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CHAPITRE PREMIER

ANIMAUX CHASSÉS

Sommaire. — 1. Dénombrement de la faune paléolithique. — 2. Sources d'informations. — 3. Carnassiers. — 4. Pachydermes et solipèdes. — 5. Ruminants. — 6. Autres mammifères. — 7. Oiseaux et tortues. — 8. Considérations générales.

§ i. Dénombreaieiil de la fa«ne paléolithique. — La faunc

des temps quaternaires ou paléolithiques était différente et surtout bien plus riche que la faune des temps actuels. Nous avons passé en revue soixante-six espèces de mammifères chassés par l'homme paléolithique.

Sur ces soixante-six espèces treize sont éteintes :

L'ours des cavernes, Ursus spelœus.

Le félin des cavernes, Felis spelœa.

Le faux serval, Felis servaloides.

Le machairodus, Machairodus latidens.

L'hyène des cavernes, Hyena spelœa.

L éléphant antique, Elephas aniiquus.

L'éléphant de Malte, Elephas melitensis.

Le mammouth, Elephas primigenitts.

m ORIGINES DE LA CHASSE, DE LA PÊCHE

Le rhinocéros de Merk, Rhinocéros Merkiù

Le tichorhinus, Rhinocéros lichorhinus,

L'élasmothérium, Elasmotherium sibiricum,

L'hippopolame de Penlland, Hippopolaimis Pentlanili,

Le mégacéros, Cervus megaceros.

Six espèces ont émigré vers le sud rocherclianl des pays plus chauds :

Le lion, Felis leo.

Le léopard, Felis pardus.

L'hyène rayée, Hyenasiriata.

L'hyène tachetée, Hyena crociUa.

L'éléphant d'Afrique, Elephas africanus.

L'hippopotame amphibie, Hippopotamus amphibius.

Tout au contraire huit espèces ont émigré vers le nord sous des climats plus froids et parmi elles il en est qui sont, comme le wapiti, complètement reléguées en Amérique :

L'ours gris, Ursus ferox.

L'isatis ou renard bleu, Canis lagopus.

Le glouton, Gulo borealis.

Le bœuf musqué, Ovibos moschatus.

Le wapiti ou cerf du Canada, Cervus canadevsis.

Le renne, Cervus tarandus.

Le lagomys, Lagomys.

Le iemming, Lemmus norvégiens.

Cinq espèces sans quitter nos régions sont allées chercher le froid sur les sommiets de nos hautes montagnes :

Le chamois. Antilope rupicapra.

Le bouquetin, Capra ibex.

La marmotte, Arctomys marmotta.

Le lièvre des Alpes, Lepxis variabilis.

Le campagnol des neiges, Arvicola nivalis.

Enfin quatre espèces ont plus ou moins émigré vjrs l'est, ce soni :

Le saïga» Saïga lartarica.

L'égagre, Capra egagrus.

Le spermophile, Spermophiltis cilUlus.

Le hamster, Cricelas frunientarius.

Les vingt-neuf autres espèces chassées par les hommes quaternaires sont restées dans nos régions et nous allons les passer en revue comme ayant plus ou moins alimenté la chasse des hommes néolithiques ou de l'âge du bronze. Mais avant voici le tableau résumé du gibier paléolithique :

Espèces complètcmoQt éteintes 13

— émigrées vers le sud , . . 6

— émigrées vers le nord 8

— réfugiées sur les hautes montagnes .... 5

— émigrées vers Test 4

— restées dans la région 29

^- complètement domestiquée 1

Total 66

L'espèce domestiquée est le petit bœuf ou Tauras longi^ Irons.

§ 2. 8»«reM d'inr«rBiaci«iui. — Les vingt-ueuf espèces de mammifères, comprises dans les gibiers paléolithiques, qui existent encore de nos jours dans nos régions ont naturellement dû s'y maintenir pendant le néolithique et l'âge du bronze. Néanmoins, fidèle à la ligne de conduite que nous nous sommes tracée, ne nous appuyant que sur l'observation directe, nous n'étudierons que celles dont on a constaté la présence dans les stations humaines de ces deux époques. Ainsi nous laisserons de côté les Myoxus^ loir, lérot et muscardin, ainsi que les Arvicola (schermaus et campagnol des champs) et l'écureuil. Il ne reste donc que vingttrois espèces, auxquelles viendront se joindre quelques-unes des espèces émigrées sur les montagnes que l'on retrouve dans les stations qui sont au pied des Alpes. Nous aurons aussi à constater deux ou trois espèces nouvelles.

