CHAPITRE VII
DU CHRISTIANISME EN ABYSS1NIE , DANS L'ARABIE , L'iNDE ET LA CHINE (1).
Un des premiers et des principaux pays qui accueillirent k christianisme, durant cette période, fut l'Abyssinie, ou cette partie de l'Ethiopie nommée Àxum. Deux jeunes Tyriens , Frumenlius et iEdesius , accompagnaient leur oncle, le philosophe Meropius, dans un voyage de découverte ; le navire ayant abordé dans un port éthiopien, Meropius et l'équipage furent massacrés par les indigènes ; les deux jeunes gens seuls furent épargnés et conduits au roi dans la capitale Àuxuma. Là, ils surent gagner les bonnes grâces du souverain , après la mort duquel la reine confia à Frumentius l'éducation de ses (ils et l'administration de l'empire. Alors aidé de marchands romains , qui étaient chrétiens comme
(1) Livres consultés : Rutin , X, 9 ; Soerate, 1,19; Sozomèue , II, 'J i ; Thcodoret, 1, 22;PhiIostorge, II, G, III, 4; Anccilot. Giicc, éd. boisson niade, vol. V, Paris, 1833 ; Cosuiac indopleustis, topogr. chr. ; Collccliou des Pères grecs , t. 11 , Paris . 1700; Assemani , bibliutheca oriental is , t. II, 111.
lui, il commença à fonder des paroisses chrétiennes et à «'■lever des chapelles. L'un des enfants du roi, Aizana, ayant atteint l'âge viril , les deux amis lui remirent la puissance et quittèrent le pays. /Edesius retourna à Tyr , où il se lit prêtre, et où Rufianus apprit de sa bouche ces événements. Quant à Frumentius , il se rendit , en 326 , à Alexandrie , près de saint Athanase, à qui il annonça la naissance d'une église d'Ethiopie , en le priant de consacrer pour elle un évêque. Athanase l'ordonna lui-même , le jugeant le plus apte à continuer l'œuvre commencée. Frumentius trouva à son retour un accueil favorable et établit son siège episcopal dans Auxuma , où il ne tarda pas à baptiser même le roi Aizana et son frère; puis, aidé par des miracles, il travailla avec le plus grand succès à la conversion du peuple entier. Par haine contre Athanase et par amour pour l'arianisme , l'empereur Constautius essaya bien de l'arrêter en envoyant l'indien Théophile en Abyssinic avec une lettre aux princes d'Auxuma , qu'Alhanase nous a transmise , et dans laquelle, après les avoir salués, il les engage à chasser ce charlatan de Frumentius, qui aurait au moins du se faire consacrer par l'arien Georges d'Alexandrie , le criminel Athanase n'ayant plus les pouvoirs épiscopaux. Il paraît que l'empereur ne fut pas écouté, puisque Frumentius resta tranquille à son poste. Les Abyssiniens l'honorent encore aujourd'hui comme leur apôtre, et se nomment avec fierté kaschtam , c'est-à-dire les premiers chrétiens parmi ceux d'Elhiopie.Depuis lors, le patriarche d'Alexandrie conserva le droit de nommer et de consacrer le métropolitain d'Ethiopie, qui pour celte raison fut toujours un étranger et ne put avoir sous lui que sept évêques (1). Cette dépendance d'Alexau-
(1) Au temps du patriarche d'Alexandrie , Gabriel , Ills d'Yarik, les Ethiopiens voulurent Forcer leur métropolitain à ordonner plus de sept évêques ; il s'y refusa comme à un acte illégal. Il craignait qu'ils n'aspirassent a avoir douze évêques , nombre voulu en Orient pour donner
drie fut cause que, quand l'hérésie des monophysitcs devint dominante en Egypte , elle le devint aussi dans l'Abyssinic , qui fut par là complètement séparée du catholicisme et tomba dans ce fatal isolement où elle persévère jusqu'à nos jours.
Les Nubiens , habitant entre la haute Egypte et l'Abyssinie , adoraient encore Isis et Osiris au commencement du VIe siècle. Suivant Aboul Faradsch, ce fut Julien, prêtre monophysite, qui, envoyé par l'impératrice Theodora, vint détruire l'œuvre commencée par le prêtre catholique que Justinien avait introduit chez les Nubiens, et ce peuple, en se convertissant , devint aussitôt monophysite. L'église nubienne reconnut aussi la suprématie du siège d'Alexandrie et prit par conséquent le grec comme langue de ses rites; un auteur arabe, Abou Selah (1), trouva encore de son temps les liturgies et toutes les prières des Nubiens dans celte langue. Mais , depuis le Xe siècle , la religion chrétienne , manquant de ministres , s'est peu à peu perdue en Nubie, où , excepté des ruines d'antiques églises, on ne retrouve presque plus de vestiges du christianisme.
