MORT
Pour achever le portraitde notre admirable saint Hilaire, il nous reste à le peindre sous les traits du bon Pasteur. Nous l'avons d'abord considéré dans sa famille, son éducation, ses combats et ses victoires. Il nous est ensuite apparu , avec saint Martin , comme le véritable apôtre des populations rurales de son vaste diocèse, et comme le fondateur de la vie monastique en Poitou. Nous avons été, par là même, naturellement entraîné à rechercher les traces des serviteurs de Dieu qui , sous la conduite de ces deux grands thaumaturges , ont été chargés de perfectionner dans notre province l'œuvre de la prédication évangélique. Enfin, nous avons admiré les vertus héroïques des vierges chrétiennes qui ont, de leur côté , apporté le concours de leurs prières et de leurs pénitences aux labeurs des moines missionnaires. Cette dernière étude nous a fait pénétrer dans le cœur paternel de notre illustre Docteur, et des sentiments sublimes nous ont été dévoilés. Nous voudrions compléter cette vue
(1) Dans le Propre des saints du Bréviaire actuel de Poitiers, la fête de sainte Triaise n'est que du rite simple. Du reste , au moyen âge, à part le prieuré de Saint-Étienne de Passavant, où Ton honorait tous les saints qui avaient eu des rapports avec saint Hilaire, les églises de la ville de Poitiers étaient les seules à rendre un culte public à notre bienheureuse recluse. L'église qui portait son nom à Poitiers est aujourd'hui détruite. Elle était située dans la rue du même nom, immédiatement après la chapelle de Saint-Agon, à gauche, en entrant du côté de Saint-Hilaire.
d'ensemble par un aperçu général de ses œuvres littéraires; mais ici nous sommes arrêté par des destructions ou des lacunes déplorables.
Non-seulement sa correspondance intime et publique (1) , mais encore ses hymnes (2) , ses compositions liturgiques (3) et exégétiques (4), ont péri ou ne nous sont parvenues que défigurées par des superfétations successives. Quant à ses homélies, à part celles qui ont été retouchées et réunies en un corps d'ouvrage par saint Hilaire lui-même, comme ses Commentaires sur saint Mathieu et sur les Psaumes (encore ces derniers sont-ils incomplets) , nous n'avons pas la consolation d'en posséder une seule (S). Si les œuvres littéraires
(l) S. Hieron., De viris illust., cap. c— Sulpic. Sever., Hist. sacra, 11,40.
(Y) Saint Jérôme [loc. cit.) dit que S. Hilaire a composé « liber hymnorum et mysleriorum alius. » De ces hymnes louées par le ive concile de Tolède (633) dans son 13e canon (Mansi, Concit., X, 022), et par saint Isidore de Séville (lib. I de Offic. eccles., cap. vi), il ne nous reste de vraiment authentiques que l'hymne du matin déjà citée (celle du soir étant d'une authenticité fort douteuse, quoi qu'en ait dit le cardinal Mai), et deux autres publiées par le B. cardinal Thomasi (opp. t. Il, p. 358 , 405) sur la vie du Christ et l'Epiphanie. D. Pitra (Spicileg. Solesm., 1. 1, p. 167) exprime lui-même un doute sur l'authenticité d'une hymne portant le titre De Evangelio, qu'il a mise au jour.
(3) Le liber mysleriorum dont parle saint Jérôme (loc. cit.) ne peut s'entendre que de certaines additions faites par saint Hilaire au Sacramentaire alors en usage dans les Gaules. Mais les Missalia Francorum, Golhicum et Gallicanum , publiés par Mabillon et Thomasi , sont relativement trop récents pour qu'on y puisse reconnaître les pièces qui sont de la composition de saint Hilaire. Quant au Te Deum, que plusieurs auteurs lui attribuent, il serait difficile, aujourd'hui, d'établir cette attribution plus solidement que l'a fait Msr Cousseau; mais les preuves ne vont pas au-delà de la probabilité. Pour ce qui concerne le Gloria in excehis, qui, selon Alcuin (Ue divin, offic, cap. iv), etc., aurait également pour auteur saint Hilaire, on ne peut l'entendre que d'une traduction ou de certaines additions, puisque cette hymne se trouve en substance dans les Constitutions apostoliques.
(4) Encore qu'il soit certain , d'après le témoignage de saint Augustin et de plusieurs Pères, que saint Hilaire a fait un commentaire sur les épîtres de saint Paul , cet ouvrage ne nous est point parvenu. Celui qui a été publié dans le 1. 1 du Spicileg. Sol'smense n'est qu'une traduction de Théodore de Mopsueste.
(5) Le nouvel éditeur de D. Ceillier (t. IV, p. 30) admet l'authenticité de deux homélies publiées sous le nom de saint Hilaire par le savant cardinal Mai (Bibliolh. nova Palrum, 1. 1, p. 477); mais il suffit d'être un peu au courant du style de notre saint docteur pour les juger apocryphes.
de notre saint Docteur n'ont pu échapper aux ravages du temps , celles qui concernent sa vie privée ont été respectées bien moins encore. Il a fallu tout le zèle de saint Fortunat, à la fin du vie siècle, pour en recueillir les débris. C'est à lui seul que nous devons l'épisode si touchant de sainte Àbre , et par lui seul que deux miracles de notre illustre pontife ont échappé à l'oubli. Ils ne nous inspirent qu'un plus vif regret d'être privés de tant d'autres récits non moins merveilleux qui nous eussent initiés aux mœurs et aux usages du Poitou au ive siècle.
