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CHAPITRE III

l'ère DES MARTYRS EN POITOU.

Au mois de juillet 1838 , sur l'indication de M, Girard , alors maire du Langon, village du département de la Vendée, aujourd'hui sans importance, mais qui parait avoir été, dans les premiers siècles de notre ère , un centre de populations assez considérable , des explorations furent faites dans un ancien cimetière de la localité , et mirent à nu des objets précieux, des tombes antiques, des poteries , des monnaies romaines, des statuettes de plusieurs divinités de l'Olympe; « preuve évidente, dit avec raison M. B. Fillon, à qui nous devons la relation de cette découverte (1), que les habitants du Langon furent romanisés presque aussitôt après la conquête, quoique cette localité fût placée à l'extrémité du territoire poitevin. »

« Mais, ajoute le même écrivain, si la population du Langon fut gagnée de bonne heure au culte des dieux du polythéisme romain, elle fut pareillement l'une des premières (2), parmi les Pictons, à embrasser le christianisme. Nous en tirons la preuve de la découverte, sur son territoire, de deux de ces poissons symboliques en verre, destinés à être portés au cou comme un signe de reconnaissance par les fidèles à l'époque où .ils étaient encore forcés de faire un mystère de leurs croyances, et de celle de la sépulture d'un martyr, qui date probablement des dernières années du ine siècle Les

(1) Le Langon. Fontenay, 1867, p. 18.

(2) Cette assertion est fondée sur cette opinion erronée que l'Évangile ne fut prêchée dans les Gaules qu'au milieu du irie siècle. Voyez notre dissertation sur ce point historique (Hev. des quest. hist., juillet et octobre 1873).

fouilles ont fait retrouver beaucoup de débris du tombeau où

étaient placées ces cendres vénérées Au-dessus de la

porte (de ce tombeau en forme d'édicule carré couronné d'une coupole), était cette inscription trouvée par M. de Verteuil, et déposée aujourd'hui au musée archéologique de la Vendée :

VERPANT.

ROMVLVS. L.

» La palmette, qu'on rencontre sur les tombeaux des martyrs (1) contemporains de celui-ci, précède le nom de Verpmit. La façade était tournée vers l'Orient (2). Le mausolée formait un carré long de 2 mètres 52 sur 2 mètres 44. Les murs, en maçonne liée avec du mortier de chaux et de sable, avaient 56 centimètres d'épaisseur. Tous les revêtements extérieurs étaient en pierre de Charente. De petits carreaux affectant diverses formes en composaient l'appareil. Les côtés nord , ouest et sud n'offraient que des carrés ou des rectangles. Le tènement où le tombeau de Verpant a été trouvé a pris son nom d'une ancienne chapelle dédiée à saint Graoust, autre bienheureux dont la légende est perdue... (3). Des fragments de colonne de l'ordre dorique datant du Bas- Ci) Nous ne prétendons pas donner comme un signe certain de martyre cette palme tracée sur ce tombeau; nous citons. Pour nous, il nous suffit que ce soit une sépulture chrétienne.

(2) Ici M. B. Fillon prétend que le nom de Romulus placé au-dessous de celui de Verpant indique l'auteur du mausolée. Les inscriptions que nous venons de mentionner, et le style ordinaire de ces sortes de monuments, nous font croire que Romulus est plutôt le nom d'un autre chrétien enterré dans le même mausolée.

(3) M. B. Fillon forme ici des conjectures invraisemblables à propos de ce saint Graoust, qui, probablement, n'est autre que saint Grauls (Gratulfus) honoré le 11 octobre en Angoumois , selon du Saussay et Chastelain (Bolland., Ad. SS., t. V oct. 493). Selon toute apparence, il est le même que le Gratulfus ordonné prêtre par saint Ausonne, ou le préfet Garrulus converti par le même saint (Bolland., Acl. SS., t. V maii, p. 140, 142, n. 5 et 10).

Empire, des tuiles à rebord et autres débris antiques ont été retirés déterre, à diverses reprises, en ce lieu. Une fontaine placée à côté était autrefois le but d'un pèlerinage. Une tradition de sainteté plane par conséquent sur toute cetle partie de la commune. Lorsqu'une église fut bâtie dans le bourg, elle fut dédiée à saint Pierre , nouvel indice de l'ancienneté de sa paroisse.

» Les invasions barbares des ive et ve siècles amenèrent sans doute la ruine du Langon. Toujours est-il que les monuments d'une date postérieure à cette époque sont beaucoup plus rares que les précédents, et c'est à peine si nous pouvons citer un fragment de chapiteau mérovingien, débris de

quelque chapelle, et sept monnaies du même temps (1).

Les Normands achevèrent l'œuvre de destruction de leurs devanciers. »

Nous avons cité les conclusions du savant archéologue de la Vendée, parce que, sous sa plume, elles ont un caractère plus frappant d'impartialité, étant données les opinions bien connues de l'auteur.

