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CHAPITRE IX

PREMIERS COMBATS DE SAINT HILAIRE CONTRE l'aRIANISME

Ce fut d'abord l'horizon politique qui se chargea de nuages. Depuis la révolte de Magnence, Constance avait la Gaule en suspicion, s'imaginant que le tyran y possédait encore de secrets partisans. Cette disposition d'esprit, aggravée par les délations de ses courtisans, tenait l'inconstant empereur dans de continuelles agitations. Or un de ses meilleurs généraux, Franc d'origine, nommé Sylvain, chargé par lui de commander les légions des bords du Rhin et de réprimer les incursions incessantes des barbares, fut accusé par un infâme calomniateur de songer à se faire proclamer Auguste. Sans autre information , Constance le traita aussitôt en rebelle , et le contraignit par là à le devenir. Or, sous le règne de l'empereur Constant, Sylvain avait éièprœses ou gouverneur d'Aquitaine, et y avait laissé les meilleurs souvenirs.

Vainqueur de ce nouveau concurrent (juillet 355), Cons-

tance se confirma de plus en plus dans la pensée que les Gaulois en général , et les catholiques en particulier, lui étaient hostiles (1 ) : excellent prétexte que ne manquèrent pas de saisir les évêques ariens attachés à la cour du prince ombrageux.

Nous l'avons déjà dit, l'Occident tout entier fut dès lors livré aux tyranniques vexations des hérétiques. Des violences inouïes, même au temps des plus féroces persécuteurs païens, furent employées en Gaule et ailleurs pour triompher de la fermeté de la foi des catholiques (2). Les magistrats des provinces traduisaient devant leurs tribunaux les évêques et les clercs, sous le moindre prétexte, au mépris du privilège de l'immunité, réclamée par l'Église et acceptée par l'État. Ici , on imposait aux communautés chrétiennes un homme notoirement hérétique, malgré les réclamations de tous les fidèles, à qui on enlevait la liberté de choisir leurs pasteurs; là, comme en Aquitaine, on tracassait les catholiques, sous couleur de punir leur prétendue participation à des conjurations imaginaires , ou leurs murmures contre le prince persécuteur (3). Ailleurs, on incarcérait les prêtres, on enchaînait ceux qui osaient réclamer la liberté de leur croyance ; on allait même jusqu'à outrager publiquement la pudeur des vierges chrétiennes et leur faire subir le supplice ignominieux de la question (4).

Pendant que de pareilles atrocités se commettaient dans

(1) D. Coustant, VilaS. tiilarii, n° 35, apud Palrol. lat., t. IX, col. 140.

(2) Tout ce que nous disons ici est emprunté au premier livre de saint Hilaire adressé à Constance.

(3) « Nulla quidem suspicio est non modo seditionis, sed nec asperae obmurmurationis. » (S. Hilar., Lib. I ad Conslantium, n° 3.)

(4) « Sacerdotes carceribus continentur, plebs in custodia catenati ordinis constricta disponitur, virgines nudantur ad pœnam, et sacrata Deo corpora publico exposita conspectui , ad fructum spectaculi et quaestionis aptantur. » (S. Hilar. 3 loc. cit., n° 6.)

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les provinces de la Gaule, le concile de Milan se terminait, on s'en souvient, par des actes de tyrannie non moins abominables. On y traînait par les cheveux le saint évêque de Verceil (1), on incarcérait et l'on fouettait les légats du Saint-Siège, qui tous, avec le bienheureux Denis, évêque de Milan , étaient emmenés d'exil en exil sous la garde des sbires, comme des criminels.