Le miracle , en effet, n'est pas seulement une manifestation de la puissance de Dieu et de la sainteté de l'homme qui l'opère ; c'est aussi un événement qui met en scène des personnages ou des passions dont la connaissance est du plus haut intérêt pour l'histoire d'un peuple ou d'une époque. Qui voudrait peindre Hilaire avec le seul secours de ses livres de controverse contre les hérétiques , ferait un portrait absolument opposé au caractère de cet homme admirable. Il faut le voir au milieu de son peuple, aimé comme un père et vénéré comme un saint. Mais écoutons saint Fortunat.
Il y avait à peine quelques jours , dit-il , que Martin avait ressuscité, à Ligugé, un jeune catéchumène, lorsque, traversant une rue de sa ville épiscopale, Hilaire vit tout à coup une femme éplorée accourir au devant de lui et se précipiter à ses pieds , en jetant des cris déchirants : « Pon- » tife du Seigneur, disait l'infortunée, Martin, votre dis- » ci pie, et encore novice dans la vie religieuse, a naguère î> ressuscité un catéchumène : vous ne pouvez pas moins que » lui. Voici mon fils qui vient de mourir privé du sacre- » ment de la régénération ; rendez-le à la vie ou du moins » au baptême ! Vous êtes le père de votre peuple ; faites
» que j'aie la joie d'avoir été véritablement mère I » Profondément ému d'une telle douleur, Hilaire sans répondre , se prosterne, sur-le-champ , le front dans la poussière , devant la multitude accourue à cette scène touchante. Il prie avec ferveur, et, se sentant exaucé , il se relève : l'enfant était plein de vie (1).
Voici un autre prodige qui a laissé , pendant plus de mille ans , des traces non moins profondes dans le souvenir du peuple. À l'extrémité du Bas-Poitou , existait une île appelée l'ile de la Dive (2) , aujourd'hui jointe au continent , à la pointe de l'Aiguillon, non loin de Saint -Michel-enl'Herm. Cette île était alors infestée de serpents venimeux en si grand nombre, que personne n'osait l'habiter ni même y aborder. Saint Hilaire, visitant cette partie de son diocèse , fut supplié par les populations du voisinage de purger du fléau cette petite île, devenue par là improductive malgré sa fertilité naturelle. Le bienheureux , cédant à leurs instances , pénétra dans l'ile , et , armé du signe de la
(1) Un bas-relief représentant ce miracle est encore conservé à l'angle de la rue Neuve, près de l'ancien hôtel de ville.
(2) Le manuscrit dont s'est servi Bollandus pour publier la Vie de saint Hilaire, par saint Fortunat, portait insula Gallinaria, au lieu de insula Vives. Évidemment , le copiste ne connaissant pas l'île de la Dive, et l'île Gallinaria étant connue par la vie de saint Martin , il aura substitué sans scrupule le nom de celle-ci au nom de celle-là. Mais tous les manuscrits que nous avons découverts à la Bibliothèque nationale depuis le xe jusqu'au xve siècle portent unanimement insula Dives. D'ailleurs, cette leçon est confirmée par le récit d'un miracle, composé vers la fin du ixe siècle, et contenu dans le manuscrit 196 du fonds latin de la Bibliothèque nationale, manuscrit du xie siècle au plus tard et renfermant les pièces les plus précieuses sur saint Hilaire. Un enfant avait avalé un serpent pendant son sommeil. Ses parents, qui habitaient non loin des rivages de la mer, et assez près de l'île de la Dive, eurent la pensée d'aller implorer la protection de saint Hilaire, dans la basilique qu'on avail bâtie dans celle île, en souvenir du miracle opéré par le saint pontife (ad S. Hilarii basiheamin eadem Dives insula post serpentum exterminacionem sive pxpulsionem construc. tam). Ils hésitèrent un instant, craignant que l'enfant ne mourût avant d'arriver à la basilique. Enfin leur foi l'emporta. Implorant le secours de saint Hilaire, ils allèrent faire leur pèlerinage: l'enfant vomit la vipère, et il fut guéri.
croix , il commanda au nom de Dieu à tous ces animaux malfaisants de disparaître pour toujours de cette terre désormais consacrée à Dieu. En effet, depuis lors, on n'y vit plus jamais aucune vipère. On y éleva, en action de grâces, une petite église sous l'invocation de notre saint évêque.
