origine à peu près analogue et peuvent jouer un rôle important dans la défense de l'organisme.
S'il est matériellement impossible que leur action puisse s'exercer sur des lésions organiques constituées lorsque l'étape septicémique est déjà passée et lorsque les microbes en circulation sont venus coloniser dans le poumon, au moins est-il certain qu'ils peuvent favoriser la destruction des bacilles ou tout au moins diminuer la durée de leur passage dans le sang. -
Il est évident que l’on pourra trouver d’autres substances capables de jouer un rôle identique. M. NETTER a vanté les effets du chlorure de calcium qu'il a coutume de donner à tous les pneumoniques dont le cœur paraît faible, et l’on sait que chez ces malades, suivant l'expression de PETER, si la lésion est au poumon, le danger reste au cœur.
Le chlorure de calcium serait en effet susceptible de neutraliser le poison de la pneumonie, comme le fait l’antipneumotoxine présente dans le sang des convalescents ou des immunisés.
Nous avons vuque la composition destoxines se rapproche des albumoses et des peptones, que ce sont là probablement des substances à l’état colloïdal, et nous avons montré que certains électrolytes, au premier rang desquels il convient de citer le chlorure de calcium, aisément produisent avec les colloïdes des phénomènes de précipitation.
D'autre part, les expériences de PEkELHARING semblent prouver que l'injection intraveineuse de ce sel prévient les conséquences des injections de peptone et même les arrête. De plus, on admet que l’adjonction des sels de calcium est nécessaire dans les cas d’accumulation des sels de sodium : au même titre que la soustraction de ces derniers, l'adjonc-
tion des premiers rétablit un équilibre nécessaire entre les ions métalliques, équilibre rompu dans toutes les septicémies.
Les heureux résultats signalés par quelques auteurs à la suite de l'emploi de la balnéationfroide ou de la production des abcès de fixation, ou de la digitale — substance antitoxique — dans les pneumonies graves, doivent d'autant moins nous étonner que nous voyons ces méthodes thérapeutiques réussir dans un grand nombre d'affections générales,
On peut conclure de tous ces faits que si la médication symptomatique doit conserver tous ses droits, il existe une thérapeutique d'avenir plus en rapport avec les découvertes modernes et les nouvelles doctrines pathogéniques.