‹ Origines de la chasse, de la pêche et de l'agricultureChapitre 70 sur 133 · Place, Ninive et Assyrie^ pi. LIV, fig · texte numérisé non relu

Place, Ninive et Assyrie^ pi. LIV, fig

S. A. HovELÀCQUE, le Chien dans VÂveita^ 1876. — VAvetta ou Zend" Avetta est lo livre sacré des adorateurs du feu. On Tattribue à Zoroastre. Bien

rexclusion des autres animaux^ y est toujours mis en parallèle avec rhomme : s'il faut enterrer Thomme mort, il faut aussi enterrer le chien mort; si Ton doit respecter la tombe de rhomme mort, il faut aussi respecter la tombe du chien mort; le chien est l'ami, le compagnon fidèle de Thomme, il faut les traiter tous les deux sur le même pied.

Mais si nous voyons le chien divinisé en Egypte et assimilé à l'homme dans la Baclriane, nous trouvons aussi dans l'antiquilé des peuples qui le méprisaient. Ainsi les Juifs et les Arabes le considéraient comme impur. Il en est encore de même des Mahométans. Malgré ses qualités et son incontestable utilité, le chien est tellement en discrédit auprès d'eux que la plus grande injure que les passions religieuses leur aient fait trouver à rencontre des chrétiens, c'est de les appeler : chiens de chrétiens.

Les Grecs et les Romains, moins intolérants, étaient plus justes vis-à-vis du chien, aussi faisaient-ils remonter jusqu'à un dieu et une déesse, Apollon et Diane, l'art de dresser les chiens de chasse.

Si, quittant la mythologie, nous passons à l'histoire, nous trouvons, 400 ans avant notre ère, Xénophon qui signale deux ou trois races de chiens en Grèce. Mais Xénophon a écrit sur la chasse et ne s'est préoccupé que des chiens de chasse.

Cinquante ans plus tard environ, Aristote, qui faisant de de l'histoire naturelle s'occupait de tous les animaux, men« tionne sept races de chiens.

Yarron, moins de 100 ans avant notre ère, n'en cite plus

des personnes s'élèvent contre les données de la palethnologie basée sur l'observation et préconisent les données historiques. Zoroastre est un curieux exemple de la valeur de ces dernières données. On ignore complètement l'époque de son existence. Les uns le font vivre 5,000 ans avant la guerre de Troie, les autres plus de 500 ans après cette guerre, du temps de Darius. Il n'y a que 5,500 ans entre les deux assertions. Ce qu'il y a de plus probable c'est que VAveita fût composé du xvii* au xv* siècle avant notre ère.

que cinq. C'était aussi un homme spécial, qui écrivait sur Tagricuiture, il s'occupait donc des chiens simplement au point de vue du Re rusticay des choses rustiques. C'est un autre agronome romain, venu cent à cent cinquante ans après, dans le r' siècle de notre ère, qui le premier a employé le terme de chien domestique.

Les diverses races de chiens citées par les auteurs grecs et romains en général ne sont indiquées que par leur nom. Il est donc fort difficile de les déterminer et de les définir. Il est une autre source d'informations pouvant donner des indications meilleures et plus complètes, c'est l'étude des objets d*art, peintures, sculptures, mosaïques. Malheureusement personne ne s'est encore adonné d'une manière particulière à ce genre d'investigation. Ce que nous pouvons dire pourtant c'est que les proto ou pré-étrusques, habitants de l'Italie au premier âge du fer, possédaient déjà de grands molosses. Dans la situle en bronze ornée au repoussé de la Cerlosa de Bologne on voit deux grands et gros chiens au museau court, aux oreilles droites et à la queue épaisse retroussée*. Ces chiens ont une certaine analogie avec les dogues et paraissent intermédiaires entre les dogues du Thibet et les carlins. Sur une autre situle de la même époque provenant d'Esté^ on voit un autre gros chien, à museau peut-être un peu moins court, à grandes oreilles droites et à queue retroussée.

Les Romains connaissaient les deux formes les plus extrêmes vers l'an 79 de notre ère. En effet dans une peinture d'Herculanum, Méléagre est représenté entouré de chiens. Parmi eux il en est un à museau allongé elfin, avec petites oreilles droites, véritable lévrier. A Pompéi, ville ensevelie en même temps

1. Chierici, i5tt//c(ano di paletnologia Ualiana, mai et juin, 1880, pi. Vll, p. 99.

î. Alessandro PnosDOCiMi, Bullettino di paletnologia italiana, pi. VI, p. 94.