En fait, elles s'harmonisent parfaitement avec ce que les débris des documents hagiographiques. du Poitou nous apprennent concernant la période historique formée par les règnes de Maximien et de Dioclétien, à la fin du 111e siècle (2) .

(1) Trois de ces pièces sont inédites, et du plus haut intérêt pour l'histoire ecclésiastique du Poitou. Ce sont trois deniers d'argent du vine siècle, frappés dans les ateliers monétaires de l'église cathédrale de Poitiers, de Saint-Hilaire-le-Grand et de l'abbaye de Sainte-Croix de la même ville. « La découverte de ces curieuses pièces, dit M. B.Fillon, jointe à celle précédemment faite de tiers de sous mérovingiens de Saint-Martin de Ljgugé et de Saint-Gelais, monastère voisin de INiort, et de deniers d'argent de Sainte- Croix de Poitiers et de Saint-Maixent , montre que tous les établissements religieux du Poitou qui existaient antérieurement au ixe siècle ont émis des monnaies en leurs privés noms. »

(2) Toutefois, nous ne voulons rien affirmer sur la date de ce monument, dont l'origine chrétienne n'est manifestée que par son orientation.

Ce fut, personne ne l'ignore, une époque aussi sanglante que glorieuse pour l'Église. Le paganisme, de plus en plus frappé à mort par les influences latentes, mais progressives de la religion chrétienne , tenta un dernier effort pour étouffer, dans une lutte suprême, cet ennemi du culte des dieux. Dans toute l'étendue de l'empire romain le combat fut terrible , mais la victoire n'en fut que plus éclatante.

L'Église de Poitiers eut la gloire de fournir de nombreux et valeureux champions dans cette guerre de l'enfer contre le ciel, de la tyrannie contre la liberté véritable, de l'erreur contre la vérité divine.

Dioclétien , proclamé Auguste sur les rives du Bosphore (17 septembre 284), ne tarda pas à sentir l'impossibilité de porter seul le fardeau du pouvoir. Intelligent plutôt que brave, il comprit la nécessité pour lui de s'associer un homme de guerre chargé de repousser les nombreuses hordes barbares qui menaçaient toutes les frontières du Danube et du Rhin. En conséquence, il créa Auguste (1) le Pannonien Maximien, et lui confia les provinces de l'Occident, l'Italie, l'Afrique et les Gaules, avec l'Espagne et la Bretagne.

Vrai soldat et vrai barbare, prompt, intelligent, heureux dans les combats, mais brutal, emporté, rapace , cruel, Maximien joignait aux qualités du guerrier intrépide tous les vices d'un ignorant assis sur le trône. Sa débauche n'avait pas de limites , et , en outre , c'était un païen grossier, haineux et superstitieux. Tel est le portrait qu'ont laissé de ce prince les écrivains païens eux-mêmes. Aussi, moins encore que Dioclétien , était-il capable de comprendre l'influence salutaire de la religion chrétienne sur la société romaine en

(1) Il paraît qu'il lui donna pendant quelque temps le simple titre de César (Tillemont, Hist. des Emp., t. IV, 9, 598; Eutrope, Breviar., Jib. IX, cap. xni).

décadence, et de seconder la mission de régénérer le monde qu'elle avait reçue du Ciel. Tandis que son collègue traitait avec une certaine faveur, au début de son règne, les sectateurs de cette religion divine, Maximien saisissait le premier prétexte pour la persécuter à outrance. Ce prétexte se présenta l'année même de son élévation à l'empire.

La Gaule était alors , non-seulement menacée au dehors par les Germains , mais encore saccagée au dedans par des bandes innombrables de paysans révoltés, sous le nom de Bagaudes, par haine de l'oppression excessive qu'ils subissaient de la part du fisc et des barbares à la fois. Déjà ils avaient incendié les moissons, les fermes du domaine de l'État, les édifices publics , et ils venaient de faire de la ville d'Àutun , la plus romaine de toute la Gaule, un monceau de ruines. Quelques chrétiens, disait-on, faisaient partie de cette insurrection populaire. C'en fut assez pour que Maximien lançât contre les disciples du Christ un décret général de proscription dans toute l'étendue de son gouvernement (an 286).

Deux hommes surtout , Rictiovarus et Dacianas , le servirent avec autant de férocité que de zèle dans cette œuvre de tyrannie (1) : le premier en qualité de préfet du prétoire des Gaules; le second comme prœses de l'Aquitaine, dont le territoire poitevin faisait partie. L'histoire a enregistré la glorieuse mort que ce Dacianus fit subir à la vierge sainte Foi et à l'évêque saint Caprais, dans la ville d'Agen ; et l'Espagne,

(1) Il nous paraît certain que sous Constance-Chlore aucun chrétien ne fut mis à mort pour la foi, ainsi que l'attestent les contemporains, et, entre autres, les Donatistes d'Afrique dans leur supplique adressée en 314 à Constantin : « Quoniam de génère justo es, cujus paler, inler cœkros imper a- » tores, perseculionem non exerçait, » etc. (S. Optât., de Schismate Donai., lib. I, cap. xxu). Il faut donc nécessairement placer tous les martyrs de la Gaule de cette époque entre les années 286 et 293. (Cf. Bolland., Act.SS., t. Il oct., p. 354-356; t. III oct., p. 266, 270.— Tillemont, Hist. ecclés., t. IV, 543; V, 4 et 5.— M. le comte de Champagny, Les Césars du ine siècle, t. III, p. 270, 278.)

où il fut envoyé quelques années plus tard, compte par milliers les martyrs immolés par lui. Mais dans cette gloire de l'immolation pour la vérité , l'Église de Poitiers peut également revendiquer une part trop méconnue.

