‹ Origines de la chasse, de la pêche et de l'agricultureChapitre 7 sur 133 · Pallas, Voyage, an H, voL II, p. 295 cl · texte numérisé non relu

Pallas, Voyage, an H, voL II, p. 295 cl

taille moindre que le cheval actuel vivait un autre cheval bien plus petit. Son existence est parfaitement établie par des ossements recoeillis dans les alluvions parisiennes, au Mont- DoI(Ille-et-Vilaine)y dans la vallée delaTardoire (Charente), à Brengues (Lot), à Aurignac (Haute-Garonne), dans la grotte d'Arcy (Yonne), à Langenbrunn et Géra (Allemagne). On voit que partant du chelléen et certainement du moustérien, alluvions et Uont-Dol, il monte jusque dans le magdalénien de la vallée de la Tardoire. Mais les débris recueillis sont trop disséminés et trop peu nombreux pour qu'on puisse bien nettement caractériser cette espèce, race ou variété.

§ 11. Raninaata. — Ce sout les ruminauts qui ont fourni le gibier le plus généralement chassé pendant toutes les époques paléolithiques. Aussi leurs débris se rencontrent-ils en majorité dans les stations humaines de cette période. Habitant volontiers les plaines, leurs ossements sont également abondants dans les alluvions.

36. L'aurochs, Bison prîscus ou europœus. Les bovidés, très répandus dans les alluvions chelléennes et moustériennes, ont été recueillis en certaine quantité dans les stations typiques de Chelles et de Saint-Acheul. On peut dire qu'ils formaient la base de la nourriture à l'époque moustérienne. Les stations humaines de cette époque sont même caractérisées par l'abondance de gros éclats d'os de bovidés. Ces os étaient brisés pour en avoir la moelle. Les bovidés ont été encore beaucoup chassés aux époques solutréenne et magdalénienne. Les station s de ces deux époques où l'on n'a pas signalé d'ossements de bovidés, sont tout à fait exceptionnelles. Parmi les bovidés paléolithiques, les deux principales espèces atteignalentunegrande taille. Semblables sous beaucoup de rapports, ils diiTéraient surtout par le front, les cornes, certaines vertèbres. 11 faut donc avoir ces parties pour arriver à des déterminations positives, ou bien

posséder des os importants dans un bon état de conservation, ce qui est rare.

Une synonymie très complexe et même très embrouillée vient encore augmenter cette difficulté de détermination. Pour montrer quelle confusion il règne à cet égard, il suffit de citer deux figures de Hei berstein.

Sous Tune on lit : c Je suis VUrus^ que les Polonais nomment rwr, les Allemands Aurox et le vulgaire Bison. »

Sous l'autre : c Je suis leBison^ que les Polonais appellent SubeVy les Allemands Wyseni et le vulgaire Urochs. >

Les auteurs et naturalistes allemands appellent le grand hœut aurochs et le bison uru^. Brehm* a adopté cette interprétation. Mais naturalistes et auteurs français, italiens, suisses, belges, anglais ont généralement admis Tinterprétalion inverse. Pour la clarté du langage et dans l'intérêt de la science, il est indispensable de bien établir la synonymie de ces deux espèces.

L'aurochs ou bison quaternaire avait la partie antérieure du corps très fortement développée proportionnellement à la partie postérieure; le dos était très élevé et très arqué, surtout chez le mâle, ce qui fait que les apophyses épineuses des verlèbres dorsales sont fort allongées; les membres étaient plus élancés que dans les bœufs ordinaires; le front arrondi dépassait l'insertion des cornes; les cornes, divergentes, faiblement courbées, élaient peu allongées, bien qu'à fût osseux très gros. C'est bien là l'aurochs fossile de Guvier, le Bas bu/falus de Pallas, le Bos priscus de Bojanus, le Bison europœus el le Bonassus bison d'autres auteurs.

