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CAUSES PRINCIPALES DE LA RAPIDE EXTENSION DU CHRISTIANISME

Ainsi, trois siècles ne s'étaient pas encore écoulés depuis sa naissance, et déjà le christianisme était devenu dans le monde une puissance qui le remuait; mais il n'était arrivé là qu'après un combat de trois siècles contre l'incroyance et la superstition païennes. Avant de commencer l'histoire de celle grande lutte, nous devons dire ce qui, d'une part, favorisa la foi nouvelle, et, d'autre part, les nombreux obstacles qu'elle eut à surmonter.

Au premier siècle, ce fut souvent un avantage pour L'Eglise d'être regardée comme une secte juive , et de pouvoir, à l'abri du judaïsme, légalement toléré dans l'empire romain, pousser de si profondes racines, que lorsqu'ensuile les tempêtes des persécutions se déchaînèrent, elles ne purent plus la renverser. Un autre avantage, c'était la situalion politique du monde civilisé , qui ne formant alors, pour la plus grande partie, qu'un même empire, n'opposait point aux messagers de la foi la barrière des haines nationales, mais au contraire facilitai) l'étroite union et la coin-

municatioD des églises entre elles. Une troisième circonstance fort utile aux apôtres de la nouvelle religion, ce fut que, dès le commencement, ils s'emparèrent de l'idiome le plus parfait du monde antique, de la langue grecque, parlée dans tout l'Orient depuis la conquête d'Alexandre, et qu'ils en firent, par la prédication et par les livres saints, le véhicule des idées chrétiennes. La culture intellectuelle des Grecs, répandue aussi loin que leur langue, entra également de bonne heure au service du christanisme. Des hommes tels que saint Justin, Clément d'Alexandrie, Origène, avec leur vaste érudition , leur habitude de toutes les parties de la littérature, mettaient merveilleusement à nu la pauvreté des divers systèmes philosophiques, soit en démontrant l'impuissance où est la sagesse humaine de satisfaire les âmes qui cherchent la certitude et le repos, soit en faisant voir que la doctrine chrétienne, la plus pure et la plus élevée des doctrines, renferme tout ce qu'il y a de bon dans la philosophie. Par là, ils conquéraient à l'Evangile l'estime et l'accès des classes supérieures.

Au deuxième, mais surtout au troisième siècle, la misère des temps, misère affreuse et toujours croissante, contribua beaucoup aussi à propager la foi. L'indignité des empereurs, la licence féroce et effrénée des soldats, la corruption, les rapines des hommes publics, les ravages des barbares sur les frontières; une foule de calamités physiques, la peste, des tremblements de terre, des débordements de fleuves, la famine , tous ces malheurs se joignaient à la dépravation, à la dissolution générale pour engendrer, dans les provinces à moitié disjointes de l'empire, tantôt le plus dur despotisme, tantôt une sauvage anarchie, et pour faire sentir aux infortunés habitants toute la misère de ce grand corps déchiré et gangrené, qui s'affaissait sur luimême. Lorsque des milliers d'hommes voyaient l'ouragan des guerres civiles emporter leur fortune, l'épée ou la peste frapper les plus chers objets de leur affection, et qu'ils ne rencontraient chez les dépositaires de l'autorité qu'une froide

cruauté et de révoltants caprices, et. en lins, dans le peuple avili, rien qite les excès les plus hideux de la brutalité el de la déhanche, alors la société des chrétiens apparaissait à beaucoup d'entre eux comme l'unique asile où ils pussent encore trouver la vertu . la justice el le repos. Mais, pour le plus grand nombre, l'infortune et l'oppression ne servaient malheureusement <pf à les asservir davantage au culte des faux dieux, el à leur faire chercher avec plus d'ardeur une issue dans l'obscur labyrinthe de la magie el de la théurgïe.

Plus un homme est intimement attaché à la foi. mieux il apprécie l'avantage d'être membre de l'Eglise, plus aussi il désire faire partager son bonheur à d'autres, surtout à ses parents et à ses amis. La plupart des chrétiens de celle époque n'étaient point nés tels; beaucoup n'avaient embrassé la nouvelle religion que dans un âge avancé, souvent après une longue lutte intérieure, presque toujours après de rudes sacrifices, mais par cela même, la vérité qu'ils avaient achetée cher leur était d'autant plus précieuse , et ils mesuraient dans cette proportion le devoir de la répandre. Aussi chaque fidèle remplissait autour de lui une sorte d'apostolat. Le père devenu croyant, prêchait l'Evangile à sa famille, l'esclave à son maître, le soldat h ses compagnons d'armes, l'ami à son ami: la ferme conviction , l'inébranlable foi. l'exaltation neuve et généreuse avec laquelle se faisait cette prédication toute naturelle, manquait rarement son effet sur les âmes non prévenues, et triomphait souvent des plus opiniâtres résistances. Un grand nombre d'entre les nouveaux convertis dévouaient leur vie entière aux missions lointaines: c'est leur portrait qu'Euséhe a tracé avec les paroles suivantes : « La plupart de ces disciples aposto- » liques dans le cœur desquels l'amour divin avait allumé » un extraordinaire amour de la sagesse, distribuaient d'a- » bord tout leur bien aux pauvres pour accomplir le coni- » mandement du Sauveur, ensuite ils allaient dans les pays » éloignés prêcher Jésus-Ohrisl à ceux qui auparavant n'a-

