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CHAPITRE X

MACHINATIONS ET TRIOMPHE DE L'HÉRÉSIE PENDANT L'EXIL DE SAINT HILAIRE (356-360).

Jusque-là, en Occident du moins, la lutte avait été habilement engagée par les ariens sur un terrain glissant, où les plus intelligents seuls pouvaient combattre : nous voulons parler de la culpabilité personnelle de saint Àthanase. Aussi , beaucoup d'évêques catholiques , qui avaient faibli à Milan et à Béziers , se croyaient-ils encore à l'abri de tout reproche au point de vue de l'orthodoxie (1). Mais leur simplicité leur coûta cher (2). Constance et les coryphées de la perfidie arienne mirent en œuvre tout ce qu'ils possédaient d'habileté et d'astuce pour achever leur triomphe. Ils se rendirent d'abord à Rome, afin de donner le change au peuple fidèle en se vantant d'être en communion avec l'Église romaine (avril-mai 357) . Puis , après un séjour de deux mois à Milan (3) , la cour se transporta par Trente et rillyrie à Sirmium, le centre et le principal foyer de l'hérésie. Là, dans une assemblée d'évêques tout dévoués à la secte , fut composé le plus perfide des formulaires de foi publiés jusqu'alors. Il était écrit en latin, et il fut envoyé dans les diverses provinces de l'Occident. Une traduction

(1) « Dionysius vero, Eusebius, Paulinus, Rhodanius et Lucifer do-lum in negotio esse proclamantes, asserentesque quod subscriptio in Athanasium non aliam ob causam quam destruendae fidei moliretur, in exsilium trusi sunt. His etiam Hilarius jungitur, cœleris vel ignorantibus , vel non credentibus fraudem. » (Rufini Hist. eccles., lib. I, cap. xx.)

(2) « Sed tali consilio gestum fuisse negotium rei exitus docuit. Illis namque de mediosublalis, continuo synodus apud Ariminum congregatur.» (ld., ibid., lib. I, c. xxi.)

(3) Tillemont, Emper., IV, 420.

grecque fut également expédiée à toutes les Églises de l'Orient. C'était l'œuvre combinée d'Ursace, de Valens, de Potamius de Lisbonne et de Germinius de Sirmium, auxquels, selon saint Hilaire et saint Phébade d'Àgen [ I ) , le grand Osius, vaincu par les tourments , eut la faiblesse de consentir à joindre son nom (août ou septembre 357).

« Il n'y a qu'un seul Dieu tout-puissant qui est le Père, y était-il dit (2), et son Fils unique, Jésus-Christ notre Sauveur, né de lui avant les siècles. Mais on ne peut ni on ne doit prêcher deux dieux, parce que le Seigneur lui-même a dit : J'irai à mon Père et à votre Père , à mon Dieu et à votre Dieu (Joan.,xx, 17). Voilà pourquoi il n'y a qu'un seul Dieu pour tous , selon que l'enseigne l'Apôtre : Est-il donc seulement le Dieu des Juifs ? ne V est-il pas aussi des Gentils ? Certainement, tout aussi bien des Gentils ; car il n'y a qu'un Dieu qui justifie le circoncis en vertu de sa foi, et le gentil par le moyen de la foi (Rom., m, 29-30). Et ainsi des autres passages de l'Écriture qui ne peuvent se contredire. Mais comme quelques-uns, et même un grand nombre, se sont émus du mot substance , que les Grecs expriment par ousia, c'est-à-dire, pour rendre plus clairement leur pensée, par homousion ou par homéousion, nous prohibons désormais toutes ces expressions, et nous défendons, pour cette raison et ce motif, de se servir de formules qui ne soient pas contenues dans les Écritures, ou qui surpassent la science de l'homme, attendu que personne ne peut rendre raison de la génération du Fils , dont il est écrit : Qui expliquera sa qéné« ration? (Isaïe , m, 8.) Il est d'ailleurs manifeste que le

(1) S. Hilar., DeSynodis, n" 3 et 11; Lib. contra Constantium, n° 23.— S. Piiaebad. opp., Lib. contra Arianos, cap. xinr.

(2) S. Hilar., De Synodis, n° IL— S. Athanas., De Synod.} n° 28.— Socrat., Hist. eccles., II , 30.

Père seul connaît comment il engendre son Fils , et le Fils comment il est engendré par le Père. D'autre part , il n'est pas douteux que le Père ne soit plus grand que le Fils , et personne ne peut révoquer en doute que le Père ne soit, en honneur, en dignité, en gloire , en majesté , par son nom même , supérieur au Fils , celui-ci l'attestant lui-même : Celui qui m a envoyé est plus grand que moi (Joan., xiv, 28). D'après les principes catholiques, personne ne l'ignore, il y a deux personnes en Dieu, celle du Père et celle du Fils : le Père supérieur (au Fils), le Fils soumis en toutes les choses auxquelles l'a soumis le Père ; le Père sans commencement, invisible, immortel, impassible ; le Fils, au contraire, né du Père , Dieu de Dieu, lumière de lumière, par un mode de génération connu du Père seul. En outre, ce même Fils de Dieu, Notre-Seigneur et notre Dieu, a pris, ainsi qu'il est écrit, une chair ou un corps, c'est-à-dire la nature humaine [hominem] , du sein de la Vierge Marie , selon la parole de l'Ange. C'est d'ailleurs l'enseignement des Écritures, et principalement de l'Apôtre et Maître des nations , qu'il a pris de la Vierge Marie la nature humaine [hominem) , par laquelle il a compati. C'est là le symbole de la Foi , qui atteste le dogme de la Trinité que nous devons garder, selon qu'il est écrit : Allez et baptisez toutes les nations au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit (Math., xxviii, 19). C'est ainsi que s'affirme le nombre intègre et parfait de la Trinité. Quant à l'Esprit Paraclet, il vit par le Fils. Envoyé , il est venu, selon la promesse, pour instruire, enseigner , sanctifier les Apôtres et tous les croyants. »

Tel est le formulaire captieux et impie que saint Hilaire appelait V œuvre de la perfidie par excellence, et qui donna lieu aux luttes suprêmes del'épiscopat catholique contre l'hérésie triomphante : luttes terribles, dans lesquelles plus d'un mâle

courage défaillit, mais qui furent pour notre grand Hilaire l'occasion de déployer toute l'énergie de sa foi, toute la pénétration de son intelligence, toutes les ressources de son génie, toute la puissance de son zèle et de sa sainteté.

Ce ne fut qu'un cri de réprobation dans toutes les Églises de l'Occident. L'épiscopat des Gaules, notamment, eut le courage de condamner cette œuvre de mensonge et d'hypocrisie, comme une reproduction à peine déguisée des blasphèmes d'Àrius (1).

Une députation du concile réuni à cette occasion (2) alla jusqu'en Phrygie faire connaître à saint Hilaire ses énergiques protestations, et fut en même temps chargée de déposer aux pieds du glorieux confesseur, des gages non équivoques de la fidélité avec laquelle tous ses collègues de la Gaule étaient restés attachés à sa communion, malgré les menaces , les vexations , les violences du pouvoir et de l'évêque d'Arles (3).

Cette visite inattendue procura à notre illustre banni une profonde et douce consolation ; car jusqu'alors les lettres qu'il avait écrites, à plusieurs reprises, sur le chemin de son exil , étaient restées sans réponse , soit que les agents du gouvernement impérial les eussent interceptées , soit que la difficulté d'envoyer des courriers jusqu'en Asie eût opposé une barrière infranchissable à cette correspondance.