Les Stations qui ont fourni le plus de documents sont les paiaûttes ou habitations lacustres. Tout le monde sait que pendant le néolithique et le bronze certaines populations construisaient des habitations et des villages sur pilotis au milieu de Teau des lacs. Tous les rebuts de ces habitations jetés à Teau ont formé des amas de débris contenant les ossements des animaux qui ont servi à Tindustrie et surtout à Talimentation.

Celle importante source de renseignements a été étudiée pour la Suisse par un zoologue du plus grand mérite, le professeur Rutimeyer, de Bâle. Il a publié sur ce sujet un travail magistral : Die Fauna der Pfahlbauten in der Schweiz, Untersuchungen ùber die Geschichte der Wilden und Hans'Sàugethiere Mitteleuropas (sur la faune des palafittes de la Suisse, recherches sur l'histoire des mammifères sauvages et domestiques de l'Europe centrale), in-4, avec six planches, 1861. Comme âge voici le classement des paiaûttes qu'il indique et que nous citerons d'après le tableau donné page 542, volume 1*' du The lake dwellings of Switzerland (les habitations des lacs de la Suisse), de Ferdinand Keller, traduit en anglais et arrangé par J.-E. Lee.

Robenhausien ou néolithique, âge de la pierre polie :

Robenhausen, canton de Zurich, station type la plus étudiée, qui adonné son nom à l'époque.

Moosseedorf, canton de Berne, soigneusement explorée par Uhlmann.

Wangefl, au lac de Constance.

VVauwyl, canton de Lucerne.

Concise, canton de Vaud, extrémité sud-ouest du lac de Neuchâtel.

Époque morgienne, passage de la pierre au bronze ou plutôt introduction du bronze :

Meilen, extrémité nord du lac de Zurich.

Époque larnaudienne ou belle époque du bronze, large développement de ce métal :

Mœringen et Nideau, deux stations fort importantes et fort riches du lac de Sienne.

Restent les indications données sous les noms de Neuveville et de Bienne. 11 n'y a pas de stations proprement dites portant ces noms, mais à la Neuveville habite un explorateur actif, Gross, et à Bienne demeurait un autre explorateur non moins ardent, Schwab. Tous les deux ont soumis leurs récoltes d'ossements à Riîtimeyer, qui toutes les fois qu'il n'y avait pas d'indications précises, les a donnés comme de Neuveville, quand elles venaient deGross,etdeBienne, quand elles faisaient partie des envois de Schwab. Ces ossements pour la plupart sont du lac de Bienne et pour le reste du lac tout voisin de Neuchâtel. Le plus grand nombre doit appartenir au larnaudien.

Nous compléterons ces citations par quelques autres empruntées à Uhlmann, obsei'vateur consciencieux, pour ce qui concerne Moosseedorf, canton de Berne, et Greng, station robenhausienne ou plutôt morgieune du lac Morat. Le directeur du musée de Berne, de Fellemberg, a aussi publié la faune larnaudienne de Lûscherz et Mœringen, que nous citerons, ainsi que quelques autres données, prises de divers côtés, entre autres pour Corcelettes, station également larnaudienne.

Nous emprunterons la faune lacustre des stations larnaudiennes du Bourget (Savoie) à Laurent Rabut* et André Perrin « qui s'étaient adressés à nous pour la détermination de leurs ossements.

Pour ce qui concerne la faune des palafitles de Laybach,

i. Laurent Rabut, Habitations lacustres de la Savoie^ 2* mémoire, 1868, p. 54.

â. Akdré Perrin, Étude préhistorique sur la Savoie, 1870.

iOO ORIGINES DE LA CHASSE, DE LA PÊCHE

en Autriche, toul à fait à Textrémité est des Alpes, nous acceptons les déterminations de Karl Deschmann. C'est un naturaliste sérieux, directeur du musée de Laybach, qui a exploré lui-même la station qu'il décrite Cette station ne remonte qu'à l'introduction du bronze. Elle est morgienne, peut-être même encore un peu plus récente.

Enfm pour terminer ce qui concerne les palatittes du pourtour des Alpes, nous citerons les indications données par S. von Schab sur la faune de la pnlaiitte de Rosen-Insel, l'île des Roses, dans le Wûrmsee en Bavière^ Hais les déterminations de ce dernier auteur nous paraissent parfois laisser à désirer et nous aurons à en discuter plusieurs.

Les palaPittes fournissent donc des renseignements sur la faune de tout le centre de l'Europe.