De tels prodiges expliquent l'immense popularité dont a joui, autrefois plus qu'aujourd'hui, le grand nom d'Hilaire. Aussi, avec quelle pieuse avidité chacune de ses paroles était accueillie, goûtée, mise en pratique ! On peut dire que c'est à lui que la ville de Poitiers doit cette réputation de piété qui a survécu à tous les siècles et à toutes les révolutions. Il nous serait doux d'écouter de loin les échos de cette parole puissante et féconde ; mais nous n'en avons plus que des fragments incomplets ; et si nous voulions les approfondir (1), nous nous éloignerions par trop de notre but purement historique. Contentons-nous d'en extraire quelques pensées utiles et pratiques.
Au ive siècle , les païens honnêtes, comme aujourd'hui les pécheurs , rejetaient sur Dieu les délais apportés à leur conversion. « Ils nous allèguent, disait tristement notre Pontife (2), que, la foi étant un don de Dieu, ils n'en sentent pas l'influence. Prétexte futile ! car c'est à nous à rendre féconde la semence de la foi , et alors seulement Dieu pourra lui donner l'accroissement. Mais (3) plusieurs sont plus pervers ou plus francs ; ils se font une arme des espérances mêmes de la vie chrétienne : « A quoi peuvent servir » vos jeûnes, disent-ils en plaisantant, à quoi votre chas- » teté, à quoi votre continence, à quoi le renoncement aux
(1) Du reste, le savant bénédictin D. Coustant, éditeur des œuvres de saint Hilaire, a traité cette question de main de maître. Nous ne pouvons qu'y renvoyer le lecteur.
(2) S. Hilar., Traclat. inps. cxvm, litt. xiv, n° 20.
(3) S. Hilar., ibicl., litt. xv, n» 7.
» biens de vos aïeux? Où est votre espérance, à vous chré- » tiens? La mort étend sur tous également son empire. » Pour nous, du moins, nous jouissons des biens de ce » monde , et nous usons des libertés de la vie présente ; » mais vous, que pouvez-vous ajoutera nos plaisirs par la » perspective de vos espérances à venir? » Àh ! le Prophète- Roi ne croyait pas si vaine cette espérance éternelle ! 11 attendait avec confiance , et en attendant il recueillait les fruits de la vraie vie d'ici-bas. « Notre vie, selon l' Apôtre, est cachée dans le Christ. » Voilà pourquoi David ajoute : « Recevez-moi selon votre parole, et je vivrai. » En effet, le - Seigneur a brisé les liens de notre captivité par la rémission de nos péchés. Nos vices ne sont-ils pas de vrais tyrans? Par la grâce, au contraire, nous sommes transformés en une vie nouvelle , en un nouvel homme , le Christ nous incorporant à sa propre chair. Aussi notre bouche est-elle pleine de joie, et notre langue, d'allégresse. Que dis- je ? notre langue et notre bouche sont impuissantes à rendre à Dieu de dignes actions de grâces. Nous avons échangé l'innocence contre nos habitudes criminelles, la vertu contre le vice, la connaissance de Dieu contre l'ignorance de toutes choses , l'immortalité contre la mort. J'en appelle à toute conscience droite : lequel est préférable , de l'adultère ou delà chasteté, de l'ivresse ou du jeûne, de l'avarice ou de l'aumône , d'être idolâtre ou de commander au démon , d'être esclave du monde ou de s'en affranchir , d'ignorer Dieu ou de se préparer à devenir les héritiers de Dieu ? Les Gentils eux-mêmes , témoins de cette transformation , s'écrient : « Le Seigneur a fait de bien grandes choses en eux (1). »
(1) S. Hilar., In ps. cxxv, nu 6, 8, 9.
« Cet homme , transformé , ne refuse plus de marcher dans la voie de la tribulation, car il sait que, selon l'Apôtre, l'épreuve produit la patience. Il sait que le guerrier n'est victorieux que parle combat ; il sait que la foi non éprouvée demeure languissante, et que la tribulation, d'après l'Apôtre, est un titre de gloire pour le chrétien. Toutefois, il n'ignore pas que, sans le secours de Dieu, il serait impuissant à surmonter la tentation ; mais c'est précisément pour cela qu'il est assuré de la victoire, Dieu étant avec lui (1). »
Telle était la forte nourriture qu'Hilaire distribuait à son peuple du haut de la chaire de vérité. Parfois néanmoins, en médecin expérimenté , il savait donner des potions plus douces et plus à la portée de la faiblesse humaine. « Tout au moins , s'écriait-il , ne murmurons pas contre Dieu. Souvenons-nous que Dieu , qui est le souverain Seigneur, est toujours juste, et ses jugements toujours équitables. Comment serait-il injuste envers les siens ? Comment pourrait-il manquer d'équité à l'égard de ceux qu'il a faits ses enfants? Sa bonté infinie ne nous permet pas une telle supposition. 11 ne nous a pas engendrés pour nous faire injure; il ne nous a pas créés pour nous accabler de douleurs. Si nous avons quelques souffrances à supporter, soyons assurés qu'elles proviennent des prévisions de la bonté divine (2). »
L'éminente sainteté de notre pontife, avons-nous dit, l'avait rendu maitre de tous les cœurs; en sorte que, par crainte de mériter ses reproches , les plus indifférents se faisaient une loi de mettre en pratique les prescriptions de l'Église. « Oh! que fai aimé votre loi, Seigneur! » dit le
(1) S. Hilar., In ps. cxxxvn, n° 15.
