CARNASSIERS
Sommaire. — 1. Chien. Paléolithique. — 2. Chien. Kjoekkenmoeddings. — 3* Chien. Néolithique et bronze.— 4. Chien. Egypte. — 5. Chien. Antiquité classique. — 6. Chien. Nations sauvages. — 7. Chien. Origine. — 8. Chien. Variations. — 9. Chats.
§ 1. Gkten. Paiëoitiiiiqoe. — Les stations pâléolîthiques d'Europe n'ont jusqu'à présent fourni aucun débris de chien. Elles sont pourtant nombreuses, très variées et disséminées sur une aire géographique des plus vastes. Les canidés, loups, renards, isatis, s'y montrent à peu près partout, mais le chien domestique nulle part, c'est une preuve qu'il n'existait pas dans les temps quaternaires.
Si quelques os ou débris d'os de canidés isolés ont paru ne pas cadrer complètement avec cette considération générale, cela tient tout simplement à ce que loups, renards et isatis quaternaires, bien que rentrant en général dans les caractères des mêmes espèces actuellement vivantes, ont présenté parfois des variations assez importantes.
Nous-même, nous avons rencontré dans la grotte mouslérienne de Néron (Ardèche) un fragment de mâchoire inférieure decanidé se rapprochant des chiens domestiques. Malheureusement il était trop peu important pour fournir des données positives, on ne pouvait en tirer que de simples inductions.
La non-existence du chien domestique fossile ne se déduit pas seulement de Tabsence de ses ossements dans les dépôts quaternaires et les stations paléolithiques, mais encore de l'absence des traces de son séjour avec l'homme. Le chien est l'animal domestique le plus fidèle, il devient tout à fait le compagnon et l'ami de l'homme. 11 ne quitte pas son raaitre, il vit intimement avec lui. Les débris de nourriture de l'homme fossile devraient donc porter des traces des chiens domestiques fossiles, si ces chiens avaient existé. Or les os des animaux mangés par l'homme paléolithique ne montrent aucune trace de dents de chien. Ces traces on les connaît, elles ont été étudiées avec soin. Nous en avons exposé les caractères dans un chapitre spécial de noire Préhistorique^. Eh bien les ossements des nombreuses stations humaines paléolithiques n'offrent point de ces traces. Parmi les abondants rejets de repas la marque des dents du chien fait complètement défaut. On ne retrouve que la marque bien différente de la dent de l'hyène, qui profitant de l'absence de l'homme s'introduisait furtivement dans sa demeure et butinait dans les débris de ses repas.
Il est doncparfaitementdémontré que le chien domestique u'exislait pas pendant le paléolithique.
§.2.€hieii.KJoekkeBmoeddtttM. — NouslctrOUVOnspOUrla
première fois dans les kjoekkenmoeddings du Danemark, avec une civilisation néolithique, mais très simple, très primitive.
1. Gabriel de Mortillet : le Préhistorique y antiquité de Vhomme,c\\. iv> p. 37.
Il y est associé à de nombreuses espèces sauvages ; lui seul représente la domestication. De tous les carnivores, ce sont les ossements de chien qui y sont les plus abondants. Us sont mêlés à d'autres ossements de canidés, loups et surtout renards. Ce sont là les représentants sauvages de la famille dont le chien est le représentant domestique.
Ce qui vient bien conQrmer la domestication des chiens des kjoekkenmoeddings ce sont les considérations suivantes exposées par Steensirup au Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques de Copenhague^ :
€ Les ossements de tous les mammifèreSy rencontrés dans ces amas — soit qif ils fussent cassés et brisés dans le but d'en extraire de la moelle, soit qu'ils fussent entiers, — étaient jusqu'à un certain degré rongés par un Carnivore dont les dents avaient laissé des traces très nettes sur les os ou sur les fragments. Toutes les parties molles et spongieuses des os avaient même été enlevées. Quant aux ossements d'une texture moins dure ou spongieuse, par exemple les vertèbres et les plus grandes parties des côtes, ils avaient même entièrement disparu. Il ne restait, par conséquent, dans nos amas, que les os ou plutôt les parties les plus dures des os. Les portions qui restaient différaient beaucoup selon la texture des os, auxquels elles appartenaient ; mais il y avait pourtant dans la préservation des parties différentes des os, soit de mammifères, soit d'oiseaux, une règle bien déterminée et invariable (on pourrait presque dire un système rigoureux) que les membres du Congrès auront pu voir confirmée complètement par les fouilles du 30 août à Sâlager. c Ce traitement systématique et uniforme des os, non seulement dans tous les amas, mais dans toutes les parties
1. Steenstbup, Congrès international (T anthropologie et d'archéologie préhistoriqueSt Copenhague, 1869, p. 140. Les mots en italique sont ainsi dans Touvrage cité.