Nous compléterons ces données par des indications provenant des terramares de la vallée du Pô, surtout de la partie transpadane, le Parmesan, le Reggianais et le Modenais. Les terramares sont des stations terrestres qui appartiennent au commencement de l'âge du bronze, au morgien. La faune de ces stations a été étudiée avec beaucoup de soin et de critique par le professeur Pelegrino Strobel, conservateur du musée d'histoire naturelle de Parme ^

Nous dirigeant ensuite vers le nord, nous examinerons la faune d'une station alluvionale des environs de Maëstrichi, déterminée par de Pauw, naturaliste attaché au musée de Bruxelles*.

1. Karl Descomann, Ueber die vorjdhrigen Funde im Laibacher PfahWau, 1878, p. U.

2. s. VON Schab, Die Pfahlbaulen im Wlir/iwcc, p. 29, dans Beitràge <vr Anthrop. und Urgeschichte BayernSy 1877.

3. Pelegrino Strobel et Pigorini ,' le Terremare e U Palaptte del Par-mensey 18&i, p. 38.

4. Casimir Ubaghs, VAge de l'homme préhistorique de la stalion lacustre près Maëstrichi, p. 63.

Et nous arriverons aux stations néolithiques les plus anciennes qui bordent certaines côtes du Danemark et qui sont désignées sous le nom de KjoekkenmoeddingSj ce qui veut dire débris de cuisine. Ces rejets d'habitations et restes de repas contiennent de nombreux ossements qui ont été étudiés avec la plus scrupuleuse attention par le professeur J. Steenstrup, l'un des conservateurs du musée d'histoire naturelle de Copenhague '. Mais à côté de la faune bien définie, bien certaine des kjoekkenmoeddings, il donne la faune des tourbières qui est bien plus vague et indécise. En effet il y a des tourbières de tous les temps. Ainsi, tandis que la date des kjoekkenmoeddings est bien limitée entre la disparition du renne et l'apparition de l'élan, ces tourbières contiennent à la fois renne et clan. Bien plus elles ont donné renne et daim. Steenstrup cite ce dernier animal en constatant que son introduction en Danemark ne date que du moyen âge. Nous ne mentionnerons donc les découvertes des tourbières que comme simples indications, non comme preuves certaines.

§ 3. canuiMiers. — i. Ours bruu, Ursus arctos, dans les kjoekkenmoeddings et les tourbières du Danemark. Un crâne de Fioniedu musée de Copenhague est gigantesque; d'autres débris accusent des individus beaucoup plus petits; palafittes de Robenhausen, Moosseedorf, Wangcn, Concise, Meilen, Neuveville, Greng,* Bourget, Laybach, Rosen-Insel. Pour les habitants des palafittes, tuer un ours était une action d'éclat; aussi gardait-on soigneusement les canines qui devenaient un trophée de chasse. On les perçait à la racine et on les portait suspendues, probablement au cou. On a rencontré de ces canines percées entre autres dans les palafittes de Nussdorf, de Meilen, de Windisch, de Saint-

1. J. Steenstrup, Congrès international (V anthropologie et d*archéologie préhistoriqueê, Copenhag^uc, 1869, p. 13i et 160.

i(H ORIGINES DE LÀ CHÂSSE, DE LA PÊCHE

Aubin, du Bourget. Adrien de Mortillet, dans sa collection, en a cinq de Cortaiilod. Les sépultures en ont aussi fourni; nous ne citerons que la tombe mégalithique d'Auvernier, en Suisse, et les dolmens de TAveyron. Ces canines percées étaient parfois portées si longtemps, que pointe et racine, par le frottement, s'usaient et se déformaient presque complètement. Cela fait supposer qu'une idée superstitieuse était attachée à cette dent et que le trophée de chasse se transformait eu amulette. Strobel, en fait de débris d'ours, ne cite dans les terramares italiennes qu'une seule canine de Campeggme dans le Reggianais.

2. Lynx, Felis lynx], dans les kjoekkenmoeddings du Danemark et en Suisse dans les palafittes de Luscherz et de Mœringen.

3. Chat sauvage, Felis catus^ restes assez nombreux dans les kjoekkenmoeddings et les tourbières du Danemark ; palafittes de Robenhausen, Moosseedorf, Wauwyl, Luscherz, Mœringen et Rosen-Insel.

