CHAPITRE lY
GÂPRIDiS» OVIDéS SoMiAlEE. -^ !• Chèvre. — 2. Mouton. — 3. Laine ot osselets.
§ \ . ckèirre. — Les divcrses stations néolithiques et de Tàge du bronze contiennent de nombreux débris de chèvres et de moutons. Malheureusement, les ossements et les dents de ces deux animaux domestiques ne sont pas toujours faciles à différencier. Pourtant on a recueilli des débris assez complets et assez caractéristiques pour avoir des données intéressantes sur ces antiques bestiaux.
Les ossements de chèvre ont été reconnus dans toutes les palafittes du pourtour des Alpes et dans toutes les terramares de la vallée du Pô.
Les chèvres domestiques préhistoriques de ces divers gisements sont très semblables à nos chèvres actuelles. Elles s'en distinguent seulementjpar une différence de taille, étant plus petites. On pourrait pourtant établir deux variétés, l'une plus élancée et plus élégante, l'autre plus épaisse et moins élevée, ce qui la rapproche d'autant plus du mouton que ce dernier était alors, comme nous le verrons ci-après, généralement haut sur jambes.
D'où provient la chèvre?
Est-elle le bouquetin domestiqué? Le bouquetin qu'on
ORIGINES DE LÀ X^HASSE. DE LÀ PÊCHE, ETC. 44t
appelle Ibex Alpinus quand il habite les Alpes et Ibex Hispantis lorsqu'il se rencontre dans les Pyrénées et les hautes montagnes d'Espagne jusqu'en Andalousie.
Les auteurs qui ont encore foi en l'espèce vous répondent sérieusement que ce n'est pas possible, parce que les bouquetins d'Europe ont les cornes élargies en avant, tandis que les chèvres ont les cornes comprimées et carénées. Cependant les bouquetins des Alpes, qui disparaissent, n'existant plus que dans quelques montagnes du val d'Aoste en Piémont, protégés par des règlements très sévères, s'accouplent très bien, très volontiers et spontanément avec les chèvres. Unions qui donnent de très vigoureux petits métis.
Mais à la suite de la Sierra Nevada, des Pyrénées et des Alpes se trouve, en se dirigeant vers l'orient, l'égagre, Capra hircus egagrusy qui partant de Crète et de Tile deScorpados pénètre dans l'Asie et va du Caucase et de l'Arménie jusqu'en Perse et dans le Taurus. Comme les cornes de l'égagre sont comprimées et carénées, au lieu d'en faire un Ibex on l'a rangé dans les Hircus ou Capra et on l'a déclaré le père de nos chèvres. C'est bien notre avis, mais en admettant que le bouquetin en est très pioche parent, et que nos chèvres peuvent le compter parmi leurs ancêtres malgré ses cornes aplaties sur le devant.
Les Egyptiens ont de tout temps possédé la chèvre, dont ils buvaient le lait et mangeaient la chair. Parmi les antiques peintures que Mariette avait fait reproduire dans le petit temple égyptien de l'Exposition universelle de Paris, 1867, on voyait des bergers conduisant un troupeau composé d'un bouc et de sept chèvres. Tous ces animaux avaient des cornes longues, ridées en travers, ondulées et dirigées latéralement. Le bouc était fauve avec des mouchetures, trois des chèvres de couleur brune, trois autres de couleur grise, la dernière blanche et noire.
Chèvres et bouc n'avaient pas de barbe et les oreilles étaient pendantes. Ce dernier caractère, commun chez les chiens, se retrouve encore dans les chèvres actuelles d'Egypte et dans quelques autres races, entre autres au Népaul. Mais ce qui est curieux c'est de voir l'ancien chien égyptien à oreilles droites et l'ancienne chèvre i oreilles tombantes. Cela tend à confirmer ce que nous avons dit de l'origine africaine des animaux domestiques d'Egypte. Pour ce qui concerne l'âne, il n'y a pas de doute. Quant au chien, il vient, comme nous l'avons établi, page 344, du cabéru, Canis simensis, de TAbyssinie, à oreilles droites, et la chèvre de VHircus ou Capra Thebaicus, chèvre de la Thébaïde, haute Egypte, à oreilles pendantes. Cette origine est d'autant plus probable que la chèvre de Thébaïde n'a pas de barbe. Elle présente en outre un caractère tout à fait spécial : le haut du nez, chez le mâle surtout, est fortement bombé, ainsi que le front, ce qui rapproche la tête de cette chèvre de celle du mouton.. C'est justement ce qu'on remarque dans les représentations égyptiennes, ou chèvres et moutons sont souvent difficiles à distinguer.
Quant aux cornes, les chèvres figurées sur les anciens monuments de l'Egypte varient beaucoup, non seulement pour la grandeur et la forme, mais encore pour le nombre. Ainsi on voit à côté des chèvres i deux cornes des individus qui n'en ont pas du tout, et d'autres qui en ont quatre.
L'antiquité de la chèvre domestique dans les temps historiques est établie non seulement par les représentations égyptiennes, mais encore par les livres les plus anciens. Elle est fréquemment citée dans la GenèsCy le Zend-Avesla et les Védas.
§ 2. Moaton. — Le moutou proprement dit est l'animal émasculé que les Italiens nomment le castrate. Mais le naturaliste, comme pour le bœuf, donne d'un manière générale
le nom de mouton à toute la famille^ non seulement à la pauvre victime, le castrate, mais au mâle, le bélier, à la femelle, la brebis, et au jeune, Tagneau.
Comme la chèvre, le mouton est nommé très fréquemment dans les Védas, le Zend-Avesta et la Genèse. C'est même le premier animal désigné nominativement dans la Bible\ Isidore Geoffroy Saint-Hilaire' prétend que le Chou King le présente comme existant en Chine depuis les temps les plus reculés.
Par contre, Mariette^ admet que les Égyptiens, sous la y* dynastie, ne possédaient pas le mouton. Lefebure nous écrivait le 9 octobre 1879 : ec Plusieurs auteurs croient le mouton relativement récent. La représentation d'un quadrupède avec deux cornes horizontales sinueuses, datant des plus anciens monuments, serait un bouc. » Il était en efiTettrès facile de se tromper, la chèvre d'Egypte, tenant de VHircus Thehaicus, est de toutes les chèvres l'espèce ou variété la plus voisine du mouton. En outre le mouton d'Egypte, comme la chèvre de ce pays, perd parfois ses cornes, et parfois en acquiert deux supplémentaires.
Les moutons se montrent pourtant parmi les hiéroglyphes et dans les grands monuments, mais leur arrivée n'est pas encore bien précisée.
Le temple de Khons, à Karnac, était précédé d'une avenue de béliers colossaux, emblèmes d'Âmmon, divinité éponyme de Thèbes. Ces béliers sont fort beaux et ont les cornes se repliant en rond latéralement à la tète. Ils datent de la XVIII* dynastie, dix-sept siècles avant notre ère.
1. Bible, la Genève, ch. IV, verset 2, il est dit : t Abcl fut pasteur de brebis. » D'après les Juifs, le mouton domestique remonte donc, à très peu près, jusqu'à la création.
2. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Acclimatation et domestication des animaux utileSy 1861, p. 199.