DE NORTILLBT. 99

qu'Herculanum, rentrée de plusieurs maisons estornée d'une mosaïque représentant un chien de garde aboyant et portant la légende Cave canemy prenez garde au chien. Ce chien souvent est à tête ronde et museau court, c'est un dogue. Entre ces deux extrêmes les diverses représentations de chiens chez les Romains reproduisent de nombreuses foimes intermédiaires.

§ 6. chiem. ifatioiMi Mmaffe*. — Lcs chiens domostiqucs non seulement ont été représentés par un certain nombre de races diiïérentes chez tous les peuples civilisés de l'antiquité, mais encore ils se sotit répandus sur la terre entière, même chez les peuples les plus sauvages. Aucun autre animal, si Ton excepte l'homme, n'a une aire d'habitation aussi étendue. Depuis les climats équatoriaux les plus brûlants, il se répand jusque dans les zones polaires les plus glaciales. Partout il accompagne l'homme se soumettant aux intempéries de l'atmosphère les plus variées et les supportant sans inconvénients.

Cette prodigieuse dispersion date de loin, car elle n'a pas laissé de souvenirs. Les livres chinois seuls, suivant certaines personnes, considéreraient le chien comme importé de l'étranger. Mais en admettant que les livres chinois aient été bien lus et bien compris, ce que nous ne sommes pas à même de décider, est-on bien sûr que ce ne soit pas là l'opinion individuelle d'un auteur chinois? Sait-on bien s'il ne s'agit pas simplement d'une espèce, d'une race, d'une variété de chien? Dans tous les cas, jusqu'à plus ample informé, il est sage de suspendre son jugement. D'après toutes les probabilités le chien domestique doit exister en Chine depuis un temps bien antérieur aux documents historiques et même légendaires de ce pays.

Pour l'ancien continent il n'est pas étonnant qu'un animal aussi cosmopolite et aussi facilement naturalisable que

le chien domestique se soit répandu et installé partout. Cojnme garde et comme aide de chasse, le chien est si utile que tous les hommes, même les plus sauvages, ont dû facilement comprendre sa grande utilité et se l'approprier. Appropriation d'autant plus facile que l'entretien et la nourriture du chien ne coûtent rien.

Mais la présence du chien domestique dans le nouveau continent est plus surprenante. Pourtant il est parfaitement établi que le chien domestique existait en Amérique avant la découverte et la conquête de ce continent par les Européens. D'après les chroniqueurs ^ qui ont écrit immédiatement après la conquête, le chien existait dans l'Amérique du Nord et du Sud, ainsi que dans les Antilles. Il y en avait plusieurs races et variétés. On les utilisait non seulement pour la garde et la chasse, mais encore on les mangeait.

Des squelettes et ossements de chiens ont été trouvés momifiés ou isolés dans des sépultures et des stations humaines antérieures à l'arrivée des Européens.

D'après Brehm ', dans l'Amérique du Sud, c certaines races de ces chiens indigènes vivent encore maintenant avec les Peaux-Rouges et partagent leur haine pour les Européens. Ces chiens ne s'unissent à aucune des races européennes; ce qui tend encore à témoigner que ce sont des espèces originellement distinctes. >

Non seulement le chien plus ou moins domestique se trouve répandu de temps immémoriaux dans les deux grands continents ; mais, fait bien plus surprenant, on Ta rencontré disséminé dans les lies de l'Océanie.

En 1769, Cook constata la présence du chien dans la

1. Juan Ignacio de Armas, La Zoologia de Colon y de los primeros expkh radotes de America^ 1888, La Havane.

t. A.-E. Brehm, la Vie des animaux illuttréet traduction Z. Gerbe, 1868, Mammifères, voL I, p. 333.

Nouvelle-Zélande. C'était, avec le rat, les seuls mammirères terrestres du pays. Il avait été probablement introduit par les Maoris.