» vaiciil jamais ouï parler de la doctrine chrétienne, et ils » répandaient le livre des saints Evangiles; puis, après » avoir posé les fondements de l'Eglise dans ces contrées , » après avoir établi des pasteurs pour le soin des fidèles, ils » se rendaient chez d'autres peuples. Aidés de la grâce et « de l'assistance divine, ils opéraient aussi beaucoup de » miracles, de sorte que des foules entières, qui les enten- » daient pour la première fois , ouvraient aussitôt leur » cœur à l'adoration du vrai Dieu.»

La vie des chrétiens, dans laquelle le païen ne pouvait méconnaître une fidèle image de leur foi, produisait encore plus d'impression que la parole. Toutes les vertus le moins connues et le moins pratiquées dans le polythéisme, la douceur, la bienfaisance envers les ennemis, la tempérance, la chasteté brillaient comme autant de fruits du christianisme chez ceux qui le professaient; et plus ces vertus étaient jusque là demeurées étrangères aux païens même les moins corrompus, plus elles les frappaient d'admiration en réalisant sous leurs yeux ce qu'on leur disait être un précepte divin.

Vers le milieu du troisième siècle, lorsque des maladies pestilentielles exercèrent d'épouvantables ravages dans une grande partie de l'Empire, les païens virent avec étonnement les chrétiens soigner, sans crainte et sans relâche, les personnes attaquées, distribuer des aumônes, enterrer les morts, tandis que les adorateurs des idoles, glacés par un froid égoïsme, et ne songeant qu'à leur conservation, se tenaient loin de tout malade. Ce spectacle éveillait dans l'âme de plus d'un païen le désir de connaître une doctrine qui inspirait à ses sectateurs un amour si désintéressé de leurs semblables, et il lui ouvrait ensuite d'autant plus volontiers son cœur et son esprit. L'intime communauté de tous les chrétiens, ce lien de fraternelle tendresse, fortifié par l'égalité du péril, par l'unité de la foi et de l'espérance, avaient aux yeux de beaucoup d'infidèles un charme tout particulier. C'était pour eux quelque chose de si étrange.

— ua — qu'ils s'écriaient avec une sorte de stupeur : t'oyez comme, ils s'aiment! «Oh! oui. cela doit les étonner, répondait » alors Terlullien , car, eux , ils se haïssent les uns les au- » très. » Mais plus la charité chrétienne contrastait avec l'égoïsme hrutal et la haine des païens, plus elle avait d'attrait celle Eglise dans le sein de laquelle on abjurait ces tristes passions pour faire partie d'une société toute d'amour et de secours mutuels.

Il n'y avait pas jusqu'à ce noble sentiment de liberté, dont les chrétiens avaient l'âme remplie, sentiment non moins éloigné de la révolte que de la bassesse, qui ne dût recommander l'Evangile aux meilleurs d'entre les païens. Bans un temps où l'esprit de la liberté véritable avait disparu, où l'insolence et la tyrannie d'en haut rencontraient chez les petits une lâche soumission et une adulation rampante, les chrétiens seuls savaient à la fois remplir leurs devoirs de fidèles sujets en se conformant à l'ordre civil, el conserver l'unique indépendance réelle, celle de l'esprit et de la conscience , pour laquelle , dit Terlullien , ils savaient aussi mourir (1). Dans tout ce qui concernait la foi et l'exercice de la religion , ils ne reconnaissaient point de maître terrestre, point de puissance impériale, et ils refusaient d'obéir non-seulement aux ordres qui leur commandaient directement l'apostasie, mais encore aux injonctions qui interdisaient leurs assemblées religieuses , et exigeaient d'eux qu'ils livrassent les livres saints (2). L'homme est de Dieu seul, non de V empereur (3), disaient-ils hautement. Etrangers à toute crainte humaine, ils répondaient par un tranquille refus d'obéissance à chaque tentative de

(1) »Ipsam libertatem pro qui mon novimus.» Terlull. art Nat. 1,4.

(2) Origène «lit sans détour que les chrétiens ont complètement le droit de violer les lois tyranniques dos empereurs qui lour défendraient leurs pieuses réunions. Adv. ois. . lib. I,p. 5,cd. Sp'enc.