(2) S. Hilar., In ps. xvm, n° l : « Si quid est quocl patimur, ex judicio bonitatis sua? accidit. »
Prophète. Vous l'entendez. Quelle différence, en effet, entre obéir par amour et céder à la contrainte!... Plusieurs d'entre vous , par exemple , accomplissent la loi du jeûne, mais uniquement parce qu'ils craignent d'être réprimandés par nous. D'autres se montrent charitables envers les indigents , mais parce qu'ils ont peur de passer pour avoir un attachement désordonné aux richesses. Tels autres fréquenteront l'église, parce qu'ils auraient honte d'être repris de leur absence et leur négligence. Ainsi , il s'en faut que tous vous fassiez par amour ce que vous faites. Le Roi-Prophète n'agissait pas ainsi (1). »
Malgré ces imperfections inhérentes à la nature humaine, saint Hilaire lui-même nous apprend à quel degré de piété solide était parvenu , sous sa paternelle direction , le peuple fidèle de Poitiers. « C'est un gage grandement consolant delà miséricorde de Dieu, dit-il, devoir combien se délectent de plus en plus les enfants de l'Église dans léchant des hymnes du matin et du soir. Le jour s'ouvre par de ferventes oraisons , et il se clôt par des hymnes à la louange du Créateur; en sorte que les paroles de l'Écriture sont accomplies : \< Que ma louange lui soit une suavité; »et encore : « J'élève » vers vous mes mains en sacrifice du soir (2) . »
Après tant de travaux et de si glorieuses victoires, les honneurs du triomphe ne pouvaient longtemps se faire attendre. Aussi bien , la mort avait moissonné autour d'Hilaire une grande partie de ses compagnons d'armes ; son vénérable prêtre Héliodore, notamment (3), qui l'avait si
(1) S. Hilar., Inps. cxviir, litt. xm, n° 2.
(2) « Progressus Ecclesite in matutinorum et vespertinorum hymnorum delectationes maximum misericordiae Dei signum est, » etc. (S. Hilar., In ps. lxiv, n° 12.)
(3) D'après saint Jérôme, ce saint prêtre aurait aidé saint Hilaire dans la traduction de plusieurs ouvrages d'Origène (S. Hier., Epist. xxxiv ad Marcellam, n° 3. — Hist. liltér. de la Fr., t. I, part, n, p. 197. — Dreux-Duradier,
puissamment secondé dans ses combats comme dans ses compositions littéraires, était déjà, selon toute apparence, descendu dans la tombe.
Tous les liens de la terre étaient brisés ; le ciel seul se présentait avec ses joies et ses couronnes. Toutefois, avant de rappeler à lui son fidèle serviteur, Dieu voulut donner à son cœur d'ami une dernière consolation.
À cette époque, était assis sur le siège métropolitain de Reims un évêque nommé Maternianus, favorisé, depuis son berceau, des grâces les plus singulières (1). On raconte, entre autres, que, jeune encore, il voyait près de lui des enfants d'une éclatante beauté, qui le gardaient dans son lit de repos, ou partageaient ses jeux. Comme sa nourrice lui demandait quels étaient ces jeunes étrangers : « Je ne » sais , répondait-il ; seulement ils m'affirment qu'ils sont » fils de nos saints Pères , et qu'ils sont allés dans le séjour » des joies éternelles alors qu'ils étaient encore revêtus de » la robe blanche de l'innocence. »
Devenu pontife du Seigneur, cet enfant de bénédiction ne pouvait manquer d'être un admirable thaumaturge. 11 fut, en outre, l'un des champions les plus fermes de la vérité ca-
Biblioth. hislcr. du Poitou, t. I, p. 82. — Tiilemont, Hist. ecclés., VII, 465, 463). — La raison qui nous porte à croire qu'il est mort avant saint Hilaire , c'est que Gennadius, qui, selon tous les écrivains que nous venons de citer, parle de lui comme étant auteur d'un livre intitulé De Naluris rerum exordialium , le place avant saint Pachome dans son traité De Scriptoribus ccdedaslicis {Patrol. laL, t. LVIII, col. 1063-1064). Dans cet ouvrage De la Naître des éléments primordiaux , Rëliodore , d'après Gennadius, établissait « qu'il n'y a qu'un seul principe, et que rien n'est coéternel à Dieu. Dieu, ajoutait-il, n'est point autour du mal, mais il a créé tout ce qui est bon. La matière, qui n'est inclinée au mal que depuis la chute de l'homme, a été créée de Dieu; et il n'existe aucun élément matériel qui ne soit sorti de la main du Créateur. Dieu a prévu le mal, et Je menace de ses châtiments ; mais il ne l'a pas créé. »
(1) Nous empruntons cet intéressant épisode au grave auteur des Arles de saint Malernv-n, publiés par les Bollandistes (Act. SS., t. III april., p. 771, edit. Palmé).
tholique, et, comme tel , uni à notre saint Hilaire par les liens de la plus étroite amitié. Il avait atteint sa soixantième année, et gouvernait depuis vingt-trois ans l'Église de Reims, lorsqu'il fut averti par un Ange que son pèlerinage terrestre touchait à son terme. L'envoyé céleste le prévint en même temps que son ami Hilaire de Poitiers était également sur le point de terminer sa glorieuse carrière.
