G. L. BWK, Bull. Soc, anthrop. Paris, 1888, p
L'emploi de Tépieu s'est continué, même en Europe, jusqu'à des temps très proches de nous. Olaùs Magnus le décrit encore en 1520, à propos de l'élan. « Comme les cerfs ces animaux courent en troupe dans les lieux sauvages, les chasseurs les prennent dans des filets ou dans des fosses et ils les tuent à coups de flèches et d'épieux K »
La sagaie des sauvages, nommée dard ou javelot chez les peuples civilisés, est trop connue pour que nous ayons à nous y arrêter longuement. Contentons-nous de jeter un simple coup d'oeil sur celles d'un des peuples actuels les plus inférieurs, les Australiens.
Leurs sagaies varient beaucoup de dimensions. Elles atteignent jusqu'à trois et quatre mètres de long. On n'hésiterait pas à les placer parmi les lances, si elles n'étaient pas projetées. Comme nous l'avons vu précédemment les Australiens ont même imaginé un appareil spécial pour lancer ces sagaies-lances. Leur pointe est fort aiguë, parfois elle est barbelée. Elle est même crénelée au moyen de dents ou os de poissons, ou bien des fragments de coquilles qu'on y fixe au moyen d'une gomme végétale.
Certains Cafres, les Kaal Kaffers, voisins de la colonie du Cap, ont une singulière manière de chasser le lion avec les sagaies et un grand bouclier. lis se réunissent en certain nombre. L'un d'eux, porteur d'un bouclier concave à l'intérieur et plus grand que lui, va provoquer le lion et le blesser avec sa sagaie. L'animal furieux se précipite contre son agresseur. Mais celui-ci a soin de se coucher immédiatement à terre sur le dos, recouvrant tout son corps avec son bouclier dont il appuie fortement les bords contre le sol. C» bouclier est en solide peau de buffle, dureet épaisse, n'oflrant aucune prise aux griffes et aux dents du lion. Les autres chasseurs
1. Olaûs Magxus, Miiloria de gentibus septenirionalibus» 1555.
se rapprochent de ranimai et le criblent de sagaies, pendant que de plus en plus furieux, il s'obstine vainement à vouloir se venger du premier agresseur.
§ 6. i-»n«« «t harpon. — Le harpou et la lanccsont encore aujourd'hui les seules armes avec lesquelles les indigènes du Soudan chassent Thippopotame. Leur harpon est composé d'une pointe de fer, d'une gaine de corne, d'une corde et d'une hampe en bois. Le fer est pointu ou à deux tranchants et muni d'un fort crochet. Il est fortement enfoncé dans une gaine de corne, plus mince à ses extrémités, et il est encore maintenu par une corde solidement entrelacée. A un bout de la hampe en bois se trouve une cavité, dans laquelle on introduit la gaine à simple frottement; à l'autre bout, on fixe la corde. La pointe pénètre dans le corps de l'animal harponné, avec sa gaine, jusqu'au bois; celui-ci tombe par la violence du coup, et retenu par la corde qui est attachée à la pointe du harpon il devient ainsi un flotteur. C'est avec cette arme et une lance ordinaire que l'habitant du Soudan se met en chasse pour surprendre son gibier quand il fait sa sieste ou pour le guetter. Cette entreprise exige de la force, de la ruse, de la résolution et de l'agilité.
Vers minuit, et dans les endroits déserts le jour, le chasseur se glisse le long de la rive jusqu'à une des sorties des hippo* potames, et s'y cache dans les buissons en se tenant sous le vent. L'hippopotame ne sort qu'après l'arrivée du chasseur, celui-ci le laisse passer et l'attend à son retour ; jamais il ne l'attaque quand l'animal se dirige à terre, il ne le fait que lorsqu'il est à moitié dans le fleuve. Il lui lance alors le harpon dans le corps, et fuit dans l'espérance que l'animal, eflrayé, sautera à l'eau. C'est ce qui arrive d'ordinaire; tandis que s'il est harponné au moment où il sort du fleuve, Thippopotame poursuit son adversaire sur terre. Le chasseur rejoint ses compagnons et, immédiatement ou le lendemain
m ORIGINES DE LA CHASSE, DE LA PÊCHE
matin, tous montent en canot et cherchent Tanimal blessé, que Ton reconnaît au bois du harpon flottant sur Teau. Avançant alors avec prudence, la lance et le harpon en arrêt, Tun des chasseurs saisit la corde. Aussitôt l'hippopotame arrive à la surface et se précipite avec rage sur le canot; mais reçu par une grêle de lances et de harpons qui finissent par le faire ressembler à un porc-épic, il est forcé à la retraite. Souvent il atteint la barque et la broie entre ses dents. Les chasseurs courent alors un grand danger, et doivent chercher à se sauver en plongeant et en nageant. Livingstone dit que, dans ce cas, le mieux est de plongerai de rester quelques moments sous l'eau; car Thippopotame, après avoir broyé le cahot, regarde de tous côtés pour voir les hommes; n'en aperçoit-il aucun, il s'en va. « On m'a raconté une chose semblable, » dit Brehm auquel nous empruntons ce récit*.