(:() »So1his .'Hiicin l»i'i boiuo... • Tertull., Scorpiace, C. XIV .

l'Etat sur leur vie de chrétiens, et déclaraient n'avoir d'ordres à suivre, dans celte matière, que ceux de Dieu et de son Eglise.

Le principal moyen employé pour anéantir la foi nouvelle, les persécutions et les supplices produisaient un effet diamétralement opposé. Presque tousles écrivains chrétiens ont révélé ce fait que le sang des martyrs devenait une semence de nouveaux confesseurs, et qu'après chaque grande persécution le nombre des fidèles augmentait d'une manière frappante. Déjà saint Justin disait dans son dialogue avec Triphon : «Plus on nous prépare de semblables douleurs, » plus s'accroît la foule de ceux qui se résolvent à deve- » nir d'inébranlables adorateurs du nom de Jésus-Christ. » De même que l'on taille souvent les branches fécondes » des ceps de vigne, pour faire naître des bourgeons plus » abondants et plus forts, de même en use-t-on avec nous; » car le peuple chrétien est un cep planté par Dieu le père » et par Jésus-Christ le Sauveur.» La même remarque se trouve à la conclusion de l'Apologétique de Tertullien : « Tous les raffinements de votre cruauté sont inutiles, ou » plutôt c'est un charme qui augmente notre parti. Ne » voyez-vous pas nos frères se multiplier sous vos moissons » sanglantes ? Le sang chrétien est une semence de chré- » tiens.» Donnant ensuite l'explication du fait même : « Cette opiniâtreté que vous nous reprochez agit comme » une leçon pleine de puissance. Car, qui la peut voir sans » éprouver le besoin de creuser, par la méditation, jusqu'au » fond de la chose, et quel homme sincère, l'ayant appro- » fondie , ne se détache de vous et ne brûle de souffrir pour » notre foi après l'avoir embrassée ?»

Sans doute beaucoup de païens ne voulaient voir dans l'invincible constance des fidèles que l'effet d'un esprit entêté et dur, et le passage de Tertullien qui répond à cette accusation, réfutait d'avance une phrase des Monologues de MarcAurèle, où l'empereur philosophe blâme les chrétiens de ne mépriser la mort que par pure opiniâtreté , non

par réflexion (J). Pline, dans son rapport à Trajan, avait aussi présenté comme digne de punition ce qu'il appelait l'entêtement et l'inflexible obstination des chrétiens (2).

Si les disciples de la croix n'avaient montré au milieu des supplices qu'un courageux dédain de la mort, une résignation calme, ils auraient produit peu d'effet dans un temps où le suicide et les exécutions étaient choses de tous les jours, et où des hommes accoutumés aux horreurs des guerres civiles, et blasés par les jeux sanglants de l'arène , exigeaient du gladiateur mortellement blessé, qu'il rendît le dernier soupir avec grâce. Mais les chrétiens faisaient voir autre chose que celte indifférence qui se décharge de la vie comme d'un trop lourd fardeau, ou se courbe résignée sous un destin inévitable. INon seulement des hommes d'un âge mûr. mais des femmes , mais des vieillards, des jeunes gens et de tendres jeunes filles, supportaient, sereins et joyeux, toutes les tortures que savait inventer l'ingénieuse cruauté des bourreaux ; ils les enduraient sans se plaindre, très souvent sans pousser un seul cri; fatiguaient, par leur inépuisable force à souffrir, les bras des exécuteurs contre lesquels ils ne laissaient pas échapper le moindre signe d'impatience ou de haine, et remerciaient les juges qui leur avaient procuré la faveur de verser leur sang pour Jésus-Christ. En présence d'un tel spectacle, ceux des païens qui n'étaient ni tout-à-fait dépourvus de sens, ni complètement aveuglés, commençaient à soupçonner que ce devait être plus qu'une

(1) Kutu ^(À«v irapïTtfgjv. n n'y aurait dependant pas d'invraisemblance à ce que ces paroles signifiassent plutôt : « Comme des soldats ar- » mes à< la légère,» qui se précipitent impétueusement et sans reflexion dans la mêlée. Arricn, disciple d'Epietète, à la même époque, s'exprime d'une manière encore plus étrange sur la persévérance des chrétiens ou des Galiléens, comme il les appelle : "Ce n'était chez eux, dit-il, qu'une

folie et une habitude de ne point redouter la mort. » *■•'** «*■« futnat >■

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(2) 'Pervicaciam el inflexibilem obstinationem. »

illusion qui élevait ainsi tant de personnes de tout sexe et de tout âge au-dessus des faiblesses ordinaires de la nature, et leur inspirait une constance si calme et pourtant invincible. Venant ensuite à examiner la chose de plus près, le soupçon se changeait bientôt chez eux en certitude, et ce qui leur avait paru d'abord une inexplicable énigme , s'emparait de toutes les facultés de leur âme dès qu'ils étaient chrétiens. Souvent même ce joyeux mépris de la mort et des souffrances faisait une si puissante impression sur quelques-uns des spectateurs, qu'une conversion spontanée en était la suite (1).

