Gaodbt, Acad. se, y 80 juillet
haut. Les proportions de son corps tiennent le milieu entre celles du tapir et du petit rhinocéros de Java.
26. L'éléphant d'Afrique, Elephas africanm, est venu rendre visite à l'Europe à l'époque chelléenne. C'est lui qui a été rencontré dans les alluvions du Mençanares, à San Isidro, au-dessous de Madrid, avec des instruments en silex très caractéristiques du chelléen. Il remontait beaucoup plus haut vers le nord et il a pénétré jusque dans le centre de l'Europe. On l'indique de la plaine de Sarlière en Auvergne; des alluvions quaternaires de la Seine à Paris; des bords du Rhin à Wittemberg (Prusse), à Eichstedt (Bavière), etc. La présence de cet éléphant, qui recherche les régions chaudes, dans les dépôts chelléens est une des principales preuves qu'à l'époque chelléenne, il faisait dans l'Europe centrale une température très douce. Comme espèce fossile, par conséquent présumée éteinte d'après les anciennes théories, l'éléphant d'Afrique quaternaire avait reçu le nom d'Elephas priscus.
27. Le mammouth, Elephas primigenius^ a laissé énormément de débris qui noiis permettent de le reconstituer avec sûreté. En France le mammouth se montre dès la fin de l'époque chelléenne, aussi ses ossements se rencontrentils rapprochés de ceux de l'éléphant antique dans les alluvions des hauts niveaux. De là ils descendent graduellement jusqu'au fond des vallées, ce qui montre que le mammouth a existé pendant tout le temps du creusement. Il s'est même prolongé au delà ; on le retrouve à travers les époques solutréennes et magdaléniennes jusqu'à la fin du quaternaire. Cette existence pendant le moustérien et le magdalénien montre que le mammouth ne craignait pas le froid. Il paraît au contraire avoir redouté la chaleur. En effet il n'a pas été signalé en Portugal, en Espagne ni en Grèce. Il est rare en Italie. Ses dents ont été indiquées à Moncaglieri,
ET DE L'AGRICULTURE. ii5
près Turin, sur les bords de la Nervia près Venlîmiglia et même à Rome. Mais elles sont toujours exceptionnelles et se rapprochent de celles de Téléphant antique. On reconnaît qu'on est là vers leslimites extrêmes de l'habitat méridional. Du côté du nord, au contraire, le mammouth s'étend jusque sur les côtes et même dans les îles de l'océan Glacial. On l'a, dit-on, trouvé à Pétersbourg, mais il manque en Finlande et en Suède parce que Suède et Finlande étaient sous les glaciers ou sous la mer. On n'a recueilli qu'une seule molaire en Danemark pour la même raison. En Sibérie, dans les vallées de PObi, du lénisei et de la Lena, les débris de mammouth abondent au delà du 10" degré de latitude, c'est-à-dire bien au-dessus du cercle polaire. Ils se montrent même en certaine quantité dans les lies Ljachowskji qui sont en avant de l'embouchure de la Lena. Le mammouth était donc un éléphant propre aux régions très froides. Entre les limites extrêmes que nous venons de tracer, le mammouth existait dans tout le centre de l'Europe depuis les Iles Britanniques jusqu'à la Caspienne et à l'Oural, occupait toute la Sibérie, pénétrait en Chine et se retrouvait même dans le nord de l'Amérique.
Le mammouth est caractérisé par ses molaires à lamelles nombreuses et étroites, à rubans d'émail minces, droits, peu festonnés. Mais ces lamelles variaient de largeur suivant le temps et l'espace. Ainsi les dents de Sibérie ont généralement les lamelles beaucoup plus étroites que les dents de l'Europe. En Europe même les dents de France se rapprochent plus des dents de Sibérie que celles d'Italie. Voilà pour l'espace. Le temps a encore une action bien plus marquée. Les molaires de mammouth du moustérien sont à lames plus fortes que celles du magdalénien. D'Ault du Mesnil a parfaitement établi ce fait en étudiant avec soin la faune des divers niveaux du quaternaire d'Abbeville.
