ÉTAT POLITIQUE DES JUIFS
Au milieu des trois parties du monde alors connues et si bien liées entr'elles par la Méditerranée , se trouve la Palestine, le berceau delà révolution opérée dans le monde par Jésus de Nazareth , révolution que nulle autre n'égale en étendue, en force et eu durée.
Les Juifs, qui avaient été autrefois un peuple heureux et considéré, n'obéissaient plus, dans ce temps à jamais mémorable, à l'ancienne famille de leurs princes. Jusqu'à l'époque héroïque des Machabées, la Judée, sous le poids du malheur et de l'oppression , s'efforçait encore avec une
(l) Livres consultés : Le Nouveau Testament. — Les écrits des Pères de l'Eglise de celte période. — Jos. Routh reliquiae sacrae, sivè auctorum ferè jàm perditorum secundi tertiique saeculi fragmenta quae supérsunt. Oxonii 1814. — Thcod. Ruinart acta primorum martyrum sincera et selecta. Amslelod, 1713. — Eusebii ep. Caesareensis historiœ eccl. lihri X, éd. H. Valesius, Paris, 1G59. — Joh. Laur. Moshemii commentarii de rebus christianorum antè Constantinuni. Helmst. 1753, — Jos. Zola de rebus christianorum antè Constantinum, Ticini, 1780. — J. Clerici historia eccl. duorum primorum à Christo sa^cnlorum. Amstel. 1 7 1 r» .
généreuse ardeur de former un état indépendant. Simon Machabée fut élevé à la dignité d'Ethnarque, et laissa son fils Hyrkan ( 133 ans avant J.-Ch.) en possession d'un royaume libre, assuré contre les rois de Syrie par sou alliance avec les Romains,
Mais les dissensions religieuses devinrent aussi, chez les Juifs, des divisions politiques. Les Pharisiens se mirent du côté du peuple, les Saducéens du côté des grands. Les premiers, sous Alexandre Janmcus , jeune fils d'IIyrkau et successeur de son frère Àristobule, devinrent si puissants, que pendant huit années (de 79 à 71 avant J.-Ch.), ils furent maîtres des affaires, et ne laissèrent que le titre de régente à Salomé, veuve du dernier prince.
Les deux fils d'Alexandre Jannœus et de Salomé, appelés Hyrkan et Aristobule, se disputèrent la couronne les armes à la main. Alors un voisin perfide, Antipater, prince d'idumée, leur conseilla de prendre les Romains pour juges. Pompée vint et décida en faveur d'Hyrkan, mais il lui enleva sa capitale et ruina ainsi par la base le nouvel édifice de la liberté juive.
Antipater, formellement appuyé par Jules César, fut nommé procurateur de la Judée , l'an 48 avant Jésus- Christ , et son fils Hérode se ménagea si bien que, les triumvirs, après la mort du dictateur, le continuèrent dans sa dignité, et qu'il reçut même d'Auguste uue protection et des faveurs toutes spéciales. Enfin l'an 37 , les Romains mirent à mort l'Asmonéen Antigone, fils d'Aristobule, par les instigations d'Hérode , et celui-ci, surnommé le Grand, monta sur le trône.
Au milieu des intrigues de sa politique impie et sans conscience, Hérode craignait toujours le sang asmonéen. Il restaitencorede ce sang illustre (1) une fille du dernier Hyrkan, Alexandra dont il avait épousé la propre fille appelée Ma-
(1) Asmonéen, c'est-à-dire illustre, surnom donné à In famille des Machabées.
rianne; il lies tait aussi Aristobulc, frère deeelle-ci, et Hyrkan, frère aîné d* Antigone , récemment exécuté. Hérode les fit tous mourir les uns après les autres, et de plus, deux fils qu'il avait eus de l'infortunée Marianne.
