ORIGINES DE L'INPRIIERIE
de Gaspard Philippe, ont été utilisés par son successeur, Jean Guyaî't, au moyen d'un autre frontispice portant la date de 1524; mais, avant de décrire ce nouveau tirage, il est bon de donner ici, sur Gaspard Philippe, un renseignement biographique important, trouvé cemment aux Archives départementales dans les minutes des anciens notaires.
Les minutes de Me Brunet, notaire, contiennent, la date du 18 juillet 1526, le testament d'honnëte femme Gillette Moline, qui déclare être veuve de Gaspard Philippe, et femme de Jean Guyart. Gillette Moline demande à être enterrée dans une des chapelles de l'église Sainte-Colombe, à côté de son premier mari, et fait des legs particuliers à chacun des cinq enfants qu'elle a eu de ses deux maris, dont quatre de Gaspard Philippe. Ceux-ci se nommaient: Héloïse, Etienne (), Jean et Genevoise. Ce dernier nom semble indiquer que Gaspard Philippe ou Gillette Moline étaient, comme Jean Maurus, originaires de la Suisse, ou, du moins, qu'ils avaient habité Genève après avoir quitté Paris pour venir s'établir à Bordeaux. Dans tous les cas, il résulte de ce document que Jean Guyart avait remplacé Gaspard Philippe dans son imprimerie et dans son union avec Gillette Moline.
(x) Nous trouverons, quarante ans plus tard, un libraire de Bordeaux, nommé Etienne Thoulouze; ne serait-ce pas le fils de Gaspard Philippe et de Gillette Moline qui aurait négligé le nom de famille de son père pour adopter celui de la ville oh il dtait né :
JEAN GUYAI1T.
J EAN GUYART.
§ lX.--J'ai déjà dit (page 20), que le nom de Guyart, Guyard, Guiart, Guillard, etc., même précédé du prénom de Jean, avait été si commun, qu'il était presque impossible d'affirmer que les renseignements concernant des individus porteurs des mêmes noms, à la mëme époque et dans la même localité, ne concernaient pas deux individus différents. Je suis donc obligé de me borner ici à dire qu'il est probable que Gaspard Philippe, en venant s'établir à Bordeaux à peu près dans le même temps que Jean Maurus s'était établi à La Réole, amena ou y trouva déjà établi un autre imprimeur, sire Jean Guyart, qui bientôt après rempla,cait son confrère décédé, s'installait dans sa maison, insérait son nom dans la marque dont celui-ci s'était servi, et épousait sa veuve. Gillette Moline, en mourant, laissa quatre enfants de son premier mari, deux garc, ons et deux filles, et un garçon de sonsecond mariage, Arnaud Guyart, dont la destinée est jusqu'ici incertaine. Le premier livre que nous connaissons comme sorti de l'imprimerie de Jean Guyart est le même ouvrage de Gabriel de Tarregua, que nous venons d'indiquer comme imprimé par Gaspard Philippe; mais il est certain que Jean Guyart était déjà maitre imprimeur et établi à Bordeaux longtemps avant la date de i524, portCe par la nouvelle édition du Tarregua, car or
trouve un autre acte passé devant M Brunet, notaire, qui constate que, le 28 mars 152o ou 152 i, selon notre manière de compter, sire Jean Guyart, maitre imprimeur, avait passé contrat avec Franc, ois Morpain, fils de Colas Morpain, de la paroisse de Saint-Vincent d'Ivrac, Entre-deux-Mers, par lequel, moyennant huit boisseaux de froment, J. Guyart s'était chargé d'apprendre l'imprimerie à Fr. Morpain, de le nourrir, coucher et chausser pendant trois années, et de lui donner, à la fin de son apprentissage, une paire de chausses de la valeur d'un écu d'or. [Archives délartementales E, minutes de Brunet, xvn, 7). Cependant, il est possible que Jean Guyart n'ait ressenti le besoin de prendre un apprenti qu'au moment où la mort de Gaspard Philippe le fit passer du rang d'ouvrier à celui de maître, car il ne s'est conservé aucun ouvrage portant sa marque, si ce n'est quatre ans après l'époque où nous le voyons prendre un apprenti.
Il n'est pas moins certain que M. Gustave Brunet s'est trompé dans l'excellent article consacré aux origines de l'imprimerie à Bordeaux, dans le Dictionnaire de Géographie ancienne et moderne, t. , col. OEOE4, lorsqu'il a dit que Gaspard Philippe abandonna Bordeaux après y avoir formé des élèves en état de le remplacer; puis, retourna à Paris.