Maternianus prit sur-le-champ la résolution d'aller passer près de son saint collègue les derniers jours de sa vie mortelle. Il partit donc pour Poitiers, n'ayant pour compagnons de voyage que les Anges du ciel, et visita en passant tous les sanctuaires des saints qu'il rencontra sur sa route.
Hilaire , de son côté , ayant eu révélation du voyage et de l'arrivée prochaine de son ami, s'était hâté d'envoyer à sa rencontre les plus saints de ses disciples (fratres sanctissimos), c'est-à-dire probablement saint Martin , saint Just et saint Lienne.
Ces bienheureux messagers reçurent avec respect , à la frontière du Poitou, le vénérable métropolitain de la Gaule- Belgique; et la ville de Poitiers s'associa elle-même tout entière, par des manifestations publiques , à la joie que ressentirent ces deux grands serviteurs de Dieu en se revoyant pour la dernière fois. Le doux festin de leur entrevue dura douze jours , pendant lesquels le Ciel lui-même se plut à témoigner qu'il applaudissait à leurs pieux entretiens. Un Ange leur apparut et leur annonça, de la part de Dieu, que bientôt des couronnes immortelles récompenseraient leur invincible courage. Fortifiés par cette consolante promesse, les deux athlètes du Christ chantèrent ensemble à Dieu un cantique d'actions de grâces , et se félicitèrent mutuellement d'avoir servi un si généreux maître. Enfin l'heure du dé-
part arriva. Hilaire ne put se séparer du saint qui était venu de si loin lui procurer de si douces et si précieuses jouissances spirituelles. Il raccompagna, pendant trois jours, jusqu'aux limites de son diocèse. Qui pourrait peindre le tableau de leurs derniers adieux? avec quelles paroles séraphiques ils se donnèrent rendez-vous au ciel !
Mais laissons Maternianus reprendre le chemin de son Église de Reims où, peu de jours après son retour, il s'endormit doucement dans le Seigneur, et revenons à Poitiers assister aux derniers instants de la belle vie de notre grand saint Hilaire (1).
A peine rentré dans sa ville épiscopale, cet admirable pontife se retira, pour se préparer à la mort, dans la maison où sa fille et sa femme avaient rendu le dernier soupir. Cette demeure, qu'il avait sanctifiée lui-même par plusieurs années d'habitation, lui était devenue particulièrement chère. Il avait transformé en oratoire le lieu même où sa fille avait expiré entre ses bras. C'est là, au milieu de disciples choisis, qu'il aimait à venir passer ses heures de loisir, à se livrer à la contemplation des choses divines , à soupirer après la dissolution de son corps mortel (2). C'est là aussi qu'il voulut mourir (3).
(1) Ce qui suit est tiré du précieux manuscrit du xie siècle, n° 196, de la Bibliothèque nationale, plusieurs fois cité, auquel il faut ajouter les manuscrits 5296 C, 5316 et 14654, tous des xne et xine siècles, ou reproduisant des auteurs de cette époque, et enfin Vincent de Beauvais (Hist., lib. XIV, c. lxi), où Jean Bouchet a probablement puisé le récit qu'il a publié.
(2) « Cellam sibi seorsum delegit, in qua, cum paucis, tanquam solilariam clegens vitam, plerumque ab occupationibus secularibus semotus, in lectione et oratione solum contemplationi cœlestium vacabat et in terris positus cœlo inhiabat. Unde'factnm est ut, ubi vivens in corpore per spiritum ad horam semper fuit, inde, rlivina providentia, carnis onere deposito, spiritum cœlo perenniter pcrmansurum rcddiderit. » (Ms. 5316.)