des amas, prouvait clairement que le camivore qui a rongé les os était un animal qui était présent à tout temps et en tous lieux, partageant le repas auquel il assistait. On ne pouvait donc supposer que les os eussent |été rongés par un animal sauvage, mais bien par un animal domestique. Il fallut admettre que les habitants primitifs possédaient au moins ce seul animal domestique. >
Les essais comparatifs que M. Steenstrup a faits plus tard, ont montré que des chiens qui ont accès libre et quotidien à des ossements d'animaux et d'oiseaux, laissent exactement les mêmes os ou parties d'os qu'on retrouve dans les kjoekkenmoeddings.
L'existence du chien domestique dans les kjoekkenmoeddings est donc démontrée par la présence de ses os, les traces laissées par ses dents sur les autres os et surtout par la destruction de toutesles parties moins dures et plus chargées de matières gélatineuses. Des os divers abandonnés actuellement à des chiens se retrouvant exactement dans le même état. Il ne saurait y avoir doute.
§ 3. Chien. IVéolt«hlq«e et bronse. — Lc chicu UUC fois
domestiqué s'est rapidement répandu. Aussi à partir du commencement du néolithique le retrouvons-nous partout. Sur treize palafittes néolithiques ou de l'âge du bronze, du pourtour des Alpes, dont nous avons pu étudier la faune, toutes contenaient le chien.
Riilimeyer, qui s'est livré à des recherches spéciales* sur la faune des palafittes de la Suisse, qui a eu entre les mains de véritables amas d'ossements, n'y reconnaît, aussi bien pour l'âge du bronze que pour le néolithique, qu'une seule race de chien se rapprochant de nos chiens de chasse, intermédiaire entre nos chiens courants et nos chiens d'arrêt.
1. L. Ri)TiMEYER, DieFauna der pfahlbauten in der Schweiiy 1861, in-4, 6 planches.
Dans une lettre à L. Rochat* voici ce qu'il dit au sujet des ossements de chien extraits de la palafitte néolithique de Concise, lac de NeuchAtel.
« Chien : deux tètes d'une parrai te conservation appartenant à la même race qui a été trouvée seule jusqu'à présent dans toutes les habitations lacustres antérieures à l'âge du Ter, seulement les deux tètes de Concise surpassent un peu en grandeur la grandeur ordinaire, tout en conservant les relations diverses du crâne jusqu'au plus petit détail. C'est un chien intermédiaire à tous égards entre le chien courant et le chien d'arrêt de nos jours. >
Le chien des palafittes suisses était donc de taille moyenne, prenant un plus grand F'c- ^*«- c*«în« <*«
., , , . y chien, percée, Wan-
développement dans les stations de 1 ouest. gcn. niuée préhu- Les Autrichiens ont désigné la race de chien ^^^^* ^^' "" * des palafitles suisses sous le nom de Canis familiaris palustris, chien domestique des marais.
Sous celui de Canis familiaris matris oplimœ, chien domestique de la meilleure des mères, Jeitteles^a décrit une autre race autrichienne de l'âge du bronze, plus grande, caractérisée par un museau relativement beaucoup plus allongé, rentrant ainsi dans la catégorie des lévriers. Elle provient d'Olmûtz.
En 4878, J.N. Woldrich^ en a ajouté une troisième intermédiaire entre les deux précédentes comme taille et surtout comme développement de la tète, aussi Ta-t-il appelée chien domestique intermédiaire, Canis familiaris intermedius. Il
1. Bulletin de la Société vaudoite des sciences nalurelleSy 1861, p. 162.
2. L. H. Jeitteles, Die vorgeschiehtlichen Alterthumer der Stadt Olrnût* und ihrer Umgehungy 1872.
3. J. N. WoLDRiCH, Ueber einen neuen Haushund der Bronzeieit, 1877, extrait des Mittheilungen der anthropolog, Gesellschaft de Vienne.
