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CHAPITRE H

ENGINS DE CRASSE

Sommaire. I. — Cassc-ti^les et haches. — 2. Lances. — 3. Sagaies et harpons. — 4. Arcs et flèches. — 5. Projectiles contondants à main et frondes. — 6. Poignards et épécs. — 7. Récapitulation.

§ I. cmane-iéie» et haeiies. — Des considératioDS théoriques appuyées sur des observations d'histoire naturelle et sur l'ethnographie comparée nous ont conduit à admettre que le casse*tète en bois, bâton ou massue, avait été un des engins de chasse de l'homme paléolithique. Cette déduction s'est trouvée confirmée par une gravure sur corne de renne de l'époque magdalénienne, figure 8. Mais aucun exemplaire de ces armes primitives n'est parvenu jusqu'à nous.

Nous sommes plus heureux pour ce qui concerne le néolithique. Les palafiites nous ont rendu plusieurs casse-têtes en bois. En général ils ont la forme d'une massue. Long manche dont le bout s'élargit et se termine par un fort renflement. La figure 38 représente un casse-tête de ce genre qui provient de la palafitte classique de Robenhausen, canton de Zurich. Elle est dessinée d'après Keller*. Il y a un peu d'exagération dans le renflement du bout; l'original est cassé en deux morceaux au bas de la tête piriforme. Un autre casse-lètc analogue, mais moins complet comme manche, a été recueilli dans la palafitte de Niedenvyl, également can-

1. Fkkd!nvnd Kellkr, G'^napport sur les habitations lacustres, pi. Il, fig. 2.

ton de Zurich. La collection des princes de Hohenzollern, à Sigmaringen, con- /^^y^:^; tient aussi deux casse-têtes de ce type, des palafittes du lac de Constance. Un des deux offre celte particularité, qu'au X '^i ^Sl lieu d'être comme les précédents formé d'un seul et même morceau de bois, il est composé de deux parties, d'un bâton qui sert de manche et d'une boule percée d'un trou dans lequel entre le manche. Parfois le sommet, au lieu d'être piriforme ou sphérique, était cylindrique. Robenhausen a fourni un remarquable échantillon de ce genre, |j'|

qui se trouve au musée de Zurich. Le sommet cylindrique est cannelé en rond.

Ainsi voilà cinq casse-têtes en bois provenant de trois stations purement robenhausiennes qui viennent pleinement corroborer ce que nous avons dit précédemment.

Les casse-têtes formés d'un bAton portant à son extrémité un sommet rapporté étaient très abondants. Ce sommet pouvait être en bois, comme nous venons de le voir dans un des cassetêtes du lac de Constance. Il était aussi parfois en corne de cervidé. Dans ce cas on choisissait la base d'une forte corne, on coupait court les andouillers basillaires et la perche ou partie principale. La couronne se trouvant compacte on n'avait rien à y faire, mais le centre des pic.ss.- cassc-têtc ou ma.andouillers et surtout de la perche étant Zrpr'ii;^ t"

spongieux on y introduisait des parties compactes de pointes d'andouillers. Boucher de Perlhes a donné au musée de Saint-Germain un échantillon très remarquable de ce genre provenant des marais tourbeux de la Somme, à Abbeville. Adrien de Mortillet en possède un dans sa collection des pa-' lafittes de la Suisse.

Mais les sommets de casse-tête les plus habituels pendant le néolithique étaient en pierre. Tous sont percés d'un large trou cylindrique dans lequel s'engageait le manche. La forme varie à Tinfini S aussi avant que nous ayons bien établi que c'étaient de simples sommets de casse-tèle leur donnaiton les noms les plus variés. On les appelait disques, pics, marteaux, haches bi-pennes, haches-marteaux, marteauxpics, etc., suivant qu'ils sont discoïdes, pointus aux deux bouts, plats ou arrondis aux deux extrémités, munis de deux tranchants, tranchants d'un côté et plats de l'autre ou bien pointus et plats.

Ces sommets de casse-têtes sont en roches très diverses. Ceux en silex constituent l'exception. Deux conditions décidaient surtout du choix de la matière, la densité et la ténacité. Ainsi dans la Scandinavie bon nombre de ces sommets de casse-tête sont en une roche d'éruption trop rugueuse pour prendre un tranchant de quelque valeur, mais très lourde. Ailleurs on rencontre diverses roches peu dures, par conséquent faciles à travailler, qui par contre sont très tenaces, c'est-à-dire fort résistantes à la casse.