26 OniClNES DE LA CHASSE, DE LA 1»ÊCHE
C'est une nouvelle preuve des transformations que subissent partout et toujours les êtres vivants. Les défenses du mammouth, très grandes, sont fortement recourbées, avec une tendance plus ou moins prononcée à la spirale. Adams dit en avoir rencontré en Sibérie de 7 mètres de développement, el Hedenstrœm en cite du même pays pesant jusqu'à 197 kilogrammes, près de 400 kilos la paire. Pour supporter un pareil poids il fallait des cavités alvéolaires profondes et solides, ce qui allongeait la tête. Le front est concave et se relève ensuite au-dessus de la concavité. C'est ce qui a fait parfois donner au mammouth le nom d'élépliant à front bombé. Les os des membres sont forts et robustes. La taille de l'animal a pu dépasser cinq mètres, dit-on. Le squelette monté au musée de l'Académie des sciences de Pétersbourg a 3 m. 42 du sommet de la tête aux pieds. Il vient de l'embouchure de la Lena, mais comme les proportions vont en augmentant du nord au sud, plus en amont il doit y en avoir de plus grands. Nous pouvons aller plus loin dans la description de cet animal. Plusieurs individus ont été successivement rencontrés gelés sur les côtes de la Sibérie. Le plus célèbre est celui signalé par Adams. Il fut découvert par un Tungouse, en 1799, vers l'embouchure de la Lena. Il était pris dans un bloc de glace impure qui ne fondit que lentement, car deux ans plus tard Adams trouva encore le cadavre à la même place. Malheureusement les Iakoutes pour nourrir leurs chiens, et les animaux sauvages pour se repaître, avaient déchiré et détruit en grande partie les chairs. Le squelette a été transporté au musée de Pétersbourg, ainsi que ce qui restait de la peau : c'est le squelette dont nous venons de donner la hauteur. La peau n'a été conservée que sur la tête et autour des pieds. Ces découvertes de cadavres encore entiers ont montré que le mammouth, au lieu d'avoir une peau nue comme les éléphants actuels, était recouvert
KT DE L AGIUCILTLRE. 27
d'une épaisse l'ourrure. Cette Tourruie se composait de deux espèces de poils. Il y avait des soies brunes semblables aux crins des chevaux, mais plus raides. Ces soies avaient une longueur de 0™32à 0°*40, sur le cou elles étaient plus abondantes et encore plus allongées. Elles formaient une crinière retombante dont les éléments atteignaient et dépassaient même 0^70 de long. Ces crins formaient aussi à la queue un fouet long ei bien fourni. La seconde espèce de poils était une manière de laine, fine, douce, frisée, fauve clair, qui recouvrait tout le corps, formant une toison épaisse de 11 à 13 centimètres. Le mammouth était donc habillé de manière à pouvoir supporter les grands froids. Il est tout naturel de le trouver associé pendant l'époque moustérienne ou glaciaire à une faune alpine et polaire. Association qui s'est maintenue pendant le solutréen et le magdalénien. Nous en avons la preuve certaine dans les représentations de mammouth laissées par les artisles de cette dernière époque. Nous en connaissons trois.
Une tête parfaitement sculptée sur un bout de corne de renne, recueillie par de Vibraye à la Madeleine même. Comme genre la tôte d'éléphant (fig. 7), avec sa trompe déployée, est parfaitement caractérisée, mais rien ne peut faire reconnaître l'espèce.
La seconde représentation est aussi une sculpture. Elle provient des fouilles Peccadeau de Tlsle à Bruniquel (Tarn-et-Ga-
. .^, . , \ , , KiG. 7. - T(He d'ôlc-
ronne). Lest un animal en pied, exécuté pi>aiu on comcdc
, , renne. La Madelci-
aussi sur une portion de corne de renne, ne. Mméc préhuune palmure. La trompe et les pieds de tTr!''' *^ '''•'""' l'éléphant ne laissent aucun doute. Les défenses ont la courbure de celles du mammouth, mais elles sont, par suite du peu de développement de la palmure en ce point.
placées beaucoup trop haut. Le fouet étant à ce qu'il paraît un (les plus beaux ornements du mammouth, Tartiste l'avait représenté. 11 s'est cassé, alors il l'a remplacé par un petit appendice qu'il a fiché dans la partie postérieure de l'animal.
