V. Suh throno Dei omnes sancti clamant
li. ^'i^dica sanguinem nostrum, Deus noster (1).
Le dialogue apparaît d'une façon sensible dans ce*trope de l'inlroït de Noël du manuscrit 484 de Saint-Gall :
Hodie cantandus est nobis puer quem gignebat inef- Cabiliter aiite tempora Pater, et eumdem sub tenipore generavit inclyla mater.
Inlerrogatio. Ouis est iste puer . quem tam magnis pr;econiis dignum vociferatis ? Dicite nobis ut collaudatores esse possimus.
JResponsio. Hic enim est quem prtesagus et electus symmista Dei, ad terras venturum prœvidens longe ante prsenotavit sicque prœdixit : Puer naliis est nobiSf etc (2).
Enfin le drame est positivement né dans cet autre trope du même office et du même manuscrit, que M. Léon Gautier considère avec raison comme le plus ancien monument connu (avec le trope analogue de l'introït de Pâques) du théâtre religieux du moyen ûgc :
Oucm quferitis in pra'sepe, pastores, dicite?
(1) Nous ignorons la date originaire de cette antienne, mais on cil trouve la substance, sinon le texte littéral, dans des manuscrits nous reportant, pour le moins, au ix= siècle. Cf. Léoa Gautier, loc. cit., p. 1()8 en note.
(2) Léon Gautier, loc. cil., i». G3.
Respnndcnl : Salvatorem CMiristum Doininum, infanleni pannis involuluin, secuiulum sermonem aniiolicum.
Besponilenl : Adiisl hic parvulus cum Maria, maire sua, de qiia valicinaiulo Isaias propheta : « Ecce Vir^t) c'oncipieL et pariet filium. Kl nuiilianlcs (licite quia naliis est j).
Respondent : Alléluia I Alléluia 1 Jam vere scini.ys Chrisluui uatum iu terris, de quo canile omues cum Propheta dicentes : « Paenuilus est » (1).
11 y avait encore dans la liturgie, à la même époque, un autre germe dramatique, distinct des répons et des tropes et dont l'importance a été considérable. Nous voulons parler de ces récits npi)elés leçons qui tenaient dans roffice, soit an missel, soit surtout des lieures canoniales, une si large place. Ces récits, par eux-mêmes, par leur (•aractère narratif et oratoire, étaient déjà de nature à éveiller l'idée dramatique. .Mais la façon dont ils étaient déclamés sur une mélopée demi-cliantanle, parfois avec des modifications et des inllexions de voix variées selon le caractère du sujet et même selon les diverses parties d'un même texte, ajoutait encore à leur effet et à la suggestion, pour ainsi parler, qui en résultait dans le sens du drame ("2). A plus forte raison, (juand la déclamalion était partagée entre plusieurs voix, avec api)ropriation plus ou moins complète de ces voix di-
(1) I.cVin Gaulioi-, lue. cil., \\. t-MS.
(2; Cr. Marlc'iio, De anliquis Errk^hv rilihas, l. III. p. 230.
verses aux paroles des personnages qui figuraient dans la narration liturgique. Le chant de la Passion, le dimanelic des Rameaux et le vendredi saint, nous a conservé dans la liluigie actuelle un remarquable exemple de ces appropriations, qui étaient de véritables ébauches de dialogue.
A quelle date exacte remonte rcmj)loi de cette mélopée multiple? (restée que nous ne saurions dire. Mais nous serions bien surpris — si môme elle ne figurait pas dans le rite romain du temps de Charlemagne — qu'elle ne tut pas déjà quelque peu en usage dans les monastères de Gaule et de Germanie vers le milieu du IX*" siècle, et nous conjecturons que ce procédé y fut, dans la seconde moitié de ce siècle, durant tout le suivant et au delà, très largement développé, et appliqué à nombre de leçons liturgiques qui ne le comportaient pas à l'origine et qui, à partir d'une certaine époque, ont cessé d'en recevoir rapi)lication. Nous croyons avoir établi que tout le cycle dramatique du lieux Teslamenl, l'une des principales parties i]{\ théâtre religieux au moyen âge, est sorti d'une leçon de ce genre, déclamée de cette iaçon aux Matines de Noël (1). Il ne serait peut-être pas trop téméraire
1^1) ('A'. ii(>lr(> travail iiililulr : /ys Prophclcs du Chrisl, cliidc sur lea orujiucA du llicâlre un inoijcn à(/c. Paris, Didier 1878, in-S" (ExU'ail (h; la DiljUollic'(jue de l'iùiole des C^j«r/c's, années 1807, 1808 cl 1877) et noU'c volume .Le Drame chrétien au moyen âge. Paris, Didier, 187S, iri-1?.