Dans TAustralie ou Nouvelle-Hollande il existait aussi un chien, le dingo, avant la découverte de ce continent par les Européens. Ce chien est muet, c'est-à-dire qu'il ne donne pas de la voix, qu'il n'aboie pas. Comme type de mammifère il tranche avec tous les autres mammifères terrestres de cette grande terre. Au contraire comme forme et comme ensemble il se rapproche du chacal. Ce chien est très probablement arrivé avec l'homme dans des temps inconnus. C'est ce qu'il y a de plus probable comme simple raisonnement. Mais ce raisonnement se trouve complètement renversé s'il est vrai, comme on l'a dit, que des os fossiles de dingo ont été recueillis en Australie. A moins pourtant que le gisement contenant ces os ne soit de formation tout à fait récente au point de vue géologique. Les documents nous manquent pour discuter et apprécier la question.

Ce chien dingo a passé de l'Australie dans la Nouvelle- Guinée à une époque immémoriale et s'est constitué le compagnon fidèle des indigènes. L'universalité du chien domestique est donc bien établie, non seulement l'universalité actuelle, mais une universalité qui a précédé la découverte de l'Amérique et de TOcéanie.

§ 7. Chien. Orii^ne. — Quellc cst la souchc de tous les chiens domestiques? Grande et grave question sur laquelle l'opinion des naturalistes est on ne peut plus partagée. Cinq avis différents ont été émis :

Le chien constitue une espèce particulière.

Il descend du loup,

Il provient du renard.

C'est le chacal domestique,

Enfm il a une origine multiple.

Vers le milieu du xviu* siècle, le grand classificateur des plantes et des animaux, Linné, préoccupé de bien définir et de nettement trancher les espèces, sous le nom de Canis familiarisy fit du chien domestique une espèce à part. A peu près en même temps Télégant et éloquent descripteur des animaux, Bufibn, par la même raison, fut aussi conduitàfaire du chien domestique une espèce distincte. Pour lui le chien de berger serait le type de l'espèce, c le vrai chien de la nature >.

Du lévrier au dogue, il y a une distance énorme ; distance remplie par des intermédiaires de tout genre. La variation des chiens domestiques est donc infinie. Puisque suivant Linné et Buffon elle a pu avoir lieu entre la forme typique, la forme primitive, et toutes les formes actuelles, pourquoi n'aurait-elle pas eu aussi bien lieu entre le loup, le renard ou le chacal et nos chiens domestiques? A la longue et interminable liste des variations de ces chiens, il n'y a qu'une variation de plus à ajouter I Vraiment cela ne vaut pas la peine d'une discussion.

La description que Buffon donne du chien de berger, s'applique admirablement à ce chien, mais nullement aux autres races de chien. Voilà donc une espèce qu'il est impossible de décrire d'une manière générale, ou bien la description s'étend peu à peu, par une suite d'intermédiaires non interrompue, d'une part à des formes extrêmes qui s'éloignent plus du type que les espèces sauvages voisines, d'autre part à ces formes voisines, comme le loup, le renard et le chacal qu'elle englobe forcément.

Au moins aurons-nous, avec Linné, une idée caractéristique de l'espèce? Pas davantage. Ou bien il faut avoir recours àun caractère ridicule qui encore n'est pas absolu. Écoutons plutôt Isidore Geoffroy Saint-Hilaire * :

1. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Acclimatation et domestication des animaux utileSy 1861, p. 215.

€ Quels seraient les caractères du Canis familiarisf II n'en aurait qu'un seul : la queue recourbée à gauche ! Et où trouve-t-on cette espèce? Nulle part. Le chien s'est rencontré chez presque tous les peuples à l'état domestique, chez plusieurs, en outre, à l'état marrony c'est-à-dire libre, par retour de la domesticité à la vie sauvage. Hais il n'est pas un seul pays où le chien ait été découvert à l'état de nature, et les anciens ne l'y ont pas plus connu que nous. L'espèce aurait-elle été domestiquée toute entière ? Ou les hommes auraient-ils détruit toute la portion de l'espèce qu'ils n'auraient pas soumise? Supposition bien invraisemblable, pour ne pas dire plus : cette destruction, mise en avant par quelques auteurs, aurait dû avoir lieu dès la plus haute antiquité, c'est-à-dire quand les hommes étaient en petit nombre et mal armés, quand la terre était encore couverte d'immenses forèls vierges. Comment aurait-on exterminé le chien dans ces impénétrables asiles, quand nous voyons ses congénères actuels, et le loup lui-même, résister, jusque dans les pays les plus peuplés, à la guerre continuelle qu'on lui fait avec toutes les ressources de la civilisation la plus avancée. >

Au point de vue de l'espèce fixe, lé seul que nous ayons à envisager pour le moment, le chien domestique ne forme donc pas une espèce particulière.