Saint Hilaire , il l'avoue lui-même (4) , était inquiet d'un silence aussi absolu, et il se demandait avec tristesse si les Églises des Gaules n'étaient pas tombées , elles aussi ,

(1) Saint Phébade , évêque d'Agen, publia une réfutation de ce nouveau formulaire (S. Phaebad., Lib. adversus Arianos, apud Patrolog., XX, 13-30).

(2) Tillemont, Hist. ecclés., VI, 426-427; S. flilar., De Synodis, nis 2, 8.

(3) « Expectastis sanctœ et indemutabilis perseverantiœ gloriosum triumphum, non cedendo Salurnini minis, potestatibus , bellis. » (S. Hilar., De Synodis, n° 3.)

(4) S. Hilar., De Synodis, n° 1.

par la prévarication de leurs évêques, dans l'état déplorable où il voyait celles del'Asie-Mineure. Il consolait son isolement en se livrant à l'élude de la sainte Écriture, en composant son commentaire sur le livre de Job (1) , en achevant surtout et en perfectionnant son magnifique traité sur la Trinité (2), qu'il avait probablement commencé avant même de partir pour l'exil (3). Cet ouvrage est incomparablement le chef-d'œuvre de notre saint Docteur. C'est là qu'il met au service de la vérité catholique toutes les richesses de son intelligence éminemment philosophique , et toute la puissance de sa dialectique. Déjà nous en avons admiré le début, dans lequel il nous a conduits, en se prenant pour exemple, des théories extravagantes de la philosophie païenne aux enseignements sacrés de la Genèse, démontrant avec une logique serrée et une élévation de pensée admirable, la nécessité de croire à un Dieu unique, souverain, supérieur à tous les êtres créés. Rencontrant ensuite sur sa route l'Évangile selon saint Jean , il en déduit les plus sublimes conceptions relativement à l'harmonie parfaite entre le Créateur et la créature , qui résulte de l'Incarnation du Verbe. Toutefois il avoue humblement que, malgré leurs beautés, ces vérités sont trop élevées pour être atteintes par notre bassesse , et que nous avons besoin de la foi pour pénétrer dans le sanctuaire de ces mystères divins. Voilà pourquoi , dit-il , l'Apôtre nous avertit de nous prémunir

(1) Tillemont, Hisl. ecdés., VII, 443; D. Coustant, Vila S. HUarii, ip 44. — D. Rivet [Hisl. liitêr. de la France, t. II , p. 192) croit que ce commentaire est un recueil d'homélies prononcées à Poitiers. Il ne nous en reste que deux fragments cités par saint Augustin : Lib. Il contra Julianum, cap. vin, n° 27; Lib. de Natura et Gratia, cap. lxii.

(2) Saint Hilaire paraît avoir écrit les douze livres De la Trinité pendant son exil. Il était du moins encore exilé lorsqu'il composait son dixième livre {De Trinil., X, 4.)

(3) D. Coustant, Prœfal. in Lib. de Trinilate, ni§ Îï-U.

par la foi contre les théories de la philosophie (CoJoss. , n, 8-1 5). Mais les hérétiques n'ont pas moins perverti la simplicité de la vérité divine. « Ces téméraires osent mesurer la puissante nature de Dieu à la faiblesse de leur propre nature ; ils livrent les mystères de l'infini aux vacillations indéfinies de leurs opinions, voulant enfermer l'indéfinissable dans le cercle étroit de leur intelligence, et se constituant eux-mêmes, et pour eux-mêmes , les arbitres de la religion , tandis que la religion est essentiellement une œuvre d'obéissance. »

Ne dirait-on pas ce magnifique passage écrit pour le xixe siècle ? Ou plutôt il est écrit pour tous les siècles ; car les hérétiques de tous les temps se sont constamment appuyés sur le même fondement : la négation de l'autorité et la liberté de la pensée individuelle.

« Toutefois, ajoute notre illustre Docteur (1) , je passerai sous silence toutes les aberrations insensées des autres hérétiques, n'en disant tout au plus que quelques mots, à l'occasion, pour m'attacher à réfuter ceux qui , sous prétexte de sauvegarder la foi en un Dieu unique, attaquent la génération du Fils unique de Dieu. Les uns, comme Sabellius et Photin, considèrent l'Incarnation comme un prolongement [protensio] de la divinité en l'homme, et non comme une descente (descensio) du Fils de Dieu , du ciel en terre ; ils nient que le Fils de l'Homme, uni à la nature humaine dans le temps , soit le même que le Fils éternel de Dieu , et prétendent que l'inviolable foi en un seul Dieu oblige de croire que le Père s'est étendu (protensus) par sa divinité jusqu'à la Vierge, et a pris, en naissant en elle, la qualité de Fils. D'autres , comm Arius , reconnaissent qu'il n'y a pas de salut sans le Christ, qui, selon saint Jean, au commencement

(l) De Trinit., lib. I, n° 16.

éiait en Dieu , Dieu Verbe , mais ils nient qu'il soit né du Père d'une génération éternelle, et n'admettent qu'une naissance par mode de création... : théorie insensée qui soulève d'indignation le cœur vraiment chrétien. En effet, il lui suffit de se rappeler les enseignements de son baptême , qui lui ont appris à croire non-seulement en Dieu, mais encore en Dieu le Père, à espérer non-seulement dans le Christ, mais dans le Christ Fils de Dieu, non pas créature, mais Dieu créateur, né de Dieu. Hâtons-nous donc de confondre, à l'aide des prophètes et des Évangiles, ces fous et ces ignorants, qui , sous couleur de religion envers l'unité de Dieu, nient que le Christ soit né de Dieu, ou qu'il soit vrai Dieu. »

Ayant ainsi, par une exposition aussi nette que profonde, percé à jour la faiblesse des systèmes hérétiques , saint Hilaire s'arrête effrayé en présence des difficultés qu'éprouve la langue humaine à bégayer, dès qu'elle touche à ces sublimes sujets.

« Donc, s'écrie-t-il (1), il faut que le chrétien, qui veut les pénétrer, s'établisse par la foi dans la substance de Dieu , selon la recommandation du prophète saint Jérémie , afin que, devant s'entretenir de la substance de Dieu, il mette son intellect en rapport avec les conceptions les plus dignes de cette substance divine , non assurément pour en avoir l'intelligence, mais pour admirer son infinité.» Après ce préambule véritablement sublime , notre grand Docteur expose lui-même le plan de son ouvrage.

(1) « Standum itaque per fîdem ante est, ut sanctus Jeremias admonet (xxm,22), in substantia Dei; ut de substantia Dei auditurus, sensum suum ad ea qiue Dei substantiœ sint digna moderetur; modcretur autem non aliquo modo intelligendi, sed infinitato. Quin etiam conscius sibi divinœ se naturae participem, ut B. apostolus letrus in epistola sua altéra ait (cap. ir, 14) affcctum fuisse, Dei naturam, non naturœ suœ lcgibus metiatur, sed divinas professiones secundum magnificentiam divine de se protestations expendat. » (S. Hilar., De TrinU., lib. I, n° 18.)