Les alluvions nous ont fourni des cornes plus ou moins entières, ne laissant aucun doute comme détermination, qui nous montrent que cet animal existait aux époques chel-

1. A.-E. Brehm, la Vie des animauXj trad. par Gerbe, Mammifères.

léenne et moustérieDne. Une tertëbre dorsale à très longue apophyse épineuse de la grotte de l'Église à Excideuil, prouve qu'il a continué pendant le solutréen. Enfin sa présence dans le magdalénien est démontrée par diverses gravures, entre autres par une fort remarquable de la collection Massenat» sur un tronçon de corne de renne (fig. 25). Elle provient de Laugerie-Basse. C'est une chasse à Taurochs. Un homme harponne un aurochs mâle qui fuit en baissant la tète. Tète et dos sont recouverts d'une abondante fourrure formant crinière. Au côté opposé du tronçon on voit gravé une femelle d'aurochs. Le dos est beaucoup moins arqué et la crinière touffue fait défaut.

Comme taille Taurochs paléolithique était plus fort ou avait à peu près les mêmes dimensions que le grand bœuf ou unis. Il était plus fort que l'aurochs actuel, qui vit encore dans une forêt de la Lithuanie russe et qu'on conserve à grand'peine.

87. L'urus ou bœuf primitif, Taurus primigenius. Avec les ossements de l'aurochs que nous venons de décrire, se trouvent au moins aussi abondants, sinon plus, ceux d'un autre grand bovidé. Il est caractérisé par un dos h peu près droit; des membres trapus; un front aplati, à sommet recliligne; des cornes s'insérant au niveau du sommet du front, très longues, recourbées et rabattues en avant. C'est bien là l'urus ou bœuf primitif, se rapportant au Dos primigenius de Bojanus, au Bos urus priscus de Schtotteim, au Taxtrus fossilis de de Baer, auquel on pourrait encore rapporter quelques synonymes moins caractérisés.

L'urus ou bœuf primitif était environ un tiers plus grand que nos bœufs actuels, ce qui donne un peu plus du double en volume.

38. Le bœu(y Bos ou Taw^s longifronSy associé aux deux grands bovidés précédents se trouve, surtout vers le sommet

du paléolithique, à partir de Tépoque moustérienne, un bœuf, un véritable bœuf, plus petit, de la taille de nos bœufs actuels. Il a été signalé en Angleterre et Owen lui a donné le nom de Bos longifrons. En France on l'indique à Sordes, à Gourdan, au Pont du Gard, au Salève. En Allemagne il a été mentionné à Schussenried. Dans cette dernière station il parait même plus petit qu'ailleurs.

L'abondance et l'importance des bœufs pendant le magdalénien sont établies non seulement par les débris qu'ils ont laissés dans les stations, mais encore par les représentations que les artistes de cette époque en ont fait. Nous avons des taureaux, des vaches et des veaux. La pièce la plus curieuse est un fragment de bâton de commandement avec tètes d'urus mâle et femelle sculptées (Laugerie-Basse, collection Massenat); seulement les cornes longues, recourbées et rabattues en avant, étaient trop difticiles à représenter, nos artistes primitifs les ont tout simplement supprimées (fig.9).

Fio. 9. — Taureau cl vache, Unis. Sculpture en corne de renne, Langerie-Bassc. Mutée préhistorique, 1/2 grandeur.

Une autre preuve de l'abondance des grands bovidés est fournie par les dents percées de ces animaux qui sont assez répandues. On en a signalé de Langerie-Basse et de La Madeleine (Dordogne), de Bruniquel (Tarn-et-Garonne), de Goyet

(Belgique). Ce sont des incisives qui servaient d'ornement et de trophées de chasse.

39. Le bœuf musqué, Ovibos moschalusy animal qui ne se trouve plus que dans les régions polaires de l'Amérique du Nord, descendait, pendant le paléolithique, au moins jusqu'à 45 degrés de latitude. En France on Ta rencontré dans le département de la Dordogne,à la Gorge d'Enfer, commune de Tayac. 11 a été aussi recueilli dans les alluvions de Viry- Noureuil, près Chauny (Aisne), et de Précy, près Creil (Oise); ainsi que dans celles de la rive sud de la Tamise, à l'est de Londres (Angleterre). Il est cité de Kreutzberg, près Berlin, et de la grotte de Langenbrun, près Bonau-Eschingen, non loin de la Forèl-Noire et des sources du Danube. Parmi les œuvres d'art de la grotte de Thayngen, canton de St^haflhouse (Suisse), il y en a de très authentiques comme le renne broutant; d'autres sont certainement fausses comme Tours et le chat; entre deux so place une série qu'il faut examiner avec soin et critique. Dans cette série existe une tète de bœuf musqué en ronde-bosse. Mais sur les 1 ,500 kilos d'os retirés de la grotte, on n'a pas reconnu un seul débris se rapportant à cet animal. Au Congrès des anthropologistes allemands qui s'est tenu à Strasbourg, en 1879, SchaafThausen a cité un crâne de bœuf musqué découvert près de Coblentz, valléi; de la Moselle. Il porte, a-l-il ajouté, sur le front les traces dé l'instrument avec lequel il a été tué. Ce serait une pnnivc que les bœufs musqués élaienl chassés par l'homme paléolithique.