LesBlemmyens, habitants des vallées de la basse Nubie, aux frontières de l'Egypte, étaient encore païens au temps du roi nubien Silko (2). Le christianisme ne commença à se répandre parmi eux qu'après Justinien.
En Arabie , le christianisme avait fait, avant Mahomet ,
droit à un patriarcat ; car par là ils se seraient délivres de l'obédience d'Alexandrie. (Lequien, oriens. christ. II, 642.) Ludolph, hist.d"Ethiop., I. 3, dit que les Abyssiniens comptaient quatre-vingt-quinze métropolitains de Frumentius à l'année 1613 ; Vansleb , hist, del'égl. d'Alex., p. 28 , eu compte cent seize jusqu'à Sennodius envoyé en 1670 par le patriarche d'Alexandrie Matthieu.
(1) Quatremère, Mémoires géogr. II , 37.
(2) Voir sou inscript, grecq. dans les Mémoires de l'acad. desinsc, 1831, IX. 140.
de grands progros qui lui promettaient un bel avenir. Ce Théophile , né dans une île do l'Océan indien , ou , selon Grégoire de INice, parmi les Blemmyens, et que ses compatriotes envoyèrent comme otage à Constantinople , avait embrassé l'arianisme entre les mains d'Eusèbe de Nicomédie , qui l'avait ordounô diacre. L'empereur Couslantius l'envoya avec de riches présents pour les princes de son pays, et de grosses sommes d'argent pour la construction d'églises dans l'Yemen (Arabie heureuse), où se trouvait le royaume des Homérites ou Hamyares, dont il était destiné à devenir l'èvèque. Malgré les Juifs, trés-puissanls dans l'Yemen comme en général dans toute l'Arabie , Théophile parvint à baptiser le roi honiérilc, aux frais duquel il bâtit trois églises, l'une dans la capitale Taphar, les deux autres dans deux villes maritimes. Les fréquents rapports de voisinage avec les chrétiens d'Abyssinie contribuèrent à la propagation de la foi dans l'Arabie heureuse; ils servirent aussi à combattre l'arianisme de Théophile; en effet, au VIe siècle, on voit les llomérites devenus catholiques.
Le judaïsme ne cédait pas pour cela le pays, car au commencement du VIe siècle, le roi même des Homérites, Dunaan , en arabe Dhu-Novas , était uu Juif très-zélé et un grand ennemi des chrétiens. Déjà par haine contre eux, il avait fait égorger une caravane de marchands romains, qui se rendaient en Ethiopie par l'Arabie méridionale; ce crime avait amené une guerre entre lui et le roi chrétien des Ethiopiens, Elesbaan , qui l'ayant vaincu, l'avait forcé à fuir dans les montagnes. Elesbaan était retourné chez lui, laissant garnison dans le pays de Duuaau, qui ne larda pas à descendre de ses rochers, délit les garnisons éthiopiennes et voulut détruire partout les chrétiens. Après en avoir massacré beaucoup dans la capitale Taphar et les environs , il se tourna contre la grande cité de JNegran, presque loule chrétienne, qui résista. Voyant après un vain siège qu'il ne pouvait s'en emparer par les armes, il lui promit T ; libre exercice de son culte . à la seule condition de payer le tribut
accoutumé , et les habitants lui ouvrirent leurs portes en 523 ; mais le parjure les livra au pillage , fit déterrer et brûleries os de leur évêque Paul , mort depuis deux ans, et élevant par les mains de ses soldats un bûcher gigantesque , loDg d'un stade, il y fit jeter en masse tous les prêtres , les moines , les nonnes et les chanteuses des offices , au nombre de quatre cent vingts personnes. Le reste des habitants fut sommé de renier Jésus-Christ ou du moins de reconnaître que le crucifié était un simple homme et non un Dieu. Tous s'y refusèrent; beaucoup échappèrent par la fuite vers les montagnes et les cavernes. Quatre mille deux cent cinquantedeux personnes, de celles qui ne pouvaient ou ne voulaient pas fuir, hommes , femmes , enfants, périrent dans