‹ Origines de l'église de PoitiersChapitre 8 sur 22 · MO · texte numérisé non relu

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monuments historiques, toute une phalange de jeunes Poitevins, ses compatriotes, quittant leur pays pour aller apprendre , à son école, les vrais principes de l'orthodoxie et de la vertu.

Nous avons déjà dit un mot de l'un d'eux, nommé Quiriacus ou Cyriacus. Après l'élévation de Maximin à l'épiscopat, ce saint prêtre avait transformé l'affection qu'il portait à son ami en un respect aussi profond que filial, et Dieu se plaisait à glorifier par de nombreux miracles l'humilité de son serviteur. Chargé du ministère des âmes, il opérait parmi les Gentils d'éclatantes conversions. Furieux de {ces succès apostoliques, le démon essaya de s'en venger. Quelques clercs , jaloux de la sainteté de Cyriacus, lui servirent d'instruments. A son instigation, ils répandirent d'abord le bruit que la réputation que le saint s'était acquise n'était peut-être pas aussi bien fondée qu'on le croyait généralement. Sa vie, disaient-ils , se passe presque entièrement à l'écart et dans l'ombre. Il semble fuir la lumière. Chaque nuit, il parcourt les rues les plus désertes de la ville, à des heures indues, sous prétexte d'aller visiter les basiliques des martyrs (1), mais, en réalité, personne ne sait ce qu'il y fait. On raconte même des détails fort suspects de ces" promenades nocturnes.

Après avoir semé dans le public ces insinuations perfides, les calomniateurs s'en firent une arme devant l'évêque, qui, sans y ajouter une foi entière, sévit néanmoins contraint de sévir contre le prétendu coupable. Cyriacus ,

nas., Epist. ad Episcopos Egyptise et Libyse, n° 8 (Patrol. grsec., t. XXV, 535). Cf. Hisl. littér. de la France, t. I, part, ii, p. 110-112.

(1) Cette pieuse dévotion n'est pas particulière à notre saint. Elle était pratiquée à la fin du Yie siècle par saint Virgile, archevêque d'Arles (A et. SS. 0. S. B., saec. n, Vita S. Virgilii, n° 15), par Alcuin au ixe siècle (Mabillon, Annal, bened., XXXVII, 25) et, dans les temps modernes, par saint Charles Borromée et saint Philippe de Néri, à Rome.

du reste, dont l'humilité était admirable, se fit un devoir de céder à l'orage, et de lui-même, pendant la célébration des saints mystères, au lieu d'assister le pontife à l'autel avec les autres prêtres, il alla se prosterner parmi les pénitents à la porte de l'église.

Mais, après avoir fourni à son serviteur l'occasion de pratiquer jusqu'à l'héroïsme la vertu d'humilité , Dieu se hâta de le glorifier d'une manière éclatante. Un Ange descendit du ciel pour le consoler : « Lève-toi , lui dit-il , et ne t'éloigne pas ainsi de l'autel où ta place est marquée. Va célébrer avec le pontife. Éclairé lui-même d'en-haut, il te recevra avec sa bienveillance accoutumée. » Il dit et disparut. En même temps un autre envoyé céleste apparaissait à Maximin, au milieu de la célébration des divins mystères, et lui faisait connaître l'innocence de son ami. Le saint évêque, se hâtant de réparer sa faute , proclama devant l'assemblée des fidèles l'avertissement qu'il venait de recevoir, en sorte que les calomniateurs du bienheureux Cyriacus furent obligés d'avouer publiquement qu'ils avaient agi et parlé contre lui par esprit de jalousie et de mensonge.

«Le sacrifice achevé, Maximin et Cyriacus se jetèrent dans les bras l'un de l'autre, pleurant de joie et renouvelant les serments de leur vieille amitié (1). » La puissance de thau-

(l) « Missa finita, Maximinus et Quiriacus in oscula ruunt; fient cum » gauclio, pristinam sibi conciliantes amicitiam » (Bolland., Act. SS., t. 1 martii, p. 224, n° 2). Nous devons ce trait de la vie de saint Cyriacus ou Quiriacus à Sigehard, moine de Saint-Maxim in de Trêves et Poitevin luimême, qui a écrit, vers le milieu du xe siècle, Y Histoire des miracles opérés de son temps par saint Maximin (Bolland., Act. SS., t. VII maii, p. 20, 26). Cet écrivain ajoute qu'il a puisé son récit dans la tradition (per omnes praeteritorum iemporum populos celebri f'arna vulgala) et clans les fresques qui décoraient la crypte de la plus ancienne église de Saint-Quiriace. (Ecclesiarum etiam picturae confirmant : quarum nos unam, et hanc anliquissimam ac vetustaie jam pene abolilam, in prisca S. Quiriaciecclesia, super sepulcrum

ejllS, IN CRYPTA EDITAM VIDIMUS.)