Par la continuation du don des miracles , Dieu avait pourvu son Eglise d'un autre moyen de propagation plein d'efficacité. La promesse du Sauveur à ses disciples, que la vertu de son nom leur donnerait puissance sur les mauvais anges et sur les forces de la nature, s'était accomplie immédiatement après l'Ascension. Dans les temps qui suivirent l'époque des apôtres, ces dons demeurèrent également dans l'Eglise, et furent souvent exercés par des fidèles, soit ecclésiastiques, soit laïques, pour le bien des individus et pour la confirmation delà vérité et de la divinité de la loi chrétienne. Ceux à qui Dieu conférait le pouvoir d'opérer de tels prodiges, reconnaissaient que ce n'était point à cause d'eux, mais dans l'intérêt des païens, et qu'en conséquence

(1) Voici un beau passage de Lactanee qui a rapport à ce que l'on vient dédire: «Nam cùm videat vulgus dilacerari hommes variis tor- » mentorum generibus , et inter fatigatos carnifices invictam tenere pa- "tientiani, existimantidqnodresest, nec concensum tain multorum, nec » perseverantiam morientium vanam esse , nec ipsam patientiam sine Deo » cruciatus tantos posse superarc. Lalrones et robusti corporis viri ejus- »modi lacerationesperferre nequeunt, exclamant et gemitus ediuit; vin- »cuntur enim dolore,quià deest illis inspirata patientia. Nostrï antem, ut »de viris taceam, pueri et mulierculae tortorcs suos taciti vincunt, et ex- » promere illis gemitum nec ignis potest. — Ecce sexus inlirmus et fra- -gilis a?tas dilacerari se toto corpore utique perpetitur, non necessitate , = qiiià licet vitare. si vellent, sed volnntafe. quià confidnnt in Deo.» Institut, lib. V. C. \H.

ils ne devaient pas, pour cela, s'élever au-dessus de leurs frères (1).

Le don des miracles était surtout nécessaire dans un temps où le polythéisme se retranchait orgueilleusement derrière une foule de phénomènes extraordinaires et d'éblouissants prestiges opérés avec le secours des démons, ou par de secrètes forces naturelles , moyens dont les enchanteurs de tous genres se servaient pour séduire le peuple et le retenir dans le paganisme. A ces œuvres magiques , les chrétiens n'opposaient que le nom de Jésus-Christ et le signe de la croix, et avec cela seul ils déconcertaient tout le charlatanisme des évocations. Déjà saint Justin , dans son Apologie, proclame que, même à Rome, beaucoup de possédés, qu'aucun enchanteur n'avait pu délivrer, s'étaient fait guérir par des chrétiens qui avaient simplement prononcé sur eux le nom de Jésus-Christ, et que cela se voyait encore tous les jours. Il n'y a pas de point sur lequel les témoignages de l'antiquité chrétienne soient plus unanimes et plus formels. Saint Irénée cite en détail les différents dons divins qui , de son temps, continuaient d'exister dans l'Eglise. «Les uns, » dit-il, chassent véritablement et certainement les démons » au nom du Sauveur, de sorte que souvent ceux qui ont » été délivrés deviennent disciples de l'Evangile; les autres » savent prédire les choses futures et ont des visions pro- » phétiques. D'autres possèdent la vertu de guérir, et, » par la seule imposition des mains, rendent la santé à » toutes sortes de malades. Il y en a même qui ont ressus- » cité des morts que l'on a vu vivre longtemps. Mais com- » ment nommer tous les dons célestes que l'Eglise reçoit de » Dieu, et qui, chaque jour, au nom de Jésus-Christ, sont » employés à l'égard des païens?» La certitude de Tertullien à ce sujet était si complète, qu'il osait adresser aux

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kpost, lil». vin. cap. i, p. 391 ; éd. Goteler. Imstelod. 1724. Toi», i.

païens une provocation en forme : « Juges , s'écrie-t-il dans » son Apologétique, faites amener devant votre tribunal un » homme évidemment possédé , et , à la voix d'un chrétien, » l'esprit qui tourmente cet homme se fera connaître pour » ce qu'il est, pour un démon; s'il en est autrement, faites » à l'instant mourir le chrétien téméraire. » Puis il ajoute : » Que peut-il y avoir de plus évident que cette expérience; » quoi de plus sûr que cette preuve? La vérité est visible- » ment là; il n'y a pas place au moindre soupçon; force » vous est de convenir qu'ici la puissance du chrétien est » la puissance de Dieu même.»

