C II AÏ M
« Volontiers, de quoi s'agit-il ?
Abel « De ton avantage.
Chaï.m « Cela me plaît daulanl mieux.
Abel <( Ne fais pas le rebelle contre Dieu, — ne montre pas d'orgueil envers lui, — je t'en avertis.
CUAÏM
« Je le veux bien.
Abel
« Crois mon conseil, allons oITrir un sacrifice — au Seigneur Dieu pour lui être agréables. — S'il est apaisé par nos prières, — nous ne serons jamais en proie au péché, — jamais sur nous ne viendra tristesse. — Il fait bon rechercher son amour. — Allons offrir à son autel — un don qu'il veuille regarder favorablement; — prious-lc de nous accorder son amour, — de nous défendre de mal nuit et jour.
(Alors Gain répondra comme si l'dris cFAhcl lui ])laisail ; il dira :)
CUAÏ.M
« lîeau frère Abel, lu as très bien dit, — ton sermon est fort l)ien écrit, — je croirai luen ton sermon. — Allons offrir un sacrifice, c'est très juste. — Mais qu'offrira s-lu ?
Abel
« Moi, j'ofTrirai un agneau, --- tout Ui meilleur et le
plus beau — que je pourrai trouver eu ma demeure ;
— voilà ce que j'ollVirai, nou autre chose. — J"otTrirai encore de l'encens. — Je fai dit toute ma pensée. — Toi, qu"otïriras-tu ?
Chaïm
« Moi, j'offrirai de mon blé, — tout tel que Dieu me la donné.
Abel « Sera-ce du meilleur ?
Chaïm
« Xon, non pas, certes ; -^ de celui-là je ferai du pain pour mon repas du soir,
Abel « L'ne telle offrande n'est pas acceptable.
Chaïm « Tu ne sais pas ce que tu dis.
Abel
" Tu es un homme riche, tu as beaucoup de bêtes.
Chaïm « J'en ai.
Abel
« Pourquoi ne pas compter les troupeaux par tètes
— et de toutes donner la dîme, — que tu offriras à Dieu lui-même ? — Fais-lui cette offrande de bon cœur,
— et tu en recevras bonne récompense. — Feras-tu ainsi ?
Chaïm
<< Voyez la rage! — De dix ne resteront que neuf. — Ce conseil ne vaut i)as un œuf. — Allons faire noire offrande. — (^Jiacun olfrira ce qu'il voudra.
Arel « J'y consens.
<< Alors ils ironl vers deux grandes pierres disposées à cet effet. L'une des pierres sera éloignée de l'autre de telle sorte que quand paraîtra la Figure (1) (sortant de l'église où elle se tient avec le chœur), la pierre dWbel se trouve placée à sa droite, la pierre de Caïn à sa gauche. Abel offrira un agneau et de l'encens, d'oii il fera monter une grande fumée. Caïn offrira une poignée d'épis. La Figure paraîtra donc, bénira les présents d'Abel et repoussera ceux de Caïn. Après l'offrande, Caïn Jettera sur Abel un regard farouche. Leurs offrandes faites, ils s'en retourneront à leurs places. Ensuite Ca'i'n viendra trouver Abef voulant l'emmener avec lui par ruse afin de le tuer, el il lui dira :
Chaïm
« Beau frère Abel, allons là dehors.
Abel « Pourquoi ?
CUAÏM
« Pour délasser nos corps — et pour regarder notre labour, — voir comme les épis ont crû, s'ils sont en Heur. — Ensuite, nous nous en irons dans les prés. — Nous en serons après plus dispos.
Abel « J'irai avec toi où tu voudras.
(1; Ce nom mysléiieux csL coiislainini'iil ('iii|)li>\ r diiiis l;i l'Cprôsenlalioii dAdani j)our rcpréseiiltM- le i)ersonnage de Dieu. II rei)i-êsenLe, croyons-iious, plus pniliculièrcineiit le Verbe, qui «loil plus tard sincaniei- en .Iésus-(!hrist. La même porsoiuKdivine est une fois nommée Salvator le Sauveur) par la rul)rique : <i Tanr venial Salvatoh indulii^ ddlnuilicd ».
140 ORIGINES CATHOLIQUES DU THEATRE MODERNE ClIAÏM
« Allons, viens-t'en, tu feras bien.
Abel « Tu es mon frère aîné. — Je suivrai donc la volonté.
Chaïm
« Va donc devant, j'irai après, — à petits pas sans me presser.
<< Alors ils iront tous deux clans un lieu écarté et censé secret. Là Caïn, comme furieux, se Jettera sur Abel dans l'intention de le tuer. Il lui dira:
Chaïm « Abel, tu es mort.
Abel « Oui? moi ? pourquoi ?
Chaïm « Je veux me venger de toi.
Abel « Ai-je méfait?
Chaïm « Oui, oui, assez. — Tu es un Iraîlre bien prouvé.
Abel « Certes non, je ne le suis pas.
Chaïm « Dis-tu ({ue non ?
Abel « Jamais je n'aimai à faire trahison.
Chaïm « Tu l'as faite.
Abel « Moi ? comment ?
Chaïm u Tu le sauras bientôt.
Abel « Je ne comprends pas.
Chaïm « Je ne tarderai pas à te le faire savoir.
Abel « Tu ne pourras jamais prouver que cela soit vraL
Chaïm « La preuve n'est pas loin.
Abel u Dieu m'aidera.
CUAÏM
« Je te tuerai.
Abel
« Dieu le saura.
{Alors Gain lèvera contre lui une main menaçante, en (lisant :)
Chaïm
(( Voici qui fera la preuve.
Abel « En Dieu est toute ma confiance.
Chaïm « Contre moi il te servira de peu de chose.
Abel « Il peut bien, s'il veut, empêcher ton dessein.
Chaïm (( Il ne pourra te garantir de mort.
Abel « Je m'en remets du tout à sa volonté.
ClIAÏM
" Veux-tu savoir pourquoi je te tuerai? Abel
« Oui, dis-le moi. Pourquoi?
Chaï.m
« Je vais te le dire. — Tu te fais trop de Dieu le favori. — C'est à cause de toi qu'il m'a repoussé, — à cause de toi qu'il a rejeté mou olïrande. — Penses-tu donc que je ne te le rende ? — Je t'en rendrai ta récompense. — Tu demeureras aujourd'hui mort sur ce sable.
Abel
« Si tu me tues, ce sera à tort, — Dieu vengera sur toi ma mort. — Je nai fait mal, Dieu le sait bien, — près de lui je n'ai cherché aucunement à te desservir ; — au contraire, je t'ai conseillé d'agir de telle sorte, — que tu fusses digne d'être en paix avec lui ; — je t'ai dit de lui rendre ce que tu lui dois : — dîmes,, prémices, oflrandes, — et qu'ainsi tu pourrais obtenir son amour. — Tu n'as pas voulu le faire, et maintenant tu es furieux. — Dieu ne trompe point ; à celui qui le sert — il donne grands biens en retour et ne soutfre point sa perte.
Chaïm
« Tu as trop parlé, tu vas mourir.
Abel
« Frère, que dis-tu ? c'est toi qui m'emmenas. — Je suis venu ici sur ta foi.
Ch