‹ Origines de la chasse, de la pêche et de l'agricultureChapitre 56 sur 133 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

COQUILLES ÉDULES

SOMMAiRB. — 1. Kjoekkenmoeddings. — 2. Espèces marines. — 3. Coquilles d*eau douce. — 4. Les huîtres chez les Romains.

§•1. KjoekkeiBMoeddiiavi. — Sur les bords de la mer on rencontre très fréquemment des amas de coquilles qui montrent qu'il y a eu sur les points où se trouvent ces amas, des populations qui se sont livrées pendant longtemps et abondamment à la pèche des mollusques. Les plus intéressants de ces gisements sont ceux que les Danois ont appelés kjoekkenmoeddings, ce qui signifie rejets de cuisine. Ce sont les stations de populations qui vivaient surtout de mollusques marins. Aussi les coquilles de ces mollusques sontelles entassées dans ces stations par milliers, et forment des monticules ou des bourrelets sedéveloppant le long des côtes. Au milieu des coquilles on rencontre des foyers avec cendres et charbon, des os d'animaux brisés et des débris divers d^industrie humaine : objets en pierre, instruments en os et tessons de poterie plus ou moins grossière.

Ces Stations côtières sont très fréquentes en Danemark. La première signalée a été celle du bois de Meilgaard, près Grenaa, dans le Jutland. Elle fut découverte par Worsaae, pendant Tété de 1850. Steenslrup explora ensuite celle de Havelse, près Frédériksund, Sélande, et Forchhamraer se joignit bien vite à ses compatriotes pour faire connaître ces curieux gisements. La hauteur ou épaisseur des amas varie généralement de 1 mètre à 1"50 et atteint parfoisS mètres. Ce sontalors de véritables monticulesqui se remarquent d'autant plus que le pays est très plat. On en a même profité pour y placer des moulins à vent, comme à Havelse. La longueur des amas atteint jusqu'à 300 mètres et leur largeur jusqu'à 60. Mais l'ensemble est généralement très irrégulier. On n'observe pas de stratification dans le dépôt, à moins qu'il n'ait été atteint et remanié par les vagues, ce qui parfois a eu lieu. Les coquilles, dans l'ordre de leur abondance, sont:

L'Jîuîlre, Ostrea eduUs;

La carde ou buccarde, Cardium edule;

La moule, Mytilus edulis;

La littorine, LiUorina liltorea.

L'huître n'existe plus à l'état vivant dans la plupart des parages où se développent les kjoekkenmoeddings danois les plus considérables. Les cardes et les littorines vivantes de la Baltique sont aussi moins vigoureuses et moins grandes que celles des amas de débris de cuisine. En fait d'os, il n'y a que des restes d'animaux sauvages, surtout de cerf, de chevreuil et de sanglier. Aucun vestige d'agriculture, pas même d'animaux domestiques, si ce n'est le chien. Les silex sont d'un travail rudimentaire ; la forme la plus abondante de beaucoup est le tranchet. Les haches sont représentées par des ébauches grossières, le poli est extrêmement rare, presque exceptionnel. On a conclu de ces diverses observations

BT DE L'AGRICULTURE. 261

que les kjoekkeomoeddings du Danemark remontaient à la parlie la plus ancienne de Tépoquerobenhausienne ou néolitbique> que Philippe Salmon propose d'appeler époque campinienne.

Depuis les découvertes et les travaux des Danois, des kjoekkenrooeddings ont été signalés un peu partout. Sur les côtes de la Scanie, Suède, analogues à ceux du Danemark.

En 1871, G. M. Alkinson^ a signalé à l'Institut anthropologique de la Grande-Bretagne et de l'Irlande la découverte de kjoekkenmoeddings dans deux petites îles au fond de l'estuaire qui forme la baie de Cork, Irlande. Us occupent la partie méridionnale de chaque îlot et mesurent 160 mètres de long sur 1 mètre à 1°65 d'épaisseur, ils sont formés de tests de coquilles édules, contiennent du charbon, mais pas d*os brisés ni de silex.

