‹ Origines de la chasse, de la pêche et de l'agricultureChapitre 50 sur 133 · NATIONS SAUVAGES · texte numérisé non relu

NATIONS SAUVAGES

SoMMAiBE. — 1. Pèches à la main. — 3. Pèches à la pointe. — 3. Pèches aux engins.

§ 1. Pèches à la main. — Pour la pèche, comme pour la chasse, si nous voulons compléter nos données sur les temps préhistoriques, il nous faut forcément avoir recours à l'ethnographie comparée. En effet, bien des genres de pèches ne laissent pas de traces conservables. Cen'est que par analogie avec des populations de civilisation équivalente, soumises aux mêmes besoins, que nous pouvons présumer leur existence chez nos plus anciens ancêtres.

Les divers genres de pêches peuvent se grouper en trois grandes séries :

Les pèches à la main;

Les pêches à la pointe ;

Les pèches aux engins.

Nous allons commencer par l'étude des pêches à la main.

c Le mode le plus élémentaire, dit Abel Ilovelacque *, et certainement le moins productif, est la pèche à la main. Sur plus d'un rivage les malheureux indigènes de la Nouvelle- Hollande ne connaissent point d'autre procédé. On plonge

1. Abel Hovelacque, U$ Débuts de l'huinanité, V homme primitif contemporain, Paris, OcUye Doin, 1881, p. 69.

rapidement là où le poisson paraît être en abondance et Ton saisit ce que Ton peut. C'est un métier à mourir de faim. »

Le besoin rend TÂustralien fort habile dans cette pèche tout à fait primitive. Au lieu de se jeter à Teau en courant ou la tête la première, suivant les profondeurs, ce qui épouvanterait le poisson, il se laisse glisser tout doucement, les pieds en avant, sans bruit et sans agiter l'eau. C'est ainsi qu'il arrive auprès du poisson et le saisit.

La pêche à la main se pratique surtout dans les flaques d'eau demeurées sur la grève après le retrait de la mer au moment du reflux. Il est alors facile de saisir des poissons qui sont restés comme emprisonnés dans ces petits bassins peu étendus et surtout peu profonds. Actuellement on les recueille avec de petits filets à main. Pour retenir une partie des poissons qui à marée haute viennent sur la plage, les nègres Sousous établissent sur cette plage des enclos avec des branchages qui laissent écouler l'eau au moment où la marée baisse, en maintenant le poisson qui s'est aventuré dans l'intérieur des enclos*.

Il est aussi des populations nègres de l'Afrique qui utilisent le même système au moment des grandes crues des rivières. Dans les plus hautes eaux, ils barrent aux deux bouts, au moyen de clayonnages les bras latéraux des fleuves et rivières et attendent patiemment. Les eaux baissant s'écoulent peu à peu à travers les clayonnages et les poissons qu'elles contenaient, ne pouvant passer, finissent par rester entre-deux à sec ou presque à sec. Il est alors facile de s'en emparer à la main.

Dans certains torrents et ruisseaux, on pêche encore à la main les poissons qui s'abritent et se cachent sous les grosses pierres. Cette pêche est surtout employée pour la

1. Abel Hovelacque, Uê Nègreê d^Afnqttey 1889, p. 362. Ouvrage faisant partie do la Bibliothèque anthropologique.

iruite. Elle devait aussi être en usage dans les temps primitifs.

Le rabattage» qui se pratique en grand pour la pèche au filet, est aussi employé par les populations les moins avancées pour la pèche à la main. Ainsi parfois les Australiens se réunissent en certain nombre, entrent dans Teau, et faisant le circuit le plus grand possible, forment un demicercle ouvert du côté du rivage; puis ils resserrent peu à peu ce cercle en battant l'eau avec des branches d'arbres pour épouvanter le poisson et le repousser vers le bord, où il est saisi à la main.

La pêche à la main est aussi rendue plus fructueuse par l'emploi des barrages. 11 y en a de deux types différents. Parfois les barrages sont complets et servent à former des réservoirs ou étangs, dans lesquels les poissons viennent en nombre; puis à un moment donné, on fait écouler l'eau du réservoir en ouvrant une issue garnie de clayonnage qui ne permet pas au poisson de passer. Tous les poissons restent donc sur le sol du réservoir presque à sec. On peut alors les recueillir à la main. C'est encore le mode de pèche de nos étangs à poissons actuels, seulement ces étangs sont garnis d'écluses perfectionnées et le poisson est recueilli avec des filets à main. Dans les environs de Paris, le petit lac d'Enghien se pêche périodiquement de cette façon.

Le second mode de barrage consiste à couper le cours d'une rivière torrentielle en forçant toute l'eau à s'écouler par un chenal assez restreint garni de clayonnage laissant passer l'eau et retenant les poissons.

Les Négritos de la presqu'île Malaise emploient beaucoup ce système de barrage. La figure 86 représente un de ces barrages établis par les Sakayes, sur la rivière Kinta, à Lobou Kcla : aa sont des palissades en bois solidement fixées

sur les deux rives de la rivière, légèrement inclinées vers le centre pour chasser Teau dans le chenal bd. L'ouverture inférieure de ce chenal e est fermée à claire-voie par un clayonnage qui, lout en laissant écouler Teau, ne permetpas au poisson de passer. 11 se trouve donc accumulé dans le

FiG. 86. — Barrage de pèche sur U rivière Kliila à Lobou Kcla, l'Homme.

chenal où il est plus ou moins retenu par le courant. C'est là que Ton vient le saisir en quantité. Les rivières de la presqu'île de Malacca, d'après de Morgan S dans tous les endroits où elles sont torrentielles., présentent de serahlables barrages.

Les nombreux petits affluents du Louama, en Afrique, très poissonneux, contiennent des barrages à ouverture conique, analogue à celles des barrages de la Kinta. La pêche est faite par les négresses. Les unes se postent au débouché du barrage avec des paniers. Les autres entrent dans la

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