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SAINT MAXIMIN, ARCHEVÊQUE DE TRÊVES, ET SES DISCIPLES

En intervenant directement dans l'élection de Maximin , Dieu avait eu pour but de créer pour lui-même , dans des temps difficiles, un pontife selon son cœur, puissant en œuvres et en paroles, et pour l'Église une colonne inébranlable sur laquelle une multitude d'évêques et de fidèles viendraient appuyer leur foi chancelante.

Parmi ces fidèles placés désormais sous la direction d'un guide si éclairé , l'histoire doit mentionner la famille du patricien Ambroise , qui venait , précisément vers la même époque , d'être appelé aux fonctions de préfet du prétoire des Gaules. Cette magistrature, la première de l'empire, conférait à celui qui en était revêtu l'administration civile et judiciaire , la perception des impôts et un immense pouvoir, non-seulement dans la Gaule proprement dite , mais depuis le détroit de Gibraltar et au delà jusqu'aux bords du Rhin et aux extrêmes frontières delà domination romaine dans la Grande-Bretagne. Trêves était sa résidence habituelle. Maximin, de son côté, en qualité d'évêque de la capitale des empereurs d'Occident, exerçait non -seulement une autorité considérable sur l'épiscopat des Gaules , mais dans sa ville métropolitaine , un pouvoir judiciaire trèsétendu, comme nous l'avons démontré dans notre introduction. Ambroise et Maximin eurent donc nécessairement de fréquentes relations, en vertu même de leurs charges. De plus, cet illustre représentant de l'empereur appartenait à l'une de ces vieilles familles de Rome qui se glorifiaient au-

tantdeleurfoi chrétienneque des trophées de leurs ancêtres. Qui dira donc les douces inspirations que reçurent à l'envi de notre saint compatriote, et le préfet du prétoire lui-même, et sa pieuse femme, et sa sainte fille Marcelline, et le jeune Satyre? Pourquoi ne dirions-nous pas que ce furent les paternelles exhortations de Maximin qui firent germer, ou du moins affermirent dans le cœur de Marcelline ce désir de la virginité que devait consacrer un jour le saint pape Libère? Mais ce que nous pouvons affirmer, c'est que ce fut la main du vénérable métropolitain qui imprima le premier sceau du christianisme sur le front d'Ambroise , le futur évêque de Milan, comme Agrecius avait initié le grand Constantin aux premiers éléments de la doctrine chrétienne.

Ambroise, en effet, naquit à Trêves (1 ) , en l'année 333 selon les uns (2), en 340 selon les autres (3). Sans doute il ne reçut pas le baptême à sa naissance. Par un abus lamentable , contre lequel ne cessèrent de protester les conciles et les saints docteurs, les parents les plus chrétiens, surtout dans les familles patriciennes, retardaient alors le baptême de leurs

(1) Godefred., Comment. Cod. Theod., lib. XIII, tit. ni, leg. xi. — Tillemont, Hist. ecclés., X, 82. — Pagi ad an. 369, n° xiv. — Hist. liitér. de la Fr.} t. I, part, ii, p. 326.

(2) Baronius, ad an. 369, n° xxxix.

(3) Cette date dépend de celle de la lettre liv de saint Ambroise à Sévère et du sens qu'on doit attribuer à un passage de la Vie de ce saint par son disciple Paulin (lib. I, cap. ni) : « Cum adolevisset et esset in urbe Roma » constituais, etc. » Herman, Tillemont (Hist. ecclés. ,X, 729-730), etc., prétendent que saint Ambroise, à l'âge de vingt-deux ans, n'a pas pu offrir par plaisanterie sa main à baiser à sa mère ou à sa sœur. Pourquoi non? D'ailleurs, l'expression cum adolevisset peut-elle s'entendre d'un enfant de douze ans? En outre, en 339 et 340, le préfet du prétoire des Gaules n'était pas le père de saint Ambroise,, mais Annius Tiberianus (Godefroy, Cod. Theodos., Nolilia dignitatuni, t. VI, p. 321; Chronic. Hieronym., Patrol. lat., t. XX VII, col. 679; Tillemont, Emper., IV, 203). Mais peut-être, dira-t-on, Ambrosivs était Yagnomen de ce même Tiberianus. Nous répondrons que saint Jérôme aurait sans doute marqué cette particularité dans sa chronique, si elle eût été vraie. Nous croyons plus probable l'opinion de Baronius, encore que cette question nous importe peu , puisqu'en 340, aussi bien qu'en 333, saint Maximin était évêque de Trêves.