Origène, dans sa réfutation de Celse, parle souvent de ces cuies miraculeuses et de ces expulsions des mauvais esprits; il déclare avoir lui-même vu , et souvent, des chrétiens guérir les maladies les plus incurables par une simple invocation de Dieu ou du nom de Jésus, et que ce sont, d'ordinaire, des fidèles tout-à-fait dépourvus de science, mais pieux, qui opèrent ces prodiges uniquement par la foi et la prière. Saint Cyprien, Minucius Félix, Lactance, Firmicus Malernus mentionnent cette puissance des chrétiens sur les démons comme un fait journalier, et qui démontre en même temps, d'une manière éclatante, la vérité de la foi chrétienne.

Outre les guérisons miraculeuses, c'était donc principalement par l'expulsion des mauvais esprits que les chrétiens ébranlaient ceux d'entre les païens qui eussent été moins accessibles à la puissance de la parole, et qu'ils les préparaient à accepter une doctrine annoncée au milieu des prodiges. L'empire que , pendant sa mission terrestre , le Seigneur avait exercé sur les démons, était demeuré dans l'Eglise, et de pieux fidèles forçaient, comme auparavant le lils de Dieu lui-même, les esprits impurs à avouer ce qu'ils étaient et à reconnaître la vertu de Jésus-Christ. Au fait, si dès le temps du Sauveur et de ses apôtres, il y avait parmi les Juifs un tel nombre de possédés, combien le pouvoir des mauvais anges sur l'âme et le corps de certains boni-

— îiy — nies ne devait-il pas se manifester plus fréquemment chez les païens, sous la double influence d'une impiété partout répandue, et du polythéisme descendu en grande partie jusqu'à un culte formel des puissances infernales. L'histoire offrant toujours, à une même époque, les contrastes les plus opposés, il y avait alors en présence, d'un côté le royaume de Dieu, de l'autre celui de Satau , tous deux dans leur pleine vigueur et leur souveraine énergie, engagés tous deux dans une lutte plus manifeste sur le théâtre du monde extérieur. Le prince des ténèbres, pressentant la ruine qui le menaçait, avait rassemblé toutes ses forces pour un dernier combat, et tandis que les disciples de Jésus- Christ brillaient de tout l'éclat des dons divins et de la force surnaturelle, le sombre génie du mal avait ses apôtres, volontaires ou forcés, dans la foule des adeptes de la magie et des énergumènes, lesquels, il faut bien se garder de le croire, n'étaient pas tous des jongleurs et des charlatans. Si l'on veut voir jusqu'à quel point le don des miracles con tribua aux progrés de l'Eglise, et combien il ouvrit souvent l'àme des païens à la parole de Dieu , que l'on consulte les Pérès et les apologistes, qui, à chaque occasion, opposent aux défenseurs du polythéisme cette preuve triomphante. Saint Irénée nous apprend de plus que les malades guéris ou les possédés délivrés par les chrétiens devenaient souvent chrétiens eux -mêmes.

En recherchant les causes de la merveilleuse rapidité et de la puissance de propagation de la foi évangélique. on pénétre dans les entrailles mêmes du christianisme, et l'on voit que c'était particulièrement dans la doctrine de la rédemption et de la rémission des péchés que résidait sa force d'attraction. Tous ceux qu'inquiétait une conscience chargée de crimes ne parvenaient pas à l'apaiser par des sacrifices expiatoires et par ces cérémonies vides que les prêtres païens recommandaient comme devant infailliblement effacer loules les failles. Les aspersions d'eau lustrale, l'encens brûlé dans les cassolettes, les dégoûtants taaroboles ei

crioboles ne protégeaient pas à la longue contre le remords et ses douloureuses angoisses. Mais quand ces hommes venaient à entendre prêcher que ce qu'ils étaient incapables défaire, Dieu lui-même l'avait fait pour eux; qu'il ne dépendait que de leur volonté de s'approprier les fruits du grand sacrifice d'expiation accompli sur la croix, et que, pour être purifiés de leurs iniquités précédentes, pour renaître dans le baptême à une nouvelle vie, à une vie d'intime union avec Dieu, il suffisait d'une seule chose, de la foi au divin médiateur et sauveur, c'était alors véritablement pour eux une bonne nouvelle , et ils saisissaient avidement une croyance qui apaisait, au-delà de tout espoir, un besoin si profondément senti. Saint Cyprien, dans sa lettre à Donatus, dépeint avec une grande force, et d'après son expérience personnelle, l'état d'un païen devenu croyant; il raconte comment , enfoncé autrefois dans les ténèbres du polythéisme, il tenait pour impossible la renaissance morale et lentier changement de sentiments d'un homme , mais comment ensuite il s'est convaincu par lui-même de la possibilité de celte rénovation. Lors donc que des adversaires tels que Celse, reprochant aux chrétiens d'offrir le royaume de Dieu à des pécheurs, à des indignes et à des misérables, disaient que des hommes ainsi habitués au vice ne pouvaient être changés par les châtiments, bien moins encore par la miséricorde , les apologistes chrétiens se contentaient de les renvoyer à la multitude de ceux que le christianisme avait réellement fait passer de désordres effrénés à une vie pure et sage.