En France, vers l'embouchure de la Canche, au nord d'Étaples (Pas-de-Calais)*, l'amas est formé non par des coquilles d'huître mais par des coquilles de buccardes. Les lits coquillers, alternent avec des couches sableuses qui prouvent des alternances d'habitation et d'abandon. Les coquilles sont mêlées à des ossements de bœuf, de chien et de suidé, ainsi qu'à des tessons de poterie.

E. Sauvage' qui a étudié la station précédente a aussi décrit celle deSaint-Valery (Somme), près de l'embouchure du fleuve. Le dépôt est surtout formé de buccardes, il s'étend sur une longueur de 150 mètres, une largeur de 30 mètres environ et une épaisseur de 2 mètres. Il renferme des ossements des

1. G. M. ATII5S0N, Journal ofthe anthropological Institutey 1871.

2. Hamt et Sauvage, Sur un kjoekkenmoedding découvert à Vembouchure de la Canchey dans Bull, Société d'anthropologiCt séance du 6 juia 1867, p. 362.

3. N. H. E. Sauvage, Note 9ur un kjoekkenmoedding iitué près de V embouchure de la Somme, dans Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques, Bologne, 1871, p. 474.

26i ORIGINES DE LA CHASSE, DE LA PÊCHE

mêmes animaux qu'à Étaples, plus le cheval. Il y a aussi de nombreux débris de poissons, des tessons de poterie et des silex taillés. L'habitation, au contraire d'EtapIes, parait y avoir été continue.

Daleau^ a signalé à Saint-Georges-de-Didonne (Charente- Inférieure), une couche de 0"80 d'épaisseur contenant avec une grande quantité de coquilles édules des silex travaillés, des poteries, des ossements et des traces de foyers.

Sur les côtes de la Méditerranée, A. Gory * a fait connaître un gisement analogue près d'Hyères (Bouches du Rhône).

A Ferramoïna, près Cagliari (Sardaigne), Fr. Orsoni^ a reconnu une traînée de coquilles composée presque exclusivement de moules et d'huîtres, affectant parfois la forme de monticules. A ces coquilles sont mêlés de nombreux tessons de poterie grossière, d'éclats d'obsidienne, de fragments d'os brisés, et des coquilles perforées pour semr d'ornement.

En Portugal, Carlos Ribeiro^ a signalé plusieurs kjoekkenmoeddings dont les deux principaux sont ceux de Hugem et de Cabeço d'Arruda, à peu de distance de la rive gauche du Tage, mais actuellement éloignés de 60 à 70 kilomètres du bord de la mer, et à 20 ou 25 mètres au-dessus de son niveau. Les grandes marées sont encore sensibles & Mugem, mais la salure de l'eau ne remonte pas jusque-là. Pourtant les kjoekkenmoeddings sont formés en grande partie par l'accumulation de coquilles marines, dont les plus abondantes sont les lutraires et les buccardes. Le dépôt de Cabeço

1. Maufius, Du préhistorique dans la Charente-Inférieure y dans Association française pour Vavancement des sciences^ Lille, 1874, p. 592.

2. A. GORT, Note sur un amas de coquilles mêlées à des silex taillés signalé sur les côtes de la Provence,

3. François Orsoni, Recherches préhistoriques dans les environs de Ca-^ gliari, dans Matériaux pour V histoire de Vfiommey 1880, p. 54.

4. Carlos Ribeiro, les Kjoekkenmoeddings de la vallée du Tage, dans Congrès international d^ anthropologie et d'archéologie préhistoriques, Lisbonne, 1880, p. 279.

d'Âinida occupe une surface à peu près elliptique, dont lea axes ont 100 et 60 mètres de développement sur une hauteur de 7 mètres. Cette énorme accumulation contient au milieu des coquilles, des débris de foyers, des plaques d'argile cuites par le feu de ces foyers, mais pas de poteries, des quartzites et silex travaillés, des ossements de bœuf, cerf, mouton, cheval, cochon, chien et qu^elques autres espèces sauvages, ainsi que des débris d'oiseaux et de poissons. Il y a en outre au milieu de ce dépôt un assez grand nombre de sépultures humaines.

