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ETAT POLITIQUE DES ROMAINS

L'indépendance et l'égalité civile n'existaient plus que dans la mémoire des Romains trop dégénérés pour posséder réellement ces biens précieux. Le souvenir de ce qu'avaient été leurs pères , était seulement pour eux une source de haine et de division: un mauvais peuple ne peut avoir la liberté que dans la bouche, car sa licence sans frein a besoin déchaînes, et les oppresseurs du dedans et du dehors s'empressent de charger de liens ces hommes esclaves de leurs propres vices.

Plusieurs tyrans avaient déjà paru et disparu , lorsque Jules César, illustre par sa naissance, ses talents, ses dignités et ses victoires, crut pouvoir prendre le nom de dominateur absolu de l'empire , comme il l'était en réalité. L'assassinat lui étala vie sans le moindre profit pour la chose publique; Brutus avait bien pu délivrer le peuple de son maître, mais non des fers que celui-ci lui avait imposés.

Octave-Auguste, petit neveu et fils adopif de César, hérita de la puissance de son oncle : il gouverna comme un prince légitime moulé de droit sur le trône de ses pères. Rome, sous son empire, eut encore des temps heureux, car dés qu'il fut débarrassé de ses rivaux, il renonça à la cruauté et à la défiance. Il régna quarante-quatre ans depuis la bataille d'Actium et cinquante sept à compter de la mort de César : sa puissance s'étendait, en Europe, sur l'Italie ,

la Gaule, l'Espagne, la Grèce, I'll ly rie, la Dacie, la Pan nonie, la Bretagne et une partie de la Germanie; en Asie, sur l'AsieMincure, L'Arménie, la Syrie, la Judée et la Mésopotamie: en Afrique, sur l'Egypte, la Libye, laPïumidie et la Mauritanie.

Auguste perdit, il est vrai, par la faute de Quintilius Varus, ses meilleures légions dans une expédition mal dirigée contre les Germains, mais, du reste, il eut des guerres heureuses et il tit régner la paix avec lui uncertain temps sur la terre. Alors Jésus-Christ vint au monde. On place sa naissance dans la quarantième année du régne de l'empereur Auguste à dater de la mort de César et dans la vingt septième depuis la bataille d'Aclium.

Claude Tibère, beau-fils d'Auguste par sa femme Livia Drusilla et adopté par lui, fut son indigne successeur. Aussi orgueilleux que cruel, ce monstre se mit à mépriser le genre humain dont il était à la fois le maître et l'opprobre, et le sénat qui jadis se faisait un jouet de la couronne des rois, ne rougit pas de ramper à ses pieds. Sa vie infâme à Caprée est connue. La volupté et l'ennui qui le minaient l'emportèrent, après qu'il eut torturé ses sujets pendant vingt-trois ans. Notre Sauveur fut crucifié la dix-neuvième année de son règne.

L'immense empire romain avait des voisins dangereux. 11 était borné à l'orient par les Parthcs, qui étendaient leur indépendance depuis l'Euphrate jusqu'à l'Oxuset depuis la mer Caspienne jusqu'à l'Océan indien. (Le royaume des Par thés, sorti de celui des Perses, retourna à ceux-ci l'an 226 de l'ère chrétienne.) Au nord et au couchant, sur les bords du Rhin, vivaient, en Europe, des nations pauvres, belliqueuses qui formaient une espèce de ligue défensive contre l'ennemi commun et veillaient soigneusement à la sûreté des frontières. Irrités, blessés et souvent abattus, mais jamais domptés, ces peuples prirent des forces et ils devinrent, dans la suite, les conquérants qui jetèrent à bas le colosse de la puissance romaine.

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