‹ Origines de la chasse, de la pêche et de l'agricultureChapitre 83 sur 133 · Plutarque, /m et OsiriSf ch. xix · texte numérisé non relu

Plutarque, /m et OsiriSf ch. xix

Toutes ces traditions mythiques sont donc postérieures, et souvent très postérieures, à Texpulsion des Pasteurs au début de la XYlIl* dynastie.

Mais ce qui par-dessus tout prouve nettement au point de vue religieux que le cheval n'est pas un produit propre à l'Egypte, mais bien un animal domestique importé quand lareligion se trouvait déjà toute formée, pour ainsi dire figée, stéréotypée, c'est que le cheval qui dès son apparition a joui d'une grande réputation, n'est consacré à aucune divinité, que la mythologie n'a placé sa tète sur aucun corps humain,, qu'aucune ville ancienne ne s'est mise sous sa protection et n'a pris son nom.

Chabas* qui croit le cheval égyptien antérieur à la XVni* dynastie, se base surtout sur :

€ Ce qu'à cette époque ils s'en servaient pour des usages qui supposent déjà une longue habitude du dressage de cet animal, y^

Après avoir cité le texte qui mentionne, ainsi que nous l'avons dit plus haut, le char d'Ahmès P', roi qui chassa les Pasteurs, il ajoute :

« C'est une preuve que non seulement le cheval était aloi^ connu; mais de plus qu'il avait déjà été employé par paires à l'attelage, et dressé à braver les clameurs des combattants, le tumulte et la violence de la mêlée. Ahmès vivait au xviir siècle avant notre ère; le cheval d'Egypte est donc bien antérieur à cette époque. »

Ce sont là de simples inductions qui ne s'appuient sur aucun fait. Bien au contraire, tous les faits infirment ces inductions qui ne reposent même pas sur un raisonnement exact. En eifet, si les Egyptiens avaient été les domesticateurs du cheval, il aurait fallu un laps de temps très long

1. F. Chabas, Études sur l'antiquité historique diaprés les sources égyptiennes, 1872, pp. 452 cl 422.

pour arriver au degré de domesticité constaté sous les premiers rois de la XVIII* dynastie. Mais il n'en est pas ainsi. Le cheval était une simple importation, il est venu tout à fait domestiqué et a pu se répandre en fort peu de temps. Il s'est produit dans l'antique Egypte une action entièrement analogue à l'introduction du cheval domestique en Amérique au moment de la conquête. Le cheval s'y est généralisé im* mëdiatement dans son état complet de domestication.

§ 7. Chenal. Ori^tiie. — D'où le chcval domestique est-il arrivé en Egypte? Et quel a été le pays de sa domestication? Double question qui nous reste à résoudre.

L'Egypte étant le pays qui, par ses sculptures, ses peintures et ses anciens manuscrits, nous fournit le plus de documents et les documents les plus anciens, nous allons tout d'abord profiter des renseignements que nous pouvons y trouver. Ces renseignements nous ne craignons pas de les emprunter à Chabas, partisan de Tancienneté du cheval en Egypte.

Dans la vallée du Nil, en remontant vers le sud, chez les Coushites ou Éthiopiens et les Nègres du haut fleuve nous trouvons le cheval à partir du xvi* siècle.

Au delà de la vallée du Nil, vers l'ouest, chez les Lybiens et leurs voisins du nord de l'Afrique, les monuments reproduisant le cheval s'arrêtent au xm* ou au xiv* siècle avant notre ère.

L'Égyple possédant incontestablement le cheval domestique au xviii' siècle, il n'y a rien de surprenant, il est même tout naturel de le trouver deux siècles plus tard dans le haut de la vallée du Nil, et quatre ou cinq siècles après dans la direction occidentale de l'Afrique. Cette double marche au sud et à l'ouest est toute naturelle et vient pleinement confirmer l'origine ou l'arrivée du nord-est.

Le cheval sauvage du reste n'est point un animal africain.