Les classes nombreuses qu'un travail continu, la pauvreté et la privation de tous les raffinements de la richesse protégeaient contre la profonde corruption morale des classes supérieures, les habitants de la campagne, les artisans, les esclaves , étaient en général plus accessibles à la foi. Dans les étroites limites de leurs relations et au milieu de l'activité continuelle que leur imposaient les besoins de la vie, ils demeuraient, en grande partie, étrangers aux vices

des riches et des puissants, et lorsque, pour satisfaire à l'irrésistible besoin de rendre un culte à Dieu, ils avaient, avec une volonté droite et simple, visité assidûment les temples, participé aux cérémonies et aux sacrifices, il n'était souvent besoin que de la prédication des principales vérités de la foi, pour gagner au christianisme ces âmes encore non émoussées. Tandis qu'un grand nombre d'esclaves, initiés à tous les crimes et à toutes les turpitudes de leurs maîtres, se laissaient prendre pour instruments des plus honteuses passions, il y en avait d'autres attachés à leurs devoirs, et peu exposés, dans ce petit cercle, à l'appât des grands vices : aussi l'Evangile, qui ne connaît point de différence entre le maître et l'esclave, fut salué avec joie par ces hommes comme le lever d'un éclatant et réchauffant soleil. Les témoignages ne manquent pas pour montrer que c'est dans celte classe pauvre, ignorante et opprimée, mais pure en comparaison du reste de la société, que le christianisme lit les progrés les plus rapides; et l'on connaît ce reproche favori des adversaires de l'Eglise, qu'elle ne savait gagner que la populace.

La vérité évangé'ique trouvait pareillement accès chez ceux qui, familiarisés avec la philosophie grecque, sentaient néanmoins en eux un vide que nul système ne pouvait remplir. Mécontents du froid orgueil , du fatalisme et du panthéisme désespérant des stoïciens, ils éprouvaient encore plus d'aversion pour la débauche et l'incroyance épicuriennes, de môme que pour la grossière rudesse et la cupidité mal cachée des cyniques. Les doctrines incomparablement meilleures de Platon et de Pythagore étaient plus propres à faire naître un vague besoin religieux qu'à le satisfaire, plus capables d'égarer l'intelligence dans un labyrinthe de doilies, de pressentiments et de subtilités, que de lui présenter l'heureux lil qui pût la guider vers la lumière.

Aux questions suivantes : « Qu'est-ce que Dieu et qu'est- » ce que l'homme; dans quels rapports l'homme est il vis- » à vis de Dieu; comment le pécheur peut-il obtenir la

* rémission de ses fautes; qu'y a-t-il à attendre après la » mort? » toutes ces philosophies n'avaient point de réponses capables de contenter un esprit raisonnable. Dans le christianisme, au contraire, le sage trouvait la solution de ses doutes, la réalisation de ses pressentiments : plus que tout cela, il y trouvait ce qui n'existait pas au moindre degré dans le paganisme et les écoles philosophiques , à savoir l'harmonie d'une conviction commune, cet uniforme et solide enseignement fondé sur la tradition orale et écrite de Jésus et de ses apôtres, dont l'Eglise seule pouvait se glorifier. Là on n'exigeait point de l'homme une aveugle soumission à la parole d'un homme faillible et pécheur comme lui, on ne le renvoyait point à l'autorité trompeuse de sa propre raison obscurcie par les passions et les préjugés; on ne lui remettait point entre les mains un livre où il eût à chercher lui-même sa foi; mais la parole vivante, telle que Dieu fait homme et ses apôtres l'avaient annoncée, telle qu'elle ne cessait de se répéter dans l'Eglise, était pour lui la source de la foi et de la connaissance, l'éclaircissement de ses incertitudes, l'ancre qui l'affermissait contre toute illusion , contre toute erreur dans la plus importante des affaires. Païen, il lui avait fallu, en quelque sorte, se diviser pour nourrir son esprit et son cœur : désirait-il une doctrine, il était obligé de devenir membre de quelque école philosophique; pour participer à un culte et à des sacrifices, il lui fallait visiter les temples et se conformer aux prescriptions rituelles; s'il voulait connaître le sens des traditions et des mythes , et alimenter sa piété par la représentation des symboles religieux, il ne trouvait cela que dans les mystères des initiés. Et quelle contradiction insoluble ne voyait-il pas entre ce qu'enseignait l'école, ce qui était mis sous ses yeux dans le temple, et ce qu'on lui prêchait secrètement? Au contraire, dans la religion nouvelle tout offrait à ses yeux une complète unité. L'école et la prédication, le mystère et la doctrine ésotériqqe, les cérémonies du culte et la perpétration réelle

du sacrifice, toutes ces choses se tenaient intimement ; l'une conduisait à l'autre. A la place de spéculations philosophiques confuses, désespérantes et stériles, la doctrine simple, claire et douce de l'Evangile était enseignée d'abord dans le catéchuménat*, et ensuite dans les instructions faites au service divin ; au lieu d'explications et de symboles puisés dans la physique, ou dans la philosophie de la nature, et qui faisaient partie des mystères païens devenus à cette époque un jeu vide, on exposait dans l'église les mystères sublimes et purement moraux de l'Incarnation, de la Rédemption et de l'Eucharistie; les sacrifices sanglants étaient remplacés par un seul sacrifice pur et non sanglant, célébré chaque jour comme répétition et continuation du sacrifice de la croix.