Chose remarquable ! c'est cette partie du Poitou et de la Vendée, où l'on a naguère découvert le tombeau de Yerpant et de Romulus, et qui devait, presque de nos jours, donner à la France le spectacle de tout un peuple combattant et mourant pour sa foi , qui fournit, à la fin du 111e siècle , le plus grand nombre de saintes et héroïques victimes.

Une phalange de quarante jeunes gens nous est signalée comme ayant conquis par le glaive la palme du martyre, encore que quatre ou cinq noms seulement aient survécu à l'oubli et à l'ingratitude des siècles. Ces noms qui désormais, nous l'espérons, seront immortels parmi nous, sont ceux de Domninus, d'Aventius ou Aventinus, de Marinus et de Justinus (1). A côté d'eux plaçons encore le jeune Simplicien de Poitiers, avec Lucain et Clair de Loudun.

(I) Nous joindrions volontiers à ces quatre noms celui de Nestor, dont l'inscription remarquable : « Nestor in pace, » a été trouvée naguère dans un champ de la paroisse de Saint-Cyr en Talmondais ; mais le chrisme et la croix environnée d'une couronne triomphale qui l'accompagnent nous reportent nécessairement à l'époque constantinienne (A rchiv. hislor. du Poitou, 1. 1, p. 297). Ces noms de saints martyrs nous sont fournis non-seulement par les légendes de saint Domninus (Bolland., Act. SS., t. IV julii, 124, 126), mais encore et surtout par celle de saint Viventius, trop maltraitée par les derniers Bollandistes (Bolland.^c/. SS., t. X oct, p. 153). Sans doute, cette légende est apocryphe dans sa forme; mais elle contient, au fond, des données vraiment historiques ou traditionnelles concernant les saints du Bas- Poitou qui ont vécu à la fin du nr et au ive siècle. Seulement, l'auteur a tout rattaché à son héros. Afin de lui faire jouer un rôle plus important, et lui décerner le mérite, sinon la couronne du martyre, il a transporté jusqu'en Asie et à Thessalonique, sous un prétendu empereur Dacianus, les premières scènes de son drame. Du reste, dans sa naïveté, il s'exprime, un peu plus loin, de manière à ce qu'on sache que le soi-disant royaume d'Asie n'est pas autre que l'Aquitaine, et même le Poitou. Ainsi, après avoir représenté Viventius et ses compagnons fuyant de la ville de Thessalonique, se dirigeant vers Rome, et rencontrant sur leur route les stations Signorissa et Similiacus (Segora et Chemillé ? ou bien quelques localités du Bas-Poitou), il fait

Nés probablement dans le pays d'Herbauges , nos quarante jeunes chrétiens vivaient paisiblement sur les bords de la mer, non loin de l'île d'Olonne, lorsque éclata soudain la terrible persécution de Maximien.

