Frédéric Moreau, ^/6um Caranda
DE Moutillet. 26
an ORIGINES DE LA CHASSE, DE LA PÊCHE
laine el bien daté, est celui du tombeau de Childéric I", mort en 481. 11 a été décrit et figuré, comme tout le reste du mobilier funéraire contenu dans le tombeau, par Jean Jacques Chiflet, en 1055 *. Un archéologue des plus distingués, qui peut être considéré comme le créateur de l'archéologie mérovingienne, Cochet de Rouen, a repris le sujet et Ta traité à fond dans un ouvrage devenu classique : Le tombeau de Childéric /'% roi des Francs^ restittié à l'aide de r archéologie et des découvertes récentes, 1859, avec très nombreuses figures.
Voici comment Cochet apprécie la découverte : « Aucun homme de science n'était présent à l'exhumation de Childéric, lacune immense dans l'interprétation des objets et dans la destination à leur assigner. Chiflet, médecin d'Anvers, à qui on les confia pour les décrire, les reçut dans un complet état de désordre et de mutilation. Les renseignements dont on accompagna la remise des pièces, étaient aussi décevants qu'erronés*. >
Le tombeau contenait une tête de cheval. Le roi avait donc été enterré avec son coursier, comme le grand maître de la cavalerie du Palatinat dont nous avons parlé précédemment. 11 y avait aussi un morceau de fer que Chiflet prit pour un fragment de fer à cheval. 11 en donna le dessin, l'enfermant dans un véritable fer à cheval représenté au pointillé, dont il n'occupe pas le. tiers. Ce morceau était tellement rongé par la rouille qu'en cherchant à reconnaître les trous dont il était percé, trous qui, au dire de Chiflet, devaient être au nombre de quatre de chaque côté, ce fer décomposé tomba en poussière. Ce prétendu fer à
1. Joanxe-Jacobo Chifletio, Anastasis ChUderici /, Francorum régis, sive thésaurus sepulcralis, Tornaci Xerviorutn e/fossus et commentario illmtratuSy lfi55. i vol. in-4* de 367 pages et 27 planches.
t. Cochet, le Tombeau de Childéric /", p. X.
cheval parait plus que douteux à Cochet. « Malgré le soin, écrit-il, qu'a pris le bon archéologue belge de nous établir la forme que, selon lui, devait affecter le fer de la royale monture, je dois dire que la très petite quantité de métal primitif qui figure dans le dessin, me fait craindre que le vieil interprète n'ait pris pour le fer du cheval un tronçon des garnitures du cercueil. Si ce soupçon naît chez moi, fort involontairement, il faut l'attribuer à deux causes qui ne sont que trop fondées. La première, ce sont les nombreuses erreurs commises par Chiflet dans l'interprétation de plusieurs objets, tels que les fibules, la bourse, le coffret, la boule de cristal, le bracelet, etc. Ensuite, et c'est là mon plus fort argument, c'est que jusqu'ici ce fer est resté l'unique de son espèce que l'on fasse remonter avec certitude jusqu'à l'époque mérovingienne ou gallo-romaine*. »
Mais ce qui doit faire rejeter le prétendu fer à cheval du tombeau de Childéric , c'est que de l'avis de Chiflet luimême, qui en a dessiné la restauration, ce fer, le plus ancien connu, affecte une forme moderne.
Il est maintenant établi et accepté par tout le monde que les premiers fers à chevaux étaient légers, étroits de bandes à bord extérieur festonné. Peu à peu, ils sont devenus plus grands, plus massifs, à bande plus large, à bord extérieur régulier et uni. Eh bien! le fer du tombeau de Childéric, au lieu d'être du premier type, serait du second avec quatre trous de clous de chaque côté.
Voici, d'après Cornevin, la caractéristique des anciens fers.
. Les fers les plus anciens, figure 1 24, sont légers ; leur poids ne dépasse guère 100 grammes. Ils n'ont que trois étampures de chaque côté au lieu de quatre comme les fers actuels. Leurs
i. Cochet, le Tombeau de Childéric /"', p. 151, figure p. 150.
bords sont ondulés, bosselés en face de chaque élampure. Les bouts tout d'abord étaient plats; ils se sont ensuite rele-
FiG. 124. — Fer à cheval, lypc le plus ancien, 1/2 gr.
vés en crochets. Les fers à bords ondulés sont restés jusque vers le XI* siècle*.
A quelle époque la ferrure a-t-elle été introduite? Et par qui a-t-elle été propagée?
Double question difficile à résoudre avec les documents actuellement connus. 11 y a une étude fort intéressante à entreprendre. Jusqu'aux mérovingiens inclusivement, la ferrure n'était pas connue. Nous la trouvons dès le ix" et le \* siècles, sans pouvoir préciser la date de son introduction.
§ 9. Cheval, Hipposandales. — Mais entre le pied libre et le pied ferré, existe le pied chaussé. En servant d'intermédiaire, il a été cause de bien des confusions, et c'est lui qui aamené ou tout au moins entretenu entre les archéologues la dissidence d'opinions qui a existé jusqu'à ce jour au sujet de la ferrure.
1. CoRNEviN, Bulletin de la Société d'anthropologie de Lyon, séance ilu 7 nurs 1885, p. 4«.
II est évident que le pied libre, beaucoup moins protégé que le pied ferré, devait occasionner beaucoup d'accidents et de cas pathologiques. Aussi dans l'antiquité voit-on plusieurs représentations de soins donnés aux pieds des chevaux.
Parmi les sujets au repoussé qui ornent la situle en bronze d'Esté * on voit un homme assis tenant d'une main une coupe et de l'autre lin cheval par le licol. Un autre homme derrière le cheval lui empoigne la queue d'une main pour l'empêcher de ruer et de l'autre lui relève la patte gauche pour examiner le sabot. Gela montre que par suite de l'absence de ferrure cet examen des pieds des chevaux devenait une opération importante et assez caractéristique pour être reproduite dans un tableau de la vie usuelle.
La pierre gravée du Musée de Berlin dans laquelle d'après Van Dussel il y a la représentation de la ferrure d'un cheval, ne serait-elle pas tout simplement une reproduction du sujet précédent, une simple inspection de vétérinaire.
Il est incontestable que la ferrure a été une amélioration hygiénique. Les animaux à un sabot comme les chevaux, les ânes et les mulets, ainsi que ceux à deux sabots comme les bœufs, devaient avoir beaucoup plus de maladies du pied quand ils n'étaient pas ferrés. Dans ces cas on mettait aux pieds malades des chaussures en genêt d'Espagne, en cuir ou en fer.
Columelle ' et dans la deuxième moitié du iv* siècle Végèce ^ sous le nom de solea s/)artea, chaussures en sparterie, signalent très nettement les bottines en tiges de genêt tressées, qu'on mettait aux pieds des bestiaux et des bêtes de somme
1. Alessandro Prosdocimi, Dulletlino di paletnologia Italianaj mai ot juin 1880, p. 93, pL VI.
2. Columelle, De re rusticùy VI, 12, 3. a Solca spartea pcs induitur » et « Linamentis pcs involutus sparteo munitur. »