11 parait certain que saint Hilaire n'assistait pas à cette assemblée. Une ancienne Vie de saint Eusèbe de Verceil (2) représente notre pontife , il est vrai , parmi ceux qui y confessèrent la foi au prix de leur liberté ; mais comme on y voit figurer saint Paulin de Trêves, incontestablement exilé avant cette époque, ce témoignage est notoirement insuffisant. Aussi bien, on ne conçoit pas comment notre courageux évêque aurait échappé au décret de proscription qui frappa tous ceux qui refusèrent de souscrire à la condamnation d'Àthanase, s'il avait été l'un de ces défenseurs de la vérité et de la justice. Et comme, d'autre part, de l'aveu de tous, il n'a jamais faibli devant la tyrannie, on en doit conclure qu'il ne faisait pas partie de l'assemblée de Milan. Que le lecteur ne s'en étonne pas. On voit, par l'exemple de saint Eusèbe de Verceil , que les prélats des Églises relativement moins importantes n'étaient pas obligés à s'y rendre , les ariens ayant surtout pour but d'obtenir l'adhésion des évêques des grands sièges, dans la persuasion que, ceux-ci une fois gagnés à leur cause, les autres suivraient l'impulsion donnée. Mais ils oubliaient, ces hérétiques, l'assistance divine promise à l'Église, et ils ignoraient encore que la Gaule possédait un homme de conseil et de résolution assez puissant pour renverser leurs projets destructeurs.

(1) Mansi, Concil, III, 250; Ughelli , Italia sacra, IV, 756.

(2) Mansi, Concil, III, 247; Ughelli, Italia sacra, IV, 754.

En présence de cette situation lamentable , Hilaire , en effet, au lieu de se livrer au découragement, avait, au milieu de la tempête , saisi d'une main ferme le gouvernail des Églises des Gaules, et convoqué, très-probablement à Poitiers (1), un concile composé de tous les évêques restés en dehors de la lutte. C'était vers la fin de l'année 355 (2). Sous l'inspiration de notre illustre pontife, les Pères décrétèrent d'une voix unanime, qu'Ursace et Valens,les deux coryphées de la secte de qui venaient tous les malheurs de l'Église, et Saturnin d'Arles, leur ami et le propagateur fanatique de leurs impiétés dans les Gaules , étaient indignes de la communion catholique et voués à l'anathème. Quant aux prévaricateurs qui avaient eu la faiblesse, à Milan, de participer à l'injuste condamnation d'Athanase, on les considéra comme des victimes dignes de pitié. En conséquence, il fut décidé qu'on recevrait à la communion tous ceux qui viendraient à résipiscence (3).

Cette dernière clause du décret était dictée par la sagesse même. Elle sauvegardait à la fois les droits de la discipline en exigeant une rétractation, et les intérêts de la concorde en ouvrant la porte du pardon au repentir sincère. Néanmoins, cette indulgence pouvant paraître excessive aux confesseurs

(1) Mansi, ConciL, III, 251.

(2) Le conciliabule de Milan eut lieu sous le consulat d'Arbetion et de Lollianus, c'est-à-dire en 355 (Sulpic. Sever., Hist. sacra, II, 39). D'autre part, il paraît s'être" tenu après la défaite de Sylvain (S. Hilar. Fragm. VI, n° 6; Theodoret., Hist. eccles., II, 16, et Mansi, Concii., III, 240 d). Le concile présidé par saint Hilaire est également de la même année, puisque, d'après saint Hilaire lui-même [De Synodis, n° 2), au début de l'année 359, il y avait trois ans complets, et en 360 il y avait cinq ans (Lib. contra Constant., n° 2) que Saturnin d'Arles avait été excommunié dans ce concile.

(3) « Post sanctorum virorum exsilia Paulini, Eusebii, Luciferi, Dionysii, quinto abhinc anno, a Saturnini et Ursacii et Valentis communione me cum Gallicanis episcopis separavi, indulta caeteris consortibus eorum resipis-

cendi facultate; si tamen hoc ipsum bealissimis conf essoribus Christi

editum decretum tum a nobis manere placuisset. » (S. Hilar., Contra Constant., n° 2.)

de la foi, il fut statué que la décision conciliaire ne serait exécutée qu'autant qu'elle serait agréée par eux. En effet, à l'exception de Lucifer de Cagliari, non-seulement les confesseurs exilés, mais l'Église entière, par l'organe des conciles d'Alexandrie, de Rome et de Cappadoce, l'adopta quelques années plus tard, comme l'expression de sa propre pensée et la règle de sa conduite.