Au milieu de l'innombrable multitude de ses dieux , le païen était souvent rempli d'incertitude sur le choix de la divinité qu'il devait spécialement honorer, sur les hommages qu'il avait à lui rendre, ou rempli de terreur pour avoir négligé le culte d'une autre divinité dont il se serait par là attiré la vengeance ; le chrétien n'invoquait qu'un seul Dieu . ne redoutait que le péché, et se confiait joyeusement en tout à son Sauveur. La foi, l'espérance et la charité, vertus pleines de bonheur et de force , étaient étrangères aux Gentils; au lieu de la foi , ils ne connaissaient que l'opinion: au lieu de l'espérance, le doute et le désespoir; au lieu de l'amour, la crainte. Le disciple de l'Evangile, au contraire, avait un infaillible critérium de la vérité dans la foi au fils de Dieu et à l'Eglise; l'espoir des récompenses promises par Jésus-Christ aux siens lui dounait une sérénité qu'il ne connaissait pas auparavant; l'amour du Dieu qui l'avait aimé le premier et comblé de bienfaits élevait et ennoblissait tout son être. Avait-il précédemment participé à des fêtes et à des mystères du paganisme, lesquels n'ayant de rapport qu'avec la nature, le changement des saisons, le cours des astres, les moissons, les semailles, ou l'inslincl de la chair, le laissaient froid el indifférent . lorsqu'elles ne

souillaient pas sa pensée par d'impures images ; il ne célébrait désormais que des fêtes qui lui rappelaient sa rédemption et son heureuse naissance spirituelle. Quand il était encore retenu dans les liens du polythéisme, il ne croyait point à l'universelle direction d'une providence souverainement sage ; tourmenté par un inquiet besoin de connaître l'avenir, il interrogeait sur ses futures destinées le vol des oiseaux, les entrailles des victimes, les étoiles : et tous ces signes trompeurs, s'ils ne lui donnaient une pernicieuse sécurité, le frappaient de la crainte de malheurs possibles : chrétien , il s'abandonnait avec une pleine confiance à la volonté du Dieu omniscient, sans la volonté de qui un seul cheveu ne pouvait tomber de sa tête. Avant d'avoir embrassé la foi, il était enchaîné dans le cercle des présages , des songes et des mauvais augures; le léger cri d'une souris, le chant d'un coq suffisaient pour le jeter dans l'épouvante et lui faire abandonner un travail commencé ; la souillure occasionnée par le contact fortuit d'un cadavre lui causait plus d'effroi qne celle d'un grand crime : une fois entré dans l'Eglise, il se sentait libre de cette honteuse servitude d'esprit, il craignaitDieu , et n'avait point d'autre crainte. Enfin, sectateur du paganisme, il avait flotté dans une cruelle incertitude sur l'état de l'homme après la mort, ou bien il s'était abandonné, avec la foule, à la désespérante idée que tout doit finir avec cette vie : adorateur du Christ , il croyait à une félicité à venir dans l'éternelle contemplation de la magnificence divine, et c'était seulemant par la foi à l'existence future, dont l'existence actuelle est la préparation, qu'il commençait à comprendre le sens et la valeur de son séjour sur la terre.

Si les païens avaient été généralement enfoncés dans une complète incroyance, ou dans l'apathie stupide de l'indifférence religieuse , à peine le christianisme aurait-il pu se faire jour à travers cette masse inerte; car les incroyants et les indifférents ne lui accordaient d'ordinaire qu'une attention très superficielle, et le reléguaient ensuite, avec un