enfants jusqu'à l'âge mûr ou tout au moins à l'âge nubile ; mais ils avaient soin de les faire inscrire au nombre des catéchumènes. On leur mettait sur les lèvres le sel , symbole de la sagesse et de l'incorruption , et sur le front , la croix , comme signe de la prise de possession de Jésus-Christ. On les initiait peu à peu à la science des livres saints et des vertus chrétiennes , les préservant ainsi des périls que leur foi pouvait courir au milieu d'une société encore tout imprégnée de paganisme. Ainsi en fut-il d'Ambroise (1). 11 fut présenté au pontife Maximin , qui le bénit avec amour, le revêtit des premières livrées de la milice chrétienne, et, on peut le croire , l'initia , de concert avec ses parents , aux rudiments de la doctrine sacrée.

Dieu se plaît dans les harmonies de sa Providence. Cet enfant , destiné à donner les derniers coups à l'arianisme en Occident , recevait les premiers germes delà foi du plus redoutable adversaire de cette hérésie, presque à son début.

En effet, tous les catholiques le savent, Arius , prêtre de l'Église d'Alexandrie, avait osé enseigner^ dès le commencement du règne de Constantin le Grand , que le Fils de Dieu n'était pas consubstantiel à son Père, mais d'une substance inférieure et différente. Condamné par saint Alexandre , son évêque, et par deux conciles d'Alexandrie, vers l'an 320 (2j , patronné par quelques prélats, notamment par Eusèbe de Césaréeet Eusèbe de Nicomédie, cet homme orgueilleux autant qu'impie avait été solennellement retranché de la communion de l'Église dans le célèbre concile de Nicée,en327(3).

(1) S. Ambros. opp., t. I Vila ejusd.

(2) Pagi annot., in Annal., an. 315, n° 6.

(3) Sur la date de ce Concile , voyez notre dissertation sur saint Maximin déjà citée. Nous ajouterons ici que cette erreur vulgaire repose sur une autre erreur, à savoir que la vingtième année du règne de Constantin, fêtée par ce prince au moment de la convocation du Concile, selon Eusèbe,

Mais cette proclamation du dogme catholique par tous les évêques du monde, représentés dans cette illustre assemblée, n'avait pas éteint le flambeau de l'hérésie. Ses patrons mirent tout en œuvre pour annuler la décision conciliaire. A force d'intrigues et de mensonges , ils réussirent à tromper la bonne foi de l'empereur Constantin , à placer sur les principaux sièges de l'Orient des intrus de leur création , et , ce qui fut pour eux un suprême triomphe, à faire exiler leur plus terrible adversaire , le grand Athanase d'Alexandrie. Or le lieu assigné à l'illustre proscrit fut la ville de Trêves (8 novembre 336) (1). Constantin, en se rendant coupable de cet acte de faiblesse, voilé à ses yeux sous un faux prétexte de bienveillance , ne se rendait assurément pas compte des desseins cachés de la divine Providence, dont il était l'instrument. Mais , considéré à la lumière de la foi , cet événement avait un but aussi glorieux pour le Poitou qu'avantageux à l'Église.

Deux nobles passions embrasaient surtout la grande âme d'Athanase : un amour immense envers le Fils de Dieu consubstantiel à son Père et fait homme pour nous , et un saint

doit être calculée à partir de la mort de Constance-Chlore (25 juillet 306), tandis qu'il faut très-probablement faire commencer ces vingt années au 11 novembre 307, époque où Constantin fut élevé officiellement à la dignité d'Auguste.