Ainsi, dès le début du combat, Hilaire remportait une glorieuse victoire et devenait l'oracle de l'Église universelle.

Le concile de Poitiers ne se contenta pas de lancer contre les auteurs des troubles qui agitaient l'Église d'Occident une sentence d'excommunication, et de poser les bases de la discipline ecclésiastique à l'égard de ceux qui succombaient sous la violence de la persécution arienne ; il envoya , de plus, à Constance une supplique rédigée par Hilaire (1). Les Pères y démontraient à la fois l'injustice des agissements de l'hérésie et la nécessité de rétablir sur leurs sièges les Pasteurs exilés. Cette pièce, pleine de modération et de respect dans la forme, affirmait néanmoins avec fermeté les droits des catholiques à la liberté de leur conscience, qui est celle de la vérité même.

(I) Mansi, Concil., III, 251.— Nous suivons ici l'opinion de Jérôme de Prato, de l'Oratoire de Vérone, qui, dans son édition de Sulpice Sévère, soutient que la première partie du premier livre de saint Hilaire à Constance, jusqu'au n° 6, n'est autre chose que la lettre du concile de Poitiers rédigée par saint Hilaire. En effet, ce commencement du Livre à Constance est tout à fait différent de la suite à partir du n° 6. De l'aveu des meilleurs critiques, ce sont même deux fragments de deux ouvrages distincts. La première partie est manifestement une supplique à l'empereur rédigée au nom de plusieurs. La seconde partie n'est pas moins évidemment tronquée , et l'auteur y parle en son nom, et sur le ton d'un historien ou d'un polémiste. On y suppose, dès le début, qu'il a été question précédemment de saints personnages (sancii illi viri, n° 6) qui ont absous saint Athanase, ce qui désigne suffisamment les Pères du concile de Sardique. Plus loin, l'auteur affirme qu'il a déjà parlé du concile de Nicée (ibid., n° 8) : toutes choses dont il ne reste aucune trace dans la rédaction qui nous est parvenue.

« Votre nature libérale , y est-il dit, seigneur et trèsheureux Auguste, est en parfaite harmonie , nous le savons, avec votre volonté toujours bienveillante. Et parce que la miséricorde coule à flots de la source de votre paternel amour, nous avons la confiance de pouvoir obtenir sans peine ce que nous demandons. Ce n'est pas par des paroles, c'est par des larmes que nous vous supplions de ne pas souffrir que les Églises catholiques soient plus longtemps en butte aux injures les plus graves et soumises à des persécutions , à des opprobres intolérables, et, ce qui est plus criminel encore, de la part de ceux qui sont nos frères dans l'épiscopat. Que votre clémence avise et décrète que tous les magistrats chargés de l'administration de la justice dans les diverses provinces se tiennent dans les limites de leurs fonctions civiles , et s'abstiennent de s'occuper de la discipline ecclésiastique. Que dorénavant ils n'aient plus la présomption usurpatrice, ni la prétention de connaître les causes des clercs, de tracasser et de vexer des hommes innocents, par des peines de toutes sortes, des menaces, des violences ou des terreurs. Votre singulière et admirable sagesse comprendra qu'il ne convient pas , qu'il est contraire à la justice d'employer la contrainte et la force contre des hommes qui protestent et refusent de se soumettre, d'adhérer en aucune façon, sous la pression de la violence, à des hérétiques qui ne cessent de répandre parmi eux les semences corruptrices d'une doctrine adultère. »

On voit en quel sens les saints Docteurs réclamaient la liberté religieuse. Ce n'était pas, comme nos libéraux modernes, en vertu du soi-disant principe de la liberté de conscience, mais en vertu du droit qu'a la vérité de se garder contre l'erreur.