Au Japon, environs de Tokio, il y a de grands amas de coquilles parfois formant des mamelons distincts, parfois comme au nord de Tokio s*étendant sur une longueur continue de plusieurs kilomètres avec une largeur de 30 à 30 mètres et une hauteur de 2 à 8. A Omori^ ces amas sont surtout formés de coquilles d'huîtres, associées à celles d'autres bivalves qui existent encore avec quelques légères variations dans le golfe de Yedo et que l'on continue à manger. Elles sont mêlées à des os d'animaux et même d'homme, des instruments en pierre grossiers, des outils en os et cornes de cervidés et des débris de poterie.

Le long des côtes de l'Atlantique, Amérique du Nord', on a signalé divers kjoekkenmoeddings. Us sont appelés Shell heapSf amas de coquilles. Les mieux étudiés sont ceux de la baie de Sainte-Marguerite, Nouvelle-Ecosse, par J. M. Jones; de Keyport, New- Jersey, par Charles Rau; du Mont-Désert, côtes de la baie du Français, et de Couch's Cove, Goos Island, baie de Tusco, à 15 milles nord-est de Portland, dans le Maine, de Engle-Hill dans la ville d'Ipswich et du sud du cap

1. Edward Morse, Shell mounds of Omori, 1879 dans Memoirt of Ihe Univernty of Tokio.

2. Charles à. Write, Kjoekkenmoeddings de V Amérique du Nord, dans Congrès international [d'anthrojwlogie [et d'archéologie préhistoriquesy Bologne, 1871, p. 379.

Cod à Colnit-Port, Élat de Massachusetts, e^cplorés par Jeffries Wyman. Comme partout ailleurs aux coquilles marines d'espèces édules, vivant encore dans les mers voisines, sont associés des ossements de mammifères actuels, d'oiseaux et de poissons, des traces d'instruments en pierre ou en os et des tessons de poteries grossières.

Ces accumulations de coquilles ont été citées à Cuba et se retrouvent très développées sur les côtes du Brésil, où elles prennent le nom de sambaquis^ et acquièrent de grandes dimensions. Les coquilles sont là accumulées en si grandes quantités qu'on les exploite pour faire de la chaux. Le dépôt est parfois stratifié. Il y a des alternances de véritables rejets de cuisine et de terre presque sans débris. Cela prouve qu'il y a ea de longs intervalles entre les diverses occupations par l'homme. L'intervention directe de l'homme dans la formation des dépôts de coquilles est prouvée, comme pour toutes les stations dont nous avons parlé précédemment, par la présence de foyers, de fruits carbonisés, d'ossements de mammifères, d'oiseaux et de poissons, ainsi que d'instruments en pierre. II y a aussi dans les sambaquis du Brésil, des ossements humains et des sépultures, comme dans les dépôts du Portugal.

L'intervention directe de l'homme dans la formation des kjoekkenmoeddings est aussi démontrée par Tethnographie. Cook signale près des habitations de la Nouvelle-Zélande de vastes amas d'écaillés de poissons, de débris de crustacés et de coquilles. Gray et Dampier mentionnent et décrivent des accumulations de coquilles autour des lieux d'habitation des Australiens qui atteignaient jusqu'à plus de 3 mètres de haut. Les Fuégicns dont les femmes et les enfants sont de grands

1. De LA Hure, Les conchylwtites du Brésily dans la Revue archéologique^ avril 1867, p. 306. — Durand, BuUelins de la Société d'anthropologie de Paris, 19 mars 1874, p. 222.

ET DE LAGRICULTURE, 365

pêcheurs de. coquillages, entassent encore les coquilles de ces mollusques autour de leurs stations et ces coquilles se mêlent, comme dans les kjoekkenmoeddings, avec les ossements des animaux qui ont complété leur nourriture et avec tous les rejets de leurs pauvres habitations y compris les cendres et charbons du foyer.

A quelle époque remontent les kjoekkenmoeddings?

Ceux du Danemark, ainsi que nous Tavons établi, sont fort anciens. Ils appartiennent au commencent du néolithique. Ceux du reste de l'Europe paraissent un peu moins vieux, bien qu'appartenant encore à Tâge de la pierre. Ceux d'Amérique sont aussi de l'âge de la pierre, mais dans le nouveau continent la pierre s'est maintenue beaucoup plus tard que dans l'ancien. Toujours est-il qu'ils sont antérieurs à l'anivée des Européens; on n'y trouve ni métal, ni objets rappelant nos civilisations.