Dans le second livre, il pose le fondement de toutes ses démonstrations subséquentes , en donnant un magnifique commentaire de cette parole de Jésus-Christ à ses Apôtres : Allez , enseignez toutes les nations , les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Le sacrement de la régénération chrétienne ne pouvant reposer sur le mensonge, les noms des Personnes divines qui sont énoncés dans cette formule doivent être des réalités substantielles, distinctes , mais non pas diverses (1) ; et leur ensemble doit exprimer la divinité qui est unique , un tout divin et complet. Cette argumentation est admirablement développée pour chacune des Personnes divines contre les allégations de Sabellius, d'Ébion et d'Arius. Hilaire établit d'une manière péremptoire, mais générale, que le Père est Père, que le Fils est Fils du Père, que le Saint-Esprit procède des deux dans la Trinité (2), et nous a été communiqué, dans le temps, pour nous ouvrir, par la grâce ici-bas , et par la gloire au ciel, le sanctuaire impénétrable de la divinité.

Dans le livre troisième, prenant à part un passage de l'Évangile selon saint Jean : Ego in Pâtre ^ et Pater in me est : Je suis dans le Père, et le Père est en moi [Joan., xiv, 11), le saint Docteur prouve que ces paroles, mystérieuses pour notre faible raison, ne peuvent signifier qu'une chose , à savoir que, par la génération éternelle, toute la substance du Père a été communiquée au Fils, non pas avec partage, scission ou extension , comme le disent les hérétiques , mais d'une manière inénarrable et incompréhensible. Hilaire insiste sur cette idée de l'impuissance de l'intelligence hu-

(l) « Atque ita dissolvant perfecti hujus sacramenti veritatem dum subslanlias diversilatum (trope pour diversitales sub s t antiarum) in rébus tam communibus moliuntur (ariani). » (De Trinit., lib. II, n° 4.)

(•2) « Qui (Spiritus Sanctus) Paire et Filio auctoribus, confitendus est. » {De Trinit., lib. II , n° 29.)

maine à sonder les mystères de l'Être infini, et il le fait dans un langage philosophique qui défie toute analyse, mais que nos philosophes modernes devraient bien méditer.

Ces trois premiers livres forment un tout complet. C'est une thèse générale que les livres suivants ne feront que développer. Le lecteur nous pardonnera de ne pas suivre notre grand Évêque sur le terrain de la controverse dans laquelle il déploie toutes les ressources de la dialectique, qu'il possède à fond.

Le quatrième livre est une réfutation des sens extravagants prêtés par les ariens au mot consubstantiel , et qui tous , en définitive, reposent sur cette idée grossière et rationaliste, que, en Dieu, les opérations de la génération sont semblables à celles de la nature humaine. Hilaire démontre que ces inepties empêchent les hérétiques de voir le vrai sens des paroles de l'Écriture, telles que celles-ci : « Écoute, Israël, le Seigneur ton Dieu est unique, » comme si le mot Dieu s'entendait du Père seul à l'exclusion du Fils : blasphème insensé qu'Arius a le premier proféré dans sa lettre à son évêque d'Alexandrie, saint Alexandre, et dont notre illustre Docteur reproduit le texte jusqu'à deux fois. C'était en effet le principe fondamental sur lequel roulaient toutes les arguties et toutes les professions de foi des partisans de cet hérésiarque.

Les ariens , repoussés de leur premier retranchement , ne rendaient pas cependant les armes. Si les textes allégués, disaient-ils , ne prouvent pas que le nom de Dieu soit le partage exclusif du Père , du moins doit-on avouer que , d'après l'Écriture , le Père seul est vrai Dieu. Cette subtilité est mise à néant par le cinquième livre.

Au début du sixième livre Hilaire s'arrête un instant , et à la vue de l'immense influence exercée sur un grand nombre

par l'arianisme, il sent son zèle épiscopal excité à dévoiler la perfidie de cette secte impie, qui, comme le serpent du paradis terrestre, dérobe le venin de son mensonge sous les apparences de la simplicité. Il reproduit ensuite en partie la lettre d'Àrius , déjà citée dans le quatrième livre, et démontre que l'enseignement catholique est. toute autre chose, quoi qu'en dise l'hérésiarque, que les aberrations de Valentin, de Manès, de Sabellius, de Photin et de Hieracas.

Après cette digression nécessaire , Hilaire , dans le septième livre, établit par l'Évangile que le Christ est vrai Fils de Dieu et vrai Dieu , d'une même nature avec le Père , à l'exclusion toutefois d'une union personnelle»

Mais les ariens étaient féconds en arguties. Le Père et le Fils sont une même chose , disaient-ils , mais cette union est purement morale et du genre de celle qui est marquée dans l'Écriture , à l'égard des fidèles entre eux. Le huitième livre fait justice de ce subterfuge.

Le neuvième résout les objections tirées des passages du Nouveau Testament, où le Christ, à cause de sa nature humaine , est représenté comme inférieur à son Père.

Le dixième applique la même méthode aux passages relatifs à la Passion du Sauveur, et le onzième à ceux qui ont trait à Jésus ressuscité.

Dans cette longue discussion exégétique, notre saint Docteur est constamment à la hauteur de son sujet , montrant avec une grande profondeur de doctrine que, bien étudiés, tous les textes scripturaires allégués par l'hérésie attestent à la fois la réalité de l'Incarnation et la divinité véritable du Fils de Dieu.

Enfin le douzième livre est consacré à démontrer que les paroles de la Sagesse : « Dieu m'a créée au commencement de ses voies » [Prov., vin , 22) , si souvent alléguées par les

ariens , n'infirment en rien l'éternité de la génération du Verbe.

Tel est , dans son ensemble, ce chef-d'œuvre de la polémique chrétienne au ive siècle. Son importance exceptionnelle nous faisait un devoir de ne pas le passer sous silence, et, à ce point de vue, le lecteur nous saura gré , nous l'espérons, de la longue digression dans laquelle il nous a engagé.

Nous avons dit la réprobation qu'avait soulevée en Occident la formule impie de Sirmium. En Orient , l'accueil ne fut pas plus favorable. Basile d'Ancyre et ses amis se trouvaient réunis dans cette ville (mars 358] pour la dédicace de l'église cathédrale récemment construite , lorsqu'ils reçurent de Georges de Laodicée une lettre qui exhortait Basile à convoquer le plus grand nombre d'évêques possible pour fulminer en commun un anathème énergique contre le nouveau formulaire. D'autre part , le bruit courait dans la province que les évêques des Gaules avaient déjà condamné le même symbole. C'en fut assez pour exciter le zèle de Basile et des semi-ariens ses amis , qui dressèrent eux-mêmes une profession de foi , dans laquelle ils proclamaient le Fils de Dieu semblable en toutes choses à son Père, et anathématisaient les erreurs publiées à Sirmium. Ils proscrivirent, il est vrai, le terme catholique de consubsta7itiel ; mais ils eurent honte, parait-il , de celte faiblesse , et dans la copie qu'ils portèrent à l'empereur, ce fâcheux anathème fut supprimé. Basile d'Ancyre , Éleusius de Cyzique et Eustathe de Sébaste (1) se chargèrent de faire agréer à Constance , alors à Sirmium , la nouvelle décision conciliaire. Avec une versatilité d'esprit incroyable , ce prince capricieux , non-seulement y ap-

(1) S. Hilar., De Synodis, n° 90.

plaudit, mais contraignit Ursace, Valens et Germinius, principaux auteurs de la formule condamnée , à signer celle qu'on venait de lui substituer. Enivré de cette première victoire, Basile d'Àncyre crut qu'il lui serait facile de faire triompher dans l'Église entière ses idées soi-disant conciliantes , s'il parvenait à les faire adopter par un concile œcuménique. Constance accueillit avec faveur cette proposition , et , sans perdre de temps , il donna ses ordres pour que des évéques de tout le monde romain , un ou deux au moins par chaque province (1) , se réunissent à Nicomédie , en Bithynie, le plus tôt possible.

