D*après le Dictionnaire de V Académie
AcclimaUry accoatumer à la température el à rinf uenee d*UB BOUTotti cUmai.
Naturaliur^ se dit des animaux et des plantes que Ton apporte dans un pays et qui y réussissent.
D'après Littré :
Acclimater y habituer à un nouveau climat, tellement qu'on n'en resseate plus aucune mauvaise influence.
Naturaliser y en parlant des animaux et des plantes, procurer la naturalisation. = Naturalisation t action de naturaliser vne race d'animaux dans un paya oè cette race est étrangère. Naturalisation d'une plante» état d'une plante qui, importée d'une autre flore, vit à elle seule comme dans une nouvelle nature et devient sauvage sans être étouffée par les plantes indigènes. = Synonymie. Il faut distinguer entre Acclimater et Naturaliur entre acclimatation et naturalisation. Accclimater, se dit des individus et des espèces; naturaliser ne se dit que des espèces.
§ 2. CmmmîdétmiUmm préllMlMiIres. — Uacclimatation et h
Datui*alisaiion se font souvent sans la volonté et même contre la volonté de Thomme. Ce souverain du monde, comme il s'intitule orgueilleusement, est parfois rappelé à des sentiments plus humbles et plus modestes par les animaux les plus inûmes. Nos insectes parasites, punaises, puces et poux divers, ont pris possession du monde entier. 11 en est de même des souris qui maintenant se trouvent partout. Elles se sont acclimatées et tellement bien naturalisées sur tous les points de la terre, qu'elles pullulent de toute part malgré la guerre achainée qu'on leur fait. Dans cette lutte continue et sans relâche, ce sont elles qui triomphent*
L'acclimatation est souvent trompeuse. Un animal ou une plante peut vivre pendant de longues années dans un pays, puis être entièrement détruit par une action atmosphérique -exceptionnelle. C'est ainsi qu'une espèce de petit escargot, VHelix variabiliSy du midi de la France et des côtes maritimes de l'ouest, apportée dans les environs de Paris avec les graines de plantes fourragères, s'y développe et s'y propage pendant des séries d'années, puis tout à coup est complètement détruite par un hiver exceptionnellement froid. Pour notre compte, nous avons pu constater deux fois ce fait.
Tous les animaux, même les plus gros et les plus puissants comme l'éléphant, les plus fiers et les plus forts comme le lion, les plus terribles et les plus indépendants comme le tigre, se laissent dompter. Puissance, courage, férocité, fierté, tout cède devant une manifestation nette de force et de supériorité. L'éléphant capturé se soumet, le lion captif et commandé avec autorité obéil, le tigre lui-même s'incline devant une volonté inflexible et vigoureuse. Les dompteurs qui se montrent sur nos théâtres, qui suivent nos cirques et parcourent nos fêles foraines, en sont une preuve très convaincante, à la portée de tous. Ils maîtrisent leurs animaux
à la condition qu'ils ne faiblissent pas. Au moindre Taux pas qui parait les mettre dans un état d'infériorité, à la moindre: démarche qui a l'air d'une faiblesse, les animaux domptés reprennent leurs instincts et se précipitent sur le dompteur.;
Un animal dompté peut devenir apprivoisé. C'est ce qui arrive souvent avec les lions. Un animal dompté peut même se transformer en animal domestique. C'est ce que font les Panikis deCeylan avec l'éléphant ^ Le cheval a été dompté avant d'être domestiqué, comme nous le verrons tout h l'heure.
Tous les animaux se laissent aussi plus ou moins apprivoiser, surtout quand on les prend jeunes. Mais il en est qui restent toujours attachés aux personnes qui les ont apprivoisés, tandis que d'autres à un moment donné les abandonnent pour reprendre leur liberté. Ainsi nous avons élevé plusieurs jeunes renards qui étaient on ne peut plus apprivoisés, qui venaient à notre appel, qui nous suivaient, qui nous donnaient de véritables témoignages d'affection. Pourtant, tous, une fois adulte, sont partis pour ne plus revenir. )
La domestication peut être considérée comme le complément de l'apprivoisement et par suite qualiûée d'apprivoisement complet.
Non seulement certaines espèces d'animaux sont plus aptes iètre apprivoisées que d'autres, mais dans la même espèce il y a une grande différence entre les divers individus. M"« de Mortillet a possédé à Genève deux chardonnerets provenant de la même nichée. Voulant les apprivoiser, elle les laissait libres dans une grande pièce. L'un devint des plus doux, des plus affables. Il n'était heureux que posé sur l'épaule de sa maîtresse. L'autre non seulement est resté sauvage, mais il venait donner des coups de bec à son camarade quand il le
1. Nous en avons parlé quand il s*est agi de la chasse, voir précédemment page 170.
voyait sur les doigts ou sur l'épaule de M"*® de Mortillet. H se retirait constamment le plus loin possible des personnes et cherchait toujours à s'échapper, il est parti un jour qu'on avait laissé la porte entr'ouverte. Quant à l'apprivoisé, il était devenu si familier que se trouvant toujours auprès des personnes, il Tut un jour écrasé par inadvertance. Ainsi, de deux oiseaux de la même espèce, du même âge, du même nid, Iraités exactement de même, l'un est toujours resté sauvage, tandis que Tautre s'est parfaitement apprivoisé.