Dans les cas heureui, quelques-uns des chasseurs montent un second canot, et pèchent de même un autre hippopotame harponné. Ce n'est qu'avec des armes à feu qu'on peut en finir en une fois avec l'hippopotame; autrement on le laisse s'épuiser par la perte de son sang, et le lendemain, on reprend la chasse, les bois flottants indiquent toujours l'endroit où se trouve l'animal, qu'un bon coup de lance dans la colonne vertébrale ou dans la poitrine achève. On traîne le cadavre jusqu'à un banc de sable, on l'amène sur la rive et on le dépèce.
§ 7. Art» «t Mvbacane. — De Tarc et dcs flèches proprement dits nous avons peu à nous occuper; chacun connaît leur emploi. Nous avons vu les Botocudos se servir, avec une remarquable adresse de leurs grands arcs et de leurs longues flèches empoisonnées. Non moins adroits sont les Boschi-
i. A. E. Brehm, trad. Z. Gerbe, la Vie des animaux illustrée. Mammifères, vol. H, p. 784.
mansy mais, avec des arcs beaucoup plus courts et des flèches de moindre dimension, également empoisonnées.
Dans rOcéanie, tout près des Australiens, qui ne connaissent pas Tare, se trouvent les Néo-Galédoniens dont les enfants font leurs premières prouesses cynégétiques avec de petits arcs*. Les adultes préfèrent la fronde comme nous le verrons plus loin.
Parmi les négritos de la presqu'île malaise, tout à côté des Sômangs qui manient très bien Tare, se trouvent les Sakayes qui n'en font pas usage. Us le remplacent par la sarbacane. C'est un long tube de bambou qui sert à lancer au moyen du souffle de toutes petites flèches empoisonnées.
Les peuples sauvages qui se servent de la sarbacane ne craignent pas d'attaquer les animaux les plus gros et les plus dangereux avec ce simple petit appareil.
Dans les forêts vigoureuses et presque impénétrables de la presqu'île de Halacca, les animaux, pour circuler, sont obligés de se frayer des sentiers qu'ils suivent ensuite comme chez nous les voyageurs suivent les routes. Les Sakayes, d'après Jacques de Morgan*, se postent à l'entrée de ces sentiers.
S'ils voient venir un gibier de taille moyenne peu dangereux et à peau qui se laisse facilement percer, ils lui lancent à la distance de 25 à 30 mètres une flèche de sarbacane qui se pique d'environ quatre centimètres dans les chairs et y introduit le poison. En général l'animal, cerf, cochon, etc., s'enfuit à quelques pas; puis n'entendant pas de bruit, il s*arrête pour lécher ses plaies, c'est là qu'il meurt. S'il s'éloigne beaucoup plus, le Saliaye le laisse partir, à peu près sûr de le retrouvera la piste un peu plus tard.
i. L. MoNCELON, Bulletin de la Société d'anthropologie de Paris, séance du ^ mai 1886, p. 371.
2. J. DB UoMkH, Négritos de la presqu'île Malaise, dans V Homme, 1885, p. 648.
Si, au contraire, il s'agit d'un buffle, d'un rhinocéros ou d'un éléphant, les Sakayes le laissent tranquillement approcher jusqu'à bout portant. Ils visent toujours à Tœil, que la flèche traverse pour aller se briser sur les os de la tète. Une semblable blessure faite avec les petites flèches empoisonnées suffit pour donner la mort aux plus gros mammifères. L'animal surpris par la douleur et n'entendant pas de bruit s'enfuit dans la jungle; s'il meurt de sa blessure ce sera avant un quart d'heure, il n'aura donc pu s'éloigner beaucoup et il est facile à retrouver à la piste.
Les Sakayes ne craignent pas d'attaquer ainsi même le tigre, que les populations de l'Inde redoutent si fort. Seulement dans ce cas ils ont soin de grimper à une certaine hauteur sur un arbre, car le tigre se sentant frappé bondit pour atteindre son adversaire et se venger. Après de vains eflbrts, il continue sa route et va mourir à peu de distance.
