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ORIGINES DU THÉÂTRE

14G ORIGlNliS CATIlOLiyUES DU THEATRE MODERNE

aura six ou sept chevaliers. — Cayphe sera sur l'autre.

— Avec lui soit la Juiverie. — Puis Joseph d'Arimathie. — Au (piatrièuie lieu soit le seigneur Nicodème.

— Chacun a près de soi les siens. — Au cinquième les disciples du Christ. — Que les trois Marie soient swr le sixième. — Que l'on pourvoie à fig-urer — la Galilée au milieu de la place. — Que l'on y figure encore Emmaiis, — où Jésus fut à l'hôtel conduit. — Et quand les gens sont tous assis — et la paix mise de toute pari, — (pie le seigneur Joseph, celui d'Arimalhie, — vienne Irouver Pilate et quil lui dise :

Joseph « Dieu qui des mains du roi Pharaon — sauva Moïse et Aaron. — qu'il sauve aussi Pilate, mon seigneur, — <pi"il lui donne dignités et honneur.

PiL.VTUS

« Qu'Hercule qui occit le dragon — et détruisit le vieux Géryon, — donne à celui-là bien et honneur — qui me salue de bonne amitié.

Joseph

« Sire Pilate, béni sois-tu. — Que Dieu t'aide par sa

grande vertu. — Que Dieu par sa puissance — te

donne pour moi bienveillance. — Veuille m'accorder

le Dieu tout-puissant — que tu m'écoutes avec bonté.

suffisaient poiu- repi'éscnlor leurs domiciles rcspeclifs cl même les villes on les contrées qu'ils habitaient. Il faut ici s'imaginer sur une place située probablement près d'une église, en face des spectateurs qui en occupent la moitié, à droite, un enfer sommairement représenté, puis, de droite à gauche, sur une ligne à angles saillants et rentrants, le sépulcre, le calvaire, une prison, ensuite les six eslals énuraérés dans le prologue, enfin, a l'extrémité gauche, le ciel, faisant pendant et contraste avec Vcnfer. Plus en avant, au milieu de la place, étaient représentées la Galilée et Vhôlellerie ctEmmaiis.

PiLATUS

« Seigneur Joseph, sois le bienvenu. — Tu dois èiro

fie moi bien reçu. — Tu es bien avec moi sans aucun

doute. — Si tu pensais autrement, ce serait enfanlil-

ag'e. — Sache donc bien el vraiment — que je l'écou-

terai favorablement.

JOSEPU

« Beau sire, que cela ne vous fâche pas — si je vou'S parle du fils de Marie, — de celui qui là est pendu. — Sachez très bien que ce fut un vrai prud'homme, — (jui était tout à fait Tami du Seigneur Dieu. — ^'ous l'avez mis à mort, vous et les Juifs. — Aussi tlevezvous grandement redouter — (ju'il vous en advienne grande calamité.

PiLATUS

« Seigneur Joseph d'Arimathie, — je ne crnindrni pas de te le dire, — les Juifs par suite de leur grande envie — ont entrepris là une grande félonie. — J'y ai consenti par lâcheté, — de peur de perdre ma charge. — Ils m'auraient accusé à Rome. — J'en aurais pu perdre bientôt la vie.

JOSEIMI

« Si tu reconnais que tu as méfait, — crie lui merci, ce sera une utile prière. — \ul ne lui demande pardon sans l'obtenir, — pas même ceux qui l'ont conduit à la morl. — Mais c'est pour autre chose que je suis venu ici ; — accorde-moi seulement son corps ; — je vous en supplie, accordez-le moi ; — je ferai ce que je dois faire.

Pu.ATL'S

»< Bel ami, qu'en voulez- vous faire ? ^ Pense/.-vous le l'appeler à la vie ? — 11 a souffert bien grande angoisse. — Pensez-vous qu'il puisse encore vivre ?

1 iS ORIGINES CATHOLIQUES DU THEATRE MODERNE

Joseph « Certes, beau sire Pilate, non. — (à pari) Il ressuscitera pourlanl. — Mais pour suivre notre coutume — et pour l'amour de Dieu je veux l'ensevelir.

PiLATUS

« A-t-il donc rendu l'ame ?

Joseph Cl Oui, beau sii-c. n'en doutez pas.

PiLATUS

« C'est ce que nous saurons par nos serg-ents.

Joseph « Appelez-les, en voilà suffisamment.

PiLATUS

« Levez-vous, sergents, promptement. — Allez-vous en vite où ce condamné est pendu, — allez voir ce crucifié, — savoir si vraiment il a expiré.