Descend-il du loup?

Cardan dès le milieu du xvi* siècle l'a avancé, et depuis lui plusieurs naturalistes l'ont soutenu. Mais le loup non seulement ne se domestique pas, mais ne s'apprivoise même pas d'une manière complète. Quelque soin qu'on lui ait donné dans son enfance, dès qu'il a atteint l'âge adulte, l'âge de puberté, il reprend sa liberté et son caractère sauvage.

Le loup ne s'accouple pas facilement avec le chien ; si d'une part on a cité quelques cas d'accouplements spontanés,

d'autre part des expérimentateurs ont eu de la peine à produire intentionnellement ces croisements '.

Le caractère des loups et celui des chiens domestiques sont tout à fait différents. Les chiens sont essentiellement courageux, les loups on ne peut plus poltrons, à moins qu'ils ne soient harcelés par la faim.

Le chien domestique reconnaît si peu le loup pour parent, qu'il n'a pas de plus grand plaisir que de le chasser et qu'il laisse toute autre piste pour la sienne. De son côté le loup préfère à toute autre nourriture la chair du chien, c Les loups ne se mangent pas entre eux >, dit un proverbe bien connu. Si ce proverbe est vrai, les chiens domestiques ne sont pas des loups, car chiens et loups s'entre-dévorent très bien.

Le chien domestique provient-il du renard? Encore moins, car le renard diffère du chien plus que le loup. A toutes les raisons qui précèdent et qui peuvent être invoquées aussi bien pour le renard que pour le loup, il faut en ajouter une majeure. Il existe dans les yeux du renard une disposition particulière qui ne se rencontre pas chez les chiens domestiques. Les renards ont le regard oblique, les chiens le regard droit et net.

Reste la filiation avec les chacals soutenue tout d'abord par Gûldenstâdt et Pallas, vers la fin du xviii' siècle, puis par divers autres auteurs ?

En effet les chacals — nous disons les parce qu'il y en a plusieurs espèces ou mces — sont bien plus sociables que les loups et les renards. Ils ne craignent pas dç se rapprocher des habilalions humaines, pénètrent dans les cours et même sous les tentes pour dérober tout ce qui leur convient. Ils

1. Gabriel de Mortillet, Bulletin de la Société d'anthropologie de Paris, séance du 3 avril 1879. — Idem, 5ttr l'origine des animaux domestiques, 1879, pp. 3 et U.

su ORIGINES DE LA CHASSE, DE LA PÊCHE

sont très importuns. Us s'apprivoisent facilement et s'attachent à leur maître, mais ils restent toujours timides et craintifs. Us ne redoutent pas de se mêler aux chiens domestiques et au lieu de les abhorrer ils s* accouplent facilement avec eux. Le chacal a une odeur forte et désagréable, mais en captivité il la perd vers la troisième génération. En outre, le chacal qui hurle, comme les autres canidés et les chiens que nous appelons chiens muets, mis en contact avec des chiens qui aboient, ne tarde pas à aboyer aussi.

Certaines races de chiens domestiques ont donc très bien pu provenir du chacal soit par une action directe de domestication qui aurait modifié les formes et surtout les habitudes, soit par un croisement avec le loup, ce qui est moins probable. Pourtant quelques personnes admettent cette hypothèse.

Mais l'opinion la plus probable est que nos chiens ont une origine multiple. Cela parait démontré par Texistence de races spéciales en Amérique avant la conquête. Comment pourrait-on attribuer les mêmes ancêtres immédiats aux chiens domestiques des deux continenls qui ne communiquaient pas entre eux?

Dans l'ancien continent, il est au moins un chien domestique dont nous connaissons positivement l'origine. C'est le grand lévrier d'Egypte que nous voyons flguré déjà dans des monuments datant de six mille ans (4000 ans avant notre ère). Ce grand lévrier est certainement le produit de la domestication du cabéru, Canis simensis, chien sauvage de même aspect qiji habite encore, de nos jours, l'Abyssinie et une grande partie de Tintérieur de l'Afrique.