revenir ses voyageurs par le même chemin dans le pays d'Herbauges, en Poitou {arripienles iter quo vénérant..., recto tramite..., usque dum Herbadillicam venirent civitatem). Et la découverte miraculeuse d'un poisson, faite d'abord, ce semble, sur les bords de l'Adriatique, n'a réellement eu lieu, il l'avoue ensuite, que sur les rives de l'Océan, près de l'île d'Olonne, en Bas-Poitou. Cette naïveté du légendaire apparaît moins dans le texte publié par Bollandus au 13e de janvier de ses Acla Sanctorum, parce que ce document du xie, et non pas du xe siècle , comme on l'a cru jusqu'ici, n'est qu'un remaniement d'un autre beaucoup plus ancien , que nous avons découvert dans un manuscrit du xe siècle de la Bibliothèque nationale de Paris (F. lat. 13762). Cette rédaction primitive est au moins du ixe siècle, puisque, dans le chapitre VIII de la rédaction plus moderne, il est dit que, vers l'an 880, l'évêque de Clermont, Agilmarus, la regardait et la vénérait comme déjà ancienne. Le style rustique indiquerait assez le viir3 siècle. Quoi qu'il en soit, on y voit plus manifestement que dans le texte remanié les parties empruntées à des documents antérieurs, et qui d'ailleurs sont confirmées par les deux légendes de saint Domnin, dont les auteurs, celui de la première surtout, semblent n'avoir pas eu connaissance de notre drame historique. Parmi ces particularités portant le cachet de l'authenticité , nous devons citer ici la mention du martyre des quarante athlètes du Christ immolés par Dacianus : « Cum pergerent simul, dit notre vieux légendaire, invenerunt » Dacianum et iniquissimum interfector'em christianorum. Quos cum ap- » prehendisset, interrogavit si christiani essent; moxque illi fidem sancte » Trinitatis confessi, jussit, sine mora, eos gladio trucidari. » Ce passage nous paraît emprunté à un ancien martyrologe ou à quelque récit antique contenant d'une manière succincte le récit du martyre de nos quarante héros chrétiens. Remarquons que Dacianus n'est pas un personnage fictif : c'est, comme nous l'avons dit plus haut, le fameux prises d'Aquitaine qui fit immoler la vierge sainte Foi d'Agen, et qui, envoyé plus tard en Espagne, inonda cette province .de sang innocent. Du reste, en le mettant constamment en scène sous les noms divers d'empereur d'Asie , de gouverneur de Thessalonique , de chef des bandes à la poursuite des chrétiens, le légendaire montre assez que ce personnage était signalé dans les documents dont il s'est servi; mais qu'il en a seulement contrefait la physionomie et par ignorance et pour le besoin de son drame. Rejetant, du moins pour nos quarante martyrs, l'origine asiatique imaginée par notre légendaire, nous les faisons naître dans le pays d'Herbauges. Le titre de compagnons de saint Viventius ne signifie pas autre chose, selon nous, que saints du même pays. Aussi bien, nous l'avons vu, le narrateur, par une contradiction naïve, avoue lui-même implicitement que le pays d'Asie et de Thessalonique, etc., où il a placé d'abord ses héros, n'est pas autre que le Bas-Poitou. Tout au plus pourrait-on concéder une origine palestinienne à saint Viventius et à saint Benoît; mais on ne peut, sans invraisemblance, l'appliquer à nos martyrs.

Dacianus, dans notre Aquitaine, se fit un devoir d'exécuter avec rigueur les ordres de l'empereur. Ses agents parcoururent la province, et bientôt les prisons furent remplies de disciples du Christ, fidèles à leur foi, en même temps que les solitudes profondes du Bocage et les îles les plus rapprochées des côtes de la mer se peuplaient de fugitifs. Nos quarante martyrs étaient de ce nombre. Ils s'étaient retirés dans l'ile d'Olonne ; mais, si l'on en croit la légende de saint Viventius , ayant quitté leur retraite pour aller à la recherche de ce bienheureux ascète , alors réfugié dans une caverne voisine du château de Gravion, dont nous parlerons plus tard, ils furent saisis par les satellites de Dacianus , et conduits immédiatement devant ce magistrat. Celui-ci les fit incarcérer avec plusieurs autres chrétiens déjà réunis dans la même prison de la ville d'Herbauges ou de quelque autre localité importante de la partie méridionale du même pagus (1).

Les deux légendes de saint Domnin, l'un de ces quarante héros de notre foi , rapportent l'interrogatoire subi par ce bienheureux devant le tribunal du prœses ou président.

(I) La seconde légende de saint Domnin désigne la ville même d'Herbauges comme le lieu de leur supplice. Mais, d'une part, d'après la légende de saint Viventius, ils sortaient de l'île d'Olonne quand ils furent pris; d'autre part, saint Benoît, qui joue un grand rôle dans cette légende, est certainement mort et a été enterré à Aizenay; enfin saint Domnin avait aussi son tombeau à Avrillé , non loin de Talmond et d'Olonne. 11 nous paraît donc plus probable que le lieu de leur martyre , s'il fut le même pour tous, fut une des localités importantes du Bas-Poitou, à moins qu'on ne prétende que la capitale du pays d'Herbauges était dans le Bas- Poitou : ce qui n'est pas sans quelque probabilité. « Pour prononcer dans les affaires civiles ou criminelles, dit un savant moderne, le gouverneur (de la province) quittait périodiquement sa résidence, et allait tenir, de ville en ville, des assises solennelles qu'on nommait Forum ou Conventus forensis. Jusqu'au jour de son arrivée, les accusés, saisis par les agents locaux, étaient tenus en prison , pour lui être présentés dans le cours de la session. » (Edmond Leblant, Recherches sur les bourreaux du Christ, dans la Revue de Vart chrétien, sept. 1873, p. 431-432.) Cela ressort en effet de Cicèron, II Varr., lib. V, n» 11; Hb. V, n° 02.