(Le Lecteur)

« Alors s'en allèrent deux des serg-ents — portant en main leurs lances. — Et ils ont dit à Longin l'aveugle, — qu'ils ont trouvé assis en un lieu (1).

L^NUS INHCITIM

« l'^'ère Longin, veux-tu faire gain ?

LOXGINUS

i< Oui, beau sire, n'en douiez pas.

(1 Ce lieu où est assi;^ Lonp;in n"osl pas indique dans le prologue. Il e>L probable que l'aveugle élail placé non loin du co/vaire, sur le elieniiti même, en avant des mansions et des eslals, que l'on ai)pela plus lard Iq parc du jeu, cl qui servait à la cirri:l,ili(»ii d('~ acteurs.

Miles

« Viens, tu auras uu denier doiizain 1) — pour percer le côté de ce supplicié.

LONGINUS

« J'irai bien Aolonliers avec vous, — car jai grand l)esoin de gagner, — Je suis pauvre, je n'ai rien pour vivre. — Ce n'est pas faute de mendier, mais cela me sert de peu.

(Le Lecteur)

<( Quand ils furent arrivés devant la croix, — ils lui mirent une lance au poing.

UnUS >nLITL"M

« Prends cette lance en ta main, — pousse-la ferme en haut et cpie ce ne soit pas en vain : - fais-la entrer jus(pi"au poumon ; — ainsi nous saurons s'il est mort ou non.

fLE Lecteur)

<( 11 prit la lance et il l'enfonça — au cœur, d'où sortirent sang et eau, — qui lui ont coulé sur les mains. — Il en a mouillé sa face. — «Mais quand il en a touché ses yeux, — vraiment il vit clair; alors il dit :

LoNGINUS

« Ah ! Jésus 1 Ah ! l)eau sire, — jusqu'à présent je ne sus que dire au ciel. — Mais tu es un bien grand médecin. — Tu tournes ta colère en miséricorde. — • J'ai mérité de toi la mort — et lu m'as fait si grande grûce — que maintenant mes yeux voient la lumière que jamais ne virent. — Je me rends à vous, je vous crie merci.

(1) Pelilc |)i('C(' ili' inorni.iic ih^ la valeur (1(> douze dcMiiers. CL Ou f'..'.iiii,'p, nu mol Dozcnua.

ir>0 origines catholiques du theatre moderne

(Le Lecteur) (i Alors il se prosterna en pénitence — et dit tout doucement une oraison. — Les chevaliers s'en retournent. — Ils parlent à Pilale de cette manière :

Unus militum

« Beau sire prince, sachez qu'en vérité — Jésus a quitté la vie. — Nous avons vu de lui un beau miracle.

— Be ui compagnon, ne le vis-tu pas ?

AlTER ex MILITIBUS

« Nous l'avons vu tous les deux ensemble.

|Pn.ATUS

<' Taisez-vous, sots, pas un mol de plus.

<' Alors il se tourna vers le seigneur .Joseph. — Il n'élnit pas coulent. Il parla ainsi :

Pn.ATlS

(' Seigneur Joseph, vous m'avez toujours bien servi.

— Prenez le corps, je vous l'accorde.

JOSERII

<' Sire, je vous rends très huml)les grâces. — Si je vous ai servi, jeu suis bien récompensé.

(Le Lecteur)

" Ouand Joseph de Pilate eut pris congé — et vers Nicodème s'en fut allé, — Pilate aux sergents a parlé.

— II a dit à lun d'eux, qu'il a appelé :

Pu.ATUS

■ lIoL'i 1 vassal, avance ici. — Ouel miracle as-tu vu la-b;is? — Dis-moi vile comment tn as eu connaissance

— de ce fait sur quoi je l'ai imposé silence.

Miles « Quand Longin l'aveugle eut frappé — ce pendu de sa lance au côté, — il prit du sang cl le mit à ses yeux. — Ce fut une heureuse idée qu'il eut ; — car auparavant d était aveugle et alors il vit. — Ce n'est pas merveille si désormais il crut en lui.

PlLATUS

« Tais-loi, vassal, ne parle de cela à personne. — C'est une illusion ; n'y croyez pas. — Or donc j'ordonne que Longin soit saisi — et sur le champ enfermé en geôle. — Allez tôt, mettez-le en prison — de peur qu'il n'aille partout prêcher tel sermon.

(Le Lecteur)

(' Ils allèrent donc trouver Longin, — là où il était par terre, la tète inclinée.