.40. Le mégacéros, Cervus megaceros ou Megaceros hyhernicus, est un cerf de très grande taille, remarquable par le développement de ses cornes ou bois. On l'appelle souvent cerf des tourbières ou cerf d'Irlande, parce que ce senties tourbières de ce pays qui ont fourni les plus beaux et les plus complets échantillons.

Des squelettes entiers provenant d'Irlande ont permis de bien étudier les caractères de Tespèce. Ce qui la distingue surtout ce sont ses vastes bois qui atteignent trois mètres d'envergure. ImmédiateoDent au-dessus de la meule ou base part un petit andouiller court, mais palmé ou digité, qui se dirige perpendiculairement en avant. Les perches ou corps cylindriques du bois se transforment rapidement en larges et vastes palmures garnies de longs andouillers. Le front est fortement concave. Les palmures et certaines tendances des bois à se rapprocher de la position horizontale sont des caractères qui rappellent Télan, pourtant l'ensemble du squelette est beaucoup plus voisin de celui de Télaphe ou cerf ordiuaire que de celui de Télan. Les pahnures faisant fonctions de larges pelles servaient probablement à déblayer la neige quand Tanimal voulait, pendant Thiver, chercher sa nourriture.

Ce cervidé, en effet, vivait pendant l'époque glaciaire. Il a été trouvé à Poissy (Seine-çt-Oise) dans les alluvions moustériennes avec le mammouth elle tichorhinus. Beaucoup plus au midi, on l'a signalé dans la grotte de Néron, à Soyons (Ârdèche), au milieu de l'industrie moustérienne la mieux caractérisée. Il n'est pas rai*e en Angleterre, en France, en Belgique» en Allemagne et même dans les alluvions 'anciennes du Pô en Italie. C'est la partie la plus méridionale de son habitat, par conséquent la plus chaude et la moins neigeuse, aussi ses palmures y sont moins développées. C'esC aussi là où les bois ont le plus de tendance à Thorizontalité.

C'est en Irlande que le mégacéros paraît avoir vécu le plus longtemps et on se demande s'il ne s'y est pas maintenu jusqu'à l'époque actuelle. Des squelettes entiers se retirent de la tourbe superficielle. Évidemment ce sont les restes de victimes de submersion. La tourbe avait donc

déjà assez de développement pour pouvoir envelopper coraplèteinent ce grand animal quand il s'aventurait sur des parties trop peu consistantes pour le soutenir. Il s'enfonçait dans le marais et y périssait.

41 . Wapiti ou grand cerf du Canada, Cervus canadensis^ très grand, ne le cédant presque pas au mégacéros comme taille, mais ayant, sauf la grosseur, des bois semblables à ceux du cerf ordinaire. Les caractères ostéologiques ne diffèrent pas non plus. Le wapiti est cantonné maintenant dans le nord de l'Amérique comme l'indique son nom de cerf du Canada. On l'a recueilli en France dans les stations moustériennes de la vallée de la Tardoire (Charente); dans les stations solutréennes de Solutré (Saône-et-Loire), et de la grotte de la Chèvre, à Thorigné (Mayenne); dans les stations magdaléniennes de Laugerie-Basse (Dordogne) et du Salève (Uaute-Savoie). Ses relations de forme et de taille avec le mégacéros font que très souvent il est difficile de rapporter à l'une ou l'autre de ces espèces les échantillons recueillis. On ne peut déterminer d'une manière certaine qu'un petit nombre de pièces offrant des caractères bien tranchés. Mais comme les débris de grands cervidés sont assez abondants dans les stations humaines^, on peut en conclure que les deux espèces étaient chassées.