(1) Il est vraiment curieux de voir comment Bouchet, en ses Annales d'Aquitaine (p. 25), raconte ce fait et autres de cette époque : « L'an trois cens quarante et deux, Constantin Arien (! ! !) fut occis près d'Aquilèe, en la guerre que son frère Constance lui faisait; et après sa mort, Constance s'empara des terres de son Empire. Et faisait grand diligence de trouver Athanase, qui estoit, comme dit est, mussé en une cisterne. Et deux ans après, Constans qui tenoit son empire en Italie et ès Gaules eut guerre contre les Français et ceux d'Aquitaine (!) et eut victoire contre eux. Quatre ans après ou environ , le bon Athanase fut descouvert et adverty une nuit qu'on le vouloit aller prendre en sa cisterne, il trouva moyen d'évader; et par la conduite de sainct Mesme , disciple de saint Hilaire (!!!), evesque de Trêves, auquel il se relira, fut receu ès Gaules honorablement par l'empereur Constans, en Van de notre salut trois cens quarante et huit. » C'est ainsi qu'on écrivait l'histoire l'an de grâce 1644,

enthousiasme pour l'ordre monastique , dont il avait vu en Égypte les merveilleux progrès et la salutaire influence sur les populations des campagnes (1).

Son exil eut pour effet de communiquer aux Églises des Gaules le même enthousiasme et le même amour : la foi catholique y fut à jamais affermie , et une efflorescence de la vie monastique , égale à celle de l'Égypte , ne tarda pas à s'y produire (2). Or, nous devons le faire remarquer avec un légitime orgueil , pour accomplir cette œuvre divine, la Providence choisit principalement le Poitou et des enfants du Poitou : Maximin et Paulin , son successeur à Trêves , ïïilaire et Martin à Poitiers et à Ligugé : nouvelle preuve éclatante du rôle prépondérant réservé à notre province dans toutes les grandes missions sociales et civilisatrices que l'Église eut à remplir à diverses époques de son histoire. Mais laissons parler les faits.

Athanase arriva à Trêves vers la fin de l'année 336. Le ciel brumeux des pays septentrionaux , si différent de celui d'Alexandrie , les rigueurs de l'hiver, les regrets de la patrie absente, durent fortement émouvoir son cœur malgré son héroïque courage. Cependant Dieu qui, à côté de la tribulation, ne manque jamais de placer le contre-poids delà consolation, avait préparé au saint exilé deux amis qui s'efforcè-

(1) Nous ne voulons pas trancher la question, si souvent débattue ., de savoir si saint Athanase a été moine lui-même. Nous pouvons du moins affirmer qu'il a été ascète, sorte de religieux incontestablement d'origine apostolique. En effet, les Pères du Concile d'Alexandrie de l'an 339 racontent comment avait eu lieu l'élection de saint Athanase : « Omnem populum

» catholicœ Ecclesia) » (d'Alexandrie), disent-ils, « exclamasse probum,

» pium, Christianum, ex ascetis unum ag verum episgopum. » (S. Athanas., Apologia contra Arianus, n° C; cf. Bolland, 1. 1 maii, p. 231, n° 260, et p. 234, n° 280.)

(2) Saint Maximin jeta probablement lui-même les fondements du monastère, près de Trêves, qui porta plus tard son nom et devint l'un des plus riches et des plus florissants de l'Allemagne. (Cf. Bolland., Acl. SS.,t.Imaii, p. 207 D.-C; Patrolog. tal. t. CM, col. 665; Patrol. grœc. t. XXVIII, col. 1558.)