Parmi ces sommets de casse-têtes, nous venons de voir qu'il en est bon nombre qui affectent d'un côté ou même des deux la forme d'un tranchant de hache. Il est donc tout naturel que la véritable hache, que la hache-outil ait aussi été employée comme arme de guerre et de chasse. C'est en effet ce qui a eu lieu.

J. Voir G. cl A. DE Mortillet, Mutée pré historique y 1881, pi. LUI et LIV.

La hache de pierre s'emmanchait tout d'abord directement dans le manche en bois, comme le représente la figure 39. C'est le dessin d'un échantillon du musée de Berne, recueilli dans la palafitte de Locras, lac de Bienne. Comme la pierre en entrant dans le bois affaiblit d'autant sa résistance» on a eu soin de renfler le manche vers l'extrémité supérieure. Ce renflement donne aussi du poids à cette partie, ce qui en fait comme on voit un véritable casse-tête. La base du manche porte un petit cran intérieur pour que ce manche ne glisse pas et ne s'échappe pas de la main quand on porte un coup violent.

Le contact immédiat de la hache et du manche fatigue beaucoup l'emmanchure quand on se sert de l'instrument soit comme outil, soit comme arme. Pour remédier autant que possible à ce grave inconvénient, les hommes de l'époque néolithique ont interposé entre le manche et la hache une gaine destinée à servir de tampon en amortissant l'ébranlement produit par le coup. Cette gaine est généralement en corne de cerf. La plus simple, qui est celle des palaCttes suisses, est garnie au revers d'un .talon plus ou moins rectangulaire qui entre dans le manche, comme entrait précédemment la hache. Mais il existait un autre système de gaine plus perfectionné qui a surtout été employé en France, et dont on trouve de nombreux exemplaires dans les sépultures mégalithiques et parfois dans les tourbières. La gaine est faite avec un morceau de corne de cerf assez long pour pouvoir être percé dans son milieu d'un large trou destiné à recevoir le manche. La figure 40 nous présente une emmanchure de ce genre. L'original a été recueilli dans les dépôts limoneux qu'on a extraits de la baie de Penhouët pour agrandir les bassins du port de Saint- Nazaire (Loire-Inférieure). Le manche en bois a été cassé en deux endroits, mais il a toute sa longueur.

La hache de bronze qui a succédé à la hache de pierre a servi, comme sa devancière, d'oulil et d'arme, suivant les

Fie. 39. — Hache de pierre polie directement emmaneliôe dans du bois, Pa-

' lafitto de Locras. Musée, préhistorique, 1/4 grandeur.

Fio. 40. — Hache do »l\cx poliduns une ^aiiie en corne de cerf, manche en lo^s, Penhoucl. Musée préhistorique, !/4 grandeur.

besoins. Seulement le mode d'emmanchure a changé. Les

ET DE L'AGRICULTUJRE. ^ i33

manches de toutes les haches de bronze, à quelque groupe qu'elles appartiennent, sont coudés. Ce n'est pas la hache qui va chercher le manche, mais bien le manche qui à son extrémité supérieure se recourbe pour aller chercher la hache. La figure 41 en est un exemple frappant. Elle représente une hache à douille en bronze emmanchée dans un bois coudé, renforcé d'un manchon et d'une bande longilu-

FiG. 41. — Hacho de bronze, aTCC manclio en bois armé de métal, Toscane. Mutée préhistorique^ 1/3 grandeur.

dinale de bronze. Celle hache, qui se trouve au musée de Florence, a été découverte en Toscane. Les haches à douilles sont tout à fait de la fin de l'âge du bronze, et même se sont, comme dans le cas actuel, un peu maintenues après la première apparition du fer. Les autres formes de haches de bronze, tellesque les haches à ailerons, qui avec cellesà douille caractérisent le larnaudien et les haches à talon ainsi que les haches à bords droits les plus anciennes de toutes, pro-

près au morgien, s'emmanchaient aussi sur des bois coudés» et servaient comme outils et comme armes.

§ 2. Laneea — Moius hcureux quc pour les casse-tètesy nous n'avons pas encore retrouvé des échantillons d'épieux

ÀK

FiG. 42. — Poinlo do lance, silex, Maupas (Vienne). 1/S grandeur, l'Homme.

FiG. 43. — Pointe de lance, silex, dolmen de Frau du Breton, Musée préhittoriqtUt i/i grandeur.

en bois. Nous allons donc nous occuper directement des lances qui leur ont succédé et qui en sont un réel perfectionnement.