maturge que possédait déjà le saint prêtre lui fut communiquée dès lors avec une abondance merveilleuse. Aussi, lorsqu'il se fut endormi dans le Seigneur, le 6 mars, son sépulcre devint-il l'objet de la vénération de tous les habitants de la cité, au point, dit un auteur ancien, que les portes de la basilique de Saint-Maximin , où il était enterré , n'étaient pas assez larges pour laisser passage à la foule des pèlerins et des malades qui venaient, la nuit comme le jour, implorer sa puissante intercession auprès de Dieu. Troublés dans leurs prières par ces trop nombreux visiteurs, les religieux de l'abbaye de Saint-Maximin prirent la résolution de transporter le corps du bienheureux dans un village de leur domaine nommé Thabenne, ce qu'ils exécutèrent le 21 août, à une époque que l'histoire ne précise point. Ils laissèrent toutefois quelques portions du corps dans son tombeau primitif, qui était placé au côté droit du chœur de la basilique.

Dans sa nouvelle sépulture comme dans l'ancienne , saint Cyriacus multiplia les signes de son crédit auprès de Dieu, notamment par la guérison des enfants muets ou infirmes. Sa fête était célébrée non-seulement à Trêves , à Cologne et à Worms (1), mais encore dans les abbayes de Saint- Willibrod et de Saint-Nabord et dans l'église collégiale de Sainte-Gudule, à Bruxelles [%).

Saint Cyriacus n'est pas le seul Poitevin, ami ou disciple de saint Maximin, à qui l'Église de Trêves ait décerné les honneurs du culte public. La mémoire de saint Castor et de saint Lubentius y fut l'objet d'une vénération ni moins générale, ni moins solennelle.

Lubentius naquit probablement dans le Bas-Poitou (3).

(1) Bolland., t. VII maii , p. 27, no 9, et p. 28, note 6.

(2) Bolland., t. I mart., nis 1 et 6.

(3) La raison qui nous porte à émettre cette opinion est celle-ci : La légende de saint Lubentius, malheureusement de peu de valeur, mais pour-

— us —

Ses parents , animés d'une foi vive, le consacrèrent à Dieu dès son enfance et le confièrent aux soins paternels d'un ascète renommé par sa sainteté, connu dans l'histoire sous le nom de Martin de Vertou, et dont nous parlerons bientôt.

Dès lors, le jeune Lubentius ne quitta plus son maitre, vivant avec lui dans une des solitudes du vaste pays d'Herbauges , jusqu'au jour où saint Martin entra en relations d'amitié avec saint Maximin , pendant un voyage de Rome qu'ils firent ensemble.

Au retour de ce voyage, Lubentius, avec le consentement de son père spirituel, suivit à Trêves l'illustre archevêque et devint l'un de ses plus fidèles disciples. Ordonné prêtre et chargé de l'administration du vicus Cubruno (Coberen) (1), territoire important qui plus tard prit le nom d'Archidiaconé de Lubentius , notre bienheureux y mourut vers l'an 360, comblé de jours et de mérites. Son corps, transporté miraculeusement jusqu'au village de Dietkirchen, surleLhon (2), y devint l'objet d'un culte populaire trèstant assez ancienne, étant du commencement du xie siècle, le fait disciple de saint Martin et de saint Maximin, affirmation confirmée par la légende beaucoup plus ancienne de saint Maximin (Bolland., t. VII maii, p. 21, n° 4). Mais quel est ce saint Martin? La légende de saint Maximin ne lui donne aucun titre; celle de saint Lubentius (Bolland., Act. SS., t. VI oct., p. 202) ajoute : Turonensis episcopi , ce qui est impossible; la légende de saint Martin de Vertou (Bolland., t. X oct., p. 810, n° 2) l'applique à ce saint solitaire , ce qui est, selon nous, plus probable, comme nous le prouverons plus loin en parlant de ce dernier saint. Ceci admis , il est vraisemblable qu'un disciple de saint Martin de Vertou était du Bas-Poitou, théâtre des pénitences de ce bienheureux ascète. En outre, la légende de saint Lubentius nous représente celui-ci comme ayant été choisi par Paulin pour venir quérir en Poitou le corps de saint Maximin. Or il est problable qu'on choisit pour cette délicate et difficile mission ceux qui connaissaient le pays ou qui y avaient des relations de famille.

(1) Bolland., Act. SS., t. II feb., p. 662, n° 4.

(2) Bolland., Aci. SS., t. VI oct., p. 200.

renommé. Sa fête était célébrée, le 13 octobre, non-seulement à Dietkirchen, mais aussi dans l'église métropolitaine de Trêves.

Saint Athanase, avons-nous dit, avait inspiré aux âmes généreuses placées sous la conduite de saint Maximin sa noble passion pour la foi orthodoxe et son ardent enthousiasme pour la vie monastique, comme l'atteste saint Augustin dans ses Confessions (1).Les campagnes voisines de la ville de Trêves furent peuplées de solitaires, dignes émules de ceux de l'Égypte et de la Thébaide. Sans doute ce n'était là qu'un germe qui n'était même pas absolument inconnu à d'autres provinces, et à la nôtre en particulier, comme nous pourrons le constater ; mais déjà il s'élevait comme une tige féconde, qui ne tarda pas à produire des fleurs et des fruits abondants sous l'influence du grand saint Martin.