La troisième représentation a été découverte par Edouard Lartct à la Madeleine. C'est une simple gravure, nous pouvons même dire une ébauche de gravure, sur une grande plaque d'ivoire. Ici l'intention de l'artiste de représenter un mammouth ne peut pas faire le moindre doute. On voit très nettement les longues soies qui couvrent le corps de l'élcphant et surtout les poils plus longs encore qui, formant crinière, retombent entre la tête et la poitrine. Le fouet aux longs crins est aussi figuré avec soin. Enfin plusieurs essais de lignes du dos montrent bien que cet animal avait l'arrière- Irain plus bas que le garrot. Celle importante pièce se trouve actuellement au Muséum d'histoire naturelle de Paris.
Les débris de mammouth sont si nombreux dans le nord de la Sibérie que les défenses seules alimentent un important commerce d'ivoire. En Europe les alluvions en fournissent d'assez nombreux échantillons; ce n'est point étonnant, les mammouths, comme tous les éléphants du reste, étant surtout des habitants des plaines et recherchant les cours d'eau où ils aiment à se baigner, ont du laisser habituellement leurs dépouilles auprès de ces cours d'eau qui au moment des crues les ont entraînées et ensevelies dans le sable et le gravier. Comme chasse nous ne pouvons donc tirer aucune conclusion de ce mode de gisement. Il n'en est pas de même pour ce qui concerne les rejets d'habitation. La plus ancienne slation humaine connue jusqu'à ce jour en France est celle deCœuvre, dans l'Aisne. C'est un vaste amas d'ossements plus ou moins cassés, si considérable qu'on l'a exploité pour s'en servir comme amendement des terres. On a rencontré de nombreuses pierres taillées au milieu des os. La forme de
ces instruments se rapporte en partie aux types caractéristiques du moustérien, mais associés à de nombreux coups de poing chelléens. La station appartient donc au moustérien inférieur. Eh bien, elle contient ou plutôt contenait, car elle est à peu près détruite, d'abondantes molaires de mammouth. La station moustérienne du Mont-Dol,Ille-et-Yilaine, est aussi exceptionnellement riche en molaires d'éléphant. Sirodot en a recueilli plus de 400, ce qui suppose au moins 50 individus. Ils étaient généralement jeunes. La station typiquedeSolutré,Saône-et-Loire, bien que beaucoupplus récente a fourni aussi pas mal de ces molaires. Dans ces stations c'est évidemment l'homme qui les a apportées, et pour se les procurer, il lui a fallu forcément chasser et tuer les mammouths. Les autres stations du moustérien au magdalénien ont fourni de fréquents débris de mammouth. Dans les stations magdaléniennes on a trouvé divers ouvrages de l'homme fabriqués en lamelles de molaires et surtout en ivoire. Nouvelles preuves que l'homme fossile n'a pas craint d'attaquer le mammouth jusqu'à la fm du paléolithique et qu'il parvenait à l'abattre.
28. Le rhinocéros de Merk, Rhinocéros Merkii, compagnon de l'éléphant antique, se trouve avec lui dans le chelléen ou quaternaire inférieur de Touest de l'Europe, comme lui et même peut-être plus que lui se relie au tertiaire supérieur. Il appartient à un groupe d'espèces ou de races qui se développe dans le pliocène. Ces espèces ou races ont tellement d'affinités entre elles qu'il est bien difficile de les définir et de les séparer nettement. Elles présentent un des plus beaux et des meilleurs arguments en faveur du transformisme. Cette parenté et ce groupement prouvent que le rhinocéros de Merk est un animal de climat doux, plutôt chaud, comme ses très proches voisins tertiaires. Ses débris sont abondants à Chelles, associés à l'éléphant antique.