C'était, disent-elles, un enfant de dix ans, mais dont le courage surpassait celui des hommes faits. « Quel est ton nom, lui demande d'abord Dacianus? — Je porte le nom de chrétien, répond le saint enfant, mais les hommes m'appellent Domninas. — Si tu consens à sacrifier aux dieux, reprend Dacianus, je te promets de te donner de l'or en abondance. — Que ton or périsse avec toi! réplique le jeune patient; mon trésor est la grâce de Jésus-Christ. »Le président furieux le fait cruellement fouetter; mais , soutenu par la force d'en haut , le bienheureux martyr ne fait entendre que des chants d'actions de grâces. On lui introduit dans les narines et les oreilles un mélange de vinaigre, de sel et de sinapis , et ce supplice ne sert qu'à donner un nouvel élan à sa ferveur. On lui enfonce alors vingt-quatre clous rougis au feu dans les doigts des pieds et des mains, dans les narines et les oreilles, et, après cet affreux tourment, on le jette dans un noir cachot. Il y continuait le chant de sa reconnaissance envers Dieu , lorsque soudain l'ange de ténèbres, transfiguré en Ange de lumière, lui apparaît et essaie de lui persuader qu'il doit obéir aux ordres de l'empereur. Mais, éclairé par un rayon divin , le saint enfant repousse avec mépris le tentateur,, qui s'enfuit en s'écriant : « Tu souhaites le martyre : eh » bien ! tu seras privé du martyre. » Mais à l'esprit de mensonge succède un esprit de vérité qui vient fortifier le serviteur de Dieu et lui promettre l'assistance céleste. Le lendemain , nouveau combat : «Je ne te demande plus de sacrifier aux dieux, dit Dacianus; prononce seulement quelques paroles à leur louange. » — « Périssent tes dieux ! s'écrie Domninus, et que leurs autels soient réduits en poudre. » Au même instant l'autel dressé devant le tribunal est brisé par l'Ange du Seigneur : « Vois, dit alors en riant Domninus , tes dieux sont malades; que ne leur donnes-tu des vête-

ments pour se couvrir et se garantir contre le froid? » Le juge, plein de colère, ordonne de le renfermer dans le plus infect des cachots. Là, le jeune martyr se trouve réuni à ses autres compagnons de captivité (1). Fortifiés par son exemple, ils subissent avec courage la peine capitale dans la prison même.

Si Ton en croit l'auteur de la légende que nous avons suivie jusqu'ici , Dacianus aurait porté à sa victime un dernier défi : a Ressuscite un ou deux de ces suppliciés , lui » aurait-il dit, et je me ferai chrétien. » Domninus, sans hésiter, aurait rendu à la vie deux de ses compagnons, Maurus (Marinus?) et Justinianus.

Encore que cette circonstance soit inconnue aux autres biographes , nous retrouvons cependant le nom de Justinus ou Justinianus dans l'autre légende de Domninus. C'est donc tout au moins un martyr de plus qu'il faut inscrire dans les diptyques de l'Église de Poitiers (2).

Cependant Dacianus , loin d'être fidèle à sa promesse , donna l'ordre de faire périr par le glaive le jeune thaumaturge qui venait de lui prouver sans réplique la divinité de la religion de Jésus-Christ.

Les chrétiens, témoins du glorieux martyre de notre jeune héros, s'empressèrent de transporter ses saintes dépouilles dans le cimetière d'Avrillé , non loin d'Olonne , et probablement lieu de son triomphe. C'est là que sa cella

(1) Ici la première légende, que nous suivons, prétend que ces captifs étaient au nombre de cinquante-quatre, et qu'ils furent convertis à la foi par Domninus; mais cette circonstance est contredite par la seconde légende et par la vie de saint Viventius.

(2) Il est probable que le corps de ce saint Martyr fut transporté en Auvergne ou en Velay au ix8 siècle; mais nous avons cherché en vain son nom parmi les saints honorés dans ces deux pays. Serait-il le même que le saint Just, martyr, dont le corps était vénéré, au moyen âge, dans l'abbaye de Saint-Cyprien de Poitiers ?

memoriœ ou chapelle funéraire , transformée plus tard en oratoire, puis en église, devint, pendant plus de cinq cents ans , le but d'un pèlerinage pour tous les fidèles de la contrée.

Mais survinrent les mauvais jours des invasions normandes, au ixe siècle. Dès l'an 820 le bourg de Bouin était brûlé, et, en 853, Luçon était réduit en cendres. Avrillé, qui jusqu'alors avait été une des localités les plus considérables du pays, fut livré aux flammes et complètement détruit. Au milieu de ces désastres , Godolen , abbé de Noaillé , près Poitiers , crut de son devoir de préserver de la profanation le corps du bienheureux martyr (1) et de le transférer dans son monastère.

Mais bientôt cet asile lui-même ne fut plus assez sûr. En 863 , les barbares livraient aux flammes la basilique de Saint-Hilaire-le-Grand, et, deux ans après, ils incendiaient la ville de Poitiers et saccageaient le Poitou tout entier.

De toutes parts les moines s'enfuirent , comme nous le dirons en son lieu, emportant avec eux leurs reliques les plus précieuses. Le corps de saint Domnin fut ainsi transféré jusque dans la ville du Puy, en Velay, probablement avec celui de saint Hilaire.