On peut en dire autant des dépôts du Japon. Pourtant la poterie de ces derniers dépôts est bien supérieure, bien plus avancée et surtout bien plus variée que celle qui se rencontre dans tous les autres dépôts analogues. Les formes et les ornements des poteries des amas de coquilles d'Omori sont tout à fait spéciaux et dénotent une industrie particulière, qui, bien que différente des civilisations connues du Japon, a pourtant avec celles-ci plus de rapports qu'avec tout autre. On retrouve sur ces poteries, il est vrai, les cordons en relief avec empreintes de doigts et les dépressions sur le pourtour du bord, comme sur les poteries de la fin du néolithique européen. &Iais les autres ornements et les formes ont un caractère tout particulier, fort varié et très élégant. Quelques vases sont avec bec d'écoulement partant du corps du vase. Le bord est très souvent ondulé ou garni d'appendices fort divers et très ornés en forme de mamelons et de boutons souvent ajourés. Cette poterie, évidemment, est

beaucoup plus récente que celle de nos autres kjoekkenmoeddings.

Toujours est-il que ces intéreçsants dépôts établissent que, sur les côtes du monde entier, l'homme a abondamment et longuement péché les mollusques marins avant de connaître remploi des métaux, à quelque date que cet emploi lui soit parvenu.

§ 2. Espèces maHnes. — Nous allous examiner quelles étaient les espèces de mollusques les plus recherchées comme aliment par Tliomme, dans ces temps primitifs. Mais auparavant disons quelques mots des crustacés et des oursins. Il est évident que du moment où Thomme se nourrissait de poissons et de mollusques, il devait aussi consommer des crustacés et des oursins, qui sont intermédiaires, aussi agréables à manger et plus faciles à prendre que les poissons. On rencontre pourtant dans les kjoekkenmoeddings très peu de débris de ces deux grands groupes d'animaux. C'est tout au plus si l'on a cité quelques restes de carapaces et surtout de pinces de crustacés, et les oursins ne sont indiqués en certain nombre que par Worsaae, d'après W. Dal. Il paraîtrait que les îles Aléoutiennes, au N.-O. de l'Amérique, non loin du détroit de Bering, contiennent des amas de débris de cuisine avec une couche renfermant des restes d'oursins, VEchinm drœbachiensiSy espèce locale mangée encore de nos jours par les Aléoutiens. Cette rareté de débris de crustacés et d'oursins provient évidemment de ce que le test de ces animaux se décompose facilement. C'est un phénomène analogue à celui que nous avons constaté concernant les débris de poissons du paléolithique.

L'huître, Osirea edulis^ a été de tout temps l'espèce de prédilection des mangeurs de mollusques. Aussi les kjoekkenmoeddings du Danemark sont en immense majoritéformés de coquilles d'huître. Il en est de même à Cork, à Saint-Georges-

de-Didonne et à Cagliari. L'huître est abondante à Hyères et en Portugal. Si elle est très rare à Étaples et si elle manque à Saint-Valery, c'est qu'elle ne vit pas dans le voisinage de ces stations.

La buccarde, Cardium edule^ comme abondance vient après rhultre dans les dépôts du Danemark ainsi qu'à Cork. Elle forme la majorité des amas de Saint-Valery et d'Étaples. En Portugal elle vient en seconde ligne, mais ce n*est pas Thuitre qui occupe la première, c'est la lutraire. A Hyères elle est remplacée par le Cardium Lamarcki également édule.

La moule, Mytilus edulisy la troisième espèce comme quantité dans les dépôts du Danemark, se rencontre assez commune à Cork, à Étaples, à Saint-Valery, à Saint-Georges de Didonne et à Cagliari.

La littorine, Liitarina littoreap univalve, vient après les trois bivalves précédentes dans les kjoekkenmoeddings Danois. On la rencontre aussi à Cork.

Une venus ou palourde. Venus pullastray assez commune à Cork, est exceptionnelle en Danemark.