On trouve là deux variétés bien distinctes quand on prend les formes extrêmes, mais qui se relient intimement Tune à l'autre par des intermédiaires. L'une est plus petite et l'autre plus forte. Dans la moindre la collerette caractéristique des molaires est bien plus accentuée que dans la grande. D'Ault du Mesnil dans les alluvions quaternaires de la Somme à Abbeville est arrivé à localiser les diverses transformations dans des niveaux différents. A Paris on rencontre le rhinocéros de Merk aussi bien dans les alluvions des bas niveaux, comme à Grenelle et à Levallois-Perret, que dans celles des hauts niveaux comme à Montreuil. Dans les lignites de Dùrnten, Suisse; dans le forest-bed du Norfolk, le drift de Biddenham (Bedfordshire), les alluvions fluviatiles de Gray's Thurrock (Essex), et dans le Long-Hole, grotte de la péninsule de Gower (Glamorganshire) en Angleterre; aussi bien qu'en Italie, le rhinocéros de Merk se trouve associé à l'éléphant antique formant ensemble l'élément caractéristique de la faune chelléenne.
29. Le tichorhinus ou rhinocéros à narines cloisonnées. Rhinocéros tichorhinusy remplace le rhinocéros de Merk à mesure que la température se refroidit. De même que ce dernier a été le compagnon de Téléphant antique, le tichorhinus est celui du mammouth. Ils apparaissent ensemble à la fin du chelléen et sont abondamment répandus pendant le moustérien. Seulement le tichorhinus disparaît bien plutôt que le mammouth. Il ne dépasse pas dans nos régions l'époque moustérienne qu'il sert ainsi à caractériser.
Bien qu'appartenant à un genre dont toutes les espèces vivantes sont tropicales, il était pourtant organisé pour vivre dans les climats les plus froids. Les glaces du nord de la Sibérie en ont fourni la preuve, comme pour le mammouth. Pallas, en 1772, a vu un pied de devant et un pied de derrière de tichorhinus encore couverts de leur peau. Depuis, d'autres
corps, avec peau et chair, ont été retrouvés dans les boues et les sables gelés des bords de divers fleuves. On a reconnu que la peau était lisse, au lieu d'être calleuse; elle ne formait pas des replis comme cela a lieu dans certaines espèces actuelles. Elle était recouverte d'une fourrure formée de soies ou crins raides et de poils mous. Les rugosités qui existent sur le nez et sur le milieu de la face du tichorhinus montrent que cet animal avait deux cornes, comme certaines espèces de rhinocéros d'Afrique. Ces cornes étaient très développées. Le musée de Saint-Germain possède le moulage d'une tète de tichorhinus, venant de Sibérie, dont la surface rugueuse médiane mesure 20 centimètres de large sur 20 de long, et celle du nez 17 sur 25. Ces surfaces donnent à peu près la circonférence de la base des cornes. Comme longueur, Fischer dit avoir vu une de ces cornes mesurant 82 centimètres de long. Par sa taille et ses doubles cornes, le tichorhinus se rapproche du rhinocéros du Cap, fîfemoceros bicorni$. Mais il avait le corps un peu plus volumineux, les jambes plus courtes et plus épaisses. Il était plus trapu dans son ensemble, sauf pour ce qui concerne la tête, qui était plus étroite et plus allongée. L'étroilesse du front est même remarquable. En comparant trois crânes qui se trouvent au musée de Saint-Germain, j'ai obtenu les résultats suivants. Largeur du front :
Aurochs, Bison priscus, alluvions du Pô, près Stradella (Piémont), 36 centimètres;
Urus, Taurus primigenitis, tourbières de la Somme, près d'Abbeville, 30 centimètres;
Tichorhinus de Sibérie, 24 centimètres seulement.
Ainsi de ces trois animaux quaternaires, le plus gros, celui qui a la tète la plus allongée est aussi celui qui a le front le plus étroit. Mais ce qui distingue le tichorhinus de tous les autres rhinocéros,c'est l'extrémité de sa tête. Les os naseaux
se recourbent en avant du nez pour s'unir avec les incisifs; et la cloison qui sépare les deux narines, au lieu d'être cartilagineuse, est osseuse. C'est ce qui a fait donner à l'espèce le nom de rhinocéros à narines cloisonnées. Cette conformation du nez le consolidait et lui permettait de supporter sans inconvénient la plus forte des cornes qui était placée tout à fait à l'extrémité inférieure de la tête.