Saint Castor quitta sa patrie comme Abraham, dit son biographe (2), et, obéissant à la voix de Dieu qui l'appelait, il alla se placer sous la direction de l'excellent maître saint Maximin, son compatriote sans doute, suivant en cela l'exemple de saint Paulin, de saint Cyriacus , de saint Lubentius et de plusieurs autres enfants du Poitou qui avaient été attirés à Trêves par la juste renommée d'Agrecius et de Maximin . Ce dernier, frappé de son mérite , lui conféra l'ordre du sacerdoce , mais Castor aspirait à une vie plus parfaite. Il obtint de se retirer dans une solitude du vicus Carrodunum (Karden), non loin de Coblentz, où plusieurs disciples vinrent se ranger sous sa conduite et

(1) S. August.,<7o;i/es$.f VIII, 6.

(1) Bolland., ad diem xm feb., Vila S. Castoris, n° 3.

commencer cette vie angélique que le monde abhorre parce qu'elle est du ciel, mais que Dieu bénit parce qu'elle unit à lui. C'est à ces seuls faits que se réduisent toutes les actions de sa carrière mortelle ; mais ils suffisent pour lui donner une place considérable dans les annales de l'Église de France, et surtout de celle de Poitiers. Aussi Dieu se plut-il à révéler sa gloire avec un éclat tout particulier. Sa mort arriva vers l'an 380, et son tombeau fut aussitôt visité par de nombreux pèlerins.

Cependant, au milieu des dévastations de l'invasion des Vandales et des Huns , au commencement du ve siècle, on perdit le souvenir du lieu où son corps avait été enterré. Ce ne fut qu'au vin9 siècle , sous l'épiscopat de Weomade , dix-neuvième successeur de saint Maximin , « qu'il plut à » Dieu de révéler cette pierre précieuse enfouie sous terre, » selon l'expression de son biographe. Sous le règne de Louis le Débonnaire, en 836, on transféra à Coblentz une grande partie de ses reliques , laissant le reste dans son antique tombeau de Kerden ; en sorte que cet homme, qui avait fui les honneurs avec tant de soin pendant sa vie , fut vénéré après sa mort comme le patron de deux basiliques à quelques lieues de distance l'une de l'autre.

On nous pardonnera d'avoir consacré ces quelques pages à des saints depuis longtemps oubliés parmi nous. Il nous a semblé qu'il était de notre devoir de les remettre en lumière et d'extraire des documents malheureusement trop peu anciens qui nous ont transmis leur mémoire les notions moins incertaines, selon nous, parce qu'elles se rattachent à un fait général incontestable , à savoir l'émigration à Trêves de toute une phalange déjeunes Poitevins à la suite de saint Agrecius et de saint Maximin.

Nous avons laissé ce dernier au moment où il descendait dans la tombe, le 12 septembre de l'an 347. 11 fut enterré dans le prœdium de la villa paternelle, consacré à la sépulture de la famille (1). Sans aucun doute son frère Maxentius , évêque de Poitiers , accouru pour recevoir sa visite , eut la consolation de lui fermer les yeux, se réservant l'honneur d'élever sur sa tombe à peine fermée la première chapelle funéraire, selon la coutume alors observée.

Cependant la nouvelle du trépas du saint archevêque étant parvenue jusque dans la ville de Trêves, le peuple et le clergé, unis aux évêques de la province , proclamèrent d'une voix unanime son disciple Paulin comme le plus digne d'occuper le trône métropolitain.

Paulin, nous l'avons dit, appartenait à l'illustre famille romaine Paulina , chantée par le poète Prudence comme la première de l'ordre sénatorial qui ait donné son nom à la milice chrétienne, et qui, quelques années plus tard, devait fournir au monde romain, en la personne de Paulin de Noie, un si grand exemple d'humilité et d'abnégation chrétienne. Plusieurs branches de cette maison possédaient d'immenses domaines dans toute l'Aquitaine. Les parents de notre Paulin habitaient, paraît-il, de préférence leur villa de la

(1) L'église actuelle de Mou terre a été sans doute construite, au xie siècle, sur les substructions d'une plus ancienne, sinon de la primitive basilique ou cella mémorise, bâtie sur le sépulcre du saint archevêque. Il serait curieux d'en visiter la crypte, qui s'étend sur presque tout le chœur.