Quelques années après, en 889 (2) , les moines de l'ab-

(1) Il ne faut pas nous étonner si les Bollandistes se sont trompés sur la position d'Apriliacum, à la distance où ils sont des lieux dont ils parlent. Le prieuré d'Avrillé demeura membre de l'abbaye de Noaillé jusqu'à la fin du xie siècle , époque à laquelle toutes les églises du Talmondais furent mises sous la dépendance de l'abbaye de Sainte-Croix de Talmond. Toutefois, jusqu'au milieu du xnie siècle au moins, le prieur d'Avrillé et même l'abbé de Talmond, en souvenir de l'ancien droit de Noaillé, furent condamnés à payer à cette abbaye une redevance annuelle, par sentence de saint Guillaume Tempier, évêque de Poitiers {D. Fonleneau, XXII, 49 [année 1216]. — Archives de la Vienne, Noaillé [20 octobre 1226]). En 1533, il y avait encore six prêtres attachés au service de ce prieuré (Allery, Pouillé de Luçon, p. 110).

(2) Si le document cité par les Bollandistes {Ad. SS„ t. IV julii, p. 127,

baye de Manlieu , au diocèse de Clermont, devenaient possesseurs, on ne sait comment, d'une portion considérable de ces saintes dépouilles, qu'ils donnèrent plus tard au prieuré de Condat : possession, du reste, que leur contestèrent toujours les chanoines du Puy.

Quoi qu'il en soit, les moines de Condat célébrèrent jusqu'à la Révolution de 1793 et le diocèse du Puy tout entier célèbre encore avec une solennité particulière , le 15 juillet , la fête du jeune martyr vendéen. Ses reliques étaient autrefois exposées, ce jour-là, sur l'autel majeur de la cathédrale delà capitale du Velay (1). Puissent ces quelques lignes renouveler sa mémoire dans ce Poitou qui l'a si complètement oublié depuis plus de mille ans !

Si nous ne possédons pas des détails aussi circonstanciés sur le martyre des trente-neuf autres soldats de la noble phalange immolée avec saint Domnin , nous pouvons du moins suivre, jusqu'à un certain point , à travers les siècles, la gloire posthume de saint Aventin et de saint Marin.

Une légende apocryphe de saint Gatien de Tours nous fournit sur saint Aventin une précieuse indication qui , dégagée de ses accessoires apocryphes, vient confirmer

n° 5) était d'une authenticité plus certaine , il faudrait probablement dire que les reliques de saint Domnin ne furent transportées en Auvergne qu'en 889, année où, en effet, les Normands ravagèrent une partie de l'Aquitaine, et que de là elles furent en partie transférées en l'église du Puy; mais les titres de celle-ci paraissent plus historiques que ceux de l'abbaye de Manlieu.

(I) Jusqu'au moment du rétablissement de la liturgie romaine dans le diocèse du Puy, en 1859, la fête de saint Domnin était du rite double mineur. Dans le Propre présenté à Rome à cette époque, la fête de ce saint, autrefois si vénéré, a été réduite au rite simple avec une leçon, le 16 juillet. Le corps du bienheureux a échappé au vandalisme révolutionnaire. Il est enfermé dans un très-beau reliquaire, placé contre un des piliers du sanctuaire de la cathédrale. Ce reliquaire a été donné par M. le marquis de la Tour-Maubourg, ancien député de la Haute-Loire. (Lettre de M. Boussoulade, chanoine archiprôtre de Notre-Dame du Puy-en-Velay, en date du 30 décembre 1873.)

merveilleusement les données historiques que nous avons constatées dans les actes de saint Viventius et de saint Domnin : « Gatien, y est-il dit (1), venant de Rome , parvint jusqu'au territoire de Touraine. Là, dans une localité du même territoire, il périt par le glaive avee un grand nombre d'autres y parmi lesquels un certain saint, nommé Aventin, fut immolé de la même manière. Celui-ci, après lé départ des mêmes ennemis , fut transporté en Poitou, dans le château de Vivône, ouest son tombeau. » Saint Grégoire de Tours nous affirme assez haut que saint Gatien n'a pas été martyr pour qu'il nous soit permis de nier les rapports signalés par ce légendaire entre ce saint évêque et saint Aventin. Mais, conformément à ce que nous avons raconté plus haut, nous admettons que ce dernier périt par le glaive avec un grand nombre d'autres, non pas en Touraine (2), mais dans le Bas- Poitou , et qu'à la suite d'invasions ennemies , non au commencement du iv% mais au ixe siècle, son corps fut transporté dans le château de Vivône, sous la garde des puissants seigneurs de ce nom. Quant à son tombeau , il ne s'y voit plus depuis longtemps. A la fin du xnie siècle néanmoins, l'Église de Poitiers célébrait encore sa mémoire le 17 juin (3).