Parmi les produits de leur chasse les négritos de la près* qu'ile malaise mangent^ :
L'éléphant;
Le rhinocéros;
Le bœuf sauvage;
Le buffle sauvage;
Le cerf;
Le cochon sauvage;
Les singes ;
L'écureuil ;
Le paon ;
La poale sauvage;
La bécassine ;
Le buceros ;
Le martin pêcheur et autres oiseaux non carnassiers;
i. J. deMohga:^, Ségriiot de la presqu'île Malaite, dans l'Homme, 1885, p. 716.
Le python et autres serpents inoffensifs ;
La grenouille;
L^alligator;
Ils ne mangent pas :
Le tigre;
Lesnigles;
Les vautours ;
Les serpents venimeux ;
Les insectes et leurs larves;
Le crapaud, etc.
Si des négritos de l'Inde asiatique nous passons aux Indiens de l'Amérique du Sud, nous en trouverons employant la sarbacane. Comme en Asie c'est un bambou qui sert de tube. Les flèches sont faites avec de longues épines qu'on utilise aussi pour fabriquer des épingles de toilette. Elles son4 soigneusement empoisonnées avec le curare ou urari. Armés de leur sarbacane ces Indiens ne craignent pas de poursuivre le jaguar. S'il se réfugie sur un arbre, ils le lardent de leurs petites flèches et l'animal tombe bientôt avec les jambes raidies et des mouvements spasmodiques.
§ 8. Fronde, boleadora, h^lwkm «i Immo. — La froudc, en
usage chez plusieurs peuples sauvages, entre autres les Charruas de TAmérique ^du Sud, les Taïtiens et autres Polynésiens, est surtout employée dans la Nouvelle-Calédonie. Elle se compose d'une ficelle ou plutôt d'un cordon en poils de roussette, avec une poche vers le milieu. L'un des bouts du cordon est terminé par une ganse qui se tient passée à l'un des doigts de la main droite. L'autre bout, renflé, s'empoigne à pleine main. C'est celui qu'on lâche au moment où l'on veut lancer le projectile. Ce projectile qui se pose en long dans la poche médiane est une balle régulière, ovale très allongé, en stéatite, pierre tendre et par conséquent très facile à façonner. Les canaques manient très habilement la fronde ei
remploient avec le plus grand succès à la chasse des oiseaux et des roussettes, grandes chauves-souris fort velues dont le poil est très recherché pour faire des cordes et cordons.
La boleadora ou le cayo est une forte et lourde boule suspendue à une corde ou courroie. C'est à proprement parler le casse-tète avec un manche mou au lieu d'un manche rigide. La boule est enveloppée de cuir provenant d'une tête de cheval. C'est ce cuir qui maintient la boule et qui sert à la fixer à la corde. Le chasseur tenant fortement l'extrémité libre de cette corde fait vivement tournoyer la boule qui acquiert ainsi une grande force pour frapper le gibier. Le chasseur à cheval, poursuivant sa proie, peut la harceler ainsi de nombreux coups successifs jusqu'à ce qu'il l'ait abattue.
Au besoin, si elle prend de l'avance, lâchant la corde qu'il tient à la main il peut projeter au loin la boleadora entière.
Les bolas sont des boules moins fortes accouplées à l'extrémité d'une corde ou courroie plus longue que celle de la boleadora et qui se bifurque ou trifurque sur une certaine longueur. On peut bien frapper directement avec les boules, mais là n'est pas le but principal. Les bolas ne sont pas comme la boleadora essentiellement une arme. Elles sont plutôt un engin de chasse. Le chasseur fait aussi tournoyer les boules des bolas et les lance contre les jambes du gibier qui fuit devant lui. La corde s'arrête contre l'obslacle, mais les boules, par leur poids, ayant accumulé une forte impulsion continuent à tournoyer et s'enroulent autour desdites jambes, ce qui entrave l'animal et l'empêche de continuer sa fuite. Souvent même, la secousse qu*il éprouve lui fait perdre l'équilibre et il tombe sur le côté, ce qui le met à la dispotion du chasseur.
La grande habileté est de lancer les bolas de manière à ce que l'enroulement de la corde puisse se faire autour des
deux jambes à la fois, ou bien qu'une des jambes se trouve engagée dans la bifurcation et que chacune des boules s'engage en sens inverse autour d'elle.