Taltribue à l'âge du bronze. On la rencontre dans les Aschenlagen ou couches de cendre de Weikersdurf, Pulkau el Plascha dans la basse Autriche et la Bohême.
En 1866, Laurent Rabut, un des actifs fouilleurs des palafitles larnaudiennes du lac du Bourget, consultait G. de Moriillet sur les ossements qui en proviennent. A propos du chien il reçut la réponse suivante :
€ Permettez-moi de revenir sur la mâchoire de chien. Pour moi) cette mâchoire est capitale. L'individu, bien que jeune encore, était de forte taille. La mandibule est courte, fortement arquée, se relevant en avant, ce qui montre que le chien auquel elle appartenait avait le museau court et le nez retroussé : que c'était un animal se rapprochant du dogue. * >
Le chien des palafiltes du Bourget, fin de l'âge du bronze, était donc un chien de forte taille, à museau court et à nez retroussé, voisin du dogue. On a trouvé, dit Rabut, plusieurs mâchoires de ce chien dans les emplacements de Grésine, de Ghatillon et de Tresserve.
Strobel, directeur du musée zoologique de Parme, qui a beaucoup étudié les chiens des terramares', stations italiennes du commencement de l'âge du bronze, y a reconnu deux races de chiens. La première, la plus abondante, est le Canis paluslris de Rûtimeyer, semblable à la petite race des palafittes suisses. Les caractères du C. paluslris d'après Strobel sont : taille moyenne, port léger et élégant, boite crânienne grande et convexe, protubérance occipitale peu prononcée, crête sagittale manquant ou à peine apparente,
1. Laurent Rabut, Habitations lacustres de la 5avote, deuxième mémoire, 1868, p. 55.
2. P. Strobel, Le raae del cane nelle terremare dans BulUtHno (U paletnologia Italiana, 1880, p. 13 et 46. En 1864, Strobel et Pigorini, dans leur seconde relation sur les terramares avaient déjà très bien signalé les deux variétés de chiens.
orbites grandes, à bords peu développés et arrondis, arcades zygomatiques faibles et peu arquées, museau court et médiocrement effilé, denture médiocre, mandibules légères et peu élevées.
La seconde race est plus grande, les os pariétaux sont rugueux, l'arcade zygomatique est assez courbée et s'éloigne par conséquent du crâne, la crête pariétale est saillante. Au contraire dans la petite race les os pariétaux sont lisses, Tarcade zygomatique est peu courbée, ce qui Téloigne peu du crâne, enfin la crête pariétale manque. Canestrini a également reconnu deux types de chiens dans les terramares du Modénais, un petit et un grand K
Pendant le néolithique et Tâge du bronze, l'Europe a déjà possédé diverses races de chiens domestiques. La première est celle à laquelle on a donné le nom de chien des tourbières. En l'établissant Rùlimeyer s'est demandé si ce n'est pas la race type. Vers la fin du néolithique cette race s'est divisée en deux variétés de taille.
Pendant l'introduction du bronze nous trouvons en Italie, mêlés à la race des tourbières, des individus plus grands offrant quelques caractères différents qui semblent en faire une race à part ou tout au moins un début, un commencement de race.
Hais à la fin de l'âge du bronze les races les plus tranchées se montrent : un chien du groupe des lévriers en Autriche et un chien du groupe des dogues en Savoie.
§ 4. Chien. Esjpte. — Dès que nous entrons dans l'histoire le nombre des races de chien se multiplie. Les Egyptiens en possédaient plusieurs. Pierret dans son Dietionnaire d'archéologie égyplienne^ à l'article Chieny en cite cinq :
1. Giovanni Canestrini, Oggetti trovati nelle terremare del ModenesCf teconda relaiione, 1866.
Chien de chasse,
Chien de garde,
Basset,
Lévrier,
Chien-loup.
Wilkinson* en figure sept. Malheureusement les dessins laissent beaucoup à désirer.