Les reliques de saint Marin eurent le même sort que celles de ses frères dans la mort et le triomphe (4). Au ixe siècle ,

(1) Mèm. Soc. archéol. de Touraine, t. XXIII, p. gli; Bull. Soc. antiq. Ouest , 1873, p. 428 : « Igitur vir Dei Gatianus a Roma digrediens jam' usque Turonicum pervenerat pagum. Itaque in quodam loco ejusdem territorii, obvians hostibus, ab eis pro Christi nomine in confessione, cum plurimis gladio percutitur :inter quos quidam sanclus Avenlinus nomine, in confessione Deitatis, pari nece affectus est; qui, post abscessum eorumdem hoslium, pagum Piclavum delatus , in caslrum quod Vivona nuncupalur, Christo Domino annuente, lumulalur. »

(2) 11 peut se faire que son corps ait été porté plus tard en Touraine, ce qui expliquerait l'origine de la légende. Mais peut-être le légendaire a-t-il confondu deux saints du même nom.

(3) Biblioth. Mazarine. Ms., n° 216.

(4) La légende publiée par Mabillon {Acl. SS. 0. S. B., ssec. m, part, n,

on les transféra dans l'abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, alors considérée comme un refuge assuré contre les barbares (1). Mais bientôt cet asile fut dévasté comme les autres, et les moines n'eurent que le temps d'enfouir leurs trésors sacrés dans le lieu le plus secret de leur basilique. Or il advint que les dépositaires du secret périrent sous le glaive des barbares , en sorte que le corps du saint martyr ne fut retrouvé qu'au xie siècle, dans la crypte qui porte son nom. Nous raconterons, du reste, en lieu convenable, les diverses translations et les honneurs dont il fut l'objet.

L'Église de Poitiers n'aurait-elle que cette glorieuse légion de héros chrétiens à présenter au respect des fidèles, qu'elle aurait droit d'être ûère de ses enfants. Mais ce ne sont pas les seules perles de sa magnifique couronne. Il faut probablement rapporter à la même persécution le martyre de saint Clair, honoré le 26 août (2) dans l'antique ville de Loudun (Lausdunum). La manie de chanter, le jour de la fête du patron , une légende quelconque , le fit identifier, mais à tort , au xve siècle , avec un certain saint Clair de Normandie, mort le 4 novembre.

p. 483) n'est qu'une imitation des Actes de saint Project, comme l'avait soupçonné ce savant bénédictin. Elle a été composée après l'histoire de sa translation , au xie siècle , dans laquelle on voit assez que les moines de Saint- Savin ignoraient complètement les circonstances de son martyre. Ce n'est pas le seul exemple d'actes de saints plus exactement connus au loin que dans les lieux où reposaient leurs reliques.

(1) Mabillon, Annal. Bened., lib. XXXV, n° 76 (an. 860).- Act. SS. 0. S. B., soec. in, part, ir, p. 486, edit. Venise.

(2) On trouve deux chapelles sous le nom de ce saint Clair ou de son homonyme de la fin du ive siècle : l'une près du Puy-Notre-Dame, l'autre dans le voisinage de Vouhé (Mém. Soc. anl. Ouest, 1865, p. 480). Selon nous, la ville de Loudun conserve encore la mémoire de l'église élevée sur le tombeau de son glorieux martyr, dans le vocable du Martray [marlyrium). Les basiliques élevées sur la tombe des martyrs étaient spécialement appelées martyria. Ce quartier portant le nom de Martray était le cimetière primitif de la ville ; il n'est donc pas étonnant qu'on y ait élevé une ou plusieurs basiliques sur les corps des martyrs ou des confesseurs qu'on y vénérait. Quoi qu'il en soit, le nom seul de ce cimetière en démontre la très-haute antiquité.

Nous dirons la même chose de saint Lucain, martyr. D'après quelques récits légendaires, sans aucune valeur historique , il aurait été appréhendé par la police impériale , sous le règne d'Antonin , au moment où il dirigeait ses pas vers Orléans , fuyant la persécution qui sévissait en Poitou ; il aurait eu la tête tranchée, et l'aurait portée dans ses mains, après sa mort, l'espace de plus d'un mille romain. Ces superfétations apocryphes ne doivent certainement pas nous empêcher d'honorer sa mémoire comme l'une des gloires de notre patrie. Ses reliques étaient autrefois vénérées dans une châsse du trésor de l'église cathédrale de Paris. Sa fête était fixée au 30 octobre.

Dans cette lutte suprême du christianisme, la ville même de Poitiers eut-elle ses valeureux champions de la foi ? Assurément, « car, écrivait, au xe siècle au moins, un pané- » gyriste de saint Hilaire , cette cité de Poitiers a été favo- » risée de tous les dons de la munificence divine, et le Sei- » gneur lui a largement donné la consolation d'être em- » pourprée du sang de ses martyrs (1). »

Mais quels sont les héroïques témoins de la foi chrétienne qui, au xe siècle encore, étaient célébrés comme sa consolation surabondante?

Simplicien était d'une famille distinguée (Hj. Son père, Justinus, avait, dit-on, le titre de consulaire. Fanatique partisan du culte des dieux, celui-ci apprit avec fureur que son fils fréquentait les assemblées des chrétiens. Aussi essaya-

(1) « Marlyrum solalia huic civitati largilus est Dominus » {Bibliolh. nal., fonds latin, ms. n° 196, f° 74 v°, ms. du xr8 siècle; et n° 5351, f° 156 v°).

