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LE VALLET DU LARRON

Il a belle queue, le chat ; Il ne pourra mais (2) de lait boire, Vous ferez pis, par saint Magloire, Que n'avez fait.

La conversion pourtant est bien sérieuse. Le larron va se confesser à un ermite que Notre-Dame, en son absence, a indiqué, en une apparition nouvelle, au jeune marchand. Il lui raconte ainsi le miracle dont il a été témoin :

J'estoie orains (3) tout en ce point Con me veez en mon aguet.

Ce marchant là, qui preudomme est, Vi venir, qui se destourna Dedans ce bois, puis s'arresta Et prioit de cuer Nostre Dame :

Tantost après vi une fammc Plus belle et de plus noble arroy Conques ne fu femme de roy.

Devant celui estant (4) estoit ;

(1} Vrai.

(2) Plus.

(3) Tout à riieurc, (0 Debout.

*252 ORIGINKS CATHOLICJUES DU THEATRE MODERNE

Un chappel de roses faisoit, Et les prenoit la dame doulce De ce marchanl dedaiiz la bouche, Puis li assisl dessus son cliiel".

Lors desving, père, à graut meschief, Car la dame si s'en ala.

Au marchant m'en vingtanlost là ; Si li dis que je l'occirroie Se je celle dame u'avoie.

Elas ! il ne l'ot pas veii, Dont il se tint moult desceû.

Toutesfoiz alai tant entour Qu'il me compta conment, maint jour, La mère Dieu servi avoit De gens chapiaux qu'il li faisoit, Et que pour moy à bien altraire La doulce Vierge débonnaire Estoil illeucques descendue, Si que, puisque je Fay veûe,...

A li vueil tout estre rendu, Car je me sant jà délivré Du Salhan, qui moult m'a livré Travail et paine.

Le larron et le jeune homme se résolvent à vivre désormais avec l'ermite dans la prière et la pénitence, et ils commencent leur pieuse association par un pèlerinage « h Rochemador », c'est-à-dire à Notre-Dame de Rocamadour.

La forme dans laquelle nous apparaît ici la dévotion du ■ psautier Notre-Dame » est tout à fait

analogue à ce que rapporte Lenain de Tillemont (t. V, p. 339) de Tune des pratiques ordinaires de la piété de saint Louis, d'après ses biographes contemporains : « Après compiles, il demeurait longtemps seul en prières ; et l'on remarque particulièrement qu'il faisait cinquante génuflexions de suite, se relevant tout droit et s'agenouillant aus sitôt... A chaque génuflexion il disait un Ave Maria ». Une mention semblable se rencontre dans une des « anecdotes historiques » racontées parle dominicain Etienne de Bourbon (né entre 1190 et 1195, mort en 1261), et dont un très intéressant et utile recueil a été publié, pour la Société de l'histoire de France, par M. Lecoy de la Marche (1877). Il y est fait mention (p. 41) d'un père de famille qui, depuis une certaine éj)oque, n'avait jamais manqué de saluer tous les jours la Sainte Vierge cinquante fois en fléchissant les genoux : « Eani sinfjnlis diebas qainquagesies flexis genibas salulaverat ». Le savant éditeur a reconnu là les cinquante .4 ye Maria du chapelet.

Ce mot même de chapelet, et aussi la dénomination de rosaire, certainement employée déjà pour une dévotion pareille par Thomas de Cantimpré, qui florissaitdans la seconde moitié du XIII'' siècle, nous montrent comme assez digne d'attention, dans notre « miracle par personnages », qui emploie, lui, la dénomination plus ancienne de « psautier Notre-Dame », le rapprochement entre

ce psautier et les couronnes ou chapeaux de roses, qui se rattachent également au culte de la Sainte Vierge. Il faut remarquer notamment la couronne ou chapel que la Sainte Vierge elle-même place sur la tête du jeune marchand, et dont même, selon le récit du larron, elle fait éclore les roses de la bouche de son serviteur en train de réciter son « psautier ». Il est curieux de noter qu'Alain delà Roche, en s'appuyant d'ailleurs sur des raisons qui semblent peu décisives, donnait hautement la préférence à ce nom depsautier sur celui de rosaire, qui a pourtant, on le sait, absolument prévalu.

La Passion du Sauveur

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