L'édition de Tarregua, datée de 5-4, est, comme nous l'avons dit, un volume dont les trois premières parties avaient été publiées avec un frontispice portant le nom de Gaspard Philippe et le millésime douteux de 520, et qui reparut augmenté de deux autres parties avec un autre fl'ontispice portant le nom de Jean Guyart et le millésime de 1524.
,IEAN GUYART. 2 7 Les feuilles des trois premières parties sont identiquement les mêmes que celles qui avaient été publiées avec le nom de Gaspard Philippe; cependant, au bas de la page qui contient le privilége accordé à Tarrçgua pour trois ans, le nouvel éditeur a ajouté, dans un espace qui était resté en blanc, l'analyse d'un autre privilége qui constate qu"à l'expiration du premier privilége de trois ans, ledit de Tarregua a obtenu autres lettres pour faire imprimer Bordeaux un certain ComFendi , avec défenscs de réimprimer ladite somme et ledit Com- Fendi avant deux ans révolus, depuis que ledit Com- Fendi aura été parachevé d'imprimer.
Voici le titre du nouveau frontispice mis en tête de cette seconde édition ou second tirage, tel qu'il est figuré dans un exemplaire de cette seconde édition que possède la Bibliothèque Impériale" T. 279 , et dans un autre exemplaire possédé par la Bibliothèque Mazarine Habes hunlane lector Gabrielis de Tarrega, Burdigalensis civitatis medici regentis et ordinarii oFera brevissima theoricam etFî-aticam medicinalis scientie Fro majori Farte amFlectantia, facili ingeniosoque stillo per iFsum accumulata, medicis instî'uendis utilissima, et Frimo sequituî" " Summa diversoî-um questionum medicinalium per ordinem alFhabeti.-- A ggregatio Ferutilis de curis quarumdam egritudinum... Textus Avicenne Fer ordinem... Com2oendium eorum que sut, er tegni Galieni... Figura amFlissima. Burdigalce noviter imFressa pe»" Joannem Gzu,art. Nicolas Antonio Bibliotheca hisFana nova... 2"VIadrid, 1783, da. de Ibara, in-folio, t. , F. 509, cite un autre exemplaire, qui, en admettant l'exactitude de la
ORIGINES I3E L'iMPRIMERIE.
transcription de son titre, aurait contenu, sur le frontispice, ces mots qui diffèrent un peu de ceux que nous venons de citer : 0tera brevissima theoricam et tracticam medicinalis scientice amplexantia lro ma]ori çarte hoc est--Summa diversarum qucestionum Aggregatio de curis quarumdam cegritudinum ter modum Summoe Textus A vicenoe ter ordinem alphabeti in sententia per eundem retortatus , cure quibusdam aààitionibus et concordantiis Galeni et aliorum Comlendium eorum, quce SUler techni [arte) Galeni et alhorismis Hillocratis scribunturFigura amflissima rerum naturalium, non naturalium et contra naturam.Hwc omnia sinul edita sunt Burdigalw atud Joannem Guyart, 5 2-$.
§ X.-- La Bibliothèque de la ville de Bordeaux possède, elle aussi, un exemplaire des oeuvres de Tarregua, et, s'il fallait s'en rapporter au texte de son catalogue imprimé (), cet exemplaire aurait eu un frontispice portant ces mots " Taa6 [Gabrielis de]. Summa diversarum questionum medicinalium laer ordinem allhabeti collectarum; et omnes ejusdem tractatus Burdigalw, 5 2o à 5 2 4. In-f °.
Mais le premier exanaen du volume suffit pour convaincre que ce titre a été complétement composé, si non inventé, par le rédacteur du Catalogue.
La reliure de notre exemplaire est ancienne, et son premier feuillet, portant une inscription constatant qu'il a fait partie de la Bibliothèque du Couvent des ) Catalogue .... Sciences et Arts. Bordeaux, r825, lml;rimerie royale laage 588, numéro d'ordre 68z, et numéro de classement, autretbis rose, et maintenant 3524.
JEAN GU YAFtT. 2 9 Recollets, il est certain qu"à l'époque de l'impression du Catalogue de la Bibliothèque de la ville, comme aujourd'hui, le frontispice avait été enlevé, et que le rédacteur du Catalogue, sans en prévenir, a composé un titre de fantaisie, auquel il a ajouté : Et otaries ejusdem tractatus (I).
En outre, ces mots ne sont pas seulement imaginaires ; ils contiennent une assertion complétement fausse. Les cinq ouvrages de Gabriel de Tarregua, ordinairement réunis sous des frontispices plus ou moins modifiés, ne sont pas les seuls que Tarregua ait publiés; il en existe plusieurs autres aussi imprimés par Jean Guyart, et dont nous parlerons plus tard.