A. Loup, Canis lupus y débris assez rares dans les kjoekkenmoeddings et les tourbières du Danemark. Probablement n'a jamais élé très abondant dans ce pays. N^y existe plus depuis le siècle passé. Répandu dans les palafittes de Robenhausen, Wangen, Concise, Wauwyl, Meilen, Corceleltes, Luscherz et Mœringen, Laybach et Rosen-Insel. Les dents de loup, comme celles d'ours, étaient percées à la racine pour être portées suspendues. Non seulement on perçait les canines supérieures et inférieures, comme on en a des exemples à la palafitte de Samt-Aubin, mais on perçait aussi des molaires, comme on en a trouvé à Wangen. Les sépultures mégalithiques de la Suisse,à Auvernier,etdela France, aussi bien dans les environs de Paris que dans le centre et le midi, ont fourni des canines de loup percées. 5. Renard, Canis vulpesy dans les kjoekkenmoeddings

ET DE L^AGRIGULTURE. 103

el les palaûttesyun peu partout^ Robenhausen, Moosseedorf, Wauwyl, Wangen, Concise, Meilen, Greng, Lùscherz et Mœringen, Bourget, Rosen-Insel. Les canines de renard sont aussi parfois percées comme celles du loup. Parfois même des métacarpiens et des métatarsiens de renard sont transformés en pendeloques. On a recueilli de ces petits os percés dans les palafiUes de Wangen, de Locras et de Saint-Aubin, ainsi que dans certaines sépultures (fig. 35). Les palafiltes larnaudiennes du Bourget ont donné des mâchoires et ossements d'un tout petit renard, qui montrent qu'à la fin de Tâge du bronze, il y avait dans ce pays deux races bien distinctes de ces animaux.

6. Blaireau, Mêles taxicSy palaQttes de la pierre polie de Robenhausen, Moosseedorf, Wauwyl, Concise, et palafittes de la fin du bronze de LCischerz et Mœringen, et la plupart des stations intermédiaires, Laybach.

7. Glouton, Gxilo borealis, gibier paléolithique ayant émigré vers le nord, ainsi que nous Tavons indiqué précédemment. Quelques naturalistes ont prétendu qu'il avait encore habité nos régions, au moins rAllemagne, au commencement des temps actuels. Rzonczynski a signalé le glouton comme ayant été quelquefois rencontré dans les forêls de Lithuanie et même en Podolie. Gustave Belke* ajoute qu'il vient encore très probablement parfois dans les forêts du gouvernement de Kief, son nom étant connu des habitants et surtout des chasseurs. Mais on ne cite la découverte de ses ossements dans aucune station néolithique

Fie. 35. —Métacarpien de ronnrd perce, palafitto de Locns.Musi'e préhistorique, igr.

naturelle.

1. Gustave Belke, Notice sur Vhisloire naturelle du district de Rado^ myst, gouu, de Kief, p. fiO, dans DulL Soc. natural, Moscou, 1866.

OU du bronze. Il doit donc rester pour nous exclusivement paléolithique.

8. Marte, Martes abielum^ kjoekkenmoeddings, palafitles de Robenhausen, Moosseedorf, Concise, Wauwyl, Meilen.

9. Fouine, Maries foina^ kjoekkenmoeddings, palafittes de Robenhausen, Moosseedorf, Wauwyl, Concise.

10. Putois, Martes putoriusy palaûttes de Robenhausen, Moosseedorf, Concise, Wauwyl.

11. Hermine ou belette, Muslela herminea ou Mustela vulgarisy palafitles de Wauwyl.

12. Loutre, Ltt(ra vw/jaris, kjoekkenmoeddings, palafitles de Robenhausen et de Moosseedorf.

§ 4. rmthjéeruktm et soiipèdies. — 13. Sanglier, Sus sera fa. Cet animal, détruit depuis assez longtemps en Danemark, est avec le cerf et le chevreuil des plus répandus dans les kjoekkenmoeddings. Se trouve en abondance dans toutes les stations. Comme palafittes de la pierre, on peut citer Robenhausen, Moosseedorf, Wangen, Concise; comme palafittes du bronze, Meilen, Greng, Lùscherz et Mœringën, Bourget, Peschiera au lac de Garde, Laybach et Rosen-Insel. Cette espèce variait considérablement de taille et, au commencement des temps actuels, atteignait parfois des dimensions beaucoup plusforlcs que celles des plus gros individusde nos jours. C'est ainsi que parmi les ossements des sangliers de la station alluviale de Maëstricht, il se trouve un cubitus droit d'une remarquable grandeur. Paolo Lioy, dans sa description des fouilles de la palafitte de Fimon, près de Vicence, dit que les débris de sangliers sont très abondants et très grands. 11 cite une défense qui atteint 0",260 de long, ce qui est énorme. Strobcl, en parlant des débris de sanglier des lerramares, signale aussi leurs grandes proportions. 11 indique comme venant de Castione une défense longue dans sa courbe de 0",175 et atteignant comme largeur 0",024. Cette

même slalion lui en a fourni une autre encore un peu plus grande. Pour donner une idée précise des propoiiions, Strobel, en véritable naturaliste, a établi le tableau suivant de mensuration de mandibules en millimètres :

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