(3) Outre les témoignages allégués plus haut, la tradition constante des Poitevins a toujours considéré l'église de Saint-Hilaire-de-la-Celle comme le lieu où mourut saint Hilaire. Dans une charte du 29 juillet 1270, on voit
Les frissons de la fièvre furent comme les échos de la voix de l'Époux divin qui l'appelait. Aussitôt, il manda près de lui son disciple de prédilection , nommé Leonius (Lienne), qu'il avait constitué archiprêtre de l'Église de Poitiers et le
qu'on entretenait alors, jour et nuit, un cierge allumé devant la sépulture ou le lit de saint Hilaire dans l'église de Saint-Hilaire-de-la-Celle, et qu'il y avait même une sorte de corporation chargée de veiller à l'observation de cet acte de piété filiale , puisque les membres qui la composaient cèdent au chapitre de Saint-Hilairo-le-Grand un don fait, dans ce but, par une pieuse femme nommée Osanna [D. Font., XX, 551). Cette charte est encore conservée aux archives de la Vienne, parmi les documents concernant Notre- Dame-la-Grande : « Procuratores luminaris seu cerei ardenlis nocle dieque anle sepulluram seu lectum B. Hylarii in ecclesia B. Hylarii de Cella Piclav(is). » D. Fonteneau (Inc. cit. et t. LXXV111 , 415) s'évertue à prouver que saint Hilaire n'a pas été enterré à Saint-Hilaire-de-la-Celle ; comme si le mot sepulluram n'était pas expliqué par celui de lectum qui suit. Saint Grégoire de Tours nous apprend {De Miracul. S. Martini, lib. Il, cap. xix, 45; lib. III, cap. xxn) qu'on vénérait de son temps à Candes, dans la cellule où était mort saint Martin, le lit (lectum, lectulus sancli Martini) où il avait reposé après sa mort, ou plutôt, probablement, la représentation du cercueil où il avait été déposé avant sa translation à Tours. D. Fonteneau ajoute, contre l'antiquité du monastère de Saint-Hilaire-de-la-Celle, une raison qui mérite réfutation. Selon lui, « les monastères n'étaient pas fondés dans les villes, mais hors les murs, avant le xne siècle ! » C'est là une grossière erreur. Outre les monastères de Saint-Pierre-le-Puellier et de la Trinité, à Poitiers , le Code Théodosien lui-même proteste contre une pareille assertion. On y lit, en effet (Cod. Theodos., lib. XVI, tit. m, leg. 1 et 2), que Valentinien, après avoir défendu, d'abord, aux moines de s'établir dans les villes par une loi du 3 septembre 390, abolit ce décret par une autre loi du 17 avril 392. Saint Jérôme (Epist. lviii ad Paulinum , n° 4 ; epist. cxxv ad Rusticum, n° 8) suppose que, de son temps, il y avait un grand nombre de moines dans les villes. D'ailleurs, on peut fort bien admettre, quoique ce ne soit pas prouvé, que Saint-Hilaire-de-la-Celle a été un petit monastère de peu d'importance jusqu'au xie siècle. Toutefois, il existait sous ce nom avant 942, comme le prouve une charte du cartulaire de Bourgueil que nous publierons un jour, et dans laquelle il est parlé du loco qui dicitur Cella sancli Hilarii, à Poitiers.— D. Fonteneau (t. LX, p. 96) écrivait vers 1750: «M. Bailli, coûtre de Saint-Hilaire-de-la-Celle, mort depuis près de cinquante ans, à l'âge de quatre-vingts ans, a dit que ce caveau qui est au milieu de la nef de Saint-Hilaire-de-la-Celle était le tombeau de saint Hilaire. Il a dit que c'était un tombeau en dos d'âne ou en sépulcre. Cela faisait une grosse masse à une certaine élévation. Il y avait gravé sur les pierres une partie de l'histoire de saint Hilaire. Les huguenots démolirent tout ce tombeau, ou du moins en coupèrent les têtes et les figures. Ce M. Bailli a dit en avoir vu démolir le reste. On l'a baissé en le mettant à un pied de hauteur ou environ. On s'en sert à présent pour y mettre les corps morts. On ne baptisait pas là (alors)... Ce coûtre a vu mettre les fonts baptismaux dans le lieu de la sépulture de saint Hilaire, et tout cela après les huguenots. On entrait dans ce tombeau par derrière l'autel, où paraît encore une
confident de toutes ses pensées (1). Cependant les ténèbres avaient déjà répandu leurs sombres voiles sur la cité. Le saint évéque, sentant approcher sa fin, pria son fidèle archiprêtre de sortir de la basilique où ils étaient et de prêter l'oreille pour savoir si l'on entendait du bruit dans la ville. Leonius revint en disant qu'on entendait, en effet, comme le bruissement d'une foule immense. Alors le bienheureux pontife et son cher disciple commencèrent un entretien suprême sur les joies ineffables de l'éternelle patrie. Hilaire parut en ressentir de nouvelles forces et de merveilleuses consolations , comme un vaillant guerrier, au moment de livrer un dernier combat, revêt un nouveau courage à la vue de la couronne qui l'attend. Bientôt il donna à saint Lienne l'ordre d'aller une seconde fois écouter si le calme était parfait au dehors. Le vénérable archiprêtre obéit , et revint en affirmant que le silence régnait partout aussi profond que complet. C'était, sans doute , le signe marqué dans quelque vision céleste, comme devant présager que l'heure de la délivrance allait sonner. Peu d'instants après, une lumière d'une éblouissante splendeur pénètre dans la petite basilique, et enveloppe de ses rayons l'autel au pied duquel le moribond gisait étendu sur la cendre. En même temps, un parfum d'une incomparable suavité (2) remplit toute l'église et enivre
fenêtre, Les pierres gravées ou sculptées de ce tombeau sont encore en partie dans l'église. Sa figure est incrustée dans le mur. » Ce passage prouve que les chanoines de Saint-Hilaire-de-la-Celle avaient fait faire, à une époque reculée, une représentation de sépulture sur le lieu où, selon la tradition, saint Hilaire était mort. Les sculptures incrustées dans le mur faisaient partie de ce mausolée ; mais on n'est pas obligé de dire, avec le coûtre, qu'elles représentent saint Hilaire.