les supplices. Deux cent vingt-sept femmes furent d'abord décapitées , puis l'ethnarque (magistrat) Arelhas , vieillard de quatre-vingt-quinze ans, et trois cent quarante des principaux citoyens , subirent le même sort. Dunaan écrivit alors au roi de Perse et au vassal des Perses , Mondar, prince des Sarrasins , les engageant à persécuter aussi eux les chrétiens de leurs domaines. Près de Mondar se trouvait alors un prêtre , nommé Abramius , envoyé de l'empereur grec Justin Ier pour convenir d'un armistice ; ce prêtre instruisit l'empereur des événements de l'Yemen. Aussitôt Justin fit dire au patriarche d'Alexandrie , Timolhée III , d'envoyer le roi Elesbaan au secours des chrétiens homérites. Timothée obéit, et pour faire sur le roi barbare une impression plus profonde, il lui envoya dans un vase d'argent, par un prêtre de son église, une hostie consacrée. Elesbaan s'embarqua avec ses Éthiopiens , passa en Arabie , vainquit les légions du roi juif, le fit prisonnier et le tua de sa propre main. Alors le patriarche d'Alexandrie consacra Gregentius évêque des Homérites, avec droit de sacrer d'autres évêques et des prêtres ; ce métropolitain augmenta beaucoup Je nombre des chrétiens arabes. Elesbaan bâtit à Negran , la ville des martyrs, une église où furent réunis et conservés
les os des confesseurs (1) , et lui-même , peu de temps après , abdiquant le pouvoir , envoya sa couronne d'or au saint sépulcre de Jérusalem , pour se retirer dans un cloître. L'Yemen fut gouverné par des rois chrétiens , en partie dépendants de l'Ethiopie , jusqu'à ce qu'il fût tombé entre les mains des Perses, et enfin dans celles de Mahomet. Le second de ces rois, Abraha, entreprit une expédition contre la Mecque, l'année même de la naissance de Mahomet, pour venger contre les Koreïschites , par la destruction de la Caaba, l'affront qu'ils avaient fait à lui et à son culte; car un Arabe, envoyé par eux, s'était introduit pendant la nuit dans la magnifique église, élevée par Abraha au milieu de sa capitale , et il en avait couvert d'ordures l'autel et les murailles. Mais un phénomène naturel , qu'on croit avoir été une grande inondation, détruisit en grande partie l'armée homérite, et Abraha lui-même périt cette année-là. Les Arabes ont surnommé cette campagne la guerre des éléphants, à cause de ceux que menait Abraha, et elle fut chez eux un événement si important qu'elle devint le point de départ d'une nouvelle ère, appelée l'ère des éléphants (2).
(1) Voyez Boissonade, actes de snint Arethas, et dans Assemani, bihl. or. I, 365, les lettres de l'évoque persan, Simeon de Betharsam. Walch a réuni les documents arabes , syrien; et grecs de celte histoire dans deux dissertations (Nov. comm. soc. Gœtting., t. IV). Saint Martin , dans ses notes sur Lebeau, t. VIII, a répandu encore plus de lumière sur ces événements. Dunaan ayant fait jeter beaucoup de chrétiens dans des fournaises creusées sous terre , les auteurs le nomment Saheb-al-Akhdond (le maître des fournaises), et racontent que vaincu , et ne pouvant plus échapper à l'esclavage , il se jeta avec son cheval dans la mer Rouge. Le LXXXVC chapitre du Koran mentionne cette persécution , et dit que les serviteurs du roi qui , assis devant les fournaises, regardaient brûler les chrétiens, furent eux-mêmes dévorés par les flammes ; il est remarquable que Mahomet compte ces chrétiens comme martyrs de la vraie foi. Le code des lois homérites, publié par Boissonade, Anccd., t. V, paraît être, un ouvrage de l'évêque Gregentius, sous le roi Abraha.
(2) Mahomet, chap. CV du Kor., attribue celte défaite des chrétiens à um armée d'oiseaux qui les lapidèrent du haut des nuages.