OllIlilNKS DU rilKATUE. — 2.
de clierchcr aussi dans les leçons et dans le procédé de récitation liturgique qui leur fut appliqué à l'époque susdite, la toute première origine des Miracles des saints et de la Sainte Vierge par personnafjes, l'un des genres les plus curieux et les plus considérables du même théâtre religieux. Certaines observations de M. l'abbé Batiffol sur l'effrayante longueur des leçons du IX'^etdu X" siècle et sur les efforts des chefs de Cluny,au XP siècle, pour en restaurer l'ampleur, qui tombait en désuétude, nous confirmeraient dans cette hypothèse. « Audio lectiones vestras, écrit Ldalric, in liieme et in privatis noctibus multum esse prolixas... » (1) N'y avait-il pas, dans la mélopée multiple et quasidramatique dont il s'agit, un moyen d'atténuer la fatigue de ces longues récitations nocturnes, et de réveiller l'esprit et partant le corps des vieux moines, et aussi des jeunes novices, tentés parfois d'assoupissement ? D'autre part, ce relâchement dans la récitation de l'oflice quotidien, auquel s'efforçait de remédier l'austérité de Cluny, n'avait-on pas essayé, en quelque façon, de le compenser dans les autres monastères, par une plus grande splendeur, un plus riche déploiement de toutes les ressources de la poésie, de la mélodie et de la mélopée liturgiques dans l'office des fêtes principales ? Or, sans aucun doute, il faut compter parmi ces
(1) L'nliljc Daliffol, loc. cil., p. 162.
fêtes quelques-uns des anniversaires consacres à la Sainte \^ierge et à un certain nombre de bienheureux.
Le mouvement littéraire, poétique et musical, ajoutons artistique en songeant aux origines et aux caractères de l'art roman, qui se produisit dans les grandes abbayes du milieu du IX" à la fin du Xlï*^ siècle, a déjà donné lieu à de remarquables travaux, mais il y a, croyons-nous, encore beaucoup à chercher, à trouver, à élucider sur ce sujet (1). Ce mouvement est étroitement lié avec les origines et les premiers développements de Tart dramatique dans la chrétienté occidentale. Comme les grandes abbayes étaient de grandes écoles, il y a, dans l'histoire du théâtre religieux, au XI° et au XIL' siècle, une curieuse et très importante période sco- Idire. Puis, du milieu du XIL' au milieu du XIII" siècle, la langue vulgaire et les confréries demiséculières s'emparent de plus en plus, en France du moins, ou dans les pays de langue française, de ce théâtre qu'elles commencent, pour ainsi dire, à dégager de ses langes, mais en lui conservant longtemps encore les habitudes et les souvenirs de >son berceau. La vieille marque liturgique est très apparente dans le drame (XWdam et dans
(1; Parmi les réccnls écrits ([ui s"y rniiporlciil, nous signalons cl recommandons le savant mémoire de M. le elianoine Llysse ('Aio\!\\iev: Poésie liliinjirjue du inoijcn âfje. Jh/lhmc cl liisloirc. Ihjmnaires ilaliens. Paris cl Lyon, 1893, in-8".
'20 ORIGINES (ATIIOT.IOUES DU TIIKATHE MODEItXE
le fragment ancien de la Rèsiirreclion ; on pouL aussi la reconnaître, quoique plus effacée, dans le Jen de saint .V/Vo/c/s de Jean Bodel et même dans le Miracle de Théo/thile de Rutebeuf.
Cycle dramatique de Pâques