L'Afrique Be possède qu'un cheval errant, le kumrah, très peu connu, de la taille d'un poney, qui même peut-être se rattache aux ânes et aux zèbres et qui ne peut étire la souche de nos chevaux domestiques.

Passons maintenant en Asie. Nous avons d'abord l'Arabie qui se développe au delà de la mer Rouge parallèlement à l'Egypte. Mariette nous montre la reine Hatasou portant ses armes victorieuses dans la partie méridionale de l'Arabie, dont antérieurementThoutmès I^*^ avait conquis laportion septentrionale. Nous sommes à la fin du xviii' siècle et au commencement du xvii% et pourtant pas plus au nord qu'au sud de la grande presqu'île les Égyptiens ne rencontraient le cheval.

L'inventaire des richesses de Job S qui habitait le nord de TArabie vers le xiv' siècle avant notre ère, indique 7,000 brebis, 3,000 chameaux, 500 paires de bœufs et 500 ânesses, mais il n'y est pas question de chevaux.

Strabon, le célèbre géographe de l'antiquité, nous apprend que de son temps, à peu près au commencement de notre ère, le cheval n'existait pas dans l'Arabie du sud.

€ Les dernières contrées du midi et vis-à-vis de l^tlthiopie sont arrosées par des pluies d'été... Outre que ces pays produisent beaucoup de fruits, on y fait une grande quantité de miel; les bestiaux y sont abondants, excepté les chevaux, les mulets et les porcs ; et l'on y trouve des oiseaux de toute espèce, excepté des oies et des poules ^ >

D'autre part, l'histoire nous apprend que, quand en 630, Mahomet marcha contre la Mecque, il n'avait que deux chevaux dans son armée. Dans l'énumération de son butin après

1. Bible, Livre de Job^ ch. i, verset 3. Après ses épreuves il eut le double des richesses énumérées, ch. xlii, verset 12.

2. Strabon, Géographie, liv. XVI, ch. in, | 2, p. 261 du V* volume, 1819, de la traduction Laporte du Theil, Letronne, Corny et Gosselin.

la prise de la ville, des chameaux et des moutons sont cités, mais il n'est pas question de chevaux.

Les chevaux domestiques n'ont donc été introduits et généralisés que fort tard en Arabie, plus tard que partout ailleurs. C'est d'Arabie que paraissent être venus les Hyksos ou Pasteurs qui ont soumis et gouverné l'Egypte pendant un certain temps vers la fm du moyen empire. Ne connaissant pas le cheval, ils n'ont pu en doter la vallée du Nil. C'est sous Ahmès I«' que nous voyons apparaître le cheval en Egypte. Pour délivrer sa patrie et chasser les Pasteurs il a emprunté ce puissant auxiliaire de guerre aux peuples d'Asie situés au nord de l'Arabie.

Le premierde ces peuples, le plus rapproché de l'Egypte, est le peuple Juif. Les Juifs, suivant la chronologie généralement admise, ayant fui de l'Egypte vers le xvu* siècle avant notre ère, quand le cheval était déjà introduit dans le pays, devaient le connaître. De fait Moïse en parle. Il met dans la bouche de Jacob, au moment de sa mort, 1700 ans avant notre ère, les paroles suivantes : « Que Dan devienne un serpent dans le chemin, qui mord le pied du cheval, afin que celui qui le monte tombe à la renverse >. * Cela suppose réquitation, déjà. Mais ce n'est que dans les Livres des Rois que la Bible s'occupe sérieusement de cet animal.

Jonathas, fils de Saùl, mort en 1055, avait un écuyer avec lequel, grâce à un coup audacieux, il a jeté le désordre dans une armée de Philistins qui avait 30,000 chars et 6,000 cavaliers ^

Au x* siècle, Salomon, d'après le chapitre ^ qui énumère sa splendeur, possédait dans ses écuries 40,000 chevaux pour les chars et 12,000 chevaux de selle. D'après un autre

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