La telline, Tellina solidula^ est assez commune à Saint- Valery, rare à Étaples.

La lutraire, Lutraria compressay également assez commune à Saint-Valery, forme la grande majorité dans les dépôts de Portugal.

Le bigourneau, Turborudis, se trouve à Saint-Valery mais assez rare.

Le Buccinum undatum signalé en Portugal est rare à Saint-Valery et en Danemark.

La Nassa reiiculata est rare aussi en Danemark, se trouve à Hyères.

Le Donax anatinumy rare à Sainl-Valery.

Le pétoncle, Pectunculus pilosu^y très rare à Étaples el à Saint-Valery.

Le Pecten maximtUy coquille de Saint- Jacques, très rare aussi à Étaples et à Saint-Valery. On cite aussi des pectens sans détermination spécifique de Portugal.

La natice, Natica castanea^ des eaux profondes, très rare à Étaples.

A Hyères il y avait encore Arca barbata, Trochus articulatus et fragarioideSy Cerithium vulgatum et mediterraneum.

Dans les dépôts portugais il y a des Nucula^ TapeseiSolen indéterminés.

Gela fait vingt-trois espèces sur lesquelles quinze bivalves ou acéphales et huit univalves ou gastéropodes. Toutes se mangent encore de nos jours. Parmi les bivalves il en est comme les buccardes et les moules et parmi les univalves comme les liltorines et les turbosqui sont tout à fait côlières et qu'on peut récoller à sec. Mais d'autres comme les huîtres nécessitent une pêche proprement dite. Les pétoncles, les coquilles à pèlerins et les natices habitent même des eaux assez profondes.

Toutes les espèces citées habitent encore les mers voisines des dépôts, sauf les huîtres qui ont à peu près disparu des côtes danoises de la Baltique. En Portugal, il a dû aussi y avoir un changement topographique depuis le dépôt des amas de coquilles de Mugem et de Cabeço d'Arruda, actuellement à 70 kilomètres du bord de la mer. Le rivage devait être beaucoup plus rapproché pendant la formation de ces amas.

A Omori, Morse a reconnu treize espèces de bivalves, parmi lesquels deux huîtres, et onze espèces d'univalves. Comme quantité d'individus les bivalves sont de beaucoup les plus nombreuses et parmi elles ce sont les huîtres qui abondent. Toutes les espèces habitent encore les mers du Japon et sont mangées par les habitants actuels du pays. Les coquilles des dépôts anciens ne diffèrent des actuelles que

par des détails de taille pour les bivalves et d'ampleur d'enroulement pour les unîvalves.

Dans l'Amérique du Nord les espèces citées sont : Mya arenariaj la plus généralement répandue, se trouve dans les six dépôts dont nous avons la faune : Sainte-Marguerite, Nouvelle-Ecosse; Keyport, New-Jersey; Mont-Désert et Couch's Gove, Maine ; Engle-Hill et Golnit-Port, Massachusetts.

Osirea edulis, huître, partout aussi, excepté à Sainte-Marguerite. Désignée à Keyport sous le nom d'Ostrea borealis. A Colnit-Port elle est extrêmement abondante dans tous les amas, ce qui montre qu'elle était beaucoup plus commune dans la baie autrefois qu'aujourd'hui.

Mylilmedulisj la moule ordinaireou grande variété de cette espèce, à Sainte-Marguerite, Mont-Désert, Couch's Gove, Engle-Hill et Colnit-Port.

Venus mercenaria à Sainte-Marguerite, à Keyport, à Engle- Hill et à Colnit-Port. Elle est aussi fort abondante dans le dépôt de Couch's Cove, bien qu'elle soit actuellement extrêmement rare vivante dans le Maine.

Buccinum undatum à Mont-Désert et k Couch's Cove. Pecten tenuicostatus et Peden islandicm^ Sainte-Marguerite, Couch's Cove et Colnit-Port.

Pyrula canaliculata et Pyrula carica, Keyport et Colnit- Port.

Crepidula fornicala, Sainte-Marguerite.

Mactra indéterminée, Couch's Cove.

Au sud de l'Amérique dans le Brésil, si l'on en croit de La Hure, les sambaquis sont surtout composés de pétoncles. D'après F. Burton ce seraient au contraire les huitres qui dominent, ce qui a fait nommer ces amas Ostreiras par les gens du pays.