A l'Exposilion universelle de Paris, en 4867, Mariette avait fait construire un temple-musée représentant l'Egypte ancienne. Sur lesparoisdece monument étaient reproduites très fidèlement des scènes de la vie usuelle, tirées des tombeaux de Ti et de Phtah-Hotep, fonctionnaires de la IV' dynastie. Ces scènes remontant à plus de 4000 ans avant notre ère, ont été très bien décrites par Bourguin^ Il cite cinq sujets contenant des chiens.
c Dans la première stèle, à droite en entrant, on voit, au deuxième registre, un homme qui conduit trois hyènes et cinq chiens tenus en laisse. Ces chiens sont de couleur fauve dans la partie supérieure du corps, et blanche dans la partie inférieure; les oreilles sont droites, la queue longue est entièrement enroulée sur elle-même. Par leurs formes sveltes, leurs jambes élevées, leurs flancs amaigris et leurs tètes fines, ces chiens sont de véritables lévriers. A côté de ce groupe se trouve un autre chien, plus petit, de forme moins élancée, à museau court et à oreilles tombantes > (p. 21).
c Deux grands lévriers attaquent deux animaux... Un lion attaque un taureau, derrière lequel se trouve un chien à oreilles tombantes > (p. 22).
« La troisième stèle n'a pas d'animaux, sauf deux chiens
1. WiLKiNSON, A popular account of the ancient Egyptians] 1854, vol. I, p. 230.
2. BocRGUiN, les Animaux domestiques dans Vantique Egypte, 1867. Rapport fait à la Société d'acclimatation.
familiers, couchés aux pieds de leurs maîtres > (p. 23).
« Un jeune homme tient en laisse deux lévriers dont toute la tête et le dos sont noirs, le ventre est blanc > (p. 26).
De ces représentations nous pouvons déduire que les Egyptiens 4000 ans avant notre ère possédaient déjà plusieurs races de chiens; que la plus abondante et la plus usuelle était alors le grand lévrier à oreilles droites, et que la robe de ces chiens variait déjà de couleur suivant les individus.
Les chiens de Thèbes, XVllI* dynastie, que nous avons reproduits figure 59 d'après Prisse d'Avenues, sont généralement des chiens courants à museau de longueur moyenne et à oreilles tombantes. Dans le registre d'en bas où il y a des cygnes, on voit ces oiseaux attaqués par un basset.
Nous reproduisons aussi d'après Prisse d'Avenues, figure 60, un homme portant une gazelle sur son dos et un lièvre à la main, tenant de l'autre main uir chien en laisse. Le titre égyptien de ce sujet est Retour de chasse. Le chien est un chien courant à museau moyen et oreilles tombantes sans être grandes. Comme forme du corps, surtout du train de derrière, il se rapporte encore au lévrier. On dirait un intermédiaire.
Le lévrier est le chien domestique le plus fréquemment représenté soit à queue tombante soit à queue enroulée sur elle-même. Le grand ouvrage de l'Institut d'Egypte que nous citons volontiers parce qu'il est fort répandu dans les bibliothèques, en renferme plusieurs représentations. On le voit sur un monument de l'IIeptanomide, actuellement Beni- Hassan, de la Xlh dynastie. Il y a deux lévriers à oreilles droites tenus en laisse*. L'explication de la planche dit : semblables aux selouqs des campements arabes. Ce type de chien s'est donc maintenu dans le pays.
1. InsTiTDT D'EGYPTE, Description de V Egypte^ AntiquiiéZyyoh IV, pi. LXVI, flg. 3. Le selouq est le slougui ou lévrier d'Ai^bie, décrit çt figuré par Brehai.
m ORIGINES DE LA CHASSE, DE LA PÊCHE
C'est pourtant un type des plus anciens. Nous l'avons déjà trouvé dans les tombeaux de la IV'' dynastie. Nous le retrouvons dans les tableaux religieux des dynasties postérieures. On sait que les religions dans leurs pratiques et leurs symboles recherchent toujours ce qu'il y a de plus vieux et de plus archaïque. Dès qu'un objet ou un sujet est accaparé par un culte, on peut être sûr qu'il date d'un autre âge.
Or le grand lévrier égyptien, à oreilles droites, a été consacré à Anubis. Ce dieu et ses prêtres sont représentés sous les traits d'un homme avec tête de lévrier. Cet emblème a été choisi pour représenter l'attachement et la fidélité d' Anubis qui garde le tombeau d'Osiris.
A Louqsor, qui faisait partie de l'ancienne Thèbes, dans un bas-relief qui se trouvent sur les murs du palais, on voit des hommes à tête, très nettement représentée, de lévrier à oreilles droites*.
FiG. 113. — Bas-relief de Denderah, Egypte.
A Denderah, ancienne Tentyrîs, un bas-relief de l'appartement du fameux zodiaque * représente une barque sacrée