(1) « Venerabilem virum Leonium ejusdem civitatis presbitcrum (ms. 5316 : archipresbilerum) sibi accersiri mandavit. Ei autem idem sacerdos sedulus et dilectissimus habebatur. » (Ms. 196 )— Saint Jér0me (Epist. cxxv, n° 15, ad Rusticum monachum) dit : « Imperator unus, judex unus provincial ... Singuli Ecclesiarum episcopi, singuli archipresbyteri, singuli archidiaconi. »
(2) « Mox splendor inestiinabiljs claritatis per fenestram a parte altaris
d'une joie céleste saint Lienne, saint Just (1) et les autres clercs accourus près du lit de leur père. Puis, soudain , la lumière miraculeuse s'évanouit et Hilaire apparaît mort sur le pavé du temple. Son âme avait été emportée triomphante parmi les chœurs angéliques. C'était la nuit du 12 au 13 janvier de l'an 368 (2);
ejusdem basilicœ in (sub) qua sanctissimus decubabat infirmus » (ms. 196). « Splendore nimio et suavissimo odore cœlitus venientibus » (ms. 5316).
(1) Bolland., Art. SS., t. XII oct., p. 250, 251, 253.
(2) Ces deux dates ont été controversées , mais nous croyons qu'on peut établir qu'elles sont en dehors de toute contestation. D'abord, le nalalisde saint Hilaire est bien le 13 janvier et non pas le Ier novembre. Nous avons, sur ce point, le témoignage irrécusable de saint Perpetuus, archevêque de Tours, qui, vers 470, dans le règlement qu'il fit sur les jeûnes et les vigiles, dont il prescrivait l'observation dans son Église, dit « a depositione domni » Martini usque Natale Domini terna in septimana jejunia; de natali sancti » Hilar ïi usque médium februarium bina in septimana jejunia. » (S. Gregor. Tur., flisl. Fr., lib. X, cap. xxxi, n° 6.) Donc le jour nalalis ou de la mort de saint Hilaire, au ve siècle , était célébré dans le mois de janvier (cf. Tillemont, Hisl. ecclés., VII , p. 755-756). Le martyrologe d'Auxerre, du ixe siècle, conservé dans la Bibliothèque nationale de Paris (ms. F. lat. 12260), porte
également : « Jdibus januarii Pictavis, deposilio sancti Hiiarii episcopi et
confessoris Kalendis novembris, Pictavis, dedicalio basilics S. Hiiarii episcopi ». Les mêmes expressions sont employées dans le martyrologe du vénérable Bède publié par Henschenius (Bolland., Art. SS., t. II martii, p. îx), d'après un manuscrit du ix9 siècle au moins; item dans les martyrologes de Corbie (D. Martène , Thesaur. anecdut., t. 111, col. 1572, 1591, 1593), etc. Les documents de notre province ne sont pas moins explicites. Pour que la fête de transitu dont il est question dans plusieurs de nos chartes (Mèm. Soc. uni. Ouest, t. XIV, p. 133 [charte de 1136J; et D.Font.,N\, 525 [charte vers 1020] ), toit celle du mois de janvier, il suffit que les deux autres fêtes du 26 juin rt du 1er novembre soient expressément désignées comme étant les fêtes de la translation de saint Hilaire et de la dédicace de sa basilique. Or c'est ce qu'attestent un grand nombre de documents (cf. Mém. Soc. ant. Ouest, t. XIX, p. 447, dédicace , et p. 448, festivitas) et les calendriers liturgiques de l'abbaye de Saint-Hilaire-le-Grand {D. Fonl.,L\, 293; MsAfô, Bibliolh.de Poitiers; Jliblioth. nat., ms. F. lat. 872, etc.). D'ailleurs, comment dire que les églises du monde catholique qui fêtent saint Hilaire en janvier aient choisi pour célébrer sa mémoire le jour d'une translation faite à Poitiers? — 2° De la preuve que nous venons d'établir, résulte cette conséquence que saint Hilaire est mort en 363. En effet , saint Grégoire de Tours {Hisl. Franc, lib. I, cap. xxxvi ) témoigne qu'il est mort quarto Valentiniani et Valentis anno. Or, ces deux princes ayant commencé à régner le 26 février et le 5 mars 364, leur quatrième année se prolongeait jusqu'au 26 février 368 (cf. D. Coustant, VUa S. Hilar. , ex ipsius scrtplis collecta, n" 114-115). En outre, un très-ancien document (Bibiioth. nat., ms. F. lat. 196, fol. 73) porte expressément : « Obiit in Ghristo pênes urbem Pictavis, Valenliniann et Va-
Dès l'aurore, la nouvelle de ce bienheureux trépas se répandit comme un éclair dans toute la cité. Une foule immense accourut à la basilique dans laquelle il reposait, endormi du sommeil des justes. On dit même (1) que, des diverses parties de l'Aquitaine, un grand nombre de personnes apprirent, surnaturellement sans doute, la maladie et la mort du grand évêque de Poitiers, et vinrent joindre leurs regrets aux larmes du peuple poitevin. Pendant plusieurs jours (2) on put admirer, sur son lit funèbre, la figure rayonnante de l'illustre défunt. Des miracles aussi éclatants que nombreux apportèrent de douces consolations à la désolation de tous. Mais, au bout de trois jours, les évêques de la province, selon les prescriptions canoniques (3) , étant réunis, on délibéra aussitôt sur le lieu où le corps devait être définitivement enterré. Sur ce point, quelques hésitations se produisirent. Aux yeux de quelques-uns , la petite basilique que tant de souvenirs rendaient désormais précieuse , pouvait revendiquer l'honneur de posséder ce dépôt sacré. Dans les derniers jours de sa vie mortelle, Hilaire n'en avait-il pas fait en quelque sorte son tombeau?