« Vous faites tous vos efforts, ajoutent les Pères de notre concile , vous écoutez tous les conseils salutaires pour vous aider dans le gouvernement de l'État ; vos soucis et vos veilles tendent à procurer h tous vos sujets les libertés qui leur sont les plus chères. Or, permettez-nous de le dire, aucune autre voie n'est plus propre à remettre en paix ce qui était en perturbation , à resserrer ce qui tendait à se diviser (allusion évidente aux troubles occasionnés par la révolte de Sylvain) , que de laisser à chacun la liberté de vivre selon la loi religieuse qui lui appartient, en dehors de toute oppression. Votre mansuétude, nous en sommes certains , ne peut manquer de prêter une oreille favorable à la voix de tant de suppliants qui vous crient : Je suis catholique, je ne veux pas être hérétique ; je suis chrétien et non pas arien; et mieux vaut pour moi perdre cette vie terrestre que de corrompre la chaste virginité de la vérité, en l'assujettissant à la domination d'un potentat quelconque. Il doit sembler juste à votre sainteté , très-glorieux empereur, que ceux qui craignent le Seigneur Dieu et le jugement divin ne se laissent ni souiller ni salir par des blasphèmes exécrables ; mais qu'ils aient, au moins, la liberté de suivre leurs évêques et leurs supérieurs , conservateurs des liens inviolables de la charité, et désireux plus que personne de jouir d'une paix perpétuelle et sincère. On ne peut faire, la raison même s'y oppose, que ce qui se repousse se convienne , ce qui diffère se réunisse, le vrai et le faux se mélangent, la lumière et les ténèbres se confondent, le jour et la nuit aient une existence commune. Si donc, ce que nous espérons et croyons sans hésitation, ces considérations émeuvent votre bonté, donnez vos ordres pour que les magistrats n'accordent ni attention, ni grâce, ni faveur à des hérétiques odieux à tous. Que votre clémence permette aux populations chré-

tiennes d'écouter les docteurs qu'ils ont voulus , qu'ils ont jugés dignes de cette fonction, qu'ils ont choisis, de célébrer avec eux les divines solennités de nos mystères , et d'offrir à Dieu des prières pour votre santé et votre bonheur. »

« Qu'aucune langue perverse ou envieuse, ajoutent-ils , ne répande contre nous des bruits calomnieux; on ne peut nous soupçonner , non pas seulement de sédition , mais même de murmure tant soit peu accentué. Tout est tranquille et tout est soumis. »

Après cette protestation, rendue nécessaire par les soupçons de Constance dont nous avons précédemment parlé, saint Hilaire et ses collègues démontrent que les ariens, par leurs perfides menées , sont les seuls vrais perturbateurs du repos public. « En conséquence , s'écrient-ils, nous conjurons votre piété de donner ordre de rétablir sur leurs sièges les pontifes vénérables et par leur sainteté et par l'éminence de leur dignité , qui sont en exil ou relégués dans des lieux déserts. » Les chefs des ariens ne sont que des novateurs et des blasphémateurs. « Nous avons appris naguère les blasphèmes inventés par les deux Eusèbe, par Narcisse (de Néroniade) (1), par Théodore (d'Héraclée) , par Étienne (d'Àntioche) , par Acace (de Césarée) , par Menophante (d'Éphèse) , et surtout par deux jeunes impudents , Ursace et Valens. On nous a montré les lettres de la rétractation de ces derniers, et des témoins dignes de foi les ont entendus déblatérer plutôt que disputer (magis oblatrantes quant disputantes) : hommes méprisables avec lesquels ne peuvent communiquer que les complices de leurs crimes , voués , comme eux, aux supplices éternels. »

Telle est la supplique d'Hilaire et de ses amis. Comme

(1) Nous empruntons à saint Athanase (Apologia contra arianos, nu 36 et 48) les noms des sièges de ces èvêques ariens.

on le voit , ce document nous est parvenu tronqué au commencement et à la fin, en sorte qu'il est impossible aujourd'hui de le juger dans son ensemble. Tel qu'il est , il témoigne de l'extrême modération de son auteur, et de la généreuse illusion où il était alors, que Constance n'avait qu'une part trèsminime de responsabilité dans les machinations de la secte arienne. C'est que ce prince hypocrite, comme tous les hommes voués à la propagation de Terreur, essayait de donner le change aux populations catholiques, en comblant de faveurs les évêques , les prêtres et jusqu'aux simples clercs (1) , en publiant des lois sévères contre le culte des idoles (2) , et en contribuant largement à la reconstruction des églises chrétiennes. Cette politique à double jeu a été,, quelques années plus tard , stigmatisée par notre saint ïïilaire , en des termes d'une énergie impossible à rendre en notre langue (3).