rent de lui faire oublier les chagrins et les amertumes dont on l'avait abreuvé. Le fils ainé de Constantin , Constantin le Jeune , avait été chargé , l'année précédente , avec le titre de César, du gouvernement de toutes les Gaules , qui comprenaient alors les Gaules , l'Espagne, la Bretagne (aujourd'hui l'Angleterre) et une partie de l'Afrique. Ce jeune prince, un peu fier, mais au cœur franc et généreux , avait un esprit assez élevé pour comprendre la grandeur du caractère d'Athanase dans cette lutte à outrance entre la vérité catholique et les subtilités ariennes. Trouvant à Trêves le savant et saint évêque Maximin , il avait mis en lui toute sa confiance et l'avait en quelque sorte constitué son ministre des affaires ecclésiastiques. Du reste, Trêves étant la capitale de l'empire des Gaules , son évêque , nous l'avons dit , d'après la coutume alors en vigueur (1) , se trouvait par là même nanti d'une sorte de primatie sur les Églises des provinces qui constituaient cet empire. Saint Maximin reçut le glorieux martyr de la foi avec la cordialité et l'affection d'un ami , et il mit sans réserve à son service l'influence méritée dont il jouissait à la cour du jeune César et auprès des évêques gaulois. Il en résulta que la vie de ces deux grands pontifes, aux yeux des ariens comme des catholiques, fut inséparablement unie jusqu'à la mort; leurs combats, comme leurs triomphes , furent en quelque sorte communs , et les hérétiques les poursuivirent d'une égale malédiction (2).

(1) Cela résulte du can. ix du concile d'Antioche de l'an 332 (cf. Rev. des quest. hist., octobre 1873, p. 390) et de la Vie de saint Martin par Sulpice Sévère. Saint Athanase donne à saint Maximin le nom de métropolitain des Gautes(S. Athan., Apol. de fuga sua, n° 4).— Cf. Patrol lat., t. CXLIII, col. 594.

(!) Cestce qu'exprime l'auteur anonyme de la vie de saint Maximin en des termes que les Bollandistes ont eu le tort de traiter d'exagérés et d'inexacts, ainsi que les faits le démontreront : «Tune Maximinus spem suam viriliter » agens in Domino, illi haeresi (arianae) contradicebat, multasque tribulatio- » nés et angustiasperpessus est sub ipso imperatore Constantio.» (Bolland., Act. SS., t. VII maii, p. 21, n° 2 et notes f et g.) Dans la note g} Henschenius

Ces ennemis de tout bien, non contents d'avoir assouvi contre l'intrépide défenseur du consubstantiel leur haine implacable, en poussant l'empereur Constantin à le reléguer aux extrémités des Gaules, répandaient contre lui, jusque dans son exil, les plus odieuses calomnies, l'accusant de sabellianisme auprès des évêques occidentaux, et de perturbateur du repos public auprès des courtisans du jeune César Constantin (1). Et comme l'évêque de Trêves le couvrait de toute l'autorité de son nom et de sa vertu, ils ne craignirent pas d'essayer de le perdre lui-même dans l'esprit de son souverain. Heureusement pour les deux amis, Constantin le Jeune était plus ferme que son père dans son estime et dans sa confiance, une fois données. Maximin put donc briser le réseau de mensonges formé avec une habileté infernale par les émissaires des Eusébiens (2).

Après deux ans d'épreuves, Dieu lui-même intervint subitement dans la lutte, en appelant à lui le pieux, mais trop crédule empereur Constantin. « Cette année, dit la chro-

propose à tort de corriger le texte de l'anonyme. Il est parfaitement exact, ce qui prouve, entre autres, qu'il a puisé à d'excellentes sources traditionnelles et historiques. Les agents de Constance ne cessèrent de dresser des embûches aux évêques catholiques , surtout à saint Maximin et à saint Athanase, même dans les États gouvernés par Constantin le Jeune et plus tard par Constant.

(1) Ces intrigues et ces accusations sont formellement attestées par saint Athanase lui-même dans la lettre pascale qu'il adressa de Trêves à son troupeau (Epist. x paschal, S. Athanas., apud Patrol. grœc, t. XXVI, 1397) : « Quamvis graves tentationes nobis incumbunt, hostesque veritatis jam diu » nos vestigant, insidioseque dant operam inveniendo alicui scripto nostro » ut inde accusationem instruant et nostrorum vulnerum dolorem au-

» géant , et licet molestiis fraudibusque obsessi, vobis nihilominus ab

» extremis terr« partibus salutare Pascha nostrum significamus. »

(2) Saint Athanase nous apprend lui-même que, pendant son séjour à Trêves , il vit célébrer les saints mystères par saint Maximin dans une vaste basilique bâtie par son saint ami, l'ancienne ne suffisant plus à la multitude des fidèles (S. Athanas., Apologia ad Constantium , n° 15). C'est probablement dans cette église que le corps de saint Maximin fut déposé par Paulin , son successeur.