Quelques prélats gaulois s'empressèrent de profiter de cette occasion pour aller jusqu'en Phrygie visiter notre pontife exilé. Ils étaient porteurs de plusieurs lettres de leurs collègues , qui sollicitaient Hilaire de composer, pour la circonstance, un livre dans lequel il exposerait le vrai sens des professions de foi si multiples et si variées des Orientaux (2).

La situation était en effet fort grave. Au milieu des bouleversements suscités par l'arianismeen Orient, s'était formé un parti de modérés, qui tendaient évidemment à se rapprocher de l'orthodoxie; ce qui venait de se passer à Àncyre et à Sirmium était un gage non équivoque de cette disposition (3). Il restait, il est vrai, dans l'esprit de ces semiariens, bien des préjugés contre la doctrine des Occidentaux, qu'ils accusaient de sabellianisme , et leurs idées n'étaient pas exemptes d'erreurs ou tout au moins d'inexactitude ;

(1) «A singulis provinciis gallicanis binos vel singulos eo esse venturos. » (S. Hilar., De Synodis, n<> 8.)

(2) « Nonnulli ex vobis, quorum ad me potuerunt scripta deferri, quae cxinde Orientales in fidci professionibus gérant et gesserunt, significari vobis humilitatis meœ litteris desiderastis. » (S. Hilar., De Synodis, n° 5.)

(3) S. Athan., De Synodis, n°4t.

mais n'était-il pas utile de favoriser leur retour vers la vraie foi , et de mettre à profit leur tendance à se rapprocher des Occidentaux? C'était du moins l'opinion de notre grand Docteur (1). Pour atteindre ce but, il fallait, d'une part, écarter les préjugés encore existants par des explications nettes et précises, répondant aux objections plus ou moins sensées inventées parles subtilités ariennes contre le dogme catholique, et, de l'autre, montrer dans les professions de foi semiariennes, plus ou moins suspectes dans leurs origines, le point de vue orthodoxe auquel on pouvait se rattacher d'un commun accord. D'ailleurs, dans tous les cas , il était utile que les évêques de l'Occident, et de la Gaule en particulier auxquels s'intéressait Hilaire, eussent une connaissance exacte des idées préconçues des Orientaux contre la foi de Nicée. Cette utilité devint une nécessité le jour où, peu de mois après le triomphe éphémère de Basile d'Àncyre , le parti radical obtint , du versatile empereur Constance , un décret par lequel il était statué que le concile général serait représenté par deux assemblées séparées, siégeant Tune en Italie, dans la ville de Rimini, l'autre à Séleucie, dans l'Isaurie, province de l'Asie-Mineure. Évidemment cette scission rendait très-difficile (2) une entente cordiale entre les évêques bien intentionnés des deux parties de l'empire.

Un écrit élucidant les points en litige était donc nécessaire. Or, personne plus qu'Hilaire n'était apte à accomplir

(1) « Nec queror de patientissimis viris Orientalibus episcopis, quibus suffecit, post blasphemiœ voluntatem coactœ saltem fidei professio; gralulandum enim videlur, in tanta blasphemantium episcoporum haeretica pertinacia, aliquem exhis suscipi pœnilentem. » (S. Hilar., De Synodis, n° 63.)

(2) Saint Athanase {De Synodis, n° 7) et le concile de Paris (Hilar. Fragm. XI) affirment avec raison que le dessein des hérétiques, en faisant scinder le concile, était d'empêcher une décision favorable au Consubstantiel , en trompant chacune des assemblées sur la disposition de l'autre et en employant, au besoin, la pression du pouvoir civil pour arriver à cette fin. Et c'est ce qui fut fait.

cette œuvre de conciliation. Ferme sur le terrain des principes de la foi , il était naturellement porté à en modérer l'application quand il s'agissait des personnes ou de la conduite. Ainsi, dans ses douze livres De la Trinité, ouvrage de polémique directe contre les ariens, il avait su foudroyer l'erreur sans faire entendre une seule parole de récrimination contre les hérétiques égarés. Une seule fois , au début de son sixième livre , une plainte pleine de gémissements s'était échappée de sa plume contre un trop grand nombre d'àmes séduites, que la crainte de l'autorité impériale empêchait de se relever de leur chute; mais aussitôt, comme s'il eût craint que ce reproche n'entravât la conversion tant désirée par son zèle apostolique, il s'était empressé d'ajouter: « Que l'on me pardonne ce langage échappé » à mon amour de la vérité et que m'impose ma charge » épiscopale, le ministère de la prédication évangélique » étant le premier devoir de l'évêque catholique. Du reste, » le but que je me suis proposé en écrivant a été, par-dessus » tout , d'arracher une multitude d'intelligences au péril » d'une fausse interprétation du dogme catholique; et ma » joie sera surabondante si , par les explications que je » viens de donner de nos mystères, j'apprends à plusieurs » à renoncer aux objections insensées de la raison hu- » maine (1). »

Sa conduite pendant son exil avait été constamment en harmonie avec cet esprit de douceur apostolique. « Pendant » tout le temps de mon exil, dira-t-il lui-même plus tard (2),

(L) S. Hilar., De Trinit., lïb. VI, n« 2.

(2) « Atque exinde toto hoc tempore, in exsilio detentus, neque decedendura mihi esse de Christi confessione decrevi, neque huneslam aliquam ac probabilem ineundœ vnilatis raiionem slalui respuendam. Denique exinde nihil in tempora maledictum , nihil in eam quse tum se Christi ecclesiam mentiebatur, nunc autem antichristi est synagoga, famosum, ac dignum ipsorum impietate scripsi aut locutus sum; neque intérim eriminis loco

» si j'ai tenu à la résolution que j'avais prise de ne céder » en rien au sujet de la confession du Christ, je n'ai pour- » tant voulu repousser aucun moyen honnête et acceptable » de procurer la paix et l'unité. Enfin , aucune malédiction » contre la situation qui nous était faite, aucun éclat, aucune » protestation contre les chefs de la soi-disant Église du » Christ, aujourd'hui vraie synagogue de l'antechrist, n'est » sorti ni de ma plume ni de mes lèvres. Bien plus, je n'ai » pas considéré comme un crime d'avoir avec eux des en- » tretiens, ou même, tout en leur refusant ma communion, » d'entrer dans leurs maisons de prière, ou d'espérer ce quon » pouvait attendre d'eux pour le bien de la paix , alors que h nous leur ouvrions une voie au pardon de leur erreur par » la pénitence, un recours au Christ par l'abandon de Vante- » christ. »

Ces dernières paroles nous dévoilent toute la pensée de saint Hilaire dans son œuvre de conciliation, qu'il entreprit au moment où l'on délibérait encore sur les lieux précis où se tiendraient les deux portions du prétendu concile général , c'est-à-dire au commencement de l'année 359 (1). Cette œuvre est son traité DeSynodis (Des Synodes), dédié « à ses bien-aimés et très-heureux Frères et coévêques de la » première et de la seconde Germanie, de la première et de

duxi quemquam aut cum his colloqui, aut, suspensa licet communionis socielate, oralîonis domum adiré, aut pari optanda sperare . dum erroris indulgenliam, ab antichristo ad Christum recursum , per pœnitenliam prxpararemus. » (S. Hilar., Contra Constant., n° 2.)

