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CHAPITRE PREMIER

TEMPS PRÉHISTORIQUES Sommaire. — 1. Paléolithique* — 2. Néolithique. — 3. Age du bronze.

§ 1. PaiéoiHhiqae. — Les stations paléolithiques contiennent, au milieu des débris de nourriture, des vertèbres, des arêtes et autres ossements de poissons. La pêche était donc déjà connue et pratiquée dans ces temps très reculés. Pourtant, soit que la pêche ait cédé le pas à la chasse, soit, ce qui est très probable, que les débris osseux des poissons, plus gélatineux que calcaires, ne se soient pas conservés, leur présence n'est jamais abondante dans les gisements paléolithiques. Emile Rivière *, dans les neuf grottes des

1. Emile ^lyituE, De V antiquité de Vhomme dans les Alpes-Maritimes y 1887, p. 271.

Baoussé-Rousséy près Menton, qui lui ont fourni tant de débris de vertébrés, n'en a recueilli qu'une cinquantaine se rapportant à des poissons vivants, et sur ce nombre dix environ seulement appartenant à des poissons marins. Les grottes des Baoussé*Roussé, comme on le sait, sont pourtant tout à fait au bord de la mer, dans des rochers qui forment pour ainsi dire falaise.

Ces débris de poissons sont :

Un os de Thynnm ou thon.

Une mâchoire de Labrax lupus ou loubinc.

Le reste, des ossements de Sciœna aquila ou maigre, sur lesquels six sont de véritables pièces anatomico-pathologiques présentant des hyperosloses. Elles proviennent de deux grottes différentes. Cette proportion, vraiment surprenante d'un cas rare et tout à fait exceptionnel, nous permet de répondre à la question que se pose l'auteur : Pourquoi les grottes des Baoussé-Roussé contiennent-elles si peu d'ossements de poissons ? Parbleu, c'est parce que ces ossements renfermant beaucoup de matières animales se détruisent facilement. Il n'est resté que ceux qui, par suite d'une maladie, ont eu une surabondance de calcaire.

Une petite vertèbre se rapporte à une anguille de mer ou congre, ou bien à une anguille d'eau douce, véritable anguille, Murœna anguilla.

Les autres ossements appartiennent au SalmOy poisson qui passe de la mer dans l'eau douce et de l'eau douce dans la mer, ainsi qu'à la Tnitia ou truite, poisson essentiellement d'eau douce. Ce sont des vertèbres dont la plupart ont été percées pour être portées comme ornement. Plusieurs stations magdaléniennes ont fourni des exemples de ce genre d'ornement, entre autres celle de Bruniquel (Tarn-et-Garonne). Le saumon n'existe pas dans la Méditerranée et par conséquent dans les fleuvcsqui s'y jettent. C'est une espèce propre

ET DE L'AGRICULTURE. fUi

à l'Océan et à la mer du Nord. Les veilèbres recueillies par Rivière étaient donc apportées de loin, sèches, en partie dépouillées de leur matière organique, c'est pour cela qu'elles se sont mieux conservées que les os des animaux qu'on venait de manger.

Les gisements magdaléniens de la Dordogne, les Eyzies, Laugerie-Basse, la Madeleine ont fourni divers débris de poissons parmi lesquels les Reliqiiiœ Aquilanicœ^ citent :

Le saumon, Salmo;

Le brochet, Esox lucitis;

La brème, Brama;

La carpe, Cyprinus carpio.

Dans la grotte de Gonduché (Lot), Bergounioux a recueilli des débris de poissons qui ont été déterminés par Fischer comme appartenant ' :

Au barbeau, Cyprinus barbaSy

Et au saumon, Salmo.

L'époque magdalénienne, fin des temps géologiques, nous a laissé diverses œuvres d'art, sculptures et surtout gravures. « Les représentations d'animaux, disions-nous déjà en 1883 S sont très nombreuses. Il y a quelques reptiles, pas mal de poissons, de rares oiseaux et beaucoup de mammifères. Parmi les poissons gravés ou en faible relief, il en est d'admirablement reproduits. >

Ce passage, qui n'a pas été écrit pour les besoins de la cause, montre que dans la vie des hommes fossiles ou paléolithiques la pèche jouait un rôle important. Les poisiens re-

1. Edouard Lartet et Henry Cbristt, Reliquix Aquitanicx; being contributions to the archœology and palcRontology of Perigord, p. 22i.

2. Bergounioux, Matériaux pour Vhistoire de Vhomme, septembre 1888, p. 427.

3. GiUiRiEL DE MoRTiLLET, U Préhistorique, antiquité de Vhomme, 1" édit., 1883, p. 415. Cet ouvrage, qui fait partie de la Bibliothèque des sciences contemporaines, a eu une seconde édition en 1885.

présentés sont plus abondants que les oiseaux et les reptiles.

Parmi ces représentations, nous pouvons citer dans la localité typique de La Madeleine, commune de Tursac (Dordogne) :

Sur un fragment de pointe de sagaie en corne de renne, un poisson très finement gravé, de la famille des cyprins, probablement la carpe. Moulage au musée de Saint-Germain, planche B II, figure 1 , des Reliquiœ Aquitanicœ.

Autre fragment de corne de renne avec six poissons gravés en creux, pas déterminables.

Bâton de commandement également en corne de renne, sujets divers gravés, un homme pointant un bâton sur son épaule, deux têtes de chevaux, deux têtes de ruminants et une grande anguille, figure 8, indiquée parfois comme serpent, mais avec nageoires se développant vers la queue. Donné par Lartet et Christy au musée de Saint-Germain.

Poisson gravé sur plaque de schiste, laissant voir la colonne vertébrale avec ses arêtes intérieures. C'est la représentation d'un poisson décharné, déjà mangé en partie. Récolte et collection de Vibraye.

Laugerie-Basse, commune de Tayac (Dordogne), de toutes les stations préhistoriques, est peut-être celle qui a le plus fourni de gravures magdaléniennes. La belle collection Élie Massenat, à Malemort, près Brive, en contient une remarquable série * dans laquelle se trouvent plusieurs représenlations de poissons; entre autres le brochet, sur corne de rennev reproduit figure 68 ; une truite, et un sujet qui nous montre que l'homme n'était pas le seul pêcheur de cette époque. Ce sujet gravé sur os représente une loutre et un poisson. Le poisson qui probablement a déjà reçu un coup de dent, flotte le ventre en l'air, comme tout poisson mort.

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