(2) D. Estiennot (D. Font., LXXX1, 273) a cru quïl avait été martyrisé par les Wisigoths; mais si l'on admet, comme lui et nous, la substance du récit légendaire , cette opinion ne peut pas être acceptée. Sous les Wisigoths, les Gallo-Romains ne massacraient pas leurs enfants par haine de la foi chrétienne. D'ailleurs , le fait même du massacre ne peut s'expliquer que durant une persécution violente, telle que celle de Maximien.

t— il par tous les moyens de séduction et les menaces de le ramener à des pensées, selon lui , plus saines et plus dignes de ses ancêtres. Vains efforts! quoique tout jeune encore, comme Domninus, Simplicien parut inébranlable. Justinus prit alors une résolution extrême, digne d'un vieux demeurant de la religion de Jupiter et de Junon. Voyant un jour son fils sortir de la maison paternelle et diriger ses pas vers le lieu bien connu des assemblées chrétiennes, il lui donna lui-même la mort dans une prairie voisine du pont Saint-Cyprien. Le corps de l'enfant fut porté dans le verger le plus voisin du lieu du massacre, soit que ce terrain, en dehors des murs de la cité, fût déjà consacré à la sépulture des fidèles (1), soit que ce fût le jardin de la propre maison de Justinus.

Quelques années après, lorsque la paix fut rendue à l'Église, on transforma le monument funéraire du jeune martyr en une chapelle plus digne de sa mémoire , et plus tard même on lui conféra le titre d'église paroissiale.

Cependant la piété populaire n'oublia point le lieu du supplice, et, dans les siècles postérieurs, une croix y fut plantée pour en perpétuer le souvenir (2) . Dès la veille de

(1) Bouchet (Annales Aquitaine, p. 45) dit en effet qu'il y avait dès lors un cimetière au-dessus de Vabbaye de Sainl-Cyprien, qu'on appelle de présent le cimetière de la Chauvine. Son témoignage, il est vrai, n'est pas d'un grand poids; mais tout porte à croire néanmoins à l'existence d'un cimetière chrétien dans cette partie des faubourgs de la ville.

(2) Peut-être même cette croix indiquait-elle le lieu de la première chapelle funéraire détruite dans quelque invasion barbare , et l'église qui porta son nom jusqu'à la fin du dernier siècle ne fut peut-être élevée que pour remplacer, à quelque distance , ce premier monument de la piété. D. Fonteneau (t. LXXVII, 71; LXXXV1II, 523-530) s'est moqué du culte rendu au bienheureux Simplicien, et il a porté l'excès de sa critique jusqu'à nier l'existence du saint martyr. Mais ce sont là des exagérations de sectaire qui retombent de tout leur poids contre ceux qui les émettent. Aussi bien, tous les manuscrits liturgiques du Poitou protestent contre la fausseté de l'opinion du docte bénédictin. D. Fonteneau était un janséniste outré, même dans sa secte.

la fête de l'héroïque enfant , que Ton célébrait et que Ton célèbre encore le 31 mai, jusqu'au soir même de cette solennité, plusieurs prêtres pouvaient h peine suffire à réciter un passage de l'Évangile sur la tête des nombreux pèlerins, dans ce lieu témoin de sa mort cruelle. A une époque qui nous est inconnue, ses reliques furent transférées dans l'église cathédrale , où elles recevaient des honneurs particuliers dans une châsse splendide (1).

Du reste , tous les manuscrits liturgiques du diocèse de Poitiers, les plus anciens comme les plus modernes, sont unanimes pour témoigner de la profonde vénération dont cet enfant prédestiné fut constamment l'objet. Dans la plupart des églises collégiales et abbatiales, sa fête était célébrée sous le rite double avec neuf leçons ; mais ces leçons, en réalité, ne contenaient guère que des banalités encadrant le récit de sa mort glorieuse.

Les débris de documents que nous venons de faire connaître à nos lecteurs sont assurément peu de chose en comparaison de ceux qui ont péri ; mais ils suffisent, selon nous, pour attester que l'Église de Poitiers n'a rien à envier aux plus illustres Églises de France, Lyon excepté , au point de vue du nombre et du courage de ses martyrs. Mais, si en ce genre de gloire on peut lui opposer des noms plus célèbres, le nombre et les mérites de ses saints confesseurs sont incomparables. On en jugera par le début.

(1) « L'adolescent Simplician, dit Bouchet (Annales, p. 118), au moyen des grands miracles que Dieu fit à sa requeste lors (de sa mort) et depuis, a esté canonisé; et est sa feste célébrée, en tout le diocèse de Poitiers, le dernier jour de may. Son corps a été longtemps à relever, et depuis mis en une belle châsse d'argent, estant de présent en l'église cathédrale dudit Poitiers; et est reclamé pour le mal de la teste et perclusion des membres; et sa châsse processionnellement portée pour, en temps de trop longues pluyes, impetrer envers Dieu sérénité de temps. »

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