Bien que Saturnin d'Arles ne fût pas expressément nommé dans cette supplique (4), il ne tarda pas à savoir qu'il avait été séparé de la communion catholique par les Pères du concile ; et comme il apprit que l'évêque de Poitiers était le principal auteur de la sentence portée contre lui , il résolut de se venger.

Sans perdre de temps, il convoque un synode à Béziers, dès le printemps de l'année 356, et obtient un ordre de

(1) Cod. Theod., lib. XVI, tit. n, leg. Il et 12.

(2) Cod. Theod., lib. XVI, tit. x3 leg. 4 et 5.

(3) S. Hilar., Lib. contra Constant., n° 5 : « At nunc pugnamus contra persecutorem fallacem, contra hostem blandientem , contra Gonstantium antichristum, qui non dorsa ctedit, sed ventrem palpât, non proscribit ad vitam, sed ditat in mortem, non tradit carcere ad libertatem, sed intra palatium

honorât ad servitutem; unitatem procurât ne pax sit ; hœreses compri-

mit ne christiaui sint, sacerdotes honorât ne episcopi sint ; ecclesiae tecta struit ut fîdem destruat. »

(4) Il était néanmoins assez clairement désigné sous le nom de complice des crimes d'Ursace et de Valens.

la Cour qui oblige Hilaire à comparaître (1). Notre intrépide pontife obéit sans hésiter, et, en face du métropolitain transformé en sectaire et en persécuteur , il expose avec autant d'éloquence que de vérité les motifs de sa conduite, et offre à l'assemblée de lire un mémoire complet sur les erreurs de l'hérésie arienne. Mais les coryphées de la secte s'y opposent absolument, dans la crainte de voir dévoiler en public l'inanité de leurs sophismes.

Dans ce mémoire, dont la seconde partie de son Premier' Livre à Constance n'est probablement qu'un fragment , il mettait à nu les variations, les violences et la tyrannie des ariens , l'injustice de la haine qu'ils avaient vouée à saint Athanase , et les scènes scandaleuses du dernier conciliabule de Milan (2). Saturnin, vaincu sur le terrain de la théologie , et voyant son adversaire applaudi par les plus illustres prélats du concile , notamment par Rhodanius de Toulouse, se venge de son impuissance par la calomnie. De concert avec ses comparses, après avoir fulminé à son tour contre notre saint une sentence d'excommunication (3), il envoie à l'empereur, au nom du concile , un mémoire rempli d'accusations calomnieuses (4) ; puis , avec une ha-

(1) « Qui postea per factionem eorum pseudoapostolorum, ad Bilerrensem synodum compulsus , cognilionem demonstrandx hujus hœreseos obtuli. Sed hi , timentes publicœ conscientise , audire ingesta a me noluerunt. » (S. Hilar., Contra Constant., n° 2.) — Par ces expressions : « cognitionem demonstrandx hujus hxreseos obtuli, » nous entendons la seconde partie du premier Livre à Constance. Tillemont (Hist. ecclés., VII, 441) semble les entendre, mais à tort selon nous, du premier fragment dit de saint Hilaire, dont nous discuterons l'authenticité dans une dissertation spéciale. On peut également les interpréter dans le sens des trois premiers livres du Traité de saint Hilaire sur la Trinité , qui paraissent avoir été composés avant son exil, et qui démontrent en effet que la doctrine arienne est une hérésie.

(2) S. Hilar., Lib. 1 ad Constant., niB 6-8; De Synodis, n° 2.