Les pointes de lance du néolithique sont de grandes et

ET DE L'AGUICULTURE. 135

belles lames de silex, présentant d'un côté une face complètement lisse et unie. C'est la face naturelle d'éclatement produite par l'éclat ou détachement de la lame de son noyau- matrice ou nucléus. L'autre côté que Ton nomme le dosy figure i% est plus ou moins finement taillé. Les bords sont vifs, retouchés à petits coups, le sommet estpoiniu. Ces lames pointes de lance se fixaient au sommet de longues hampes en bois. La partie supérieure de la hampe devait être entaillée d'un côté pour appliquer contre la coupure plate du bois une forte portion de la face lisse de la pointe, sans quoi cette pointe très fragile se serait rapidement brisée. Ces silex étaient plutôt des sommets d'épieux que de vraies pointes de lance. On en trouve dans les palafittes et les dolmens. Il s'en rencontre d'assez nombreux débris sur le sol, ce qui vient confirmer ce que nous venons de dire de leur fragilité.

Dans les sépultures mégalithiques du midi de la France, qui commencent à contenir du bronze, les grandes lances offrent parfois un commencement de retaille du côté de la face plane. On rencontre aussi dans la période de transition de la pierre et du bronze des pointes de lance plus solides. Telle est celle représentée figure 43, venant du dolmen du Frau du Breton (Tarn-et-Garonï\e), actuellement au musée de Montauban. C'est une solide plaquette de silex retouchée sur les deux faces tout au pourtour.

En Scandinavie, surtout dans le Danemark, au bel âge de la pierre, on rencontre de nombreuses pointes de silex, parfaitement taillées des deux côtés. Elles sont bien plus résistantes que les pointes françaises et suisses.

Quant le métal — le bronze — a apparu, un de ses premiers emplois, après la hache et le poignard, a été la pointe de lance. Elle a varié beaucoup. Il y en a eu dans le morgien lui-même de fort élégantes, et dans le larnaudien de très

VlG.H. — Poinle de lance, bronze, la Seine près Paris, ^ttsée préhittori' que, i/'S çr.

13i ORIGINES DE. LA CHASSE, DE LA PÊCHE

grandes et de très luxueuses. Mais la forme usuelle, la forme habituelle est restée toujours à peu près la même. Nous en reproduisons un spécimen, figure 44, provenant des dragages de la Seine dans Seine-et-Oise, du côté de Corbeil. Les pointes de lance en bronze sont généralement à douille, et la douille se prolonge en s'amincissant tout le long de la pointe proprement dite, formant ainsi un fort bourrelet mitoyen le long duquel se développent les deux ailes, une de chaque côté. La hampe en bois, dont nous ignorons la longueur exacte, élait taillée en pointe au sommet pour entrer dans la douille et pénétrer jusqu'à son extrémité. La base était parfois garnie d'un talon en métal dont on a trouvé un certain nombre d'exemplaires. Mais ce devait être là un complément des lances de luxe, et par conséquent souvent des lances de chasse.

§ 3. saR«ie» et harpoiM. — Nous Comprenons sous le nom de sagaies toutes les armes pointues de jet qui se lancent à la main. On pourrait aussi employer le mot javelots. En effet, les sagaies sont les javelots sauvages et les javelots sont les sagaies perfectionnées. Quel est le point de démarcation? Bien habile celui qui saura le fixer. Comme nous nous occupons des civilisations primitives et que nous les comparons aux mœurs et usages des peuples sauvages, nous avons pense qu'il vallait mieux conserver le nom de sagaies. 11 est plus dans le cadre de cet ouvrage.

En examinant avec soin les pointes, soit en pierre soit en OS ou autre matière, laissées par le néolithique, on en renrontre bon nombre de trop grandes, trop grosses et trop lourdes, pour être considérées comme de simples pointes de flèche. C'étaient donc des pointes de sagaies.

ET DE L'AGRICULTUUE. 137

Parmi les silex, on recueille dans les oppidums de Vieille- Toulouse (Haute-Garonne) et de Corent (Puy-de-Dôme) des pointes de javelots taillées diins le genre des pointes de lance, avec une Tace lisse, mais bien plus réduites comme dimensions.

Aflectant les formes des pointes de flèche, dans des proportions trop fortes, le silex fournit de magnifiques pointes de javelots en Italie, dans les dolmens du midi de la France et en Portugal.

Dans le nord, partie supérieure de la Suède, se montrent des pointes longues et aiguës, plates d'un côté, à deux pans égaux de l'autre, en pierre particulière, et ayant un caractère tout spécial.