» nique des lettres pascales (I), les consuls étaient Ursus » et Polemius (338) , et Théodore d'Héliopolis gouvernait » l'Égypte comme préfet. Or, cette année-là, Constantin » étant mort le xxvn pachon (22 mai), Athanase fut délivré » de son exil, et, le xxvn athyr (25 novembre), il revint avec » gloire des Gaules dans son Église. »

A peine la nouvelle de la mort de son père lui fut-elle officiellement annoncée que le jeune Constantin , de concert avec son frère Constant (2) , s'empressa de révoquer l'arrêt de proscription porté contre saint Àthanase ; et par un acte plein de délicatesse , que nous pouvons très-justement attribuer à saint Maximin , il envoya sans retard un courrier à l'Église d'Alexandrie chargé d'une lettre remplie de sentiments élevés, par laquelle il annonçait à ce troupeau désolé l'heureux et prochain retour de son illustre et vénéré pasteur (3). « Vos intelligences sacrées, disait-il, n'ignorent pas qu'Àthanase, l'interprète de (notre) adorable loi, a été envoyé dans les Gaules pour quelque temps, dans la crainte que la cruauté de ses implacables ennemis, qui menaçaient sa tête sacrée, ne l'exposât à un mal sans remède (4).... Quand vous le reverrez, vous apprendrez de lui de quel respect nous l'avons entouré. Et ne vous étonnez pas si j'ai fait quelque chose pour lui , car la pensée de vos regrets et la vue d'un si grand homme étaient pour nous un stimulant plus que suffisant pour nous porter à tenir cette conduite.

(1) Patrol. grsec, S. Athan. opp., t. XXVI, col. 1353. Cf. Rev. des quest. hist., janvier 1867, p. 81.

(1) S. Athanasii Hist. Arianorum ad monachos, n° 49.

(3) C'est saint Athanase lui-même qui nous a conservé le texte de cette lettre, reproduite parSocrate, Sozomène, Théodoret, etc. (S. Athan., Apolog. contra Arianos, n° 87, et Hisloria Arianorum ad monachos, n° 8).

(4) Constantin, en effet, s'opposa constamment à ce que les Eusébiens établissent un évêque à Alexandrie à la place d'Athanase (S. Athan., Hist. Arian. ad monachos, n° 50).

Que la divine Providence vous conserve, frères bien-aimés !

» Donné à Trêves, le xve des calendes de juillet (17 juin). »

Cette lettre fait honneur et au prince qui Ta faite sienne, et au saint pontife Maximin qui Ta écrite ou inspirée.

Tandis que le courrier impérial portait en toute hâte cette bonne nouvelle à Alexandrie, Athanase (1) et Maximin accompagnaient Constantin dans la ville de Naisse , où ce prince devait délibérer avec ses deux frères, Constant et Contance, sur la situation présente et le partage de l'empire. La présence des deux saints prélats ne fut pas inutile dans cette occasion solennelle. Parleur conseil, les trois Césars décrétèrent le retour dans leurs Églises de tous les évêques catholiques exilés sous le règne précédent.

Consternés de cette mesure, les Eusébiens en firent retomber sur Maximin toute la responsabilité {%) , et lui vouèrent une haine de plus en plus implacable ; mais bientôt, reprenant courage, ils redoublèrent leurs efforts pour arrêter et détruire même les effets de ce rescrit salutaire.

On était au commencement de Tannée 339. Constance, le plus jeune, mais le plus favorisé des fils de Constantin dans le partage des provinces de l'empire, était venu à Antioche, où les semi-ariens, ses amis, n'eurent pas de peine à le faire tomber dans les filets de leurs intrigues. Un conciliabule se réunit en sa présence, et Ton y décréta la déposition d'Athanase. Un certain Grégoire (3), ignorant, impie, ambitieux,

(1) S. Athan., Apolog. ad Constanlium, n° 3.

