Place, Ninive et Assyrie, pi. XL, fig
partout dans la mythologie grecque, montre bien que le cheval domestique est originaire de la région grecque et non de l'Egypte. Nous disons avec intention région grecque, parce que nous entendons non seulement la Grèce proprement dite, mais encore l'Asie Mineure et, même au delà du Ponl-Euxin ou mer Noire et de la Caspienne, la Bactriane, actuellement le Turkestan.
En effet, le cheval n'a pu être domestiqué que là ou il était sauvage. Or, la région du cheval sauvage s'étend à travers toute l'Europe et l'Asie. Le cheval fait donc certainement partie de la domestication asialico-européenne. Dans la grande zone qui traverse l'Europe et l'Asie centrale, les chevaux sauvages existaient encore du temps des Romains. « Le Nord produit des troupeaux de chevaux sauvages, dit Pline *, de même que l'Asie et l'Afrique des troupeaux d'ânes sauvages. » Par Asie, l'auteur latin entendait l'Asie méridionale. C'est encore dans l'Asie centrale qu'on rencontre, de nos jours, le cheval véritablement sauvage. Nous disons véritablement, pour le distinguer des chevaux marrons qui ne sont que des chevaux domestiques redevenus sauvages. On rencontre de ces derniers dans l'ancien et dans le nouveau continent.
« Un Russe, N. Prjewalski, dans un voyage en Dzoungarie, désert qui s'étend entre l'Altaï au nord et le Tian-Chan au sud, limité à l'ouest par les monts Saour, à l'est se confondant avec le désert de Gobi, a découvert un cheval sauvage, dont il a rapporté pour le musée de Pétersbourg une peau, un squelette et deux ou trois crânes. C'est VEqaus PrjewaUkii*. >
Les chevaux, comme tous les autres animaux à l'état sau-
1. Pline, Histoire naturelUy Irad. Littré, 1848, liv. VIU, ch. xvi, p. 324.
2. Fauvelle, Bulletin de la Société d'anthropologie de Parié, 17 mars 1887, p. 188.
vage et en redevenant libres, suivant les lois de la nature, subissent des variations, des modifications et des transformations; à plus Torte raison en est-il ainsi à l'état domestique. De là rétablissement d'un grand nombre de races. Ces modiûcations vont jusqu'à changer le nombre de certains os. Ainsi, sans parler des pieds qui peuvent, par une action d'atavisme ou retour au passé, avoir un doigt et un sabot rudimentaires de plus, les chevaux arabes ou orientaux ont les uns cinq, les autres six vertèbres lombaires. Habituellement, les chevaux ont dix-huit paires de côtes ou vertèbres dorsales. Cependant Piètrement * montre par des cilalions nombreuses que les chevaux à dix-neuf paires de côtes ne sont pas très rares et que même dans nos régions on trouve quelques exemples de chevaux à dix-sept paires de côtes ou vertèbres dorsales.
Malgré ces différences, nous n'hésitons pas à faire descendre le cheval domestique dans toutes ses races du cheval sauvage quaternaire asiatico-européen.
§ 8. Cheval. Ferrure. — Nous ne pouvous pas quitter le cheval sans nous occuper de la ferrure, car il y a là une origine qui est extrêmement contestée.
« La ferrure est l'art d'appliquer méthodiquement une semelle de fer sous les sabots des solipèdes et sous les ongles des grands ruminants'. »
Quand a commencé la ferrure? Telle est la question.
Les pieds des chevaux peuvent être :
Libres,
Chaussés,
Ou ferrés.
1. C.-A. Piètrement, Mémoire sur les chevaux à trente-quatre côtes des Aryas de l'époque védique, 1871. — Second mémoire, 1873.
t. Henri Boulay, Dictionnaire lexicographique des sciences médicales et vétérinaires, 1863, article Ferrure.
Puisque les solipèdes sauvages se maintiennent et même pullulent énormément dans les régions les plus diverses, prenant leur course rapide et leurs ébats sur les sols les plus variés y les solipèdes domestiqués peuvent donc vivre, se multiplier et conserver leurs mouvements alertes et rapides sans aucune chaussure ou ferrure. En d'autres termes, le cheval domestique peut très bien conserver les habitudes naturelles qu'il avait à Télat sauvage concernant les pieds.
Il y a mieux encore, c'est que des chevaux domestiques, habitués à la ferrure, sont redevenus sauvages et par conséquent non ferrés, ce qui ne les a pas empêchés de se multiplier et de conserver des allures très rapides. Il nous suffira de citer les chevaux des Pampas de l'Amérique méridionale.
De nos jours encore, tous les chevaux domestiques ne sont pas ferrés. Voici ce que Paul-Louis Courier disait à ce sujet, il y a une soixantaine d'années ^ :
c Les anciens ne ferraient point leurs chevaux; cela se voit par tous les écrits et les monuments qui nous restent d'eux, et n'a pu étonner que des gens qui ne savaient pas en combien de pays l'usage de ferrer les chevaux n'est point encore introduit. Les Tonguses, ainsi que la plupart des Tartares, les meilleurs et les plus infatigables cavaliers du monde, ne sachant forger que très grossièrement, sont, par cela seul, dans l'impossibilité de ferrer leurs chevaux. Les Hollandais du Cap Ont de petits chevaux qu'on ne ferre jamais, dit Sparmann, et M. Thunberg a fait la même remarque dans l'île de Java. Un autre voyageur assure qu'à Mogador et sur la côte occidentale de l'Afrique, tous les chevaux vont sans fers, et Niebuhr en dit autant de ceux de l'Yemen. M. Pallas a vu les chevaux des Kalmouks qui ont, dit-il, le sabot petit et extrêmement dur, on les monte en
1. Paul-Louis Courier, Panthéon littètairtj Iraduclion du Traité de A'enophon sur Véquitalionf note page 671.
un temps, sans qu'ils soient ferrés. Ailleurs, parlant des Cosaques des bords du Jaik : c Leurs chevaux, dit-il, ne c sont point ferrés ».
Gomme on vient de le voir, le traducteur du Traité d'équitalion de Xénophon n'admet pas la ferrure des chevaux dans l'antiquité. Il en est de même de Cochet S II consacre tout un chapitre de son Tombeau de Childéric P*^ à prouver que les anciens ne ferraient pas leurs chevaux.
C'est aussi l'opinion d'Anthony Rich*. On lit à l'article Solea ferrea de son Dictionnaire : c Tout ce qui nous reste de l'antiquité, les témoignages écrits comme les monuments de la peinture et de la sculpture sont d'accord pour nous prouver jusqu'à la dernière évidence que ni les Grecs ni les Romains n'avaient l'habitude déferrer leurs bêtes en clouant sous le sabot une pièce de fer, comme nous le faisons maintenant. 1
L'idée contraire a été soutenue par un archéologue français A. Delacroix, de Besançon, par un archéologue suisse A. Quiquerez, de Porrentruy, et par un archéologue belge, C. Van Dussel. Beaucoup d'autres ont pris parti pour ou contre, mais sans approfondir la question.
Quiquerez a publié plusieurs articles sur la ferrure des chevaux. Le plus complet. Sur les anciens fers de chevaux dans le Jura, a été lu à la séance du 12 novembre 1864 de la Société d'émulation du Doubs^ L'auteur reconnaît et établit que les fers légers et minces, à pourtour festonné, sont les plus anciens, et les fers plus épais, plus larges, à pourtour uni, beaucoup plus lourds, sont les plus récents. Il fait remonter les fers festonnés aux Celles, les fers plus