Les règles de l'ancienne discipline de l'Église ne permettent pas d'assigner une autre origine à cette basilique et au monastère qui donna naissance au bourg actuel de Mouterre, dont le village de Silly n'est plus qu'une dépendance. Au bas du plateau sur lequel s'étalent si coquettement l'église et le bourg de Mouterre, un champ porte encore le nom de la Chapelle. Peutêtre cet oratoire rappelait-il quelque souvenir de Maximin. Au-delà du village de Silly, au milieu d'une plaine arrosée d'eaux sulfureuses, on vénère encore la fontaine de Saint-Maximiri, ou, comme on dit dans le pays, de Saint-Mesmin.

cité des Pictaves, et se faisaient remarquer par leur attachement à la foi catholique. Si nous en croyons l'auteur de la Vie de notre bienheureux pontife (1), il aurait été baptisé dès son enfance et tenu sur les fonts sacrés par saint Maximin,, avant que celui-ci se fût mis sous la conduite de saint Agrecius. « Maximin, ajoute-t-il, l'adopta dès lors pour son fils spirituel , l'instruisit dans les saintes Écritures , et l'emmena avec lui à Trêves, où il voulait apprendre lui-même, à l'école de l'évêque Agrecius , son compatriote , la véritable doctrine de l'Église. » L'usage de reculer la réception du baptême jusqu'à l'âge de vingt ou trente ans était malheureusement trop général à cette époque, surtout dans les grandes familles de l'aristocratie romaine, même les plus chrétiennes , pour que nous puissions ajouter une foi entière, sur ce point, à l'écrivain que nous venons de citer. Il en résulte néanmoins cette donnée générale que les familles de Maximin et de Paulin étaient intimement unies , et que le premier exerça sur l'éducation du second une très-grande influence. Maximin, devenu archevêque de Trêves, en profita pour pénétrer le cœur de son disciple du plus ardent amour pour la foi catholique, de plus en plus en proie aux sourdes attaques de l'arianisme. Ces enseignements ne furent pas perdus, comme nous le verrons bientôt.

(1) Bolland., Act. SS., t. VI august., p. 676. — Ces Actes, quoique assez récents, puisqu'ils ne datent, ce semble, que du xie siècle, ont été composés avec plus de critique que beaucoup d'autres du même temps, ce qui démontre que l'auteur a travaillé sérieusement son sujet. Cependant il semble supposer que saint Maximin était prêtre longtemps avant d'aller à Trêves; mais l'auteur des Actes de saint Maximin soutient, avec plus de raison, que celui-ci reçut des mains de saint Agrecius tous les ordres de la cléricature. En effet, sans cela, son élévation sur le siège de Trêves eût été contraire aux canons. (Cf. S. Athanas., Apolog. contra Arian., n° 30.)

Mais avant de s'engager dans cette lutte formidable, le nouvel archevêque accomplit une mission de piété filiale dont notre Poitou devait être la victime.

Saint Maximin , son père et son maître , était mort loin de l'église de Trêves , son Épouse. Le clergé et le peuple de cette grande ville étaient désolés d'être privés de posséder après son trépas celui qu'ils avaient vénéré pendant sa vie comme un autre saint Euchaire. Paulin n'eut pas de peine, on le conçoit, à partager ces sentiments. En conséquence, il fut résolu que l'élite de son clergé , sous la conduite de saint Lubentius , irait à la recherche de la dépouille mortelle de l'illustre défunt (1).

Ils arrivèrent, au rapport de la légende , non loin de la villa des parents de Maximin. Mais aucun d'eux n'ayant assisté ni à la mort ni aux obsèques du saint pontife , grande fut leur perplexité pour reconnaître le lieu précis de sa sépulture. Alors l'un des plus anciens de la troupe se mit en prière, demandant à Dieu de leur venir en aide. Au même instant survint un enfant qui , conduisant un troupeau de moutons , se mit à crier à l'une de ses brebis : « Si » tu vas plus loin, par saint Maximin, tu seras battue. » A ce nom , le vieillard l'arrête : « Pourrais-tu nous dire , » enfant, où repose le bienheureux dont tu viens de pro- » noncer le nom? » Étonné de cette question concernant un saint si connu dans tout le pays, le berger, sur les instances du prêtre , le conduit devant le tombeau du pontife et continue son chemin. Le vieillard , rempli de joie, s'empresse d'annoncer son heureuse découverte à ses compa-

(t) Bolland., Act. SS., t. VII maii, p. n : Vita S. Maximini, nu 5-6 ; t. VI august., p. 676; t. VI oct., p. 200.

gnons, qui viennent tous ensemble se prosterner devant le sépulcre, y répandant avec leurs larmes les parfums de leurs ferventes prières.

Cependant leur arrivée n'avait pu être longtemps un secret. Une foule de peuple accourut de Siily pour protéger les saintes reliques contre les étrangers. A la défiance succédèrent bientôt les menaces. On leur signifia qu'ils eussent à quitter le pays au plus tôt s'ils ne voulaient pas s'exposer h plus d'un péril. Les Tréviriens répondirent avec calme : « Nous sommes vos frères dans le Christ ; nous sommes » venus ici pour prier : pourquoi donc voulez-vous nous » chasser de la sorte ? Laissez-nous passer cette nuit en orai- » sons, et demain nous partirons. » Les Poitevins, trop confiants en ces paroles, s'endormirent profondément après s'être gorgés de vin. Les Tréviriens ne dormaient pas. Un Ange apparut au bienheureux Lubentius , et lui ordonna d'aller prendre dans la cellule de l'un des gardiens (1) les clefs de l'oratoire bâti sur le tombeau du saint évêque. Lubentius, accompagné des autres prêtres, exécuta avec autant de succès que de promptitude la mission qu'il venait de recevoir, referma la chapelle , reporta les clefs dans le lieu où il les avait prises, et toute la troupe des pèlerins s'enfuit chargée de son précieux trésor.