Le tichorhinus est assez commun dans les alluvions, rare dans les cavernes. On n'y rencontre habituellement que quelques débris disséminés, tandis que les alluvions ont fourni des os entiers, des mâchoires, des crânes et même des squelettes. Ces ossements se montrent à travers toute l'Europe, en Angleterre, en France, en Belgique, en Allemagne, en Pologne, en Russie. Ils abondent en Sibérie et ont été signalésjusqu'en Chine. Comme les os de mammouth, ils manquent dans la région nord de l'Europe, qui, à l'époque moustérienne, était recouverte d'eau ou de glace. Ils manquent aussi sur tous les points occupés par les glaciers dans l'intérieur des terres. Au sud ils descendent encore moins que ceux des mammouths. On n'en a pas recueilli en Italie.
Cet animal était très chassé à l'époque moustérienne, car Sirodot, dans la station du Mont-Dol (Ille-et-Vilaine) appartenant à cette époque, a recueilli quatre-vingt-dix molaires supérieures de tichorhinus, qui représentent au moins trente-sept individus.
30. L'élasmothérium, Elasmotherium Sibericumy très grand herbivore qui devait participera la fois du rhinocéros et du cheval, vivait aussi pendant le quaternaire, mais son habitat était principalement la Sibérie. Il est venu jusque dans le centre de l'Europe et a même peut-être pénétré en France, mais il y a toujours été rare et très exceptionnel.
31. L'hippopotame amphibie, Hippopotamus amphibius, actuellement confiné au centre de l'Afrique, a aussi habité
nos régions. Ce n'est pas étonnant, car, dans les temps historiques, cet animal fréquentait encore les côtes de la Méditerranée. Sous les dynasties égyptiennes il descendait le Nil jusqu'au Delta. Victime de la chasse, l'homme Ta peu à peu forcé à remonter le fleuve et à se confiner dans les régions qu'il occupe actuellement. Poursuivi par les chasseurs, il finira par s'éteindre comme, du reste, tous les grands pachydermes. Ce ne sont pas'les chasseurs qui Font expulsé d'Europe, mais bien les changements de température, et surtout les modifications atmosphériques. Si l'hippopotame a besoin d'un climat doux, il a aussi, et surtout, besoin d'une grande humidité. Il n'est pas amphibie, dans le sens absolu du mot, maisil aThabitude de se plonger fréquemment et longuement dans l'eau. Cette habitude est telle, qu'en captivité on est obligé de lui ménager un bassin, aussi bien dans sa loge fermée que dans son parc découvert, car il se baigne en toute saison. Il ne peut donc vivre dans un pays où Teau gèle fortement. Aussi ne le rencontrons-nous qu'au commencement du quaternaire. C'est une nouvelle preuve que pendant l'époque cheliéenne la température était très douce. L'hippopotame existait déjà à la fin du tertiaire. On le trouve entre autres au Val d'Arno (Italie) et à Saint-Prest (Eure-et-Loir) avec Téléphant méridional; mais, à ce niveau, il atteint de très grandes proportions. Aussi Cuvier en a-t-il fait VHippopotamus major. Ces proportions diminuent beaucoup en passant au quaternaire. Il y a bien encore quelques individus plus forts que les actuels, mais l'ensemble ne diffère pas de l'hippopotame vivant. Très répandu en Italie, l'hippopotame amphibie l'est beaucoup moins en France, sans pour cela être précisément rare. Il en existe jusque dans le sud de l'Angleterre; on ne l'a pas signalé en Allemagne. En France nous le trouvons à Montreuil, Grenelle, Levallois-Pcrret, Saint-Acheul,AbbeviIle; en Angleterre, dans le forest-bed du Norfolk et à Bidden-
ham, avec le rhinocéros de Merk et Téléphant antique, ou bien à Acton, dans la vallée de la Tamise avec le Merkii, seulement. Ce sont là des gisements tout à fait chelléens. Pourtant on le rencontre aussi à un niveau un peu plus haut, à la base du moustérien, associé au mammouth et au tichorinus. L'humidité n^avait pas diminué et le froid n'arrivait que progressivement.