Gomme les lévriers sont une des formes extrêmes des chiens domestiques, il est bien difficile, sinon impossible, de faire découler toutes les races de nos chiens de cette seule souche. Il faut donc en trouver d'autres.

L'Inde nous a fourni aussi deux espèces de chiens sauvages dont les aires d'habitation sont contignês. Ce sont :

Le colson ou dole, Canis dukhunensisy qui ressemble un peu au lévrier, pas du tout au loup» au chacal et au renard. Habite le Dekhan, les montagnes de Nilagiri, Balaghad, Hyderabad et les forêts à Test de la côte de Coromandel.

Le buansUy Canis primaevns, chien primitif de THimalaya, analogue, comme port, au colson. Il habite le bas Himalaya depuis le fleuve Sutledge à Touest, jusqu'au fleuve Brahmapoutroum à Test, le Népaul, et parait s'étendre jusqu'à la côte de Coromandel.

Ces deux chiens sauvages ont dû aussi donner naissance à des races de chiens domestiques. Nous aurions ainsi parmi nos chiens domestiques des représentants de la domestication asiatico-européenne et indo-chinoise, de la domestication africaine et de la domestication américaine.

La pluralité des origines des chiens domestiques compte maintenant de nombreux adhérents. Parmi eux, nous pouvons citer Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Il fait dériver plusieurs chiens domestiques du chacal commun, Canis aureus; le chien des Bochimans, du chacal à dos noir, Canis mesomelas; les races domestiques américaines du chacal crabier ou des savanes, Canis cancrivorus; le grand lévrier d'Egypte du cabéru, Canis simensis. Peut-être y a-t-il encore quelques autres dérivations parmi lesquelles il faudrait ranger celles provenant du loup.

Ce qu'il y a de certain, c'est que même l'esprit le mieux disposé en faveur du transformisme, devant les innombrables variations du chien, est conduit, pour les expliquer, de les faire dériver de sources diverses.

Quant à l'invariabilité de l'espèce, elle est forcée de bais-

ser complèlement pavillon devant les prodigieuses variations subies par le Canis familiaris.

§ 8. chiem. varUiUoM. — Les races de chiens domestiques sont tellement nombreuses et se multiplient tellement que, pour se retrouver et s'entendre, on a cherché à les grouper et à les classer dans un ordre méthodique. La chose est fort difficile parce que les divers caractères s'enchevêtrent de la manière la plus complète. Pourtant, comme il ne s'agissait pas d'une œuvre scientifique , mais d'une œuvre pratique, on a pris comme base un caractère très apparent, des plus faciles à saisir aussi bien dans l'animal vivant que dans le squelette, et qui a le grand avantage de se trouver en corrélation de forme assez régulière avec le cerveau : c'est la longueur du museau. Tous les chiens sont groupés en trois grandes divisions :

Les chiens à museau long;

Les chiens à museau moyen;

Les chiens à museau court.

Frédéric Cuvier, nous croyons, est le premier qui a proposé cette division trinaire, mais d'une manière moins simple. Il divise les chiens en :

Mâtins, ordinairement de grande taille» front fuyant, tète plus ou moins allongée, oreilles courtes, courbées seulement vers le bout, quelquefois droites. Contenant les chiens de bouchers, les lévriers, les danois, les chiens de bergers, les chiens du Saint-Bernard, les dingos.

Epagneuls, moins grands, front moyen, museau allongé, oreilles longues, larges et tombantes. Chiens-loups, bichons, lerriers, bassets, caniches ou barbets, griffons, terre-neuves, chiens courants et d'arrêt.

Dogues, parfois de grande taille, front saillant, museau court, (êle arrondie. Renfermant les molosses, les doguins, les carlins.

Passons en revue les principales variations présentées par les chiens domestiques. Nous verrons qu'elles s'étalent dans les plus vastes et les plus larges limites.