(1) Nous croyons que saint Hilaire composa son traité De Synodis au commencement de l'année 359, parce qu'il dit lui-même qu'il l'a composé lorsque le bruit courait déjà que le concile se tiendrait dans deux villes différentes, et l'on nommait Ancyre et Rimini. Or le projet d'un double concile ne fut mis en avant qu'en décembre 358 ou janvier 359 , époque où Constance était à Sirmium et où Basile d'Ancyre alla le trouver. {Cod. Theodos. : Chronologia,t. I, p. lviii.— Sozomen., Hisl. eccles., IV, 16 ; S. flilar., De Synodis, n° 8.)

» la seconde Belgique, de la première et de la seconde » Lyonnaise, de la province d'Aquitaine, de la Novempopu- » lanie, aux fidèles et aux clercs de Toulouse dans la Nar- » bonnaise, et aux évêques des provinces britanniques ; » mais il est évidemment écrit aussi bien pour les évêques orientaux (1) que pour ceux qui sont ici désignés.

Le saint Docteur exprime d'abord, en termes émus, la joie qu'il a ressentie en apprenant la constance dans la foi dont l'épiscopat des Gaules avait donné l'exemple au monde, en résistant aux suggestions et aux menaces de Saturnin d'Arles, en excommuniant les principaux chefs de la faction arienne, et, naguère, en anathématisant les erreurs monstrueuses contenues dans la seconde formule de Sirmium , dont il reproduit le texte et dont il dévoile la perfidie. Les Orientaux à Ancyre l'ont également et presque en même temps (2) condamnée , non sans y mêler eux-mêmes des expressions scandaleuses, mais néanmoins avec une intrépidité digne d'éloges. Ces restrictions fâcheuses ont pour principe les accusations dont se chargent réciproquement les évêques de l'Occident et de l'Orient. Quand je parle des Orientaux, j'entends seulement le petit nombre de ceux qui, comme Éleusius de Cyzique et Basile d'Ancyre, ont eu le courage de protester contre les anoméens. Ils ne sont, ce semble, éloignés de nous que par des préjugés contre les défenseurs du consubstantiel, et par un attachement excessif à des formules de foi composées jadis à Antioche, à Sardique ou plutôt à Philippopolis, et à Sirmium contre Marcel d'Ancyre et Photin.

(1) Cela est évident, puisque, depuis le numéro 77 jusqu'au 91 inclusivement, le saint Docteur s'adresse directement à eux, et essaie, par les plus puissantes raisons, de leur persuader d'accepter le symbole de Nicée et le mot consubstaniiel.

(2) « Perpaucos Orientales sub his ipsis prope diebus quibus vos ingestam haeresim respuistis emersit (fîdei doctrina). » (S. Hilar., DeSynodis, n° 28.)

On se demande si la barrière qui nous sépare de ces hommes honnêtes et courageux est infranchissable.

11 semble qu'il n'en soit pas ainsi. Le mot consubstantiel a été, ilesl vrai, choisi très-sagement par les Pères de Nicée et interprété très-fidèlement par l'Église. Toutefois, il faut l'avouer, il a donné lieu à des interprétations erronées qui l'ont fait rejeter par le concile d'Antioche condamnant Paul de Samosate. Est-ce à dire qu'il faille le repousser aujourd'hui? Cette conséquence est inadmissible, après l'approbation solennelle qu'il a reçue des trois cent dix-huit Pères de Nicée, après les explications publiques, multipliées, dont il a été l'objet depuis trente ans. Que les Orientaux conservent leur respect pour les formules d'Antioche , de Philippopolis et de Sirmium, expliquées dans le sens orthodoxe qui vient de leur être donné , et qu'ils reçoivent avec non moins de respect la foi de Nicée, comme un palladium contre les perfidies ariennes , et il sera possible de poser les bases d'une paix durable entre l'Orient et l'Occident.

On ne peut le nier, le but que se proposait Hilaire était digne de son grand cœur et de son génie (1). Saint Basile

(1) Saint Athanase n'a nullement voulu faire une œuvre contradictoire à celle de saint Hilaire en publiant son traité De Synodis sur le même sujet. Ces deux grands hommes se sont seulement placés à deux points de vue différents. Athanase, écrivant pour des fidèles exposés chaque jour aux séductions ariennes, très-puissantes en Egypte, aussi bien qu'en Syrie et dans l'Asie-Mincure, a voulu les prémunir contre les doctrines dangereuses et suspectes contenues dans les formulaires des semi-ariens, et surtout contre l'opposition systématique au concile de Nicée, dont ces formules étaient l'expression, tout en avouant que, parmi les auteurs de ces documents, plusieurs, comme Basile d'Ancyre, n'étaient retenus loin de la vérité que par des préjugés et des malentendus. Hilaire, au contraire, s'adressant à des hommes fermes dans la foi et aux égarés eux-mêmes, pouvait sans inconvénient envisager ces mêmes formulaires au point de vue favorable à une intelligence complète du dogme catholique. Toutefois, nous devons l'avouer, le B. Lucifer de Cagliari , dont les Bollandistes ont parfaitement vengé la sainteté (Bolland., Act. SS., t. Vmaii,p. 197 et seq.), mais qui, en cette occasion comme en plusieurs autres, a méconnu les limites de la justice et de la prudence, incrimina fortement certains pas-

le Grand, quinze ans plus tard, le poursuivait encore avec toute l'ardeur de son zèle apostolique, et n'y parvenait qu'en partie, tant avait été profondément creusé par l'hérésie l'abîme qui séparait déjà et qui sépara do plus en plus , au point de vue du dogme et de la vraie notion de la constitution divine de l'Église, les deux grandes portions du vaste empire romain.

Cependant, au moment où notre saint Docteur écrivait son traité Des Synodes, les ariens purs avaient non-seulement obtenu la scission du concile en deux parties, dans le but de le dominer par le mensonge, mais encore ils avaient imposé â Basile et fait agréer à Constance, le troisième symbole de Sirmium , formule captieuse on s'en souvient, qui, tout en déclarant le Fils de Dieu semblable à son Père, selon les Écritures, Dieu de Dieu , né avant tout principe et tous les temps imaginables , le déclarait inférieur à son Père , et abolissait, dans les professions de foi , le terme de substance , « mis en » avant avec trop de simplicité par les Pères , mal compris des » peuples,, et source de tous les scandales. » En outre, il avait été décidé, dans ce conciliabule, que ce formulaire serait imposé à la conscience des évêques réunis à Rimini et à Séleucie. En prévision de la fermeté que pourraient opposer ces deux assemblées , il fut stipulé que dix députés de chacune d'elles seraient envoyés à l'empereur et lui soumettraient le résultat des délibérations conciliaires, constituant ainsi ce prince arbitre et juge des décisions prises par les Pères (1) ! Ce seul fait nous donne une idée de l'asservisse-

sages du traité De Synodis de notre saint docteur. Celui-ci , avec une modestie incomparable, répondit à toutes ses observations, et n'eut pas de peine à se justifier. 11 ne nous reste que quelques-unes de ces réponses nettes et précises; les autres ont péri. (S. Hilar. opp., Patrol. /aJ.,t.X,p. 545- 548.)

(1) Sozom., BUt. écoles., IV, 16.

ment où conduit l'hérésie se livrant aux mains du pouvoir civil pour échapper à l'autorité divine de l'Église.