(2) « Maximus {sic) a Treviris tantœ cladis causa fuit, » disent les semiariens dans leur protestation contre le concile de Sardique.(S. Athan., Hist. Arian. ad monachos , n° 8; Bolland. , Act. SS., t. II junii, p. 18, n° 24; Mansi Concil. ht, 137.)

(3) S. Athanasii Apologia contra Arianos, n. 24, 30, 33, 51 ; Hist. Arianorum ad monachos , n. 9, 10. — Baronius an. 347, n° 88.— Un certain Pistus paraît bien avoir été ordonné évêque à Alexandrie (S.Epiph., Hxres. lxiv, 8; S. Athan., Apol. conlr. Arian., n° 24); mais il n'a jamais été intronisé

fut ordonné évêque d'Alexandrie par les soi-disant vengeurs des saints canons violés par Athanase, et fît son entrée dans cette ville le 23 mars 339 (1). Saint Athanase s'enfuit précipitamment.

Bientôt après, le bienheureux Paul de Constantinople fut également chassé de son siège (2), en sorte que les trois grandes Églises d'Antioche , d'Alexandrie et de la nouvelle Rome devinrent la proie des ennemis de la vérité. Après de tels actes de violence , ces audacieux sectaires ne craignirent pas d'adresser à Constantin et Constant réunis (339) et au saint pape Jules 1er, une apologie de leur conduite. Les deux empereurs, par le conseil de saint Maximin, renvoyèrent avec mépris leur supplique hypocrite. Saint Jules Ier convoqua un concile à Rome, dans lequel l'innocence d'Athanase et de Paul de Constantinople fut solennellement reconnue. Maximin eut encore dans cette décision conciliaire une part prépondérante, de l'aveu même de ses ennemis.

11 semble qu'après un tel échec les Eusébiens ne pouvaient plus songer à corrompre les évêques occidentaux. Mais la passionne raisonne pas. Dans un conciliabule tenu

évêque de cette ville, même par les ariens; cela ressort clairement de YApologia contra Arianos, nis 24 et 30, et de YRisloria Arianorum, n° 51, de saint Athanase. Tillemont {Hist., VIII, 73) a donc eu tort de penser autrement.

(1) Chronic. epist. paschal. S. Athanasii, Patrol. grzc, t. XXVI, 1354; Bolland., Act. SS., t. XI oct., p. 831-832.

(2) Tillemont {Hist. ecclés., VII, 255) croit qu'il se réfugia à Trêves ; mais, outre que l'Église de Trêves n'a conservé aucun souvenir de ce séjour du saint évêque de Constantinople, le texte des Eusébiens, allégué par Tillemont, ne suffit pas pour prouver qu'il est venu à Trêves. Les schismatiques, dans leur proclamation (Baron., Annal., an. 347, n° 102), reprochent seulement à saint Maximin d'avoir été le premier à le recevoir à la communion, malgré la prétendue sentence de déposition dont il était frappé. Or ce fait put avoir lieu à Milan et même en Thrace. Le texte de saint Athanase ne prouve rien. {Hist. Arianorum ad monachos, n°7.)