Affermi par la flatterie dans la faveur d'Auguste, Hérode osa introduire dans la Judée des mœurs et des coutumes odieuses. Il établit des théâtres et des amphithéâtres avec des jeux en l'honneur de l'empereur, des musiciens, des jongleurs, etc., il ne craignit pas même d'instituer, avec une libéralité royale, les combats d'animaux si chers aux Romains. Auprès des sources du Jourdain il lit élever un temple à Auguste. Mais de peur que son mépris pour les mœurs nationales ne lui attirât, de la part des Juifs, de fâcheux embarras, il lit construire des forteresses qu'il remplit de bonnes garnisons. Il appela Sebaste ou Augusta la ville de Samarie. agrandie et mise en meilleur état de défense, et il donna le nom de Césarée à la tour de Stralon , dont il fît également une ville avec un port et des fortifications nouvelles.
En véritable politique qui sert aussi Dieu, s'il y trouve son intérêt, Hérode fît démolir, pièce par pièce, le temple de Jérusalem, en ayant soin de faire remplacer à mesure chaque partie, de sorte que le sacrifice quotidien ne fut pas même interrompu. D'après la description de témoins oculaires, nul édilice au monde ne pouvait rivaliser avec celui-ci.
Récompensé par le monde comme le monde récompense. Hérode continuait de mettre à mort, et il tremblait au milieu de ses vils plaisirs jusque sur le bord de la tombe, il tremblait devant un enfant né dans une crèche à Bethléem, et il ordonnait le massacre d'une multitude d'enfants , et cinq jours avant d'expirer, il faisait exécuter le (ils qu'il avait eu de Doris, sa première femme, Vnlipaler. qui avail attenté à ses jours; enfin il mourut lui-même âgé de soixante dix ans, la deuxième année qui suivit la naissance de Jésus-Christ.
Le royaume fut partagé entre ses trois fils. La part la plus considérable, à savoir la Judée, la Samarieet ITdumêe, échut, avec le titre d'Ethnarque, à Archelaiïs; Philippe reçut, en qualité de Tétrarque, une partie de la Galilée et de la Trachonilis, et Hérode Antipas, également Tétrarque, l'autre partie de la Galilée, Pérée et l'Iturée. Le fils aîné d'Hérode-le-Grand, Hérode Philippe, le même à qui Hérode Antipas enleva sa femme Hé rodiade, déshérité par son père, vivait en simple particulier. Flave Joséphe l'appelle un homme respectable.
L'an 6 après Jésus-Christ, Archelaus, pour son mauvais gouvernement, fut déposé par Auguste, et envoyé à Vienne dans la Gaule. Sa part fut réunie à la Syrie romaine et confiée aux soins des procurateurs ou administrateurs de la province. La lélrarchie de Philippe eut le môme sort l'année 34. Trois ans plus tard l'empereur Caligula la donna, avec le litre de roi, à Hérode Agrippa, petit-fils d'Hèrode-le Grand , et fils d'Aristobule mis à mort par celui-ci. L'an 39, Antipas ayant aussi été déposé et sa tétrarchie conférée au nouveau roi de Galilée qui obtint, en outre, en 41, le domaine d'Archelaûs, Hérode Agrippa se trouva ainsi possesseur , pendant quatre années, de toute la Palestine. Après sa moi t, l'an 44, la contrée entière fut réduite en province romaine, moins le petit territoire de Chalkis, laissé à son fils Agrippa II.
Sous les princes dont nous venons de parler, la nation juive déclina de plus en plus, et les gouverneurs ou administraleurs romains pressurèrent inhumainement ce malheureux pays. Toutefois , les habitants retinrent encore quelque apparence de leur primitive constitution et de leur gouvernement sacerdotal. Mais cette apparence même ne subsista pas longtemps. En présence des vicissitudes du pouvoir,del'indécision, de l'arbitraire et de l'oppression des procurateurs romains, le mécontentement du peuple s'accrut de jour en jour; une violente fermentation commença, qui devait ne finir au milieu de la tempête et des ruines, qu'après que le. chrislianisme aurait implanté ses racines dans le
sol (le la Judée. Dès lors devaient tomber les murs qui avaient séparé le peuple de Dieu des autres peuples, afin que riieureuse nouvelle de la rédemption pût s'épandre sur toute la terre.