Ce fut dans ces conditions que s'ouvrirent les deux conciles. L'empereur, qui n'avait d'abord voulu rassembler que les principaux évêques de chaque province, changeant tout à coup d'avis, avait donné l'ordre aux métropolitains de convoquer, et aux gouverneurs de transporter aux frais de l'État, tous les évêques que leurs infirmités ne retiendraient pas dans leurs diocèses (1). Plus de quatre cents, quelquesuns même disent plus de six cents évêques (2), venus de 111lyrie, de l'Italie, de l'Afrique, de l'Espagne, des Gaules et de la Bretagne , se trouvèrent réunis dans la ville de Rimini, à la fin du mois de mai de l'an 359. Dans ce nombre, quatrevingts étaient ariens, ayant à leur tête les fameux Ursace et Valens, assistés de Gaius,Germinius, Démophile et Àuxence.

Avec une audace particulière aux sectaires, ces derniers osèrent proposer au concile de souscrire la formule de foi rédigée par eux à Sirmium, le 22 mai précédent, en présence du très -pieux, très -glorieux par ses victoires, empereur Constance Auguste, éternel, digne de vénération ! Mais leur proposition fut accueillie, comme elle le méritait, par une

(1) « Jussit ut convertirent episcopi, exceptis his qui corporis infirma vaietudine essent, ita tamen ut isti presbyteros autdiaconos suo loco mitterent quos vellent.» (Sozom., //isl. eccles., IV, 16. Cf. Sulpic.Sever., Hist. eccles., II, 41.) — Saint Athanase s'éleva à bon droit (De Synodis, n° 1) contre cette tyrannie de la cour de Byzance, qui faisait sans cesse courir les évêques de côté et d'autre, loin de leurs Églises , à la recherche du véritable symbole catholique, au grand scandale des infidèles et même des catéchumènes. (Tillemont, Hist. eccles., VI , 446.)

(2) S. Athanase (De Synodis, nu 8 et 33), Sulpice Sévère (Hist. eccles., lib. II, n' 41) et Sozomène (Hist. eccles., lib. IV, cap. xvn) s'accordent à dire que le nombre des évêques présents à Rimini surpassait quatre cents. Auxence , évêque intrus de Milan, qui y assistait, affirmait qu'ils étaient six cents {Exempt, blasphem. Avxenlii , Patrol. lat., t. X, col. 617). b'après Julien d'Éclane,cité par saint Augustin (Op. imperf '.contra Julian., lib.I, cap. lxxv), ils auraient été au nombre de six cent cinquante. (Cf. Tillemont, Hist. eccles., VI .. 782.)

réprobation générale ; et Auxence, Ursace et Valens, Gaius et Germinius, persistant à la soutenir au nom de l'empereur, on les déclara hérétiques, opiniâtres, relaps, et, comme tels, déposés de leurs sièges (21 juillet 359). Furieux de cet échec, les quatre-vingts opposants s'empressèrent de députer vers Constance dix des plus habiles de leur parti, avec mission de disposer ce prince à user de toute son autorité contre la majorité du concile. Ceux-ci, de leur côté, choisirent dix évêques chargés d'aller défendre, devant la cour de Byzance, les droits imprescriptibles de la vérité , et de présenter au César, avec l'apologie de leur conduite, la profession de foi et les anathèmes acclamés par tous les catholiques. Prévenu par les ariens, Constance refusa longtemps de les recevoir, prétextant qu'il était trop absorbé par les préoccupations de la guerre qu'il soutenait alors contre les Quades et les Sarmates. Enfin , il leur fit donner l'ordre d'aller l'attendre à Àndrinople, dans la Thrace. En même temps, il écrivit aux Pères de Rimini une lettre insolente, dans laquelle il leur signifiait cette détermination (1), les engageant à remettre au retour de leurs mandataires la solution définitive du conflit engagé. En vain lui fut-il répondu de Rimini que , l'hiver approchant , il était urgent de permettre aux évêques de retourner dans leurs diocèses pour y célébrer les fêtes de Noël : Constance se garda bien d'écouter de si justes remontrances.

Plus préoccupé de vaincre les catholiques que les barbares, il se rend, au commencement d'octobre (2), dans une petite ville de la Thrace, nommée Nicée , à quelques lieues d'Andrinople, et là, par les menaces, par les caresses, par le

(1) S. Athan., De Synodis, n° 55; Socrat., Hist. eccles., lib. II, cap. xxxvn.

(2) Cod. Theodos., Chronologia, an. 359, t. I, p. lx; Hiiar. Fragm. VIII, n° 5.

mensonge, par la perspective d'une paix universelle achetée au prix d'un mot insignifiant, disait-on, il triomphe enfin de la résistance de Restitutus, de Carthage, et, par suite, de tous les autres membres de la députation catholique. Les prévaricateurs révoquent la sentence portée contre les chefs de la secte arienne , et les proclament dignes d'être réhabilités (10 octobre 359).

Après un tel succès, Valens court à Rimini,avec une lettre de l'empereur promettant le consulat au préfet du Prétoire, Taurus, chargé de protéger le concile, s'il parvient à faire signer le formulaire, revu et corrigé à Nicée (1) par tous les prélats présents. Pourvu que le nombre des récalcitrants ne dépassât pas quinze, sa mission serait considérée comme suffisamment remplie. Le courage des Pères fut. d'abord admirable. Tous les jours sollicités, assaillis d'objections, de promesses, de fantômes effrayants, ils résistaient avec fermeté. Enfin ce mur d'airain s'écroula ; vingt seulement restaient encore debout : saint Phébade d'Àgen et saint Servat deTongres étaient à leur tête. Colonnes, ce semble, inébranlables, Taurus désespérait de les renverser.

Ce fut alors que Valens , le coryphée de l'arianisme en Occident , employa toutes les ressources du mensonge et de la perfidie. « Comment, s'écria-t-il un jour en s'adressant » aux intrépides confesseurs de la foi, comment osez-vous » assumer sur vous la responsabilité de briser pour un mot » l'union désormais rétablie, au moyen de notre formulaire, » entre l'Orient et l'Occident ? Si notre profession de foi est dé- » fectueuse, rectifiez-la, complétez-lavous-mêmes, et nous la

(l) Saint Athanase [Epist. ad Afros, n° 4) semble dire qu'on ajouta, à Nicée, au symbole de Sirmium, la condamnation du terme hypostase aussi bien que du mot consubslantiel. Ce nouveau symbole fut fait à Nicée en Thrace pour tromper les fidèles par la ressemblance du nom avec Nicée en Bithynie. (Cf. Theodoret., lïist. eccles., lib. II, cap. xvi.)