A leur réveil les Poitevins, s'imaginantque les Tréviriens s'étaient enfuis de peur, ne se mirent nullement en peine de les inquiéter. Cette illusion dura peu. L'un des custodes étant entré dans l'oratoire, et apercevant le sépulcre ouvert, jeta

(1) Cette particularité de la légende démontre que l'écrivain l'avait puisée à quelque source ancienne et véridique. C'était en effet une coutume chez les Romains, sanctionnée même par la loi, de constituer une sorte de collège de cubicularii mansionarii , ou gardiens autour des tombeaux. (Cf. De Rossi, Bullet. tfarchéol. chrét. 1870 , p. 43-44; Concil. Paris. an. 557, can. ix.)

l'alarme parmi la foule. On poursuivit les fugitifs ; mais lorsque , au bout de trois jours, on croyait les atteindre, un orage épouvantable, mêlé de tonnerre et d'éclairs, vint miraculeusement les protéger et enlever, par là même , tout espoir de leur ravir leur précieux butin. Les Tréviriens continuèrent donc leur route en chantant des hymnes d'actions de grâces. Un aveugle guéri au contact des saintes reliques mit le comble à leur allégresse.

A Mouzon , sur les confins du diocèse de Trêves, un paralytique recouvra la santé en touchant la bière où le corps était renfermé; et, en souvenir de ce miracle, le peuple éleva une basilique en l'honneur du bienheureux Maximin , sur le lieu même où il s'était opéré. À Yvoix , à Àrlon, non loin de la ville actuelle de Luxembourg, nouveaux prodiges. Là, un homme possédé du démon fut délivré par la vertu qui émanait des précieuses reliques ; ici deux lépreux obtinrent leur guérison. A l'approche de la métropole , toute la population, portant à la main des flambeaux, vint au devant du corps, et l'accompagna avec des chants de triomphe. Saint Paulin , le cœur plein d'actions de grâces envers Dieu pour l'heureuse issue de cette expédition, déposa le sarcophage de son père et de son maître dans la basilique de Saint-Jean , bâtie par ses prédécesseurs dans un des faubourgs de la ville.

Chose singulière! ce jour d'allégresse pour la ville de Trêves, mais de deuil pour le Poitou, a néanmoins été choisi, même dans notre province, pour célébrer la fête de ce grand serviteur de Dieu. Dans tous nos anciens documents liturgiques, le 29 mai est invariablement consacré à la mémoire de saint Maximin.

Quant au récit de sa translation , la critique pourra peut-être jeter quelques doutes sur certaines circonstances

accessoires ; mais la substance du fait est malheureusement incontestable. Non-seulement les deux biographes de notre saint (1) , mais tous les monuments historiques (2) attestent la présence de son corps et même de son tombeau dans l'un des faubourgs de Trêves.

Mais avant de raconter brièvement les principales phases de son culte dans le Nord , disons que notre Poitou ne l'oublia pas entièrement. Un monastère , qui ajouta même son nom [monter, monastère) à celui de la localité, fut bâti auprès de son sépulcre vide à Silly. Le 11 octobre 1226 (3) , ce sépulcre , semble-t-il , fut ouvert par Philippe , évêque de Poi-

(1) Bolland., Act. SS., t. VII maii, p. 22. - Patrol. lat, t. CXIX, 674-675.

(2) Vita S. Deodati (S. Dié), Bolland, t. IV junii, 731. — Vita S.Hidulphi, ibid., t. III julii, 212. — S. Gregor. Turon., Hist. Franc, lib. VIII, c. xn; Gloria confess., c. xcm; VUsb Patrum, c. xvn, 4.