La iDème forme a été signalée en Russie. Nous Pavons vue en osprovenanl des tourbières du bord du Dnieper, près de Kiew.

Enfin nous signalons et représentons, figure 45, un genre de pointe de sagaie des plus curieux. Ces pointes sont propres au Danemark. Ce sont des tiges pointues en os, barbelées latéralement des deux côtés avec de petits éclats de silex très aigus et fort tranchants. Ce devait être une arme très dangereuse et très meurtrière.

* Les pointes de sagaie, pendant le néolithique, ont donc été très variées comme matières et fort difl'érnntes d'après les localités. Elles se modiliaient probablement suivant les usages auxquels on les destinait.

Quant aux harpons, sagaies dont la pointe se détache de la hampe, ils paraissent avoir été beaucoup moins employés

Fie. 45. ~ Pointu de sagnic en os, barbelée de silex, Danemark.

Musée prihitl., 2/3 grandeur.

pendant le néolithique que pendant le paléolithique. Les palafittes de la Suisse, Moosseedorf, Wau^^^l, Laltringen, Concise, nous fournissent un certain nombre d^exemplaires de harpons formés de plaques de corne de cerf non polies, allongées et garnies à droite et à gauche de fortes barbelures en quantité très variable'. La base de la plaque parfois est percée, le plus souvent elle ne l'est pas.

Quelques pointes à douille, en bronze, semblables aux pointes de lance, mais de proportions très réduites, doivent être aussi des pointes de sagaies ou javelots.

§ 4. Are» et aèehea. — La sagaic était Tarme de jet par excellence du paléolithique parce que Tare et la flèche faisaient alors défaut. Mais arcs et flèches ayant été très employés à partir du néolithique la sagaie s'est vue repoussée au second plan.

L'arc néolithique ne saurait être contesté. On en a recueilli divers exemplaires dans les palafittes suisses. Il était formé d'une bande de bois, arrondie à l'extérieur, plate à Tintérieur, un peu renflée au centre et allant en s'amincissant progressivement vers les extrémités. Chaque bout est encoche pour que la corde puisse solidement s'y fixer sans crainte de glisser. Le musée de Zurich possède trois de ces arcs. Deux proviennent de Robenhausen, ils mesurent l" 60 et 1" 40 de long, le troisième trouvé à Niederwyl est le plus long de tous, 1" 72. Un autre arc, le plus petit, de 1 mètre seulement, a été recueilli dans la palafitte de Sutz, au lac de Bienne. On les dit tous les quatre en bois d'if. C'est possible, mais nous ne saurions l'affirmer.

Si l'existence de l'arc n'avait pas été démontrée de la manière la plus positive par la découverte directe de ces engins de guerre et de chasse, on aurait pu l'établir par déduction.

1. Kcllcr en a figuré six dont les barbelures se répartissent ainsi : Moosseedorf 5/5, Wauwyl 3/3, Lattringcn 6 5, Concise 4/5 et même 6/1.

ET DE L*AGHIGULTURE. 139

En effet les stations néolithiques ou robenhausiennes contiennent en abondance des pointes en silex, trop petites pour armer des sagaies. Ces pointes se trouvent groupées en certain nombre dans les sépultures. Comme dimensions et comme poids elles offrent une assez grande uniformité. Ce sont autant d'observations qui ne peuvent convenir qu'aux pointes de flèche.

Les formes des pointes de flèche en silex et autres pierres,

Fie. 46. — Silex, gr. nat., Fig. 48. — Bois et os, FiG.47.— Silex, gr. nat.,

Lac Varèse. 1/2 grandeur, Saint-Aubin. Danemark.

Pointes de flèche, Mutée préhistorique.

bien que présentant des caractères d'ensemble, qui constituent une physionomie commune, varient beaucoup dans les détails. La plus habituelle de ces formes (flg. 46) est la pointe plus ou moins triangulaire, s'élargissant vers le bas et possédant une pointe de chaque côté qu'on nomme barbelure, avec un prolongement élroit entre les deux barbelures. Ce

proloDgement appelé pédoncule sert à fixer la pointe en pierre à la hampe ou baguette en bois. Non seulement ces pointes de flèche barbelées à pédoncule se modifient fortement dans leurs diverses parties, mais ces parties finissent même par disparaître. Ainsi à la place du pédoncule, la base est parfois soit convexe, soit en ligne droite, soit même concave, comme le montre l'échantillon figuré (fig. 47).