(3) S. Hilar., Contra Auxenlium, n° 7.

(4) « Exsulo autem non crimine, sed factione , et falsis nuntiis synodi ad te, imperalorem pium, non ob aliquam criminum meorum conscientiam ,

bileté infernale, il parvient à suborner de faux témoins, qui attestent qu'Hilaire a trempé dans la conspiration de Sylvain , ou même dans la révolte de Magnence. C'est, du moins , ce qui ressort assez évidemment de plusieurs passages de saint Hilaire lui-même (1 ) . Afin de donner plus d'autorité à cette dénonciation, on prit soin de la faire confirmer par le César Julien , qui venait de prendre possession du gouvernement des Gaules. Ce prince hypocrite, que l'on croyait alors fervent chrétien , mais qui déjà avait apostasié en secret, prêta facilement la main à cette intrigue. De son côté, l'empereur Constance, heureux de pouvoir dérober sa haine de sectaire sous le prétexte de la tranquillité publique, expédia sans retard des lettres dans lesquelles il donnait ordre au César Julien de saisir le courageux évêque de Poitiers et de le conduire sous bonne garde jusqu'à l'extrémité de la Phrygie. Et comme le vénérable Rhodanius, évêque de Toulouse, à l'exemple et par les conseils de saint Hilaire, avait osé, malgré son caractère naturellement timide, résister en face aux ariens, dans le concile de Béziers, il eut la gloire d'être atteint par le même arrêt de proscription (2). Son Église eut même à souffrir les plus cruelles percer impios homines delatus. Neclevem habeo querelae meae testem dominum meum religiosum Caesarem tuum Julianum , qui plus in exsilio meo contumelise, quam ego injuriœ, pertulil. In promptu enim sunt pietatis vestrœ litterae : falsa autem eorum omnia quas in exsilium meum procuraverunt, non in obscuro sunt. Ipse quoque (Saturninus) vel minisler, vel auclor gestorum omnium, intra hanc urbem est. Circumvenlum te Augustum , illusumque Czsarem tuum, ea, confîdens conscientiae meae, conditione palefaciam, ut si indignum aliquid non modo episcopi sanctitate, sed etiam laici inlegritate gessisse docear, non jam sacerdotium per veniam expectem, sed intra pœnitentiam laici consenescam. » (S. Hilar., Lib. Il ad Constant., n° 2. Cf. De Synodis, n° 2.)

(1) C'est aussi le sentiment de D. Coustant (S. Hilar., lib. Il ad Constant., n# 2, note b). — Saint Hilaire dit aussi (De Synodis, n° 19) : « Sub occasione temporalium motuum diabolus sibila protulisset. »

(2) « Rhodanium quoque Tolosanum antistitem (qui natura lenior, non tam suis viribus quam Hilarii societate , non cesserat arianis) eadem conditio implicuit. » (Sulpic. Sever., Hist. sacra, lib. II, cap. xxxix.)

sécutions de la part des hérétiques, qui commirent , à cette occasion , au témoignage de saint Hilaire , des cruautés et des sacrilèges inouïs : « Les clercs furent battus de verges, les diacres déchirés avec des lanières armées de plomb, et le corps du Seigneur lui-même ignominieusement profané (1). »

Nous le verrons plus loin , notre Église de Poitiers eut à subir probablement des vexations analogues. Toutefois, saint Hilaire put continuer, même du fond de son exil , à entretenir les liens de confraternité qui l'unissaient à l'épiscopat gaulois (2) , et à distribuer aux diverses églises de sa ville épiscopale, par l'intermédiaire de l'un de ses prêtres, les symboles ordinaires de la communion ecclésiastique (3).

Malgré cette consolation relative, il serait impossible d'exprimer la douleur dans laquelle fut plongée l'Église de Poitiers tout entière le jour où elle perdit , pour de longues années, son illustre pontife. Il nous faudrait la foi vive des premiers siècles pour comprendre une situation qui aujourd'hui n'exciterait que des sympathies isolées. Cet événement, l'un des plus graves de l'histoire ecclésiastique de

(1) « Quos tu deinde in Ecclesiam Tolosanam exercuisti furores! Clerici fustibus cœsi, diacones plumbo elisi, et in ipsum (ut sancti mecum intelligunt) in ipsum Christ um manus missœ. » (S. Hilar., Contra Constant., n° 11.)