par eux à Antioche en opposition à celui de Rome, ces hérétiques obstinés composèrent une formule de foi insidieuse et perfide (341), dans laquelle ils protestaient hypocritement qu'ils n'avaient jamais suivi les erreurs d'Arius. Comment des évêques pourraient-ils être à la remorque d'un prêtre? s'écriaient-ils (1) ; puis, trouvant cette formule de foi trop vague pour les Occidentaux (2) , quatre d'entre eux se chargèrent de dresser un symbole plus captieux encore et de le porter eux-mêmes dans les Gaules. Mais saint Maximin avait l'œil ouvert sur leurs embûches. Constant, qui régnait alors sur tout l'Occident, n'était pas moins attaché à la foi orthodoxe et n'avait pas une confiance moins grande que son malheureux frère dans les conseils du grand évêque de Trêves , le plus illustre des prélats des Gaules , la gloire du Poitou, sa patrie. Réunis à Milan sous la présidence de notre intrépide pontife (3), les évêques du nord de l'Italie et des Gaules répondirent aux quatre députés d'Antioche qu'ils ne reconnaissaient qu'un seul Symbole de foi , celui de Nicée. Puis , prenant à son tour l'initiative après le départ des Eusébiens, Maximin (4), de concert avec Osius de Cordoue et le pape saint Jules Ier, conjura le jeune empereur d'Occident de mettre au service de l'Église toute son influence et son autorité, en convoquant dans le plus bref délai, avec le concours de son frère Constance , un concile général et libre dans une ville frontière des deux parties de l'empire. Constant goûta fort ce conseil,

(1) S. Athanas., De Synodis, n° 22.

(2) S. Athanas., De Synodis, n° 23.

(3) « Maximums a Treviris, propter quod collegas nostros episcopos quos ad Gallias miseramus, noluerit suscipere.» {Epist. synod. pseudo-Sardicensis, Mansi, m, 137. — S. Athanasii Apologia ad Conslanlium, n° 4.)

(4) Epist. synod. pseudo-Sardicensis ; Mansi Concil. m, 131 : « Julius urbis

Romœ episcopus, Maximus (Maximinus) et Osius ad Sardicam fieri

sumpserunt. » (S. Athanasii Apolog. ad Conslanlium, n° 4.)

et Constance craignant, s'il résistait , un sort semblable à celui de Constantin le Jeune, s'exécuta en apparence d'assez bonne grâce (1) , et assigna lui-même la ville de Sardique, en Illyrie.

Les Pères ne tardèrent pas à s'y trouver au nombre de près de trois cents, en 343, Placidus et Romulus étant consuls (2). Mais les Eusébiens, qui avaient promptement jugé que, dans ce concile libre et en dehors de toute pression impériale, leurs calomnies n'auraient aucun succès^ se réunirent pour dresser une protestation contre les arrêts que l'on prononcerait contre eux , et tous , à l'exception de deux, se retirèrent à Philippopolis, en Macédoine. Les Pères de Sardique continuèrent leurs délibérations et firent vingtcinq canons admirables, qui ont servi de base à la discipline ecclésiastique jusqu'à nos jours. Témoins de la révolte des semi-ariens, ils se firent surtout un devoir de proclamer les droits imprescriptibles de la juridiction du Pontife romain dans toute l'Église. Bien qu'aucun décret du Concile ne porte le nom de Maximin de Trêves, le conciliabule de Philippopolis nous est un garant solennel de son zèle et de son influence. Non-seulement les Eusébiens, dans leur lettre soi-disant synodale, le représentent comme l'auteur de tous les crimes commis contre leurs droits prétendus, mais ils le vouent à un anathème particulier (3) .

Lorsque les saints Pères de Sardique eurent ainsi traité, avec le calme et la dignité qui leur appartenaient , les plus

(1) Saint Athanase dit (Apol. ad Constaniium, n° 4) avoir fait un voyage en Gaule entre le concile de Milan et celui de Sardique.

(2) Sur la date de ce concile , voyez notre travail dans la Rev. des quest. hist., janvier 1867, p. 90-91, et Bolland.,4c£. SS., t. XI oct.,p. 832, n° 15. Cette date ressortait assez de la comparaison entre saint Athanase , De Synodis , nu 25-26, et saint flilaire, De Synodis, n° 34.

(3) Mansi Concil, m, 136, 137,

graves questions disciplinaires, ils allèrent présenter leurs décrets à l'empereur Constant, le Pape Jules Ier ayant déjà donné son assentiment formel à leurs décisions. Le prince, de concert (1) avec les principaux évêques, députa vers son frère Constance les deux prélats occidentaux qui pouvaient le plus facilement, grâce à leur réputation de modérés, obtenir une complète adhésion aux actes du concile : ce furent Euphratas de Cologne et Vincent de Capoue.