L'époque chelléenne ne nous ayant pas encore fourni de stations humaines avec débris de cuisine et rejets d'habitation, nous n'avons pas de preuves directes que Thomme fossile ait chassé les grands pachydermes du commencement du quaternaire : éléphants antiques, rhinocérosde Merk et hippopotames. Pourtautcorame les instruments en pierre chelléens se trouvent abondamment disséminés aussi bien dans les alluvions du fond des vallées que dans le sol superGciel des plateaux, régions qu'habitaient et parcouraient les grands pachydermes, il est évident que l'homme a dû les rencontrer et se trouver en contact fréquent avec eux. Il lui a fallu se défendre et par conséquent combattre ces grands animaux. Pour ce qui concerne les espèces venues plus tard, comme le mammouth et letichorhinus, les stations moustériennes, solutréennes et magdaléniennes nous fournissent des documents plus positifs. Des portions de grands pachydermes ontété apportées dans les stations, comme matières premières industrielles ou trophées de chasse et nous y retrouvons leurs débris.
32. L'hippopotame de Pentland, Hippopotamus Pentlandi^ forme ou espèce quaternaire, actuellement complètement éteinte. Plus petite que le véritable amphibiti^. Très abondante en Sicile. Le principal gisement et le premier signalé est celui de la grotte de San Ciro, près de Palerme. Les ossements y sont si nombreux qu'en 1829 on eut l'idée de les exploiter pour les raffineries de sucre. Il en fut extrait
400 quintaux. De Chrislol en ayant examiné 30 y re* cueillit trois cents astragales. L'ensemble devait donc en renfermer environ qualremille, ce qui représente les dépouilles d'au moins deux mille individus. Ces ossements d'hippopotame étaient associés à quelques os d'autres espèces, entre autres de l'éléphant antique. Nous sommes donc bien là en présence de fossiles du commencement du quaternaire. L'hippopotame de Pentland a aussi été recueilli dans les grottes de Maccagnone, de Monte Gallo et de Monte San Fratello. Bien que plus petit que l'amphibie, ses os sont encore plus gros et plus forts que ceux de l'homme. C'est évidemment leur rencontre qui a suggéré dans l'antiquité la croyance aux géants habitant les grottes de la Sicile et qui a donné naissance à la légende mythologique des Titans ense* velis sous les rochers qu'ils entassaient pour escalader le ciel. Cette légende, comme tant d'autres, s'évanouit devant les investigations sérieuses de la science.
A Malte et à Candie on a aussi trouvé l'hippopotame de Pentland. C'est une nouvelle confirmation de ce que nous avons dit de l'influence du milieu, à propos de l'éléphant de Malte. Quand les lies de la Méditerranée, à la Gn du tertiaire et tout à fait au commencement du quaternaire, étaient reliées au continent, les hippopotames amphibies circulaient librement en conservant leur taille, ayant de l'espace devant eux. Mais dès que les lies ont été séparées, les individus qui y étaient restés y ont pullulé dans un espace restreint, une sélection s'est produite qui a réduit la taille d'une manière générale et a apporté les quelques autres modifications qui se lient à cette réduction. Ces modifications ont été occasionnées surtout par l'absence de grands fleuves dans les diverses îles.
33. Le sanglier. Sus scrofa, très disséminé, se trouve à peu près partout, mais abondant nulle part. Actuellement ne dé-
passe pas, vers le nord, le 55* de latitude, c'est-à-dire la base de la Suède. En Asie se rencontre depuis la zone tempérée de la Sibérie jusqu'à l'Himalaya. Mais n'est pas un habitant des montagnes. Très commun dans le nord de rAfrique. Ses débris fossiles se rencontrent dans le moustérien, le solutréen et le magdalénien. 11 y varie beaucoup de forme et de dimension. Certains individus étaient sensiblement plus gros que les sangliers actuels ; d'autres, des cavernes des environs de Liège, moustériens, étaient beaucoup plus petits. La caverne de Sundwich, en Allemagne, a fourni une variété à museau plus long et plus large. Une gravure ou plutôt sculpture de Laugerie-Basse, collection Massenat, représente un sanglier à groin tellement développé que son bienheureux possesseur a eu quelques velléités d'y voir une forme voisine des tapirs. Mais les tapirs sont à poils ras et unis, tandis que la sculpture de Laugerie-Basse représente un animal à poils touffus et formant mèches. Les sangliei^s quaternaires vivant sous un climat plus ou moins froid étaient donc pourvus d'une abondante fourrure.