La taille, en dimensions linéaires, peut varier, d'après Cuvier, de 1 à 5, ce qui fait comme cube plus du centuple. Isidore Geofifroy Saint- Hilaire, ayant mesuré un grand nombre de chiens de races diverses, a trouvé : pour le plus grand, un chien de montagne, longueur queue non comprise, l" 332 ; hauteur du train de devant, 0" 770. Pour le plus petit, un bichon, longueur, 0"» 220; hauteur, 0^ 112. Soit à peu près, pour les deux dimensions, le bichon six fois et demie environ plus petit que le grand chien de montagne.

La longueur des jambes non seulement varie régulièrement suivant la taille générale, mais encore dans les proportions relatives. Tandis que certaines races, comme les lévriers, sont hautes et même très hautes sur jambes, il en est d'autres, comme les bassets, dans lesquels un corps fort et long est supporté par des jambes très courtes. C'est là un caractère qui rapproche les bassets des carnassiers vermiformes, caractère qui non seulement a une valeur spécifique mais encore une valeur générique.

Les os des jambes des bassets peuvent être très réguliers et droits ou bien très fortement tordus et arqués, comme chez les bassets à jambes torses. C'est un cas pathologique que l'on a changé en un caractère permanent de race.

Les pattes de derrière des chiens domestiques offrent aussi un caractère ostéologique important. Ces pattes ont quatre ou cinq doigts suivant les races. Parfois, comme chez le lévrier d'AXrique et le molosse, deux types extrêmes, le cinquième doigt manque complètement. Parfois on le rencontre avec les os du tarse correspondants. Entre deux, ce doigt se montre dans divers états rudimentaires.

La queue est longue ou courte, redressée ou tombante, lisse ou garnie de longs poils.

Le ventre, chez les lévriers, est tellement effacé qu'il semble faire défaut. Il s'accentue de plus en plus dans d'autres races et devient gros et arrondi.

Les poils subissent les variations les plus larges. Longs et abondants chez les caniches ou barbets que l'on tond plus ou moins, ils peuvent arriver à faire défaut. Ainsi le lévrier d'Afrique est à peau nue. Il n'a qu'un peu de poil à l'origine de la queue, autour du museau et aux jambes. Les poils sont courts, longs, droits, ondulés, crépus, soyeux et rudes suivant les races. Dans les Catalogues de V Exposition des chiens de Paris, on divise les griffons en chiens à poils doux et chiens à poils durs.

La couleur varie tout autant sinon plus. Elle est régulière ou irrégulière.

Le cou est mince et allongé, ou bien court et trapu.

Les oreilles sont courtes ou longues, larges ou étroites, droites ou tombantes; elles peuvent être aussi demitombantes, c'est-à-dire recourbée à une certaine partie de leur hauteur.

Le nez est habituellement entier, mais il peut être coupé par une telle fissure que les individus ainsi dotés ont été qualifiés de chiens à deux nez.

Le museau, comme nous l'avons déjà dit, est allongé, moyen ou raccourci, caractère dont on s'est servi pour grouper et classer les races. Par suite de cet allongement ou raccourcissement du museau, le front se trouve plus ou moins fuyant, plus ou moins bombé.

Les museaux très allongés rétrécissent généralement la boite crânienne dans sa largeur. Les museaux raccourcis entraînent assez habituellement un raccourcissement analogue de la partie postérieure du crâne, ce qui diminue

d^autant la boite crânienne dans sa longueur. Il résulte de là que, chez les chiens domestiques, ce sont ceux à museaux moyens qui ont la boite crânienne la mieux conformée et, par suite, le cerveau le mieux développé et le plus fort proportionnellement. Nous empruntons à Brehm Fexposé de recherches faites à ce sujet \

€ Adrien Léonard a étudié l'intelligence et les facultés des chiens relativement à la conformation de leur crâne, et il est arrivé à établir les trois classes suivantes :

c l*" Dans la première classe^ sont les chiens à front large, à tète renflée aux tempes, de manière à faire préjuger un grand développement du cerveau et des sinus. Cette classe comprend les épagneuls, les barbets, les chiens courants, les bassets et les braques ; chez tous ces chiens les oreilles sont tombantes.

c ^o La deuxième classe comprend les mâtins et les lévriers, doués de moins d'intelligence et de moins d'odorat que les premiers : ils ont le front étroit, les tempes rapprochées, le museau long et étroit, leurs oreilles sont à demi pendantes.