(3) L'auteur de la grande Chronique de Tours (Labbe , Bibl. nov., Il, 735; D. Bouquet, XV111, 317) rapporte sous l'année 1226 : « Tune Philippus, epis- » copus Pictavensis , apud monasterium Sille corpus S. Maximini episcopi » Pictavensis v idus octobris a terra levavit , et in theca cum hymnis et lau- » dibus honorifîce collocavit. » — L'auteur de cette chronique attribue à un saint Maximin évêque de Poitiers le sépulcre de Mouterre -Silly; mais c'est une erreur manifeste, acceptée trop facilement par Mgr de la Rochepozay et par quelques auteurs modernes. Le tombeau découvert portait probablement, conformément aux règles de l'épigraphie chrétienne , l'inscription : « maximinus episcopus , » et le chroniqueur aura cru de bonne foi , comme plusieurs de ses contemporains peut-être , qu'il s'agissait d'un évêque de Poitiers. Mais jamais à Mouterre-Silly on n'a vénéré un autre sépulcre que celui de saint Maximin de Trêves, et jamais l'évêque de Poitiers du nom de Maximin, qui vivait au vme siècle, n'a reçu aucun culte en Poitou : ce qui ne lui aurait pas été refusé si son corps avait été l'objet de la translation solennelle dont parle la chronique précitée. Il s'agit donc du tombeau du saint évêque de Trêves. Quant aux reliques qu'on y trouva, elles ont pu être accordées aux religieux de Mouterre-Silly à une époque postérieure, lors de la translation des reliques du bienheureux par saint Hidulphe. Peut-être aussi le larcin des Tréviriens n'eut-il lieu que trois ou quatre ans après la mort de Maximin, alors que son corps était déjà en dissolution. On pourrait croire dans cette hypothèse qu'ils laissèrent quelques ossements dans le tombeau. Le nom de corpus donné à ces restes , relativement minimes , ne doit pas étonner. Théodoret disait déjà au ve siècle {Epist. cxxx Timotheo) : « Quamvis ne intégra quidem ibi sint » corpora , sed perexigile reliqule, communi tamen nomine corpus appellamus. »

tiers , et l'on y découvrit quelques reliques ; mais elles n'étaient pas sans doute considérables , car on n'en rencontre aucune trace dans les documents ecclésiastiques de notre diocèse.

Un sort bien différent était réservé aux ossements du saint pontife dans le tombeau que leur avaient préparé, à Trêves , les mains filiales de saint Paulin , son successeur. Les honneurs qui leur ont été rendus pendant plus de quinze siècles, les diverses translations dont ils furent l'objet à diverses reprises , les miracles éclatants et nombreux qui ont été opérés par leur intermédiaire , forment assurément l'un des épisodes les plus intéressants de l'histoire hagiographique du diocèse de Trêves. Ce serait nous écarter de notre but que de reproduire en entier ces événements et ces merveilles. Toutefois, nous ne pouvons nous dispenser d'esquisser les traits principaux d'un tableau que des liens si étroits rattachent à notre province.

« Dans un des faubourgs de la ville de Trêves, dit saint Grégoire de Tours (1), repose saint Maximin, le grand avocat de son peuple auprès du Seigneur. A son tombeau s'opèrent fréquemment de glorieux miracles. En voici un exemple : Un jour, en présence du roi Théodebert, un prêtre, nommé Àrbogaste, tenait certains propos avec un leude du roi franc. Tout en écoutant leur discussion , le prince parcourait en pèlerin les divers sanctuaires répandus autour de la cité. Tout à coup, interrompant le prêtre : « Si vous dites vrai , dit le roi , confirmez-le par serment sur le sépulcre de l'évêque Maximin. » — «Volontiers, répondit Arbogaste; »et aussitôt, posant la main sur le tombeau vénéré, il dit : « Que je sois écrasé par la vertu de ce saint si je raconte des faus-

(1) Gregor. Tur., De Gloria confess., c. xcni.

setés à ce Franc que voici. » Le barbare, à ces paroles, frémit de rage , et murmura contre le bienheureux qui souffrait un tel serment. Us sortent de la basilique ; mais à peine ont-ils fait quelques pas, que le prêtre s'affaisse sur lui-même et tombe mort. A cette vue , le leude change en louanges ses murmures précipités , et eut dès lors une profonde vénération pour le saint pontife. »

Les démons eux-mêmes confessaient sa puissance auprès de Dieu.

« Quel sort nous attend? s'écriait l'un d'eux, exorcisé par saint Nicetius , évêque de Trêves au vie siècle. A une porte de la ville, c'est Euchaire qui nous tourmente ; à l'autre extrémité, c'est Maximin , et, au milieu , voilà Nicetius qui nous fait fuir (1). »

Nous parlerons plus loin, avec une piété toute filiale, de l'admirable saint Héray , l'ami. de sainte Radégonde, le fils dévoué de saint Hilaire et de saint Martin. Instruit dans les voies de Dieu par Nicetius de Trêves , il en avait hérité d'une grande dévotion envers saint Maximin. Aussi avait-il placé sous le patronage de ce pontife l'un des oratoires de son monastère d'Athane, près de Limoges (2).

Cependant , le 29 mai de Tan 667 (3) , saint Hidulphe , qui était alors assis sur le trône épiscopal de saint Euchaire (4) , transféra avec grande solennité le corps de son

(1) Greg. Tur., Vit. Patrum, XVII, 4.

(2) Greg. Tur., Appendix Testament. S. Aredii.

(3) Bolland., t. Vllmaii, p. 23; 1. 111 julii, p. 202, 212, 216 et 219; t. IV junii, p. 731, Vit. S. Deodati (S. Dié). Dans ce dernier document, fort ancien, la date de cette translation est précisée. Il y est dit aussi que S. Dié reçut, à cette occasion, une précieuse relique de saint Maximin , sous le patronage duquel il dédia le monastère qu'il venait de fonder dans les Vosges, et qui, dans la suite, s'appela de son nom : S. Dié.