§10. soUpèdes. — Les cspèccssontpeu nombreuses en fait de solipèdes. Nous n'aurons à en citer que deux : le cheval et le poney. On nous demandera peut-être pourquoi nous en faisons deux espèces? C'est tout simplement pour que les renseignements que nous avons à fournir soient mieux groupés, plus clairs et présentent un ensemble plus frappant. Avec le transformisme, doctrine maintenant généralement admise, les divisions type, variété, race et espèce n'ont plus de démarcations absolues; ce sont les divers degrés de modifications qui d'une forme bien définie aboutissent à une autre forme également bien définie qu'on nomme espèce, en passant par divers intermédiaires qui sont des variétés quand elles ont peu d'importance et qui constituent des races quand elles sont plus considérables et plus persistantes.
34. Le cheval, Equus caballus, a été très commun pendant tout le paléolithique, ses ossements sont sans contredit les plus généralement répandus et les plus abondants de cette période. Animal habîtantdepréférence les plaines, ses débris sont très communs dans les alluvions chclléennes et mouslériennes du fond de nos vallées. Les débris de cheval se rencontrent surtout à profusion dans les stations solutréennes. Ayant relevé avec soin la faune de huit de ces stations, c*est le seul animal que j'ai rencontré dans toutes. Dans la station type de Solutré il est prodigieusement abondant. Ses débris forment, à peu près à eux seuls, de puissantes accumu lations, atteignant jusqu'à 3 mètres d'épaisseur et s'étendant sur près de 100 mètres de lon^. On leur a donné le nom caractéristique de magma de cheval. Un habitant de Solutré, rien que dans son champ, a retiré environ 60,000 kilos de ce magma qu'il a vendu aux fabricants de phosphate. Au commencement des recherches, alors que la grande extension du magma n'était pas encore reconnue, de Ferry et Arcelin, se basant sur la quantité de canons recueillis dans un mètre cube de magma, ont estimé qu'il y avait dans la station de Solutré les restes de 2,200 chevaux. Un peu plus tard Ducrost, qui est certainement la personne qui a suivi avec le plus de soin les fouilles, portait ce nombre à 10,000. Enfin au Congrès de Lyon de l'Association française en 1873, Toussaint prétendait qu'il y en a au moins 40,000. Son calcul est basé sur le poids d'un squelette complet, comparé à celui de l'ensemble du magma. Moins abondant dans les gisements magdaléniens, le cheval se trouve pourtant à peu près partout: France, Belgique, Angleterre, Suisse, Allemagne, Italie, Russie, plaines et montagnes, stations humaines et repaires. Dans le repaire d'hyène de Fouvent (Doubs), les ossements de cheval sont presque aussi nombreux que ceux d'hyène. Le cheval a même été signalé dans le quaternaire de l'Himalaya.
La profusion des ossements de cheval, à Solutré, a permis de reconstituer un squelette complet. Il est au musée d^histoire naturelle de Lyon. Malheureusement le hautde la tète manque. Celte partie est toujours brisée et décomposée. Néanmoins il a été possible de se rendre compte de Taspect général de ranimai. En voici la description d'après Toussaint, professeur à l'Ecole vétérinaire de Lyon *. Le cheval de Solutré était plus petit que ractuel. Sa hauteur prise au garrot devait être, en moyenne, de 1" 86 à 1" 38. Les plus grands individus ne dépassaient pas 1" 45. Les dents ont une force et une largeur qui pouvaient les faire prendre pour celles d'animaux de grande taille; la tète était donc grosse proportionnellement au développement général» et les maxillaires inférieurs très larges et très développés. Les débris de chevaux accumulés à Solutré présentent des caractères extrêmement remarquables de similitude. Ils appartiennent à une race unique se rapprochant beaucoup de celle existant actuellement dans la même région, la Bresse, mais un peu moins grande. Le cheval de Solutré avait des masses musculaires accentuées, qui ont laissé des empreintes très marquées. La tète était grosse, aussi l'atlas a un développement et une force non en rapport avec la taille de l'animal, mais avec la grosseur de la tète. Les autres vertèbres du cou au contraire sont plutôt réduites. L'encolure était donc courte et le cou étroit. Les membres ne manquaient pas de finesse. Ils étaient musculeux et forts, avec de longues articulations; le sabot assez élargi. Malgré la diminution de sa taille, ce cheval devait être rapide. Dans les métacarpes et les métatarses du cheval de Solutré on n'observe pas de soudure entre les os rudimentaires et l'os principal, tandis que de nos jours les os rudimentaires se soudent plus ou moins rapidement.