42. Elaphe ou cerf ordinaire, Cervus elaphus, se rencontre en abondance dans les alluvions des vallées et dans les stations humaines de toutes- les époques. Parait avoir été bien moins recherché et par conséquent moins chassé quand le renne était abondant. Aussi ses débris varient beaucoup d'une station à l'autre. Ainsi aux Eyzies (Dordogne), où les rennes sont très nombreux, le cerf est très rare; à Massât (Ariège), ils sont tous les deux communs; à Aurensan (Haules- Pyrénées) le cerf est plus abondant que le renne ; celte différence est peut-être encore plus sensible à Lorthet (Hautes-

48 ORIGINES DE LA CHASSE, DE LA PÊCaS

Pyrénées). En Suisse, à l'extréinité nord-est, la grotte de Thayngen sur 1,500 kilos d'ossements contenait les débris de ibO rennes et seulement ceux de 6 cerfs élaphes. Au contraire à l'extrémité nord-ouesl,à Beileriveprèsde Délémonl, avec des silex complètement magdaléniens, le renne manquait et le cerf ordinaire était très abondant. L'abondance du cerf est d'autant plus grande que l'on se rapproche plus des temps actuels.

Les cerfs élaphes paléolithiques étaient souvent plus grands et plus forts que les cerfs actuels. Pourtant à toutes les époques quaternaires on en rencontre de tout à fait semblables aux nôtres. 11 y en avait même de plus petits. On a voulu en faire une espèce ou une race sous le nom de Cervus'corsicantis, cerf de Corse. En effet le cerf actuel de Corse, enfermé dans une ile, a un habitat restreint, aussi ses proportions sont-elles plus réduites que celles des cerfs du continent. C'est un effet analogue à celui que nous avons signalé pour les éléphants et les hippopotames.

43. Le renne, Cervus tarandtis ou Tarandus rangiferay était certainement le gibier de prédilection de l'homme fossile, c'est celui qu'il chassait de préférence, aussi ses débris sont si abondants dans les stations du quaternaire supérieur que Edouard Lartet l'avait choisi pour caractériser sa dernière époque paléolithique qu'il appelait époque du renne. Les débris de renne se rencontrent, mais rares et clairsemés, dans les alluvions. Il-s^ont au contraire fort abondants dans les stations. Le renne a apparu dans le centre de l'Europe à l'époque moustérienne, il s'est développé à l'époque solutréenne et a atteint son apogée à l'époque magdalénienne. Il a ensuite émigré vers le nord.

Le renne fossile, abondant en Angleterre, en France, en Beljfique, en Suisse, en Allemagne, se retrouve dansle Mecklembourg et dans la partie la plus méridionale de la Suède.

Il ne paraît pas remonter, d'après Worsase*, au delà de la Scanie septentrionale et du Halland.

Pour ce qui concerne le sud, le renne, qui abonde jusque sur le versant nord des Pyrénées, n'a pas pénétré en Espagne. Il manque complètement en Italie. 11 n'a donc franchi ni les Pyrénées ni les Alpes. C'est par erreur qu'un i^norantin, connu sous le pseudonyme d'Indes, l'a signalé à Rome. Il n'a pas même passé la frontière entre Nice et Yintimille. On ne l'a pas rencontré aux Baoussé-Roussé ou grottes de Menton.

Lorsqu'on a commencé l'étude des animaux fossiles on avait la fièvre des espèces. Se trouvant devant une masse de débris de tout âge, de tout sexe et de toutes tailles, on a créé plusieurs noms. Mais une étude plus complète et plus précise a fail reconnaître qu'il ne s'agissait que du renne, mais du renne très abondant. Rùl-imeyer a constaté 250 individus dans la seule grotte de Thayngen. A Gourdan (Haute- Garonne), parmi les ossements recueillis dans les deux premiers mois de fouilles^ il y avait 304 mâchoires inférieures droites et 29t gauches. Piette estime qu'en quatorze mois, il a rencontré les ossements de plus de 3,000 individus. Ce qui a pu tromper les premiers naturalistes qui se sont occupés des ossements de renne, c'est qu'en effet, outre les différences de sexe et d'âge, il y a aussi quelques variations régionales, ainsi les rennes de Thorigné (Mayenne) sont remarquables par leur petitesse. Ceux de Solutré au contraire sont beaucoup plus forts.

Le renne, comme nous venons de rétablir, étant le gibier de prédilection des chasseurs paléolithiques, a été aussi le sujet choisi de préférence par les artistes magdaléniens. Parmi les sculptures et les gravures de cette époque les

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