Les kjoekkenmoeddings ne sont pas les seules stations qui

nous fournissent la preuve que dans les temps préhisto* riques, la pèche des coquilles se pratiquait en grand sur les bords de la mer pour subvenir aux besoins de la nourriture. Nous retrouverons les traces de cette pèche dans certaines grottes. Ainsi sur la côte océanienne, dans l'Aguntamento de Camargo, à quelques kilomètres de Santander, nord de l'Espagne, la grotte d'Altamira^ contenait des littorines, Littorina litloreay et des quantités de patelles, Patella vulgata^ semblables comme espèces à celles de la mer voisine mais beaucoup plus grandes pour ce qui concerne les patelles. La grotte renfermait aussi des ossements et des objets d'industrie certainement magdaléniens. Coquilles et objets sontils bien de la même époque?

Vers les côtes méditerranéennes, à l'autre extrémité des Pyrénées, la grotte de la Crouzade, Aude, à deux kilomètres de la mer, contenait beaucoup de coquilles dont les animaux avaient servi de nourriture. Une des fameuses grottes de Bize, le Trou de THermite, également dans l'Aude, contenait aussi une certaine quai^tité de coquilles : pétoncles, moules, Peclen Jacobœus^ Buccinum reliculalum^ natice à mille points. Ces coquilles, mêlées à des ossements humains et des tessons de poteries, paraissent se rapporter au néolithique.

Mais sur le même versant méditerranéen les grottes des Baoussé-Roussé, plus connues sous le nom de grottes de Menton, situées tout à fait au bord de la mer, contiennent en extrême abondance des coquilles marines, qui ont servi de nourriture aux habitants de ces grottes, et qui là sont incontestablement paléolithiques étant intimement mêlées, sur une puissance de plusieurs mètres, avec des silex taillés certainement quaternaires et avec des ossements d'animaux de même date. Emile Rivière qui aime les longues énuméra-

1. EDOUARD Harlé, la Grotte (TAltamira, extrait des Matériaux pour V histoire de Vhommey 1881.

lions, eo cite cent vingt-deux espèces ou variétés. Si, dans le nombre de ces espèces, il y en a, comme les patelles, qui peuvent se récolter à sec, un grand nombre se maintiennent toujours sous l'eau, même à de certaines profondeurs, et nécessitent une véritable pèche.

§ 3. €*q«iue« d M« dmmetf. — Daus les temps préhis^ toriques on ne péchait pas seulement les coquilles marines, mais aussi les coquilles d'eau douce, qui dans certaines régions étaient très employées comme aliment. Si employées qu'elles ont, à elles seules, constitué de véritables kjoekkenmoeddings.

Ces amas de coquilles d'eau douce sont principalement développés le long des fleuves et rivières des États-Unis d'Amérique. Cela tient surtout à ce que ces fleuves et rivières sont très riches en gros mollusques d'eau douce. Outre les ampullaires qui atteignent les proportions de notre gros escargot des vignes, Hélix pomatia, il y a de grandes paludines et principalement d'abondantes bivalves appartenant au genre mulette, Unio. Dans aucun autre pays les mulettes ne sont aussi développées en espèces, en nombre d'individus et en taille. Elles abondent dans le Mississipi et tous ses affluents, sauf dans le Missouri, rivière surnommée la Grande boueuse.

C'est Jefi'ries Wyman * qui, en 1868, a le premier fait connaître ces amas de coquilles d*eau douce en décrivant <*.eux qui existent le long de la rivière Saint-John, dans la Floride. Charles A. White ' en a reconnu de 20 à 30 dans l'État d'Iowa, et étudié trois d'une manière spéciale, l'un près du village de Keosanqua sur la rivière des Moines, les deux autres à Sabula et à Bellevue, sur le^ bords du Mississipi.

1. Jeffries Wymàn, Memoirs of the Peahody Academy of science, 1875, vol. 1, n* 4. Le premier travail Fresh water shell heaps of St. John river FlO' rida a paru dans American naturaliste octobre et novembre 1868.

Page 1