‹ Origines catholiques du théatre moderneChapitre 10 sur 69 · I.KS ANGES · texte numérisé non relu

I.KS ANGES

« Dis-uous, INlarie, quas-tu fait après avoir perdu Jésus ?

MARIE

u Ensuite j'ai préparé des parfums et j'ai visité le sépulcre. Mais je n'ai point trouvé celui que j'aimais et j'ai redoublé mes plaintes.

LE CIIŒLR

« Dis-nous, Marie, qu'as-tu vu dans le chemin ?

MARIE

« J'ai vu le sépulcre du Christ vivant, j'ai vu la gloire du Christ ressuscité ».

Les lamenta lions dialoguées du vendredi saint l'ournirent un des moyens de développement do ces premiers drames de la Passion, issus du mode de chant dont nous avons parlé, et transportés aux letcs de Pûques. Il suffisait de les y intercaler à la scène du cruciliement. C/est un fait que nous nous bornons à conslatcr aujourd'hui, et dont il nous est resté des preuves formelles. Un autre point, qui n"estpas non plus douteux, ne se laisse pas déterminer aussi aisément. Il s'agit du rap[)ort exact des /ila/îcliis (ht vendredi saint avec rincoiiqtavnhlc SlfthaL (h)nl on retrouve quelques strophes dans deux ou trois de ces complaintes. Ant<'rieur

aux versions les plus récentes des lamentations (lialoguées, le Stabat est peut-être postérieur aux plus anciennes, et Ton aurait plaisir à croire que l'auteur de ce chant sublime s'est inspiré de TefTet produit sur ses regards et sur son àme par quel- ({u'une de ces représentations de la liturgie extraordinaire, en saisissant, par une intuition de génie, à travers cette figuration trop imparfaite, la scène même duGolgotha.

Les deux drames de Lazare

Parmi les documents les plus intéressants [)our rhistoirc du drame chrétien au moyen âge, dans cette phase de son développement à laquelle nous avons donné naguère le nom de semi-litiirgiqne, il faut compter les deux pièces latines sur la Bésurreclion de Lazare, qui nous sont parvenues, l'une dans un manuscrit du douzième siècle, contenant des poésies d'Hilaire, disciple d'Abélard (1), l'autre, dans un recueil du treizième, provenant de Tabbaye de Saint-Benoît-sur-Loire et conservé aujourd'hui dans la bibliothèque de la ville d'Orléans. L'une et l'autre se rattachent au cycle pascal, c'està-dire à cette série de jeux dramatiques destinés à

(1) Sur Ililaiio, son caractère el ses poésies, voyez noire réconl ouvrage inlilulc : Saini-Gildas de Riiis. Aperçus d'hisloire monaiilique. Paris, Té(iui, 1900, in-18, p. 165 et suiv. On trouvera le texte du drame en (piestion et aussi celui du Lazare de Saintlîenoit-sur-Loirc dans le recueil dÉdélestand Du Méril. Le second (ligure aussi dans le recueil de Cousscmaker.

32 ORIGINES CATIIOLiyLES DU THEATRE MODERNE

célébrer avec plus d'éclat et de joie les fêtes de Pà(iues. Voici comment la scène de la Résurreclion de Lazare avait été, selon nous, naturellement introduite parmi les sujets consacrés des réprésentations pieuses alors en usage à cette épo- (jue de Tannée.

Cette introduction a eu lieu par Fintermédiaire des })remières Passions dramatiques. Nous avons essayé, dans une étude spéciale (1), d'expliquer en vertu de quelle déduction logique et au moyen de quels procédés on était arrivé à extraire un drame du récit ou du chant semi-dialogué de la Passion, qui fait partie des offices de la semaine sainte, comment on avait accru ce drame par des intercalations et des additions successives, et par quelle raison naturelle de convenance la représentation du jeu de la Passion du Sauveur avait été placée, non pas au temps même de l'office qui en avait suggéré ridée, mais dans la période de réjouissance qui s'ouvrait avec la fête de Pûqucs. Nous avons indi- <|ué comment la scène du Souper chez Simon, (\u\ se trouve au début du récit de la Passion selon saint ^Mathieu tel qu'on le lit encore à l'évangile du dimanche des Rameaux, combinée avec la même scène, telle que la rapporte saint Jean, avait amené natureliomcnl, dans les Passions dramatiques, l'in-

! 1) Hclon l'or.lre adoplù inuir If iirôsciil \()luine, l'ôlude dont il sagil, bien que composée aiiléiuMiicMiieiit à rcllo-ci, vionl iminr-dinloinoiil après.

(i-oiluclion des personnages de Marie-Madeleine, de Marllie et de Lazare, et par suite la représentation

<Ui divin miracle accompli en faveur de cette famille, chère au Rédempteur.

Le mystère de la Passion de Bcnedicibeuern ({LU nous a conservé, dans ses diverses parties, les (échantillons de plusieurs manières successives, et comme une réunion de constructions de différents âges, le mystère de Benedictbeuern nous présente, à la suite de la scène du Souper chez Simon, celle de la liêsnrrevlion de Lazare, sous une forme dramatique oxlrèmement abrégée et tout à iaii primitive :

« Jésus ira pour ressusciter Lazare. Marthe et .Marie- Madeleine viendront au devant de lui en pleurant. .Jésus chantera :

« Lazare, notre ami, dort ; allons le tirer de ce sommeil.

MARTHE ET MARIE, ensemble

« Seigneur, si vous aviez été ici, notre frère ne serait pas mort.

cLERus (c'est-à-dire le lecteur ou le cna:in) « Le Seigneur, voyant les sœurs de Lazare pleurer près de son tombeau, se mit aussi à verser des lanncs, puis il cria :

JÉSUS

« Lazare, sors du sépulcre.

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