Il n'est pas de notre sujet de raconter ce qui leur advint à Antioche ; mais nous devons dire qu'Euphratas, après avoir montré beaucoup de courage , se laissa corrompre par les semi-ariens , si bien que , de retour dans les Gaules , il se mit à blasphémer contre la consubstantialité du Verbe , contre saint Athanase et saint Maximin, les plus illustres défenseurs de celte vérité catholique.

Cependant saint Maximin était revenu dans sa ville de Trêves, heureuse de le revoir après plusieurs années d'absence. Saint Athanase ne tarda pas à l'y rejoindre (2) , non plus cette fois en fugitif, mais le front ceint des lauriers de la victoire. Inutile de dire les émotions des deux illustres amis dans leurs entretiens intimes. Que de souvenirs se pressaient dans leurs âmes ! Que de violentes tempêtes avaient agité le vaisseau de l'Église depuis sept ans ! Hélas ! l'avenir n'était pas moins sombre. Euphratas, malgré les prières et les représentations du saint évêque de Tongres , Servatius , osa répéter devant eux les blasphèmes qu'il avait appris en Orient. Athanase conseilla à son ami de détruire le mal dans sa racine. Maximin suivit ce conseil , et dès l'année suivante (346) il convoqua les évêques de la Gaule Belgique et

(1) Bolland., Act. SS., t. XI oct., 833.

(2) S. Athan., Apolog. ad Constantium, n° 4 ; Bolland., t. XI oct., p. 833, n° 17.

des deux Germanies dans la ville même dont le coupable était pasteur. Euphratas y fut déposé et privé de la communion de l'Église (1).

Maximin ne survécut pas longtemps à cet acte de zèle apostolique. Il voulut revoir son pays natal, son frère Maxentius, évêque de Poitiers, et son jeune frère Maximus (2) ; mais tandis qu'il priait peut-être sur la tombe de ses parents, il sentit la mort approcher, et quelques jours après il s'endormait dans le Seigneur, le 12 septembre de l'an 347.

L'Église catholique perdait en lui un de ses plus vaillants défenseurs, selon le témoignage de saint Àthanase lui-même : « Si les écrits que publient ces ariens , dit-il (3) , venaient de la part des orthodoxes, tels que seraient ceux du grand Osius, de Maximin, évêque de la Gaule, ou de son successeur (Paulin) de Jules ou de Libère de Rome,... ou de tout autre qui pense comme eux , il n'y aurait aucun sujet de s'en défier, car la manière d'écrire de ces hommes apostoliques est exempte de fourberie et de duplicité. »

Ce magnifique éloge suffit , malgré sa concision , pour nous faire comprendre en quelle estime étaient , aux yeux des catholiques ses contemporains , les sentiments et les écrits de notre illustre pontife. Il nous explique en même temps pourquoi nous entrevoyons, à travers les débris des

(1) Mansi Concil. m, 1372. On dit qu'Euphratas mourut peu après le concile, et qu'il fut enterré sans les cérémonies de la sépulture ecclésiastique dans un lieu profane. {Concil. Gall. colleci., edit. Bened. Congreg. S. Mauri, t I, col. 110; Bolland., Act. SS., t, VII maii, p. 21, VU. S. Maximini, n° 3; et t. XI oct., p. 834.) Dans ce dernier article le P. de Buck a prouvé péremptoirement l'authenticité de ce concile.

(2) Les Actes de saint Maximin disent formellement : « Sanctus Maximi- » nus... ad patriam rediit, amore scilicet, fralrum Pictavensis anlisliiis » Maxenlii et Maximi, quos illic reliquerat, quando Galliam adiit» (Vila ejusd., n° 4, Bolland., Act. SS., t. VII maii, p. 22). On peut conclure de ces paroles que son autre frère Jovinus l'avait suivi à Trêves.

(3) « Nullus in illorum scriptis esset suspicionis locus : simplex enim ac candidus est virorum apostolicorum modus (scribendi) (tqôxoç). n S. Atba-

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