c S"" Dans la troisième classe, se placent les chiens à museau raccourci, à crâne court et remontant, et qui offrent le moins d'intelligence parmi leur espèce ; les différentes variétés de dogues ou de doguins en font partie. >

Les chiens hurlent comme les loups, les renards et les chacals. De plus les chiens domestiques aboient. C'est ce qu'on appelle donner de la voix. Certains chiens n'aboient pas, on les appelle des chiens muets. La voix est un résultat de la domestication qui se perd assez rapidement. Des chiens, abandonnés intentionnellement par les Espagnols dans l'île Juan Fernandez, parages du Chili, perdirent la voix

1. A.-E. BasHM, la Vie de$ animaux illwirée, Mammifères. Traduction Z. Gerbe, vol. I, p. 348.

probablement en une cinquantaine d'années, certainement en moins de cent ans.

D'importantes variations se manifestent aassi dans la dentilion des chiens domestiques.

La dernière molaire supérieure existe ou n'existe pas.

Il en est de même de la première fausse molaire.

La dent carnassière est soit plus grande, soit égale, soit plus petite que les deux autres molaires ensemble.

Les dimensions et les proportions des pointes de cette carnassière varient aussi.

Ce sont 1&, surtout pour ce qui concerne la carnassière, des caractères de la plus haute importance pour classer les carnassiers. Ces caractères servent à distinguer les espèces et même les genres. Ainsi les variations que nous observons dans la dentition des chiens domestiques, chez d'autres mammifères serviraient à établir des espèces différentes et même des genres distincts. Il en est de même des cinq doigts des pieds postérieurs de certaines races de chiens, substitués aux quatre doigts qui sont le caractère normal du genre chien et de presque tous les digitigrades non vermiformes.

Les variations subies par les chiens domestiques prouvent donc qu'un animal appartenant à une espèce bien déGnie peut prendre les caractères d'une autre espèce et même ceux d'un autre genre. C'est la démonstration expérimentale de la variabilité de l'espèce et du genre. C'est la preuve nette et évidente du transformisme.

§ 9. Chats. — Le chat sauvage d'Europe, plus fort de taille que nos chats domestiques, se rencontre parfois soit dans les stations humaines paléolithiques, soit dans les néolithiques, mais on n'y rencontre jamais les restes du chat domestique. Le chat domestique n'existait donc pas en Europe dans les temps préhistoriques et même protohistoriques.

Les chats domestiques les plus anciens ont été rencontrés en Egypte. Le chat est très souvent figuré dans les monuments et de plus, étant considéré comme un animal sacré, on le trouve fréquemment à Tétat de momie. A Béni- Hassan, rancienne Bubaste, il y a des hypogées entières renfermant des momies de chats. Ces momies se rapportent à deux espèces de félins. La plus abondante est le chat domestique; l'autre à laquelle on a donné le nom de chat de Bubaste, Felis Bubaslis, se rapporte au petit lynx vivant sauvage en Egypte, le lynx des marais, Lynx chaus. De tous Tes lynx c'est celui qui ressemble le plus au chat. Cet animal étant toujours resté sauvage, nous n'avons pas à nous en occuper ici.

Quant au chat domestique, il provenait évidemment de la domestication d'une espèce que Ton rencontre encore à l'état sauvage dans la vallée du haut Nil : le chat ganté, Felis maniculala. Ils ont à peu près la même taille. A propos de son dernier voyage en Abyssinie, Brehm dit * : < J'ai constaté que les chats domestiques des habitants de l'Yémen et des Arabes de la côte occidentale de la mer Rouge ont identiquement la même couleur que le chat ganté et la gracilité caractéristique de ce chat. >

Les anciens Égyptiens avaient des chats dans toutes leurs habitations. Quand le chat mourait, d'après Hérodote % tous les habitants de la maison se rasaient les sourcils, en guise de deuil. D'autre part, l'auteur de l'article Chat dans le Die- Uonnaire Larousse nous apprend qu'il en était de même dans les temples.

En Egypte c il n'y avait pas un temple qui n'eût une famille de chats. Alors on vouait les enfants au chat, d'après

1. A.-E. Brebm, la Vie des animaux iUuitrée, Mammifères, traduction ?.. Gerbe, voL I, p. 2h3.

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