» signerons avec vos corrections (1 ) .On m'accuse d'être arien : » c'est une calomnie, j'abhorre les blasphèmes d'Àrius. » Celte apostrophe , cette proposition de correction offerte aux confesseurs de la foi fait une profonde impression sur les plus courageux. On était au mois de novembre ; la lutte durait depuis plus de six mois. Phébade et Servat acceptent , et tandis qu'ils s'occupent de cette œuvre de conciliation , Valens, dans le but d'enlever toute hésitation, s'écrie de nouveau qu'on le calomnie (2) : « Si quelqu'un nie , ajoute- » t-il , que le Christ , Seigneur, Fils de Dieu, soit né du Père » avant les siècles , qu'il soit anathème ! » Et tous les Pères de répéter : « Qu'il soit anathème I » — « Si quelqu'un nie , » poursuit Valens, que le Fils de Dieu soit semblable au Père, » selon les Écritures , qu'il soit anathème I » Tous répondent : « Qu'il soit anathème ! » — « Si quelqu'un ne confesse » pas le Fils de Dieu éternel avec le Père , qu'il soit ana- » thème! » Et tous : « Qu'il soit anathème! » — « Si quel- » qu'un dit que le Fils de Dieu est créature comme sont les » autres créatures , qu'il soit anathème ! » Et un immense écho répète : « Qu'il soit anathème ! » — « Si quelqu'un dit le » Fils de Dieu l'un des êtres sortis du néant ( de nnllis extan- » tibus, termes équivoques) et non de Dieu le Père, qu'il soit » anathème ! » Et tous, de plus en plus enthousiasmés, applaudissent et crient : « Qu'il soit anathème ! » Et Valens continue ainsi de prononcer jusqu'à dix-huit anathèmes qui paraissaient foudroyer l'hérésie dont il avait été considéré jusque-là comme le défenseur. Ces garanties n'étaient pourtant que des mystifications ; car, dans l'anathème même où il semblait avoir condamné ceux qui disaient le Fils de Dieu une créature, il avait ajouté perfidement : comme sont les autres

(l) Sulpic. Sever., Hist. sacra, lib. II, cap. xliv. (1) S. Hieron., Dialog. adversus Luciferianos, n° 18.

créatures y afin de se réserver la liberté de soutenir que le Christ était créature , mais non pas comme les autres créatures.

Cette infernale tragédiejiroduisit néanmoins l'effet désiré. Tous , évêques et fidèles , acclamèrent Valens , et personne ne fit plus difficulté de signer le formulaire de Nicée de Thrace , avec les garanties des anathèmes si chaleureusement applaudis. Chacun se retira heureux d'avoir procuré la paix générale de l'Église , au moyen d'une concession qui ne semblait présenter aucun danger pour la foi (I).

Tandis que le concile de Rimini , si courageusement commencé, se terminait si honteusement, l'assemblée de Séleucie n'aboutissait pas à un meilleur résultat.

Saint Hilaire , on se le rappelle , nous a dit lui-même avec quelle condescendance il avait traité les évêques de la Phrygie , où il était relégué , et des provinces environnantes. A part la communion ecclésiastique, qu'il leur refusa toujours , il ne faisait aucune difficulté d'entretenir des relations de bienveillance avec ceux qui confessaient alors (2) , non sans intrépidité, que le Fils de Dieu est substantiellement semblable à son Père. Il n'est même pas douteux, tous les monuments du temps l'insinuant assez , que la tendance de plus en plus accentuée des principaux semi-ariens vers l'orthodoxie est due principalement à l'influence de saint Hilaire en Orient. On ne doit donc pas s'étonner (3) de le voir invité , seul de tous les exilés pour la foi , au concile de

(1) S. Hieron. et Sulpic. Sever., loc. cit.

(2) Cela résulte de plusieurs passages déjà cités de saint Hilaire lui-même (S. Hilar., De Synodis, h" 63, 90).

(3) Sulpice Sévère (HisL. sacra, II, 4'2), en le représentant comme un inconnu admis par grâce au concile, est certainement inexact. Il ne l'est pas moins en disant que ce fut le prœses de la province qui l'envoya au concile, car ce fut Basile d'Ancyre qui, en Orient, fut chargé de transmettre les lettres de convocation.

Séleucie, et de le voir admis dans cette assemblée en grande partie composée d'hétérodoxes ou tout au moins de dissidents. Ses douze livres De la Trinité et son traité Des Synodes devaient être entre les mains de tous les chefs des partis qui divisaient les Églises de l'Asie-Mineure.

Ce fut seulement le 27 septembre, c'est-à-dire au moment où, à Rimini, le conflit était le plus violemment engagé , que s'ouvrit le synode de Séleucie. Hilaire nous a laissé un tableau lamentable des blasphèmes, qui y furent produits. Et cela ne doit pas nous surprendre, puisque notre saint Docteur nous a déjà fait connaître que dans cette malheureuse contrée , à part quelques évêques qui, comme Éleusius, étaient à la hauteur de leur mission divine, plusieurs prélats de l'Asie proconsulaire ne possédaient pas même sur Dieu les notions les plus élémentaires du dogme chrétien (1). On évalue à cent cinquante environ le nombre des évêques qui assistèrent à cette assemblée.

« Dès la première session , dit saint Hilaire (2) , les nuances d'opinion se dessinèrent : cent cinq évêques se déclarèrent pour Yhoméousion t c'est-à-dire pour l'opinion qui confessait que le Verbe est semblable substantiellement à son Père , et dix-neuf pour Yanoméousion , c'est-à-dire pour la dissemblance de substance entre le Père et le Fils de Dieu. Seuls les Égyptiens, se séparant de Georges, évêque intrus et hérétique d'Alexandrie , eurent le courage de défendre Yhomousion, c'est-à-dire la consubstantialité. Parmi ceux qui professaient l'homéousion, quelques-uns employaient cette expression dans le sens catholique, à savoir, que le Fils est de Dieu , c'est-à-dire de la substance de Dieu , et qu'il n'a pas eu de commencement. Les anoméens, au contraire, ne

(1) S. Hilar., De Synodis, n« 63.

(2) S. Hilar., Lib. in Constant., n° 12.

proféraient que des blasphèmes. Ils niaient effrontément qu'un être quelconque puisse être semblable à Dieu, ni qu'il puisse y avoir génération en Dieu. Selon eux, le Christ n'est qu'une créature, et sa création constitue sa nativité; il est du néant, et en conséquence, il n'est ni Fils de Dieu, ni semblable à Dieu.

« J'ai entendu lire, oui ! je l'affirme, s'écrie saint Hilaire, j'ai entendu lire publiquement ce blasphème du soi-disant évêque d'Antioche (Eudoxe) : De toute éternité, Dieu était ce qu'il est ; mais il n'était pas Père, parce qu'il n'avait pas de Fils ; car si on lui suppose un Fils, il faut admettre à côté de lui une femme, etc. (1). 0 malheureuses oreilles que les miennes, condamnées à entendre les sons de ces horribles paroles , proférées par un homme parlant de Dieu , et prêchant sur le Christ dans une église! Et après beaucoup d'autres impiétés semblables, il ajoutait : « Car autant le Fils s'étend pour connaître le Père, autant le Père s'étend au-dessus de lui pour n'être pas connu du Fils. »

« A ces mots, reprend saint Hilaire, un cri tumultueux d'indignation s'éleva dans l'assemblée. Les anoméens , comprenant alors que de tels blasphèmes seraient repoussés avec horreur, prirent le parti de tourner la difficulté. Ils écrivirent une profession de foi condamnant en même temps, eiYunité, et la ressemblance et la dissemblance de substance. Au milieu du tumulte occasionné par l'opposition faite à une pareille proposition , un prélat de cette faction s'approcha de moi pour me tenter, s'imaginant sans doute que je n'entendais rien à toute cette dis-

(l) « Nam si fîlius , necesse est ut et feminasit et colloquium et sermocinatio, et conjunctio conjugalis verbi, et blandimentum et postremum ad generandum naturalis machinula. » (S. HiJar., Contra Constanlium. , n° 13.) — Les hérétiques se ressemblent tous par un point : par l'immixtion des infamies de la chair dans les choses les plus saintes.