A côté des très nombreuses pointes de flèche en pierre se trouvent à l'époque robenhausienne quelques pointes en os. Ce sont généralement des espèces de poinçons très aigus un peu recourbés à la base. On fixe la hampe de la flèche au milieu du poinçon, au moyen de ligatures, alors la partie recourbée se projette en dehors et forme barbelure. Une de ces pointes en os a été trouvée encore liée à l'extrémité de sa hampe dans la palafitte de Saint-Aubin, lac de Neuchâtel (fig. 48).

A l'époque morgienne, surtout au commencement, les pointes de flèche en pierre étaient encore nombreuses. Ce sont même les sépultures de cette époque qui contiennent les plus belles et les plus finement taillées. Peu à peu elles ont été remplacées par des pointes en bronze. A l'époque larnaudiennc les pointes en métal sont abondantes. Elles afiectent volontiers la forme triangulaire avec barbelure et pédoncule. Comme pour la pierre Fig. 49 - Poinie \q pédoucule cst parfois supprimé et la base

de nèchc, bron- *^ "^ ^'^

zc avec bois, se trouve en ligne droite ou concave. Les

Grésine, Musée , i « « i ■ «

préhutoHque. poiutcs dc uechc cu bronze sont les unes assez i/ gran ciir. ^paisscs, fouducs daus des moules, les autres très minces découpées dans des feuilles de métal. La figure 49 en représente une de ce genre, qui a été trouvée portant encore une partie de sa hampe. Elle provient de la palafitte de Grésine, au lac du Bourget, Savoie.

Les pointes de flèche en bronze se sont prolongées en Orient, longtemps après l'introduction du fer, mais elles •affectent des formes toutes spéciales et sont toujours à douille.

§ 5. Projectile» contondanta à main et froadea. — LcS

pierres, projectiles lancés à la main, ont certainement été de tous les temps. Elles étaient d'autant plus employées que l'armement était plus simple et moins compliqué. Pénétrés de cette incontestable vérité, de nombreux palethnologues ont cru reconnaître diverses formes intentionnelles produites dans ce but. Ils décrivent des pierres de jet préparées avec soin; comme si l'homme primitif s'était donné la peine de façonner des projectiles quand il en trouvait de tout prêts sous la main. En effet si nous examinons avec soin les divers échantillons indiqués comme pierres de jet, nous reconnaîtrons que ce sont ou des produits naturels des actions ambiantes ou des pierres taillées pour divers autres usages. Celles qui ont le plus trompé les observateurs sont certains nucléus et surtout de nombreux perculeurs.

La pierre de jet pourtant existait soit à l'époque robenhausienne, soit à l'âge du bronze. C'était tout bonnement des cailloux ronds ou ovales, de la dimension d'un fort et gros œuf. On en a trouvé des approvisionnements dans certaines enceintes néolithiques de France et dans les terramares de rage du bronze d'Italie.

Fie. 50.

Fronde on lin, Palafîtto do Cortaillod, i/i grandeur.

Ces pierres naturelles, choisies avec soin, étaient non seulement lancées à la main, mais encore projetées plus loin et avec plus de force, au moyen de la fronde. La palafitte morgienne de Gortaillod, en Suisse, nous en a fourni la preuve. On y a recueilli une poche de fronde, très bien conservée, en fort tissu croisé, bordé de chaque côté d'une tresse, tresses qui se réunissaient aux deux extrémités, pour former la corde (fig. 50) ; le tout est en fibres de lin.

§ 6. Poignards et ép^es. — Nous avous déjà rccounu les poignards dans le paléolithique. Ils se développent dans le néolithique et prennent une gi*ande extension à Tâge du bronze. Le Danemark a fourni en certaine quantité des poignards en silex, si bien faits et tellement caractérisés qu'il est impossible d'avoir le moindre doute sur leur destination. Figure 51 nous en reproduisons un du musée de Saint- Germain. La lame en forme de feuille de laurier est soigneusement taillée des deux côtés, lès bords sont très vifs, mais le centre conserve une certaine épaisseur pour que l'arme soit moins fragile, moins cassante. Le manche a quatre faces dont les arêtes sont comme pliâsées ou froncées par de fines retouches très artistement exécutées. Cette espèce de fronçage n'est pas seulement un ornement, il a deux buts fort utiles. D'une part il empêche les arêtes d'être coupantes ,ei de blesser la main ; d'autre part il produit une certaine rugosité qui ne laisse pas glisser la main. Comme ce manche est relativement court, il sq termine, en guise de pommeau, par un plan en losange sur lequel peut sans inconvénient s'appuyer le pouce et permettre ainsi de frapper plus violemment avec l'arme.