(2) « Episcopus ego sum in omnium Gallicarum ecclesiarum atque episcoporum communione licet in exsilio, permanens, et Ecclesiae adhuc per presbyteros meos communionem distribuens. » (S. Hilar., Lib. Il ad Constant., n° 2.)

(3) Saint Hilaire, par ces paroles, fait allusion, ou à l'usage reçu alors parmi les évêques de s'envoyer réciproquement, en signe de communion, du pain bénit ou sacré appelé eulogia, ou plutôt au rite primitif de l'Église, par lequel l'évêque distribuait tous les ans à Pâques, à chacun des prêtres de sa ville épiscopale chargés d'un titre paroissial, une portion de la matière eucharistique appelée fermentum, comme symbole d'union entre le pontife et ses prêtres. Saint Hilaire exilé avait chargé ses prêtres restés à Poitiers de continuer, en son nom, le même usage liturgique. Chaque prêtre, pendant quarante jours, consommait, avec l'hostie du sacrifice, une portion de ce fermentum consacré par son évêque. (Cf. Patrolog. lat., t. XX, col. 556, note f. — Mgr Cousseau, évêque d'Angoulême : Mémoire sur V ancienne liturgie du diocèse de Poitiers, p. 42.)

notre province, doit être rapporté au mois de mai, ou, au plus tard, au commencement du mois de juindel'an 356 (1). Ainsi l'arianisme, en Occident aussi bien qu'en Orient, avait triomphé, du moins en apparence, des plus illustres défenseurs de la foi de Nicée. Les sièges de Trêves, de Toulouse et de Poitiers dans la Gaule, ceux de Rome, de Milan et de Verceil en Italie, celui de Cagliari en Sardaigne, sans parler de l'Église d'Arles, étaient à la merci des hérétiques. Et en effet, ces audacieux ne craignirent pas de souiller l'Église de Milan et le Trône apostolique lui-même par l'intrusion sacrilège de l'antipape Félix et du fourbe et ambitieux Auxence, contre lequel notre grand Hilaire devait déployer, quelques années plus tard, toute la puissance de son éloquence.

(1) Tillemont, Hist. ecclés., VII, 749, note v. — Saint Hilaire, selon nos traditions locales, fut accompagné dans son exil par plusieurs de ses prêtres, notamment par saint Lienne et saint Just (Bolland., Act. SS., 1. 1 feb., p. 91), et même, d'après quelques auteurs (Tillemont, Hist. ecclés., VII, 748), par le vénérable Héliodore, dont parle saint Jérôme. Nous parlerons plus loin de saint Viventius. Le Bollandiste Remi de Buck, dans son article consacré à saint Just (Bolland., Act. SS., t. XII oct., p. 240), nie le fait relativement à ce saint; mais la raison qu'il donne de son opinion n'est certainement pas acceptable. Selon lui, saint Hilaire n'a pas pu, pour sa propre consolation, exposer son Église aux attaques des ariens en la privant de deux prêtres aussi respectables. Cependant saint Eusèbe de Verceil a certainement commis la même prétendue faute, bien que son Église fut incomparablement plus exposée que celle de Poitiers aux attaques des ariens (Opp. S. Euseb. Verceil., apud Patrolog., t. XII, col. 951). Lucifer de Cagliari avait aussi avec lui plusieurs membres de son clergé , dans son exil , puisqu'il laissa deux de ses diacres à Alexandrie pour le représenter au concile qui se tint en cette ville en 362 (Mansi, Concil., III, 354). De ces exemples et d'autres qu'on pourrait ajouter, il résulte, ce semble, au contraire, que tous les évêques exilés étaient accompagnés de quelques-uns de leurs clercs.

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