pute : « Pourquoi donc, me dit-il , ont-ils condamné Y unité » de substance? pourquoi nient-ils la ressemblance de » substance et proscrivent-ils la dissemblance? Selon moi, r> le Christ n'est pas semblable à Dieu, mais il est semblable » au Père. » Et comme je lui avouais que son langage me semblait fort embrouillé , « Je dis , ajouta-t-il , que le Fils, » quoique non semblable à Dieu, peut cependant être sem- » blable au Père ; car on peut concevoir le Père produi- » sant une créature dont les volitions seraient semblables à » lui ; et, en conséquence , elle lui serait semblable, parce » qu'elle serait le Fils de sa volonté plus que de sa divinité; » mais elle ne serait pas semblable à Dieu, parce qu'elle ne » serait pas Dieu , ni née de Dieu, c'est-à-dire de sa subs- » tance. » En entendant de pareilles énormités , je restai ébahi. Je ne pouvais en croire mes oreilles , jusqu'au moment où ces sacrilèges explications de la ressemblance entre le Père et le Fils de Dieu furent répétées publiquement avec l'assentiment de tous les anoméens. »

Tel est le récit que nous a laissé saint Hilaire lui-même des discussions insensées qui remplirent les premières séances de l'assemblée de Séleucie (1).

Mais il est un point intéressant pour nous, et qu'il a naturellement passé sous silence : nous voulons dire l'influence extraordinaire exercée par lui sur la partie la plus considérable et la mieux disposée du concile. Cette influence fut manifeste dès le début (2) ; car pour la première fois , en Orient, on osa parler avec respect du symbole de Nicée ; et si les catholiques et les semi-ariens, par la bouche de Sylvain de Tarse, ne proposèrent que la profession de foi d'Àn-

(1) On peut voir dans l'historien Socrate {Hist. eccles., lib. II, cap. xxxix) la relation plus détaillée des incidents de cette assemblée.

(2) Sulpice Sévère (Hist. sacra, II, 42) le laisse assez à entendre, et la suite des événements le prouve mieux encore.

tioche , la plus orthodoxe du reste , après celle de Nicée, ce fut plutôt par condescendance que par conviction (1). Àcace de Césarée , le chef le plus influent du parti de l'opposition, comprenant d'où venait l'attitude résolue de la majorité , protesta publiquement contre l'admission au concile d'évêques étrangers et même déposés de diverses provinces (2), allusion évidente à saint Hilaire de Poitiers. Cependant , la majorité passa outre et signa le formulaire d'Antioche. Acace et ses partisans quittèrent la salle conciliaire, en protestant de nouveau ; et, forts de l'appui du comte Léonas, représentant de l'empereur, ils dressèrent de leur côté une profession de foi presque identique à celle qui avait été adoptée à Sirmium et à Nicée de Thrace, La majorité ne se laissa pas effrayer; dans une séance solennelle, Acace de Césarée , Georges d'Alexandrie et les principaux évêques de l'opposition furent déclarés déchus de la dignité épiscopale.

Ce coup de vigueur, d'après Sulpice Sévère (3), était dû principalement aux conseils énergiques de saint Hilaire.

Malheureusement les semi-ariens avaient donné trop de gages de soumission à l'égard des prétentions de la cour de Byzance pour que, même en des termes adoucis, leur profession de foi pût prévaloir. Le comte Léonas, de plus en plus dévoué à la secte, dissout le concile, et dix députés de chacun des deux partis vont à Constantinople porter leur différend devant l'empereur. Mais, favorisés par Léonas, Acace et ses partisans arrivent les premiers (4), et parleurs

(1) S. Hilar., Mb. in Const., n° 12; Socrat., Hist. eccles.y II, 39; S. Athan., De Synodis, n° 12.

(2) Socrat., Hist. eccles., U, 40.

(3) Sulpic. Sever., Hist. sacra, II, 42 : « Ita absolutis omnium animis ,

concilio (Hilarius)adscitus est. Agi deinde cœplum; repertique pravae hœresis auctores, atque ab Ecclesiœ corpore avulsi. »

(4) S. Hilar., In Constant., n° 15.

intrigues finissent par triompher de quelques hésitations de Constance, en accusant leurs adversaires de vouloir remettre en honneur le dogme de la consubstantialité du Verbe. En vain les semi-ariens veulent expliquer la différence qui existe entre Yhomoasion et Yhoméousion, le César s'impatiente de leurs subtilités, et, par des menaces et par des violences, ordonne à tous de signer un formulaire rédigé par les évêques ariens réunis à Constantinople (1). Cette nouvelle profession de foi, qui fut expédiée dans toutes les Églises de l'Empire, avec injonction à tous les évêques d'y adhérer (2), n'était au fond, à quelques nuances d'expressions près, que la formule de Nicée de Thrace imposée par la force au concile de Rimini.

Victorieux sur la question du dogme, lesacaciens prennent l'offensive, et, plaçant leurs adversaires sur la sellette des accusés, les déposent, obtiennent contre eux un arrêt de bannissement, et font occuper leurs sièges épiscopaux par des intrus de leur création (3). C'est alors (4) que plusieurs de ces proscrits, notamment Basile d'Àncyre, se jetèrent définitivement dans le camp des orthodoxes (5).

Le triomphe de l'hérésie était complet. « Le terme de substance, c'est saint Jérôme qui parle (6), était proscrit de par

(l) S. Hilar., In Constant., n° 15; Socrat., H ist. eccles., IV, 41.

(-2) Nous ne savons pourquoi Tillemont [Hist. ecclés., VI, 46i) semble jeter quelque doute sur la réalité de la persécution contre les évêques non soumis aux décrets de Rimini, en Occident, puisqu'il l'admet pour l'Orient (ibid., VI, 496), et même (ibid., p. 499) pour tout l'empire.

(3) S. Hilar., In Constant., n° 15; Sulpic. Sever., Hist. sacra, II, 45.

(4) Selon Théodoret {Hist. eccles., II, 23), c'est pour avoir professé le consubstanliel, en face de Constance, qu'ils furent déposés et bannis; mais Philostorge est probablement dans le vrai en disant qu'ils confessèrent le consubslanliel lorsqu'ils se virent condamnés à l'exil (Philostorg., Hist., lib. V, n° l, apud Palrolog. grœc, t. LXV, col. 527), d'autant que saint flilaire dit : « Vicisse se jam Orientales gloriatus (Constantius) quia decem legatos volunlali svx subdidissel » (S. Hilar., In Constant., n° 15).

(5) Sulpic. Sever., Hist. sacra, II, 45.

(6) « Tune vsix nomen abolitum est; tune Nicenae fîdei damnatio clamata

César dans tout l'empire romain ; le symbole de Nicée était aboli, et l'univers se vit, avec autant d'étonnement que de douleur, enchaîné à l'hérésie d'Arius. »

« Constance, selon l'expression de notre saint Hilaire, put se vanter d'avoir livré au démon le monde entier, racheté par le sang du Christ (1). »

Nous avons suivi la trame de cette conjuration diabolique, et nous avons montré avec quelle habileté elle fut conduite, depuis l'opposition des deux Eusèbe jusqu'à la victoire définitive que nous venons de raconter. Mais Dieu, qui n'abandonne jamais son Église, intervint directement et par luimême et par ses fidèles serviteurs. Debout dans la barque de Pierre, à côté du saint pape Libère, Athanase, Hilaire et Eusèbe de Verceil recueillirent avec autant de sagesse que de modération les naufragés d'un si violent orage, et l'Église sortit victorieuse, comme toujours, du tombeau où l'hérésie croyait l'avoir ensevelie.

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