Tous les poignards danois en silex sont loin d'être aussi travaillés et aussi élégants que celui qui vient d'être figuré et décrit. Le manche se restreint comme travail et comme largeur; il finit par devenir une simple tige plus ou moins

quadrilatérale lendant parfois à s'arrondir. La lame aussi, dans certains échantillons, se rétrécit et s'allonge en forme de feuille de saule.

En descendant vers le sud, on continue à trouver des poignards en silex dans les stations et dans les sépultures néo-

FiO. 5i . — Poi(^nanl silex, Danemark. Mutée préM»' torique, 1/2 grandeur.

FiG. 52. — Poignard silex, ^l'Beman\. Mutée préhittorique, i/i grandeur.

lithiques. Seulement la facture change et devient moins perfectionnée, moins bien caractérisée. Ces poignards [se rapprochent des lances que nous venons de décrire, mais ils se divisent en deux parties, comme les poignards danois,

sauf quelques lames de Tépoque larnaudienae effilées dans le but d'économiser le mêlai. Ce sont donc tout à la fois des armes d'estoc et de taille. C'est ce qu'à proprement parler on appelle des glaives. Mais ce mot n'est guère plus employé. Il a un petit air emphatique et vieillot qui le fait rejeter.

§ 7. Récapitaiation. — Les chasseurs néolithiques et de l'âge du bronze avaient donc comme armes :

Des casse-têtes en bois et en pierres diverses;

Des haches de pierre et de bronze;

Des lances à pointe de silex ou de bronze;

Des sagaies à sommet en pierre et en os;

Des harpons en corne de cerf;

Des arcs en bois avec flèches à pointe en pierre, en os et en métal;

Des frondes et pierres de jet;

Enfin des poignards et des épées d'abord en silex et en os, ensuite en bronze.

C'était là un armement bien plus complet et plus perfectionné que celui du paléolithique; pourtant les chasseurs n'avaient pas à lutter contre des animaux aussi puissants et aussi dangereux.

Ils n'avaient en face d'eux qu'un ours, l'ours brun, bien moins fort que l'ours des cavernes et moins féroce que l'ours gris. FiG.54.-Ëpoe, bronzo, Uu scul grand félin, le lynx, qui existait préhutoriqu€,i/Agr. déjà dans la période précédente en so-

ET DE L*ACRICULTURE. J47

ciété de congénères bien autrement terribles : le léopard , le lion et le grand félin des cavernes, auxquels se joignaient des hyènes et le glouton émigrés avant le commencement du néolithique.

Le loup et le renard étaient des deux périodes.

En fait de pachydermes, toutes les grandes espèces, éléphants, rhinocéros, hippopotames, avaient disparu. II ne restait que le sanglier aux puissantes défenses.

Nous n'avons plus à citer en fait de gibier dangereux à chasser que deux grands ruminants, Taurochs et Turus, appartenant également aux deux périodes.

Les besoins de la défense étaient donc beaucoup moindres. La nécessité de la chasse étail aussi infiniment moins considérable. Au point de vue de la nourriture, les hommes néolithiques, et à plus forte raison ceux du bronze, possédant les animaux domestiques et les céréales, pouvaient, au moins en majeure partie, par leur travail et leur industrie, suffire à leurs besoins. Au point de vue du vêtement, étant déjà en possession d'une plante textile, le lin, et sachant faire des étoffes, comme nous le verrons plus loin, ils n'avaient plus un aussi grand besoin de peaux. Pourtant, essentiellement chasseurs par caractère, ils se livraient grandement à cet exercice favori, comme le démontre la quantité d'ossements d'animaux sauvages qui se rencontrent dans leurs débris de repas.

Plus heureux que leurs devanciers, ils étaient secondés dans leurs chasses par un utile et puissant auxiliaire, le chien. C'est, ainsi que nous l'établirons plus loin, le premier animal domestiqué par l'homme. On peut dire que la chasse a été la cause originelle de la domestication, cette première et importante branche de l'agriculture.

Des chasseurs aussi passionnés, bien que possédant des armes plus perfectionnées que celles de leurs devanciers, ne

devaient pas s'en contenter. Ils avaient certainement recours aux pièges. Mais les divers pièges qu'ils ont pu employer n'ont pas laissé de traces. Nous ne pouvons donc les connaître que par induction, en étudiant les us et coutumes des peuples sauvages. C'est ce que nous allons faire.

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