Cette chasse aux bolas est très employée par les Patagons, soit contre les mammifères y compris Tliomme, soit contre les grands oiseaux coureurs. C'est ainsi qu'ils s'emparent du nandou, autruche d'Amérique, Rhea americana, figure 58.
Fio. 58. — Patagon chassant lo nandou avec les bolas.
Le lazo ou lasso est une corde ou courroie avec un nœud coulant. Très employé au Chili, il se compose d'une longue courroie de cuir de bœuf, bien graissée et fortement étirée. La grande habileté est de jeter, le nœud coulant de manière ù ce qu'il se maintienne assez ouvert pour laisser passer la tète du gibier qui se trouve ainsi pris par le cou.
Les Gauchos des pampas de La Plata poursuivent volontiers à cheval le couguar ou puma, grand félin de ces régions, pour lui jeter le lazo. Dès qu'ils le lui ont passé au cou, ils lancent leur cheval au grand galop en sens inverse, traînant derrière eux le terrible félin jusqu'à ce qu'il soit étranglé.
Les habitants du Paraguay chassent aussi le jaguar avec le lazo. Ils le poursuivent jusqu'à ce qu'il se réfugie sur un arbre. Ils lui lancent alors le nœud coulant avec d'autant
plus de facilité et de précision que Tanimal se croit en sûreté, puis ils mettent leur cheval au galop, ce qui arrache le jaguar de l'arbre, le fait tomber et l'entraîne en Tétranglant. Dans ce cas le bout du lazo est solidement fixé à la selle.
Le lazo ou corde à nœud coulant a été et est encore employé dans l'ancien continent sur les limites de TEurope et de l'Asie.
D'après Pausanias les Sarmates s'en servaient.
Au siège de Sébastopol, les Tartares de l'armée russe l'ont utilisé contre les Français. Ce n'est point étonnant, car c'est un moyen qu'ils emploient journellement pour s'emparer des poulains, des juments et des chevaux des steppes, laissés en pleine liberléetpar conséquent presque sauvages. Ils s'en servent aussi dans les foires et marchés pour extraire des enceintes dans lesquelles on parque les animaux à vendre les individus choisis par les acheteurs.
G. Chauvet s'est demandé si le préhistorique français, le préhistorique le plus ancien, le paléolithique, époque moustérienne, n'avait pas aussi possédé des boleadoras et des bolas. Il a fourni à ce sujet d'intéressants documents S mais nous ne pencoos pas que laqueslion soit entièrement résolue. Quant au lazo, l'accumulation de squelettes de chevaux à Solutré paraît devoir la faire résoudre dans le sens de l'affirmative.
§ 9. Lac«is et «•ii««s. — Nous avous passé en revue les diverses armes ou engins de chasse employés par le§ peuples sauvages. Nous allons maintenant nous occuper des pièges. Entre les armes et les pièges il n'y a pour ain^i dire pas de transition. Nous avons déjà vu l'épicu manié à la main, qui a été une arme fort usitée, passer au piège quand on l'a fixé sur le chemin du gibier. Le lazo, arme maniée
1. G. Chauvet, fiott^ et Pierres de jet dans les dépôts quaternaires^ 1887.
très habilement par certaÎDes populations plus ou moins sauyageSy passe insensiblement au lacet, piège des plus primitifs.
Aussi les Négritos de la presqu'île malaise, après avoir étudié avec soin les pistes dans les forêts épaisses, placent dans les sentiers les mieux tracés et les plus fréquentés des collets composés d'un cercle de rotane. Ils sont accrochés à l'extrémité d*une perche flexible dont la base est solidement fixée en terre, tandis que le sommet est maintenu courbé à l'aide d'un fil, qui se rompt quand un animal se prend dans le colleta
Les éléphants fréquentent les forêts. Us préfèrent les forêts fournies et vigoureuses qui sont dans les lieux bas, à sol alluvionnal profond et fertile; cela tient à ce qu'ils aiment essentiellement l'eau et recherchent les endroits où ils peuvent en trouver facilement en abondance. Traverser une première fois une forêt est pour eux un grand travail. Ils sont obligés de s'ouvrir une voie en foulant des broussailles plus ou moins hautes, plus ou moins épaisses, en brisant des branches et parfois des troncs d'arbres. Aussi quand cette voie est ouverte, ils sont heureux d'en profiter et la suivent habituellement. Les chemins d'éléphants se croisent rarement. Ils vont ordinairement des hauteurs directement au cours d'eau de la vallée. Sur les hauteurs escarpées que les éléphants gravissent souvent le tracé est très habilement exécuté. Un ingénieur ne choisirait pas mieux les points les plus facilement accessibles et ne calculerait pas mieux les pentes.