(4) On sait que saint Hidulphe se retira plus tard dans la solitude et y fonda la célèbre abbaye de Moyenmoutier, dans les Vosges.

illustre prédécesseur (1) , de la crypte où il avait été déposé par saint Paulin , dans une splendide basilique construite dans ce but, par ses soins, avec le concours du clergé "et du peuple.

Saint Maximin parut applaudir à cette translation en multipliant les effets de sa puissante intercession auprès de Dieu. On compta, cette année-là, jusqu'à trente-sept démoniaques délivrés près de son tombeau , en un seul jour. Mais ce qui nous intéresse vivement dans ces récits de guérisons miraculeuses , c'est que nous y voyons figurer, non pas seulement des habitants de la Frise ou de la Germanie, mais encore des enfants du Poitou (2) , amenés jusqu'à Trêves par leurs parents.

Cette dévotion des Poitevins envers le tombeau de leur saint compatriote s'affirme surtout par un trait touchant.

Les Normands ayant détruit de fond en comble la ville et les faubourgs de Trêves, le 5 avril 882, l'antique abbaye de saint Maximin avait été , comme les autres monuments dévastés, livrée aux flammes, et ses moines dispersés ou immolés par les barbares, en sorte que personne ne pouvait plus indiquer aux pèlerins qui venaient prier sur ces ruines, la place où reposait le thaumaturge par excellence, Maximin. Après la tempête, le troupeau dispersé revint au bercail, et l'abbé Herkerbert logea comme il put les quelques religieux qui lui restaient, dans les bâtiments encore fumants du monastère.

Tandis que ce vénérable sanctuaire était livré à cette déso-

(1) L'auteur de la Vie de S. Agrecius (cap. tt, n° 10) dit que saint Hidulphe fit également la translation des corps de ce saint pontife et de saint Nicetius.

(2) « Tertio anno... très alii a parentibus daemoniaci delati sunt Frisii génère et quartus de Aquitania (l'auteur donne constamment ce nom au Poitou), sex etiam a Germania. » (Bolland., t. VII maii, p. 24, n° 11.)

lation presque complète, un habitant de Mouterre-Silly (1) se rencontra assez courageux et assez dévoué au culte de saint Maximin pour dire adieu à son pays, et aller se consacrer au service de ce grand thaumaturge près de son tombeau abandonné. « Il voulait, dit l'écrivain qui nous guide, » mériter par de continuelles supplications d'avoir pour pa- » tron plein de clémence (2) auprès de Dieu celai qui eût été » son seigneur temporel, s'il eût vécu en son temps. » C'était un homme du peuple , mais que ses vertus rendaient digne des regards du Ciel. Arrivé à Trêves, il offrit avec simplicité ses services à celui qui était alors préposé au gouvernement du monastère. Le prévôt , admirant la foi et le courage de ce pèlerin , s'empressa de lui confier la surveillance des ouvriers employés à la réparation des ruines accumulées parles barbares. Notre Poitevin se mit à l'œuvre , et chaque jour il dépensait avec joie ses sueurs dans un travail qui , pour lui , était un acte de piété filiale. Or, un jour qu'il était chargé d'un énorme bloc de pierre , son pied heurta , sans qu'il s'en doutât , contre le sépulcre du bienheureux. Entraîné par le choc que lui causa cet obstacle, il laissa tomber sur le pavé la pierre qu'il portait, brisa la dalle du tombeau, et laissa entrevoir la crypte qui renfermait les précieux ossements. Tandis qu'il cherche à s'expliquer une pareille fracture , une odeur d'une suavité céleste s'échappe à travers l'anfractuosité, et remplit de joie et d'admiration non-seulement notre pèlerin , mais encore tous les ouvriers ses com-

(1) « Accidit quemdam, nalione Aquitanum, condilione Maximini servum, grata sibi ac voluntaria peregrinatione suscepta, tanti Patris amore ductum hue commigrasse. » (Bolland., loc. cit., n° 29.) — L'expression Maximini servum indique, comme on le voit un peu plus loin, qu'il habitait la terre même de Siily, possédée jadis par les parents de saint Maximin.

(1) « Quo videlicet quem temporaliter habere dominum in re debuisset , clementem sibi apud Dominum patronum promereri supplicatu assiduo valuisset » [loc. cit.).

pagnons , accourus pour contempler la merveilleuse découverte. Le custode de la basilique * nommé Wenilon , homme d'une sainte vie et grandement dévot à saint Maximin, appelé en toute hâte , tressaille d'allégresse dans l'espoir de voir de ses yeux le corps vénéré de son saint patron. Il ordonne à quelques-uns des ouvriers d'aller avertir dom Waubert, trésorier du monastère. Celui-ci vient avec empressement, et, goûtant comme les autres le doux parfum qui s'exhale du tombeau , il convoque tous les religieux et leur annonce l'heureuse nouvelle. Ceux-ci demeurent un instant interdits, ne sachant quel parti prendre en présence d'un fait si merveilleux. Enfin on se résout à recourir à l'évêque.

