‹ Origine Thyroïdienne Du Rhumatisme Chronique Progressif Et DéformantChapitre 8 sur 27 · Toucue Journal d'anatomie · texte numérisé non relu

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t-elle les faits ? nous ne le croyons pas. De ce que le système nerveux intervient dans la production des arthrites il ne s'ensuit pas qu’il soit la cause efficiente de celles-ci. Les observations où l'on signale des lésions des méninges rachidiennes sont rares. Il faudrait en outre constater des lésions des racines rachidiennes, ce qui n’a pas encore été fait.

Une autre étiologie du rhumatisme chronique a été récemment soutenue brillamment par M. Poncet et ses élèves, c’est celle de l’origine tuberculeuse du rhumatisme chronique.

Pour M. Poncet la tuberculose peut donner lieu à des manifestations articulaires très différentes les unes des autres et simulant les lésions des rhumatismes à tel point que l’on ne songe pas à la relation de cause à effet entre elles et l'infection bacillaire.

Ces accidents vont depuis la simple arthralgie fugace jusqu’à l’arthrite noueuse cervicale (Bullet. de l’Ac. de méd., 1901). Dans sa communication à l’Académie de médecine, M. Poncet cite l’observation de trois malades chez lesquels, dit-il, le diagnostie de rhumatisme tuberculeux ne laisse aucun doute. Chez l’un, homme de k ans, on relate dans les antécédents une épididymite chronique, une bronchite et une pleurésie gauche ; un an après la pleurésie, apparaissent des douleurs articulaires avec gonflement diagnostiquées : rhumatisme articulaire aigu. Huit jours après, les accidents se localisent à la région lombaire et à la hanche droite, finalement le malade fait un mal de Pott avec abcès du volume des deux poings dans la fosse iliaque.

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Dans unesecondeobservationun maladeavait présenté une tuberculose pulmonaire ancienne, puis du rhumatisme articulaire aigu avec localisation ultérieure au niveau de l'articulation de lapremière et de la deuxième phalange du médius droit (ostéo-arthrite tuberculeuse suppurée de cette articulation). Les inoculations faites

au cobaye ont été positives.

Dans la troisième observation il s’agit d’un malade tuberculeux au 5° degré qui fait de l’ostéo-arthrite tibiolarsienne droite fongueuse, suppurée et du rhumatisme chronique avec poussées plus ou moins aiguës de pres-

que toutes les autres articulations.

Dans tous ces cas il s’agit de lésions nettement tuberculeuses coexistant avec d’autres arthrites ankylosantes ou déformantes que M. Poncet rattache à la même origine.

En 1903 à la Société nationale de médecine de Lyon le même auteur publie un nouveau cas de rhumatisme tuberculeux, il s’agit alors d’une forme qui simule le rhumatisme chronique déformant. C’est sur la radiographie qu'il se base pour établir la nature de cette affection. Les lésions sont dans l’observation publiée plutôt synoviales et péri-articulaires alors que dans le rhumatisme déformant typique on voit les extrémités des phalanges volumineuses et les cavités glénoïdes petites. Dans le rhumatisme tuberculeux au contraire la tête des condyles est petite, atrophiée et la cavité glénoïde érodée.

En 1904 M. Poncet décrit de nouveau le rhumatisme

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chronique tuberculeux ankylosant ; il en signale les deux formes primitive et secondaire.

Un peu plus tard (1906) Poncet et Leriche reviennent encore sur cette même question. « Le rhumatisme tuberculeux, disent-ils, a les mèmes caractères anatomiques que le rhumatisme ordinaire avec ses deux formes : atrophique-raréfiante, plastique-hyperostosante. »

Poncet et Leriche abordent ensuite la question des localisations viscérales de l'infection tuberculeuse qui surviennent au cours du rhumatisme tuberculeux. Poncet donne le nom de rhumatisme abarticulaire à ces localisations et décrit parmi les manifestations abarticulaires : les cardiopathies inflammatoires d'origine tuberculeuses les localisations nerveuses du rhumatisme tuberculeux : névralgie faciale, céphalée, les déterminations cutanées, oculaires, etc.

La question s'étend de plus en plus et detousles côtés surgissent de nombreux travaux :

Étudiant les rapports du rhumatisme avec la tuberculose Poncet et Leriche(Acad. de méd., janv. 1907) écrivent: « De l’arthritisme, semble-t-il, il ne reste rien ou presque rien... »

« Le tubercule est une néoplasie inflammatoire à double tendance fibreuse et caséeuse. La tendance fibreuse, il ne l’a pas qu'autour de lui. Par les toxines diffuses du microbe causal, il réagit à distance et fait partout de la sclérose qui prédomine sur différents points ou sur certains appareils variables avec les individus. Ainsi donc fréquemment, les lésions dites arthritiques n’ont

que l'expression de tuberculoses locales bénignes.