Toutefois, de trop graves raisons militaient en faveur de la basilique des saints martyrs Jean et Paul, pour qu'il fût possible de s'arrêter sérieusement à de tels arguments. Là, en effet, Hilaire lui-même s'était préparé son sépulcre, entre ceux de sa sainte fille et de sa vénérable épouse. Comment
lente consulibus. » L'année 370 étant écartée par les critiques , cette date indique nécessairement l'an 368.
(1) Bibliolh. nat.y ms. F. lat. 53 IG.
(2) « Cumque corpus exanime, pro consolatione suorumatque miraculorum frequentia, diu super terram esset. » (Ms. 5316.)— On attendait ordinairementplusieurs jours avant d'enterrer les évêques, afin de laisser le temps à leurs collègues de la même province de venir assister aux obsèques (D. Martène, De anliq. Eccles. rilibus, lib. III, cap. xm, n° 5).
(3) D. Martène, loc. cil.
oser le séparer dans la mort de celles qui lui avaient été si intimement unies dans la vie? Aussi bien, encore que la loi des Douze Tables, qui interdisait la sépulture dans l'intérieur des villes, souffrit exception, du moins au ive siècle, en faveur des évêques désireuxd'être enterrés dans leurs églises (1 ) , néanmoins l'ancien usage subsistait toujours, surtout dans les Gaules: Or la petite église où saint Hilaire avait rendu son âme à Dieu était située dans l'enceinte des murs de la cité (2). Le cortège funèbre se mit donc en marche vers l'antique cimetière de la communauté chrétienne. A moitié route, devant les arènes (ante arenasj, ceux qui portaient la bière se reposèrent un instant, tandis que le clergé poursuivait les chants sacrés au milieu des gémissements du peuple. Tout à coup un paralytique apparaît, porté par deux hommes vigoureux. On le dépose près du cercueil. Le malade touche de sa main languissante les pieds du bienheureux, et aussitôt la vie est communiquée à tous ses membres ; il se lève plein de vigueur et de santé. Bien plus, chose merveilleuse ! tous les malades qui, ce jour-là, ne pouvant pas approcher du précieux corps, touchèrent la main de ce paralytique, furent délivrés de leurs infirmités. Il semblait que cette main débile, au contact des membres sacrés, avait participé à la vertu vivifieatrice du saint pontife lui-même. Les obsèques se terminèrent donc au milieu des hymnes d'actions de grâces. Jamais Yalleluia, que l'on chantait alors aux funérailles chrétiennes, n'eut une application plus opportune.
Cependant, on était entré dans la basilique cimitériale de
(1) D. Martène, De anliq. Eccles. rilibusy\\b. III, cap. xm, ri'15 8, 10, 12, 13. — De Rossi, Inscripl. Christian, urbis Rom&, t. I, p. 245, 445, 448.— S.Paulin. Nolens., Episl. xxxn, nis 10 et 12, apud Patrul. lat., t. LX1, col. 335, 336.
(2) Mém.Soc. ant. Ouest, t. XXXV, p. 171.
Saint-Jean-et-Saint-Paul. Sous le sanctuaire, dans la crypte creusée par les soins d'Hilaire, entre les tombeaux d'Abra et de sa mère, un sépulcre ouvert attendait le vénérable défunt. Son corps , revêtu de ses habits pontificaux, y fut solennellement déposé. C'est là que , pendant plus de quatorze siècles, les fidèles de tout l'Occident , comme nous le verrons , sont venus y implorer son crédit auprès de Dieu. Et ce n'a pas été en vain, car la puissance divine n'a cessé, presque jusqu'à nos jours, de se manifester devant ce sépulcre glorieux. Au vie siècle, saint Nicetius, archevêque de Trêves, pouvait même écrire à Chlodosvinde, reine des Lombards (1) : « Que dirai-je encore des tombeaux » des bienheureux évêques Germain, Loup, Hilaire, où » s'opèrent chaque jour de si grands prodiges? La parole » est impuissante à les raconter. On y voit les énergumènes » suspendus en l'air et confessant que les saints sus- » nommés sont leurs maîtres. Vos ariens font-ils de sem- » blables miracles dans leurs églises? » Ainsi, notre grand Hilaire confondait, jusque dans la tombe, les partisans de l'hérésie d'Arius.