Cette habitude de se tracer des routes et de les suivre rend la chasse des éléphants très facile. Les chasseurs savent où les éléphants passeront, et le passage est toujours fort étroitement limité.
Aussi les nègres d'Afrique utilisent-ils cette habitude pour
1. J. DE Morgan, NégrUoi de la presqu'île Malaise, dans V Homme, IHSTi, p. 618.
s'emparer de ces animaux, en plaçant dos lacets sur leur route. Ils entrelacent à cet effet de fortes lianes, en forment un nœud coulant, et fixent solidement le bout libre au tronc d'un gros arbre. Uéléphant en passant, si toutefois il n'a pas écarté ou détruit le piège avec sa trompe, se trouve pris. Résigné àson triste sort, il reste immobile, car les éléphants, comme la plupart des populations qui les entourent, sont fatalistes. Les nègres viennent armés de lances en fer et leur en portent des coups jusqu'à ce qu'ils tombent morts.
Les Panikis, chasseurs d'éléphants de Ceylan, emploient aussi le lacet, mais ils s'en servent d'une manière bien plus habile et qui demande un grand sang-froid et une extrême adresse. Le lacet est fait en solides lanières de peau de cerf ou de buffle. Pour aller chasser l'éléphant, les Panikis s'associent à deux. L'un, qui tient le nœud coulant entre les mains, S3 glisse sans bruit jusqu'auprès de l'animal et lui jette le lacet au pied, immédiatement l'autre fixe solidement le bout libre du lacet au tronc de l'arbre le plus voisin. Ce n'est pas pour tuer l'animal qu'ils le prennent ainsi, c'est pour le conserver vivant, le dompter, l'apprivoiser et le domestiquer, ce en quoi ils excellent. Mais là nous sommes dans un milieu très avancé en civilisation.
§ 10. fosse». — La fosse est un piège encore bien plus usité. Les nègres d'Afrique l'emploient beaucoup pour capturer les éléphants. Il consiste à creuser un trou large et profond, à bords abrupts en travers du chemin tracé par ces animaux. Ce trou ou fosse est recouvert de joncs et de branchages; cela n'effraye pas les grands pachydermes, car il y en a tout le long de la route. On peut aussi en semer sur la voiejusqu'à une certaine distance en avant de la fosse. Les éléphants, voyant qu'il n'y a pas de danger à passer sur ces branches d'avant-garde, continuent leur chemin sans méfiance et vont se précipiter dans la fosse. Au besoin, lorsqu'ils sont
près du piège, des sauvages à Taffût les épouvantent. Ils prennent alors leur course qui est bientôt interrompue par leur chute dans le piège creusé sous leurs pas.
Une fois capturé dans le trou, on vient à bout de Tanimal au moyen d'épieux, de lances, de flèches, de pierres, ou tout simplement en le laissant mourir de faim.
Les Bakobas et les Bocliimans de l'Afrique centrale prennent ainsi non seulement les éléphants, mais encore les buffles, les cervidés, les antilopes. Les rives de la Tzouga, dans toute son étendue, sont garnies de ces trous. Los fosses sont généralement assez grandes pour recevoir complètement les plus gros animaux.
Souvent on fixe au fond de la fosse un pieu taillé en pointe aiguë au sommet, sur lequel porte le corps de l'animal en tombant. Parfois pourtant, un éléphant s'abat dans un trou trop étroit pour le recevoir en entier. Sa partie antérieure seule pénètre dans la fosse, et, malgré l'épaisseur de sa peau, l'animal se trouve percé au cou ou à la poitrine par le pieu.
Les habitants du nord de l'Afrique emploient aussi la fosse pour capturer le lion. Voici le récit d'une chasse de ce genre que nous empruntons à Jules Gérard S le grand chasseur délions.
« Dans les contrées où le lion se trouve oi*dinairemenl, les Arabes, trop paresseux pour travailler eux-mêmes, font venir des Kabyles, qui, pour une somme assez modique, creusent une fosse de 10 mètres de profondeur sur une largeur de 4 à5 mètres, en forme de puits, et plus étroite à l'orifice qu'à la base. Cette fosse est toujours établie sur l'emplacement que le douar doit occuper pendant la saison d'hiver. Ses tentes sont dressées en rond-point autour d'elle de manière qu'elle se trouve en amont par rapport au centre du douar.