Le vénérable Rathbode était alors assis sur la chaire de saint Euchaire et de saint Maximin. Sur la relation des moines, il vient au monastère, et, après s'être fait rendre compte de ce qui s'est passé , il ordonne dans son diocèse trois jours de prières et déjeunes. Le troisième jour, qui était un jeudi, il se rend à l'abbaye avec son clergé et une immense foule de peuple. Là , après une fervente oraison, il s'approche de la pierre brisée par notre Poitevin , et , les frères l'ayant enlevée en sa présence , tous les assistants peuvent contempler dans la crypte un sarcophage en marbre, et , dans ce sarcophage , que Ton s'empresse d'ouvrir, une capse en cyprès contenant le corps du bienheureux , revêtu de ses habits sacerdotaux (1). k cette vue, une explosion d'applaudissements et de chants d'actions de grâces part de

(l) La nouvelle de cette découverte se répandit rapidement dans toute l'Allemagne et jusque dans la Suisse, au point que le B. Notker, moine de Saint-Gall , dans son Martyrologe, écrit en 894, selon Basnage, et en 898 selon Pertz {Monumenla Germanix historica, t. VIII, p. 970), en fait déjà mention au 29 mai : « Treviris, depositio sancti Maximini episcopi, cujus indu- » menta sacerdotalia in urna xrea ad usque nostra, imo Northmanorum tem- » pora, in teslimonium sanctitalis ejus viselmntur incorrupta. » (Migne, Palrol. lat.y t. CXXXI, p. 1091-1092).

la foule du peuple et du clergé , et , ce qui met le comble à l'allégresse générale, tous les malades, tous les infirmes présents sont instantanément rendus à la santé.

L'archevêque Rathbode, plein d'un pieux enthousiasme , meta son cou l'étoleetlepallium qu'on a trouvés sur le corps du saint pontife, monte sur une estrade improvisée, et adresse à la multitude une chaleureuse allocution , dans laquelle il rend à Dieu les plus vives actions de grâces pour le bienfait que cette découverte vient de procurer au pays. Enfin , d'accord avec les religieux , il décida qu'on laisserait le corps du bienheureux dans le lieu même où il avait été trouvé , sous un magnifique mausolée qu'on élèverait en sa mémoire (1).

Nos lecteurs nous pardonneront de nous être arrêté sur cet épisode de l'histoire posthume de notre illustre compatriote. La part glorieuse qu'y prit un enfant du Poitou

(1) Cette circonstance du récit de Sigehard, cependant contemporain et moine de Saint-Maximin , soulève plus d'une difficulté; car Schekmann (Boll., ibid., p. 33) rapporte à l'année 942, le 13 octobre, la translation nonseulement du corps de saint Maximin, mais aussi de ceux des saints Agrecius, Nicetius, Basinus et Weomadus, archevêques de Trêves, lesquels, selon lui, furent déposés dans le maître-autel de la basilique rebâtie à la suite d'un incendie qui aurait eu lieu en 932. Les trois premiers auraient été placés côte à côte , Maximin au milieu , Agrecius à droite , Nicetius à gauche. Près de leurs têtes auraient été exhumés saint Basine à gauche, et saint Weomade à droite. Mais ce ne sont pas les seules objections que fait naître le texte de Sigehard; car, d'une part, on exposait publiquement dans l'église de Saint-Maximin, à la vénération des fidèles, la tête et quelques reliques de ce saint évêque. Donc le corps n'avait pas été remis en entier dans le tombeau. D'autre part , les moines de l'abbaye de Saint-Dié et de Moyenmoutier, dans les Vosges, prétendaient avoir une portion considérable du même corps. Les premiers disaient que saint Dié lui-même les avait reçues de saint Hidulphe, lors de la première translation ; les seconds tenaient par tradition qu'un de leurs confrères, nommé Warengarius, vers le xe ou le xie siècle, avait enlevé furtivement les ossements du saint, à l'exception de la tête (Bist. Mecliani in monte Vosago Monasterii3 auctore domno Humberto Belhomme, abbate ejusd. monasterii, 1724, p. 147). Peut-être est-ce à l'occasion de cette seconde translation que Mouterre-Silly fut enrichi de quelques ossements de son saint patron, en récompense de la part qu'avait prise à la découverte le pèlerin de ce village.

nous en faisait doublement un devoir. Que dis-je? l'auteur du récit, le pieux et savant Sigehard (1), était également Poitevin d'origine (2) ; en sorte que tout nous conviait à ne pas laisser dans l'oubli des événements qui se lient si étroitement à notre histoire.

Mais il est temps de revenir sur nos pas et de contempler à son tour la grande figure de Paulin , ce fils spirituel de Maximin, qui marcha si dignement sur les traces de son maître, et mérita, même plus que lui, le titre glorieux de confesseur et de martyr de la Foi.

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