Si cette différence existe dans une seule et même espèce, à plus forte raison doit-il en exister une aussi grande, sinon plus grande, entre les diverses espèces d'animaux. C'est en effet ce qu'il est facile d'observer. Il est des espèces plus ou moins domptables. L'éléphant se soumet dès qu'il voit qu'il est pris et ne peut plus s'échapper. Tout à côlé de lui le tigre est très difficilement domptable. Ce même tigre ne s'apprivoise presque pas, tandis que le lion s'apprivoise facilement, non seulement quand il est pris jeune, mais encore quand il a été capturé à un certain âge. Enfin certaines espèces sont essentiellement domesticables comme le chien, tandis que d'autres, même extrêmement voisines, ne le sont pas du tout, comme le renard et le loup. Parmi les espèces domestiquées par l'homme, il en est qui n'ont jamais pu l'être complètement, tel est le renne qui conserve toujours un certain esprit d'indépendance et qui reprend facilement sa vie sauvage.
Le dingo, chien d'Australie, offre un curieux exemple de cette demi-domestication. Il n'est pas soumis à l'homme, il s'associe seulement avec lui pour une ou plusieurs chasses. Mais ce n'est qu'une association momentanée qui se rompt et se renoue suivant les convenances du dingo et de l'Australien.
L'apprivoisement et la domestication des animaux ne sont
pas des faits dépendant exclusivement de Thomme. Ils se pratiquent aussi entre d'autres animaux. L'Afrique nous en fournit plusieurs exemples. Nous y voyons des apprivoisements ou domestications s*opérer entre certains oiseaux et de grands mammifères.
Ainsi le buffle de Gafrerie, Bubalus Caffer^ animal 1res sau* vage et 1res méchant, fait si bon ménage avec un oiseau, qu'on a nommé ce dernier oiseau des buffles. C'est le Textor erylhrorhynchos. Il tiont compagnie à ses amis, les accompagne, se pose sur eux et les délivre de leur vermine. Quelle que soit son efi*ronterie, les buffles la supportent, car lorsque Toiscau s'envole à l'approche d'un danger, le mammifère est averti et se met sur ses gardes. Le textor remplit donc tout à la fois les fonctions de pouilleur ou échenilleur et de gardien.
Les rhinocéros ont aussi choisi pour ami un oiseau de la famille des pics-verts ou des étourneaux, le pique-bœuf ou Buphaga qui ne les quitte pas. Il se perche sur leur dos, leur tète et même leur museau, il s'accroche à leur ventre, il grimpe le long de leurs jambes et de leur flanc sans que le gros et puissant mammifère s'en inquiète, trop heureux d'être débarrassé par le petit oiseau de tous les parasites qui se fixent et abondent sur son corps. Le buphaga veille aussi à la sécurité des rhinocéros. Très prudent le petit oiseau prend rapidement sa volée au moindre danger et en partant avertit et même réveille le gros animal.
On peut se demander si c'est le rhinocéros qui a domestiqué le buphaga ou le buphaga qui a domestiqué le rhinocéros. Evidemment c'est le petit qui a domestiqué le gros» seulement le gros s'est laissé domestiquer parce qu'il y a trouvé son avantage. Le buphaga né fréquente pas seulement le rhinocéros mais tous les gros animaux qui ont de la vermine : l'éléphant, l'hippopotame, le buffle, le chameau, le cheval et même l'antilope. C'est donc bien l'oiseau qui
31â ORIGINES DE LÀ CHASSE, DE LÀ PÊCHE
domestique les mammirères. Et la preuve que c'est bien une véritable domestication, c'est que les animaux qui ne connaissent pas le buphaga, qui sont des animaux encore sauvages à son égard, s'inquiètent et même s'affolent lorsqu'ils voient leurs futurs amis pour la première fois s'abattre sur eux; les chevaux s'emportent, les bœufs se sauvent épouvantés.