Miles

« Çà, frère, çà, debout, tu vas aller en prison. — Tu seras aujourd'hui logé à mauvais hôtel. — 11 n'est pas vrai (|ue tu fusses aveugle. — C'est un mensonge, nous le savons bien. — C'est parce que tu crois à ce pendu, — que tu dis qu'il t'a rendu les yeux.

LONOINUS

u II me les a rendus vraiment — et je crois en lui parfaitement. — Je ci'ois en lui, il n'y a rien de mieux à faire, — car il est seigneur et roi du ciel.

Alteh Mir.Es <( Tout à l'heure vous parliez mal, mainl(Miant c'est encore pis. — Pour cela vous serez mis en prison. — Allons, marchons, on va vous y conduire.

LoNfilNlS

(« Lh bien ! J'en suis joyeux et salisfail.

(Le Lecteur) « Quand ils furent venus à la geôle, — ils lui dirent cette parole :

Miles <i Entre là-dedans et tu n'en sortiras plus, — que pour perdre tout ce que tu as, — c'est-à-dire tes membres et ta vie, — à moins que lu ne renies le fils de Marie.

LONGINUS

« Le fils de Marie est roi et seigneur. — .Je le crois fermement et fermement je veux le dire. — C'est à lui que je recommande ma vie. — Pour vous, peu m'importe ce que vous en dites.

(Le Lecteur) « Pendant que cela .se passait, Joseph le prudhomme

— était venu trouver Nicodème.

.Joseph « Seigneur Nicodème, venez avec moi. — Allons détacher notre roi. — N'hésitons pas, tout mort qu'il est,

— il nous donnera encore son puissant secours. — Emportez avec vous tenailles et marteau — afin d'enlever les clous. — Quiconque lui aura fait honneur, — il le lui rendra, soyez en sûr. — Ainsi, bel ami, allons donc ensemble — lui rendre l'honneur que nous lui devons. — Oue son corps soit pai" nous honorablement

— déposé en un sépulcre.

NicnODEMLS

« Sire Joseph, je l'ai bien vu — que le Seign<Hir qui est là pendu — fut un vrai prophète et un saint homme,

— plein de Dieu et de grande vertu. — Il me le fit bien connaître, — quand je vins à lui pour être son disciple.

— l^]t pourtant je n'ose oui reprendre — d'aller avec

VOUS le détacher de la croix. — J*ai certes bien grand désir — de lui rendre mes services. — Mais j'ai si peur de la justice — que je ne l'ose faire en aucune façon. — J'irai d'abord avec vous trouver Pilate. — De - sa bouche même j'entendrai sa permission. — Alors je pourrai agir avec plus de sécurité.

JOSKI'II

« Venez donc, je vous y mènerai.

(Le Lecteur)

« Ils vont donc ensemble trouver Pilate, — et avec eux deux serviteurs, -- dont l'un portait les outils — et l'autre la boîte où était le baume.

JOSEI'H

« Sire, j'ai besoin d'un compagnon — et je ne puis l'avoir qu'avec votre aide. - Dites à celui-ci qu'il ait confiance — et (ju'il vienne avec moi sans crainte.

PlLATLS

« ^'ous pouvez y aller, bel ami, — il ne vous adviendra rien de pis. — Suivez donc hardiment votre propos. — Je vous serai garant de tout.

(Le Lecteiiî) « Ouand ils furent venus devant la croix, — Joseph s'écria d'une forte voix :

JOSEIMI

« Ah ! Jésus, fils de Marie, - la Sainte Vierge douce et pieuse 1 — Ouelle félonie commit Judas ! — Quelle folie à son préjudice ! — Ouand il vous vendit par envie — à ceux qui ne vous aiment poinl.

NlCUODlCMlJS

« L'ûme de Judas en a péri, — (juand il s'est luimême arraché la vie. — ('ertes, ils en devraient être

bien affligés, — ces misérables Juifs, qui sont mes parents. — Car ils sont plus à plaindre que tous autres gens, — Gela est bien vrai, tune mens pas.

« Nicodème prit ses outils — et Joseph alors lui dit :

Joseph « Allez aux pieds d'abord.

JNiCIIODEMUS

<( \ olontiers, sire, bien doucement.

Joseph « Montez aux mains, ôtez les clous.

rSiCHODEMUS

« Sire, je ferai bien volontiers l'un et l'autre.

(Le Lecteur)

« Quand Nicodème eut fait ainsi, — il dit à Joseph qui prenait le corps :

XlCHODEMUS

« Prenez-le doucement entre vos bras.