§ XI.--Nous allons maintenant examiner, chacun en particulier, les divers ouvrages de GabrieI de Tarregua, sans tenir compte des frontispices plus ou moins véridiques sous lesquels ils ont pu être réunis. No i. In nomine Salvatoris qui ..... incipit : Summa diversarum questiomtm medicinaliunz Fer ordinem alphabeti collectarum, Fer magistrum Gabrielem de Tarega doctorem regentem Burdegale. Et çrimo de littera A.
Ces mots composent le titre de départ, imprimé en rouge, et qui vient après la table des matières, le pri-
(t) M. J. B. Gergerbs (Histoire... de la Bibliothèque... Bordeaux, i864, Coderc, in-8, p. 59), a été trompé par cette rédaction imaginaire, et il a félicité la Bibliothèque qu'il administre de posséder tous les ouvrages indiqués par le 3Ianuel du Libraire. C'est par distraction aussi qu'il a constaté qu'il manque à son exemplaire « les dix feuillets préliminaires, le frontispice et l'épitre dédicatoire. » Le frontispice seul a été enlevé : l'Citre dédicatoire, le privilége, etc., figurent dans les 9 tf. préliminaires qui ont été conservés.
ORIGINES DE LIMPRIMERIEo
vilége, la dédicace, etc. Les questions médicales, rangées par ordre alphabétique, occupent x o6 feuillets chiffrés (la dernière feuille est mal signée) et se termine par ces mots, qui indiquent l'époque où l'auteur a fini la transcription de son ouvrage, et non pas le jour où l'impression a été terminée " Et sicfinis hujus aggregationis ver ordinem alFhabeti decima die februarii anno nativitatis Domini lCCCCCXX in citivate Burdegalense, ad laudem Omni]ootentis et utilitatem juvenum. Fs.
Le feuillet blanc qui sépare, dans l'exemplaire de la Bibliothèque de Bordeaux, le premier ouvrage de Tarregua du second traité, peut avoir été destiné soit à recevoir la date de l'impression du premier ouvrage, soit à recevoir le frontispice du second, car il ne porte aucune signature, et le premier feuillet de ce second ouvrage est signé ..i, tandis que les frontispices des autres ouvrages qui nous ont été conservés sont toujours imprimés sur le premier feuillet du premier cahier.
Les questions traitées par l'auteur, et qui sont au nombre de plus de mille, commençant toutes par le mot Queritur, il a fallu à l'imprimeur un nombre trèsconsidérable de grandes initiales de la méme lettre. Son imprimerie était donc pourvue d'un matériel trèsabondant; cependant, comme l'imprimeur voulait sans doute conserver plusieurs formes avant de les remettre en p'te, il a souvent suppléé à l'insuffisance des Q, en remplaçant cette lettre par d'autres lettres ornées dont la forme est à peu près semblable, comme o, i), etc., qui sont quelquefois renversées. Très-souvent aussi il s'est contenté de mettre une petite lettre au milieu de
JEAN GUYART.
l'espace en blanc que devait occuper une grande initiale.
L'exemplaire de la Bibliothèque de la ville porte, au recto du folio vi, une note marginale signée Tarragua, qui, peut-être, est un autographe de l'auteur. No 2. Ce second ouvrage, sans frontispice, sans dédicace, etc., commence, dans l'exemplaire que possède la Bibliothèque de Bordeaux, sur le recto du premier cahier, par une table des matières, qui n'occupe pas toute la première page de la feuille signée AA. Cet ouvrage était donc destiné à faire un seul volume avec l'ouvrage précédent, car le registre de ses signatures, au lieu de commencer par Az, commence par z.
Voici le titre de départ : T3tLA. Gabrielis de Taregua, in nedicina doctoris, aggregatio ]erutilis de curis quarundanz egritudinum -permisso Trinitatis auxilio feliciter inci-pit. Et primo... etc.
L'ouvrage, divisé en 6o chapitres, et commenc, ant au verso du premier feuillet, occupe 63 feuillets chiffrés, et se termine par une inscription relative à la date de la transcription de la copie et non à celle de l'impression Et sic intoniturJïnis , tro nunc huic aggregationi, anno Domini icccccxx, in civitate Burdegale, ad laudem illius qui cunctos sanat langores, et juvenzznz medicorzzm zztilitatem.
No 3. Textzzs-princi-pis Avicenne per ordinenz al phabeti in sententia re portatzzs, czzm qzzibzzsdam additionibzzs et concordantiis Galieni et qzzorzzndanz aliorzznz doctorunz pet- magistrzznz Gabrielenz de Taragua, doctorem regentenz Bzzrdegale.