L'hippopotame est encore mieux doté que le rhinocéros* Au lieu d'un ami il en a plusieurs. Dans le sud de l'Afrique il partage les faveurs du buphaga. Dans le nord le buphaga est remplacé par un autre oiseau, le pluvion ou oiseau des pluies, Hyas AegyptiacuSy espèce de petit échassier intermédiaire entre les pluviers et les coure-vite, qui rôde autour du gros mammifère amphibie pour enlever de sa peau les sangsues et les insectes qui y adhèrent. En même temps un petit héron, Ardeola bubulcus^ se piXH mène sur son dos dans le même but. Ces deux amis avertissent aussi l'hippopotame des dangers. Dès qu'il les sent et les voit agités, il s'empresse de se jeter à l'eau.
L'apprivoisement et la domestication se retrouvent encore bien plus complets parmi les animaux inférieurs, les invertébrés. Certaines fourmis ont des troupeaux de pucerons qu'elles soignent et élèvent pour pouvoir sucer à leur aise les sucs qu'ils produisent. Il est impossible d'avoir un fait plus complet de domestication.
§ 3. ivon domestieation iMaéoUiki^iie. — A l'article Domestication la plupart des grands Dictionnaires donnent les citations suivantes ou des citations analogues :
€ Aussi haut qu'on remonte dans l'histoire de notre race ou trouve la domestication du bœuf, du cheval, du mouton, du cochon et du chien. > (A. Uéville.)
€ La domestication de la brebis date du commencement du monde. > (Maquel.)
€ La domestication de plusieurs quadrupèdes se perd dans la nuit des âges. Aussi haut que nous remontions dans Thistoire, nous trouvons les peuples les plus anciens déjà en possession du bœuf, du cheval, de Tftne, du mouton, du cochon et du chien. » (Pierre Larousse K)
C'est une erreur. La domestication ne date pas du commencement du monde. Si elle remonte à Torigine de Thistoire proprement dite, la palelhnologie nous montre qu'elle est loin de remonter à Torigine de notre race. Elle n'existait pas pendant toute la période paléolithique. L'homme fossile n'avait pas d'animaux domestiques.
En effet les stations paléolithiques d'Europe, si nombreuses et qui ont fourni une faune si abondante, ne contiennent pas de restes de chiens. Or de tous les animaux le chien est le plus modiûé par la domestication et le plus généralement répandu comme animal domestique. C'est le plus apprécié et le plus utile, étant tout à la Tois Tami, le compagnon fidèle, le gardien vigilant et l'aide de chasse de l'homme. Aussi trouve-t-on le chien chez les nations sauvages qui n'ont aucun autre animal domestique, comme les Australiens. Dans les gisements néolithiques les plus anciens, comme les kjoekkenmoeddings du Danemark, le chien existe à l'exclusion de tout autre animal domestique. Eh bien, comme nous venons de le dire, le chien ne se trouve pas dans les stations paléolithiques.
Ces stations ne renferment pas non plus le cochon domestique, la chèvre et le mouton, malgré l'assertion de Maquel citée dans nos Dictionnaires classiques.
Si cet auteur a dit : c La domestication de la brebis date du commencement du monde >, c'est qu'il a été induit en erreur par la Bible qui prétend que le second fils d'Adam,
1. Pierre Larousse, (^rand Dictionnaire universel du xix* siècle^ 1870, article Bomesticàtion.
c Abel fut pasteur de brebis ^ ; » c'est une légende dont le fond est inexact.
Restent le bœuf, le renne et le cheval.
Le bœuf est représenté par deux espèces au moins, une grande et une petite. Ce serait déjà fort étonnant de trouver deux espèces de bœuf domestique, tandis que chien, cochon, chèvre et mouton font complètement défaut.
Mais bœuf, renne et cheval, s'ils avaient été domestiqués à cette époque, devraient se rencontrer en abondance dans tous les dépôts, toutes les stations. Etant sous la domination directe de Thomme, ils auraient formé le fond de Talimentation. Il n'en est rien. Les bœufs, malgré leurs deux espèces, sont toujours peu abondants. Les chevaux, parfois, comme à Solutré, accumulés à profusion, font ailleurs complètement défaut. Les rennes dont les débris sont le plus généralement répandus, ne le sont pas non plus uniforme* ment et peuvent manquer même, comme nous l'avons établi en p«irlant de la chasse ^
En résumé la faune des stations paléolithiques, au lieu d'être à peu près uniforme comme cela devrait avoir lieu si les habitants de ces stations avaient connu les animaux domestiques, est des plus irrégulières. Débris de bœuf, cheval et renne, se trouvent en plus ou moins grande proportion suivant les localités plus ou moins fréquentées par ces animaux sauvages.
Une autre observation qui conduit aux mêmes conclusions, concerne la proportion des os des diverses parties du corps dans les stations.
Il est évident que si les animaux avaient été domestiqués, les habitants des stations les auraient économisés, auraient évité de les gaspiller. Les tuant à côté de leur lieu d'habita-