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LES RELIGIEUSES EN AFRIQUE

Influence des moines sur les religieuses. Les moniales d’Hippone.

Doctrine de saint Augustin sur la virginité.

Depuis longtemps déjà, les vierges consacrées et les veuves faisaient l’honneur de l’Eglise d’Afrique. Tertullien et saint Cyprien l’attestent. Mais le vœu de chasteté, sanctionné par la bénédiction de l’évêque, n’entraînait pas à sa suite l’obéissance et la pauvreté évangéliques, sans lesquelles il ne peut y avoir de vie religieuse véritable. Aussi ces vierges et ces veuves ne doivent-elles pas être confondues avec les moniales. Plusieurs, il est vrai, vivaient en commun ; mais cette cohabitation ne suffit pas pour en faire des religieuses.

Peut-on, dès lors, attribuer à saint Augustin l’honneur de les avoir, le premier, groupées en communautés monastiques ? Tillemont est porté à le dire, sans vouloir néanmoins se prononcer d’une manière absolue (i). Les Bénédictins de Saint-Maur partagent sa réserve (2). De fait, on ne trouve aucun vestige de cette institution avant l’époque de son arrivée. Elle apparaît pour la première fois au troisième concile de Carthage, c’est-à-dire en 397. 11 y est prescrit aux évêques et aux prêtres de placer dans les monastères de femmes les vierges consacrées privées de leurs parents (3). Cela suppose des monastères assez nombreux. Or, comment pareille difiusion aurait-elle pu se faire en si peu d’années, sans laisser de trace dans la correspondance et dans les écrits de saint Augustin ? Comment s’expliquer le silence de son biographe sur une chose si honorable pour lui ?

Les moniales, qu’elles aient devancé ou non les religieux, ont subi promptement leur influence. Là comme partout ailleurs, les femmes rivalisèrent de zèle avec les hommes. L’historien ne peut, à la vérité, suivre leur développement ; il en est réduit à constater le seul fait de la présence en Afrique, à la fin du iv^ siècle et au commencement du v®, de monastères nombreux, sans pouvoir dire même où ils étaient établis. L’Église d’Hippone en possédait plusieurs (4).

(1) Tillemont, xiii, p. i6o.

(2) Yita S. Augustini, 1. III, c. v, n. 8. P. L., xxxii, col. 182.

(3) Labbe, Collectio conciliorum, t. II, col. 144,

(4) Monasteria virorum ac feminarum continentihus ctim suis prœpositis plena, Ecclesiœ dimisit. (Possidius, c. xxvn et xxxi, col. 56 et 64. Tillemont, xiii, p. 160).

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L’un d’entre eux, situé dans la ville était, de la part, d’Augustin, l’objet de la plus grande sollicitude. Il l’avait planté pour être le jardin du Seigneur. Sa nièce et sa cousine germaine y embrassèrent la vie monastique, et sa sœur, qui s’était consacrée au service de Dieu après la mort de son mari, l’avait gouverné jusqu’à son trépas. L’évêque prenait grand soin d’y entretenir le zèle et la ferveur. Les âmes saintes et pures qu’il y avait réunies et en qui Dieu répandait ses grâces les plus abondantes, donnaient à son cœur une consolation qui lui faisait oublier plus facilement les peines dont l’abreuvaient les ennemis de l’Eglise et de la foi.

Malheureusement, cet asile de paix fut bientôt troublé par la dissension. La sœur d’Augustin avait eu pour lui succéder après sa mort une religieuse des plus anciennes de la maison, qui jouissait de l'estime et de l’affection de ses sœurs. C’est probablement cette Félicité que l’évêque d’Hippone encourage, dans une de ses lettres, à supporter avec patience la tribulation et à ne pas craindre de reprendre les coupables (i). L’arrivée d’un nouveau prêtre provoqua, on ne sait comment, un changement de dispositions à son endroit chez plusieurs de ses filles. 11 en résulta des contentions, des jalousies, des animosités, des murmures et des médisances. Les mécontentes réclamaient une autre supérieure. Le saint évêque ne pouvait condescendre à une pareille exigence, qui eût compromis la discipline et les intérêts du monastère.

(i) Aug., ep. 220, col. 957-958.

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Craignant que sa présence n’excitât encore des troubles et qu’il ne fût obligé de sévir contre Tes coupables, il refusa même de les visiter et leur écrivit une lettre pour leur montrer la gravité de leur faute et les exhorter au repentir (423) (i).

Ces moniales rendaient à l’Eglise un service appréciable en se chargeant de l’éducation des jeunes orphelines confiées à la vigilance des évêques (2). Elles admettaient encore des enfants présentées par leurs père et mère. La fille du prêtre Januarius était élevée dans un de ces monastères (3).

L’enthousiasme de saint Augustin pour la chasteté chrétienne, qui a inspiré ses livres De sancta Virginale (4) et De Bono vidnitatis (5) et qui éclate si souvent dans ses lettres et dans ses sermons, se communiquait autour de lui et ne contribuait pas peu à remplir les monastères de vierges et de veuves. Elles trouvaient là des secours inappréciables pour conserver intacte une vertu qui les rendait la partie la plus noble du corps mystique de Jésus-Christ (6).

Elles avaient à mener sur terre la vie que les anges mènent au ciel et à inaugurer dès ici-bas ce qu’elles seront durant toute l’éternité (7). L’Eglise ne leur

(1) Id., ep. 211, 938-965.

(2) Id., ep. 252. 1609. C’est du moins le sens que lui donne Tillemont, p. i6o.

(3) Id., serin. 355, col. 1571.

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