Au-dessous de ce titre a été placé le portrait d'un docteur, assis; le tout est entouré d'un encadrement
formé de 22 vignettes rapprochées, et représentant des apôtres, des saints et d'autres figures.
Le premier mot de ce recueil est : aborsus; le dernier : Zucharum. A la suite, dans un espèce d'avertissemênt qui précède une table alphabétique, dont la justification est plus grande que celle du texte de l'ouvrage, Gabriel de Tarregua affirme qu'il a publié le premier le texte d'Avicenne ...habes, charissime lector, texture Avicenne per ordinem al phabeti Burdegale primo ira-pressure ........ Non igitur oro murmure livido quis-piam labatur, si o-pusculum presens non sit in prima sui im pressione quibusdam mendulis ex purgatum, im pressoris aut assistentis correctoris defectu, melius namque duximus quod hoc o pusculum tali modo ad juvenum utilitatem maneret ira pressure, quam quod iden longo dierum curriculo hoc munusculo carerent .... , etc.
L'ouvrage occupe 60 f. chiffrés; l'avant-dernier porte LXI et le dernier LIX, dans l'exemplaire de la Bibliothèque de la ville comme dans celui de la Bibliothèque Impériale; tous deux sont ornés de la marque de Gaspard Philippe. Ainsi, il est bien avéré que, si Gaspard Philippe a réellement imprimé ces trois premiers ouvrages de Tarregua, J. Guyart s'est ensuite servi de ces premières feuilles, a changé le frontispice et y a ajouté d'autres ouvrages.
No 4- Com pendium eorum que su per techni Galieni et a phorismos Y pocratis scribuntur, medicis instruendis utilissimum Fer eundem de Taraga aggregatunz, Burdegale noviter ira-pressure Fer Joannem Guyart, calcogra-phum, lrope Sanctam-Colunzbam commorantem.
JEAN GUYART.
Au-dessous de ce titre, on voit les armoiries de Bordeaux entourées de petites vignettes, et le tout encadré de vignettes plus grandes.
Ce volume, précédé d'une dédicace dont nous allons parler, et d'une table des matières occupant 4 ff., contient, en outre, 90 ff. chiffrés, dont les cahiers sont signés A. B., etc., comme à l'ordinaire, quoique les mots qui se trouvent dans le titre Per eundem de Tarraga, indiquent suffisamment que cet ouvrage a été destiné à faire suite au TextusprinciFis Avicenne. Le texte de ce répertoire est terminé par ces mots . Et sic imponitur finis huic abreviationi decima octa,a decembris, anno Domini MVCXXlII, Laus Deo. Audessous se trouve une autre inscription, qui semble indiquer que l'imprimeur regardait ce volume comme fini, et qui affecte cette forme bizarre - ml G ci nitnm «cima quarto a tauem hum utitita rem
Le frontispice, la dédicace et les tbles occupent 4 ff- Le texte est contenu dans 9o ff. chiffrés.
34 OlW,lS DE L'IMPRIMERIE.
Le testament de Galien occupe 49 ff. ; il a été fini le 7 mai i523.
Les alahorismes d'Hippocrate commencent au verso du même folio, et avaient été finis de transcrire le i8 décembre 5 E 3.
Gabriel de Tarregua dédie cet ouvrage à son trèscher ami et compère [collandissime cornpater] le trèsprofond interprète des arts et de la médecine, et l'ingénieux conservateur de l'harmonie du corps humain, Antoine Du Puy, afin que le savant docteur complète et corrige cet ouvrage, et le défende contre les envieux.
Antoine Du Puy répond à son très-renommé compère et associé {compatri ac consocio famatissimo], et s'étonne qu'il ait pu, après avoir composé un volume si considérable sur la Théorie et la Pratique de la médecine, préparer encore ce répertoire d'Hippocrate et de Galien, où rien n'est omis.
Le Procureur du Roi, au Sénat çarlementaire de Bordeaux, Pierre de Boucher, ne se contenta pas d'écrire une lettre à l'auteur, il composa, en son honneur, un distique latin.
N ° 5. Plus tard, Gabriel de Tarregua voulut ajouter un supplément à ce volume, qu'il avait cru fini, et il l'intitula : Figura amplissima rerum naturalium, non natut'alium et contra naturam. Ce titre, descendu au tiers de la page, sans cadre et sans ornements, est suivi d'un avis de Tarregua au lecteur, pour expliquer comment il a été amené à publier les tableaux qui suivent. Ces tableaux occupent le verso et le recto en regard des deux pages qui se suivent; ils remplissent 3o ff. non chiffrés, et