‹ Origines de la chasse, de la pêche et de l'agricultureChapitre 62 sur 133 · Pline, Histoire naturelle^ IX · texte numérisé non relu

Pline, Histoire naturelle^ IX

aujourd'hui Saïda. Il couronne des falaises élevées de 35 mètres environ qui dominent le port du sud, actuellement abandonné, connu sous le nom de port des Égyptiens. Ce dépôt d'après de Saulcy a une longueur de plus de 130 mètres et une hauteur de 7 à 8 mètres vers le centre. Lortet, restant dans des termes plus généraux, dit qu'il se développe sur quelques centaines de mètres de longueur et plusieurs

FiG. 107 et 108. — Coquilles à pourpre, Murex irunculut, Sidon, 3/4 grandeur.

mètres d'épaisseur. Il est entièrement composé de Murex truncultis.

En 1871, de Ducker a signalé un dépôt analogue de 40 mètres de long sur 3 mètres de haut dans la petite île de Saint-Georges, à 15 kilomètres d'Athènes. Boblaye en a cité sur les côtes de Gérigo et en 1873, Chantre et Lortet, sur les côtes de l'Âttique ainsi que dans l'île de Salamine.

La légende antique rapporte que la découverte de la pourpre est due à un chien de berger qui, se trouvant au bord de la mer, brisa avec ses dents une coquille de Murex et eut toute sa gueule teinte en pourpre. Que ce soit un conte ou un fait réel, peu importe, ce qu'il est intéressant de constater c'est à quelle époque remonte ladite découverte. Les auteurs anciens nous ont laissé deux versions. Les unsindi-

quent cetteinvention comme contemporaine d'un frère de Cadmus, Phoenix, second roi de Tyr. Lesaulres enfonlhommageau règne de Minos, premier roi de Crète. Cadmus fonda Thèbes, capitale de la Béotie. Argos passant pour la plus ancienne ville de Grèce et ne datant que du xvui * siècle avant notre ère, l'invention de la pourpre ne peut être antérieure à cette époque. Tous les dépôts de coquilles à pouipre, à plus forte raison, lui sont d&ns leur ensemble de beaucoup postérieurs.

§. 6. Ceridi. — Il nous reste à parler d'un produit marin qui bien qu'étant l'œuvre d'invertébrés, n'appartient pas à la classe des coquilles mais bien à celle des polypiers. C'est le corail. Comme nous n'avonsquepeude documents àson égard, nous ne pouvons en faire un chapitre spécial, aussi le joignons-nous, en guise d'appendice, au présent chapitre des coquilles.

Le corail par son éclatante couleur rouge, sa dureté et le brillant poli qu'il acquiert, adû frapper de suite leshommes qui l'ont rencontré. Hais comme c'est un polypier habitant les eaux profondes, il est resté pendant fort longtemps inconnu. Nousn'avonspasdedonnéescertainessursespremiersemplois dans l'industrie. Comme il n'est jamais très volumineux et comme il s'altère facilement par l'action du temps et surtout par Tenfouissement, — il devient blanc, opaque et terne, — les chercheurs et les archéologues mêmes ont dû souvent le négliger et le méconnaître.

Les légendes mythologiques grecques ne le font pas remonter bien haut. Orphée raconte que lorsque Persée eut tué la Gorgone Méduse qui changeait en pierre tout ce qu'elle regardait, il alla se laver les mains au bord de la mer. Il fut obligé, pour faire ses ablutions, de déposer sur le rivage la tête sanglante du monstre. Le sang qui s'écoulait fut alors pétrifié par le regard de Méduse, ce qui donna naissance au corail. Le corail n'est donc connu des Grecs que depuis

Persée; puisque d'après leur croyance il n'existait pas avant. Or, Ton sait que Persée ne remonte au plus qu'au xvi* ou xvii* siècle avant notre ère.

Les données préhistoriques en fait de corail font défaut. Ce produit n'est signalé que dans la protohistorique.

Les cimetières du département de la Marne et des régions voisines, qu'on a désignés sous le nom de cimetières gaulois et qui se rapportent à notre époque mafnienne, dont ils forment le type caractéristique, contiennent en abondance du corail. Il s'y rencontre comme applique sur des fibules et des torques, colliers-anneaux, que nombre d'historiens, d'archéologues et d'artistes attribuent spécialement aux Gaulois, bien qu'on trouve de ces colliers en Gaule à des époques antérieures et dans beaucoup d'autres pays que la Gaule.

Mais c'est surtout en pendeloques et en grains de colliers qu'on rencontre le corail dans les tombes marniennes. Seulement, par suite d'altérations, il est habituellement devenu blanc et terne. Comme applique il est parfois mieux conservé grâce à l'action du carbonate de cuivre produit par les objets en bronze sur lesquels il se trouve. Il a encore une teinte sinon rouge au moins rosée. En pendeloque il se présente dans certains cas avec son aspect naturel branchu, comme le morceau repré- Fio. 109. - Branche scuté figurc 109, provcuaut du département

de corail, pcndelo- j i m* *

que, gaulois de u dc la Mamc.

Marne, 3/4 çr. j^^ ^^^^jj ^^^ ^^ produit méditerranéen.

On le pêche surtout autour des grandes îles de la Méditerranée et sur les côtes d'Afrique. C'est de li que le tiraient les populations de la Marne dont nous venons de parler. Ces populations avaient aussi en abondance de l'ambre venant des côtes de la Baltique. Elles servaient donc d'intermé-

diaire, pendant l'époque marnienne, au courant commercial qui allait du sud au nord et du nord au sud, entre la Méditerranée et la Baltique.

Les cimetières marniens de la Marne peuvent remonter jusqu'au iv* et au V siècle avant notre ère. Le corail va plus loin, on le retrouve dans certains gisements de Tépoque hallstattienne ou premier âge du fer. C'est tout ce que nous savons. Il y a sur ce sujet d'intéressantes recherches à faire.

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