1. H. Toussaint, le Cheval dans la slalion ftréhislorique de Solutré, dans Associât, franç,t Lyon, 1873, p. 586.
ET DE L*AGRIGULTURE. 39
C*est un caractère qui rapproche le cheval qualernaire de rhipparion, son précurseur tertiaire, et qui vient conGrmer le transformisme. Forsyth Major a constaté le même fait sur les débris quaternaires de chevaux de la Terre d'Otrante, au sud de ritalie. Pourtant il ne faut pas croire que tous les chevaux paléolithiques soient aussi uniformes que ceux de Solutré. Il existe des différences et des variations que certains auteurs ont voulu élever à la hauteur de caractères distinctifs d'espèces, tandis qu'ils ne constituent tout au plus que de simples variétés ou des races. C'est ainsi qu'à Lunel-Vieil on a divisé les chevaux quaternaires en race à sabots élevés et race à sabots bas et élargis. Ce n'est qu'une transformation, une modification d'habitat. Les premiers sont des lieux secs et arides; les autres des lieux humides et marécageux. Cette modification s'observe encore de nos jours dans les mêmes conditions. Malgré ces variations locales, on peut dire d'une manière générale que les chevaux paléolithiques sont caractérisés par une taille moindre que racluelle et par un fort développement proportionnel de la lêle. Nous pouvons préciser encore davantage pour ce qui concerne les chevaux magdaléniens. En effet les gravures de chevaux sont très nombreuses. C'est une nouvelle preuve de l'abondance de ces animaux. Les gravures magdaléniennes confirment les données ostéologiques : grosse tête, cou étroit et court. Elles nous montrent aussi que le cheval de cette époque, par suite du grand développement de la mâchoire inférieure, avait le dessous de la tète très descendant et fortement anguleux au point du redressement de la branche montante, forme très adoucie dans les chevaux actuels et surtout masquée par le développement du cou. Les oreilles des chevaux magdaléniens sont aussi beaucoup plus grandes que celles des chevaux actuels. Nous reproduisons une portion d'un bâton de commandement sur corne de renne, venant de la station
typique de La Madeleine, montrant ces caractères (fip. 8). L'abondance des débris de chevauxdans les stations paléolithiques prouve que le cheval était un des gibiers les plus recherchés. En eflet, le cheval offre une nourriture abondante et de bonne qualité. C'est une ressource que nous cherchons à
FiG. 8.
- Tôtcs de chevaux gravées sur corne de rcnno, La Madeleine. Muiée préhistoritiuef gnndew naturoUe.
vulgariser actuellement, et dont profitent largement les peuples peu avancés en civilisation. Nous n'en citerons que deux exemples. Pallas dans ses Voyages nous apprend que les Kirghis des steppes se nourrissent en partie de cheval. « Mahomélans, dit-il, ils ne mangent aucun animal impur. Parmi les animaux sauvages ils ne se nourrissent que d'antilopes, de chevaux de la lande et de toules les espèces de cerfs*. » Le cheval n'est donc pas considéré comme un animal impur. Loin de là, Pallas ajoute que dans certaines devinations on donne au devin un cheval. Le devin Tégorge, garde la peau et fait manger la chair par l'assistance. Si de l'Asie nous passons en Amérique, nous y trouverons les Palagons qui bien qu'utilisant les chevaux pour les monter, depuis qu'ils ont été introduits par les Européens, les tuent aussi pour les manger. 35. Le poney, Equus minor. A côté du cheval ordinaire de