« Il y aurait des grands et de petits tuberculeux. Les grands tuberculeux ont des formes sévères plus ou moins rapidement mortelles. Les petits tuberculeux présentent des formes bénignes, promptement fibreuses, formes arthritiques si on le désire, mais avec tontes les réserves que nous avons faites. Les premiers succombent après quelques mois, quelques années. Les seconds durent parfois indéfiniment, comme s'ils s’immunisaient progressivement contre une infection plus virulente. »

Sans discuter ici l’origine tuberculeuse de larthritisme et pour nous en tenir uniquement à la question du rhumatisme chronique déformant nous voyons Poncel et ses élèves soutenir l’origine tuberculeuse de cette affection et se fonder pour défendre leur théorie sur les arguments suivants :

1° Preuves cliniques,

2° Preuves expérimentales.

Preuves cliniques.— « De même, dit Poncet, que chez un blennorrhagien indemne d’une autre infection une manifestation articulaire spontanée quelconque doit être considérée comme étant, à priori, de nature blennorrhagique, toute arthrite chez un tuberculeux doit être de même façon rapportée à la tuberculose. » Or les manifestations rhumatismales sont fréquentes chez les tuberculeux. Trebeneau dans les services de médecine et de chirurgie des hôpitaux de Lyon, Mirson au sanatorium de Leysin, Valentin au Perron, etc., ont mon-

tré que chez les tuberculeux avérés les manifestations

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articulaires rhumatismales se voient dans 5 à 17 pour 100 des cas. Schneider sur 100 pleurétiques a trouvé 20 rhumatisants. Parfois on ne peut trouver nulle part de foyer bacillaire et le rhumatisme est dit primitif (1).

Mais dans ces cas on trouve à l’autopsie des ganglions tuberculeux du médiastin ou de l’abdomen, bref un foyer discret qui a passé inaperçu du vivant du malade.

« Ce renseignement est, dans l'espèce, capital. II a la valeur de la goutte urétrale qui fait dire rhumatisme blennorrhagique en présence d’une poussée articulaire plus ou moins aiguë. » (Poncet et Leriche.)

Ajoutons encore que M. Poncet et ses élèves signalent la fréquence de la transformation de certaines arthrites dites rhumatismales en tumeurs blanches, la fréquence des accidents pleuro-pulmonaires et la fréquence aussi de mort par tuberculose pulmonaire.

Nous ne parlons pas ici de granulations tubereuleuses trouvées sur la synoviale articulaire. Ces observations sont très rares, il en existe cependant une des plus intéressantes publiée par Laveran dans le Progrès médical (1876).

Il s'agissait d’un jeune soldat mort à la suite d’une attaque de rhumatisme articulaire aigu et chez lequel on trouva à l’autopsie une congestion granulique typique. Dans ce cas il s'agissait d’une forme aiguë de rhu-

matisme.

1, Mazor: Th. Lyon, 1905,

2° Preuves expérimentales. — Dans un certain nombre de cas on a recherché le bacille de Koch dans les épanchements séreux. Or quel que soit le procédé employé, le bacille n’a pu être retrouvé. L’inoculation des épanchements, aux animaux a de même été tentée. Dieulafoy et Griffon (1), Petit (2),et à Lyon, Dor, élève de Poncet,ont obtenu quelques rares inoculations positives.

Le bacille tuberculeux agirait donc par ses toxines qui produiraient des lésions scléreuses.

Les théories de M. Poncet ont été fort discutées. Elles sont passibles de nombreuses objections. Les méthodes de laboratoire ne permettent pas de retrouver dansles épanchements la présence debacilles de Koch. L'inoculation des épanchements aux cobayes est souvent négative. Radiguer déclare dans sa thèse « qu'il lui a été impossible expérimentalement de reproduire des arthrites tuberculeuses, de quelques formes anatomiques qu'elles soient, par l’injection de toxines solubles. »

Latuberculose peut créer des arthrites chroniques, et sans doute certaines formes de rhumatisme chronique; elle n’est certainement pas la cause efficiente de tous les cas de rhumatisme déformant.

Un grand nombre de rhumatisants chroniques n’ont, en effet, jamais présenté, dans tout le cours de leur exis-

tence, de manifestations bacillaires de quelque nature que ce soit.

1. Société médicale des Hôp. de Paris, 12 janvier 1903. 2. Gaz. Hebd., 25 juillet 1901.

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