Joseph « C'est ce que je fais, soyez-en sûr.

(Le Lecteur) « Ils descendirent donc soigneusement le corps — et Joseph dit alors à son serviteur :

Joseph

« DoniH'z-inoi rà le baume — afin d'en oindre ce corps.

(Le I^ecteur)

i' Pendant (ju'on donnait le baume à Josejdi, — Nicodèmc dit d'une voix lorte :

iVlCHODEMlS

« Ah ! Dieu tout-puissant, — le ciel, la terre, l'eau et le vent, — sans faute sont tous constamment — soumis à ton commandement, — et toutes autres choses semblablement, — excepté seulement sur la terre les mauvaises gens, — qui ont mis ce saint homme à tourment, — et l'ont livré à la mort sans jugement. — La vengeance viendra en son temps. — Mais, Seigneur, tu es très patient. — Accorde-nous de faire dignement — de ce saint corps renterrement.

(Le Lecteur)

<' Ouand ils eurent embaumé le corps, — ils le mirent dans la bière.

NiCHODEMUS

« Sire Joseph, vous êtes mon aîné, — prenez la tète, je vais aux pieds. — Allons vite Tensevelir. — Avez-vous un tombeau où nous puissions Tentcrrer ?

JOSEPU

« J'ai un très beau sépulcre, — tout nouvellement construit en pierre. — Allons-y sur le champ. — C'est là que nous lui donnerons la sépulture.

(Le Lecteur) (( Ouand il fut enterré et la pierre mise sur le tombeau,— Caïphe, s'élant levé de son siège, parla delà

sorte :

Caïpuas

« Sire Pilate, écoutez mon conseil. — J'aurais grand tort si je vous cachais ceci. — Le félon Jésus, ce trompeur, — c|ui a été pendu là-bas ainsi qu'un voleur, — alTirmait en son vivant, — et il y a lieaucoup de gens (pli s'imaginent — (piaprès trois jours il ressuscitera. — Il est bien fou, celui qui croit cela. — Mais faisons

l.^G ORIGINES CATHOLIQUES DU THEATRE MODERNE

garder le sépulcre, — pour que ses disciples ne vienuenl pas l'enlever. — Car ils iraient partout prêchant — et annonçant dans tout le pays — quil est ressussité et vivant, — ce qui entraînerait les faibles, — et lout irait de mal en pis.

PiLATLS

« Vous dites vrai, c'est mon avis.

(Le Lecteur) Alors un des sergents se leva de son siège, — et parla ainsi à Pilate :

OuiDAM MILES

« Si l'on veut m'en donner la charge — je garderai le sépulcre — et s'il arrive par aventure — qu'un de ses amis veuille venir - pour enlever son corps, — il ne s'en retournera pas sans (pi'il lui en cuise ; — il n'aura membre que je ne lui tranche, — et de cela je ne demanderai l'absolution à aucun prêtre.

(Le Lecteur) « Trois autres sergents se levèrent — et au premier ainsi parlèrent :

Alter quidam miles « Beau compagnon, nous irons avec vous — et nous garderons le sépulcre. — Nul n y viendra que nous ne le saisissions, — et le mort ne se lèvera pas sans que nous le sachions.

Tertius

« Allons-y tôt et hardiment — et gardons bien le tombeau. — Si quelqu'un vient pour enlever le corps — nous lui Corons avoir grand'j^eur.

OlARTUS

" i*nr la foi que je dois à Pilate, — si <piehiu"un viciai

pour faire un mauvais tour, — je lui paierai cpunze coups tels — (jue du premier je le coucherai par terre.

PiLATUS

« Ce que vous jurez, je crois que vous le tiendrez de bonne foi. - Si aucun homme est assez hardi — à partir de ce soir pour venir — guetter et espionner — afin de voir s'il pourra vous enlever le corps ; — quoi (ju'il puisse dire pour expliquer sa conduite ; — jurez maintenant devant moi — que, soit qu'il s'agisse d'un pelil ou d'un grand, — à moins qu'il ne soit autorisé par les princes, — vous le saisirez au collet, — et, quand il sera pris, vous nous l'amènerez ; — jurez de tenir loyalement cette promesse. — Où est le rouleau de la loi ? Faites-le venir.

(Le Lecteur)

« Voici venir un prêtre, qui avait nom Lévi, — qui avait la loi de Moïse écrite en un rouleau.

Levi

« Voici la loi que fit Moïse, — comme Dieu lui-même la lui dicta. — Les dix commandements y sont. — Celui (|ui voudrait se parjurer fera bien mieux de se taire.

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