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orgueilleux dédain, dans la catégorie des inventions sans nombre de la superstition et de l'imposture. Au contraire , ceux qui, ayant gardé quelque religion dans le cœur, n'étaient presque jamais satisfaits par l'exercice du culte national, et réussissaient rarement à secouer tout-à-fait une pénible incertitude, ceux-là consentaient sans peine à examiner de prés le phénomène du christianisme déjà si frappant au premier coup-d'aul, et leur promptitude à reconnaître sa vérité divine était en proportion de la pureté et de la profondeur des sentiments religieux qu'ils avaient conservés. Sous ce rapport, le zèle qui se réveilla chez les païens, vers la moitié du deuxième siècle, fut très profitable à la religion cbèlienne. Quoiqu'il faille mettre au nombre des plus grands obstacles qu'elle ail eus à vaincre, les effroyables aberrations causées par la recrudescence de l'idolâtrie, à côté de ces aberrations et malgré elles, on vit se développer, dans le sein du paganisme même, une direction meilleure, qui, se rapprochant de la pureté primitive, allait par cela même à la rencontre du christianisme. Le grossier polythéisme se purifiait et s'élevait successivement jusqu'au monothéisme; on reconnaissait chaque jour dune manière plus formelle qu'il existe un Être suprême, auteur et modérateur du monde, père de toutes choses , et de beaucoup élevé au-dessus des autres dieux; que ceux-ci, ayant reçu l'être de lui, le servent comme des ministres, et président aux diverses parties de l'univers. Aussi Maxime de Tyr était-il en droit d'avancer que quelle que fut, du veste, la diversité des opinions , tous les hommes s'accordaient à admettre un seul Dieu , roi et père de toutes choses, et plusieurs dieux, ses fils, à qui il accordait une part de sa puissance. Des oracles reconnaissaient même le Dieu des Hébreux pour le vrai Dieu et pour le créateur du monde (1).

(1) Sailli Augustin . dans <-;i ( i'> de Dieu, liv. \l\. chap. '-'2. «-it»' un de ees oracles tire delà <-^> M«-«- 1 n »i i de Porpty re. Cel ni qui se trouve, dans v lini Justin csl i ncore plus i emarcpiahte

Le peuple aussi, comme le remarque Tertullien dans son livre sur l'âme, témoignait à chaque instant, quoique souvent sans y penser, de sa foi au souverain Être, lorsqu'il s'écriait en toute occasion : Si Dieu veut; Dieu le bénisse; Dieu voit tout. Les écrivains chrétiens ont souvent fait observer que les païens savaient fort bien distinguer entre le Dieu suprême, qu'ils adoraient en tournant leurs regards vers le ciel, et la foule des autres divinités, lors même qu'ils offraient à celles-ci des sacrifices et célébraient les fêtes établies en leur honneur (1). Mais le service divin fut toujours de plus en plus exclusivement affecté aux deux divinités principales, Jupiter et Apollon. Celui-ci était honoré comme le reflet et le représentant de Zeus, comme médiateur entre ce Dieu par excellence et les hommes, comme son prophète (2), dont les oracles annonçaient aux hommes les célestes volontés, et en même temps comme un sauveur qui les purifiait de leurs fautes et de leurs souillures , et portait en conséquence les surnoms d' 'Ale.vikakos, dViAcsios et tfAtropcvos. Il s'était fait homme, avait servi sur la terre en qualité d'esclave, et même s'était chargé de souffrances expiatoires (3). Combien cette notion ne se rappro-

AvroyîVHTov ki/aina. (riÇci^oy.ivoi Ç)iov ctyveec.

(Cohort, ad Graecos, p. 12, éd. Colon.)

(1) Ainsi nous lisons dans le poème de Prudentius contre les Salie I liens :

Et qnis in idolio recubans , inter sacra mille, Ridiculosqne Deos veneranssale, cespite , thure, Non putat esse Deum summum et super omnia solum , Quamvis Saturais, Jtmonibns et Cytherœis Portentisque aliis fumantes consecret aras.

(2) Eschyle avait déjà dit :

A/5Ç '7ipOÎHTMC i-TTI Ao|(«C TTXTfOÇ.

(Euménides, v. 19).

(3) Voir la dissertation intitulée : Apollonius de Tyatie et Jésus- ( 'hrist . par Baur, p. 168 . Tubingue 1832.

chail-elle pas de la doctrine chrétienne touchant le fils de pieu et son incarnation pour le salut des hommes! Combien

facile cl avantageuse était la transition du crépuscule des mythes au grand jour de l'Evangile (1) !

(l) Nous espérons que personne ne voudra voir une contradiction entre ce qui a été dit plus liant sur le caractère démoniaque du polythéisme, et ce que nous Taisons remarquer ici de son rapprochement de la religion chrétienne. Le polythéisme avait des parties meilleures el des parties plus mauvaises. Les moins corrompus d'entre les païens, et ceux qui ne Pétaient pas encore , s'attachaient, par instinct ou par réflexion aux débris des traditions antiques;, à ces idées religieuses dont le fond plus noble se laissait apercevoir à travers les altérations e! Falsifications île toute espèce qui les recouvraient ; les autres , au contraire, s'efforçaient de retenir du polythéisme ce qui flattait leurs sentiments corrompus, par exemple, leservice des démons, le culte des divinités qui ne représentaient aucune idée morale, et même en représentaient d'absolument immorales , ou bien encore la magie et ses criminelles pratiques.

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