Sous la domination de la Perse, l'église des Horaèrites se retrouva naturellement en contact avec les Nestoriens et accueillit leurs erreurs. Suivant Àboul Faradsch, lekatholikos (patriarche) des INestoriens, Iesuiab, et Saïd, prince chrétien de Negran, apportèrent de grands présents à Mahomet et plus tard aussi au kalife Omar, et ils obtinrent pour eux et leurs co-religionnaires l'assurance de la liberté religieuse, moyennant un tribut. Telle est la base de cette fameuse alliance si contestée de Mahomet avec les chrétiens. Dans le reste de l'Arabie du nord et du centre, l'Église, avant Mahomet, comptait beaucoup de fidèles. Les pieux anachorètes du désert avaieut, dès le IVe siècle, converti plusieurs tribus sarrasines, telles que celle du prince Yokomès avec son chef, celle de Pharan avec son prince Obedian dans l'Arabie Pétrée, et la veuve de ce dernier petit souverain , la puissante et belliqueuse Maviah, ne conclut, en 373,1a paix avec les Romains qu'à la condition qu'on lui enverrait pour évèque le fameux ermite et thaumaturge Moïse. Une autre tribu arabe fut convertie par son chef Asphebetès en 424. Cet homme, auparavant inspecteur delà frontière de laPerse, ayant facilité l'évasion des chrétiens persécutés de ce royaume , avait craint pour celte action la vengeance de Bahram et était passé aux Romains qui l'avaient nommé philarque ou chef des alliés d'Arabie confédérés avec l'empire. Après que son fils malade eut été guéri par les prières de saint Eulhimius, il s'était fait baptiser avec sa famille et tous les siens , dont il devint plus tard évoque sous le nom de Pierre. Le christianisme fut surtout bien accueilli dans la province de Hira , située au sud-ouest de Babylone , et gouvernée par des rois indépendants. Quelques-uns de ces rois se firent même chrétiens , tels que Al Mondar et son petit-fils Al-]Xuman. Ce dernier fut converti, en 580, par un arabe de la tribu de Tay, qu'il avait injustement condamné à mort , mais qui , au moyen d'une caution, obtint du prince un sursis d'une année. Au jour fixé , l'Arahe s'étant présenté à la mort pour sauver sa caution , le prince s'étonna
de celte fidélité , et ayant appris qu'elle était commandée par la foi chrèlienne , qui était celle de l'infortuné , il embrassa lui et son peuple cette religion. La plupart des chrétiens arabes étaient de la secte jacobite , qui avait deux évêques parmi eux, l'un à Akoula (Koufa sur l'Euphrate?) l'autre àHira.
Au sud de l'Arabie, dans l'Océan indien, est l'île de Sokotora, la Dioskoride des Grecs, peuplée alors par des Syriens qu'Alexandre de Macédoine y avait envoyés. Celte île fut aussi évangélisée par l'arien Théophile , et quand le moine Kosmas y aborda , vers le milieu du VIe siècle , il y trouva une nombreuse colonie de chrétiens parlant grec , et qui recevaient leurs prêtres de la Perse. Les patriarches nestoriens n'oubliaient point cette petite église, et , au XVIe siècle, les Portugais y trouvèrent encore des partisans de cette secte mêlés à des Jacobites.
D'après Philostorge, Théophile serait passé de l'Arabie dans l'Inde, où il aurait trouvé une église déjà ancienne (1). Une tradition, recueillie par les Portugais chez ces chrétiens, indique pour leur premier apôtre saint Thomas; ceux du Malabar assurèrent même au XIIIe siècle le voyageur vénitien Marco Paulo , que l'Apôtre avait subi le martyre au milieu d'eux et que son corps reposait dans une de leurs églises. On les a nommés pour celte raison chrétiens de saint Thomas. Mais l'Inde ne renferme absolument aucune preuve d'un christianisme aussi ancien , et la tradition sur saint Thomas est au moins très douteuse, quand même on ne songerait pas au sens si indécis et vague qu'avait le nom d'Inde chez les anciens. Très probablement le christianisme n'y fut apporté que plus tard par les Perses et n'y fut longtemps pratiqué que par les colons perses sur les
(1) Philostorge semble indiquer qu'elle était arienne; mais elle ne pouvait être en rapport qu'avec la Perse , où l'arianisme n'avait jamais pénétré. Comment les chrétiens de l'Inde auraient ils donc été ariens?
cotes indiennes. La légende de saint Thomas paraît aussi venir de ces derniers : c'étaient eux qui se vantaient d'être les enfants spirituels de cet Apôtre; et plus tard, lorsque les évéques du Pharsistan secouèrent l'autorité du katholikos de Seleucie, ils alléguaient qu'ils étaient disciples de € Apôtre Thomas et n avaient rien de commun avec le siège de Maris. Kosmas trouva dans l'île de Taprobane (Ceylan) un prêtre persan el une église érigée par des marchands de la Perse. A Kalliana , port indien , aujourd'hui inconnu , il rencontra un évêque qui avait été ordonné en Perse par le métropolitain du Pharsistan; el à Malé, où croît le poivre, se trouvaient aussi des Chrétiens sous leurs propres ecclésiastiques. En 636, le patriarche nestorien lesuiab II envoya dans l'Inde et la Chine des évêques et des prêtres. Et vingt ans plus tard le patriarche lesuiab III, dans sa lettre au métropolitain de Perse Siméon, lui reproche que depuis la chute de son Église, c'est-à-dire depuis qu'elle ne reconnaît plus l'autorité du kalholikos de Seleucie, la succession épiscopale a été interrompue parmi les peuples de l'Inde; en même temps il le blâme de tirer un tribut ecclésiastique de ces nations lointaines. Il paraît donc clair qu'au temps de Kosmas l'évêque de l'Inde et ses ouailles, par suite de leurs rapports de dépendance avec l'église de Perse, étaient IXestoriens. Au VIIe siècle, le nombre des évêques indiens s'augmenta, et selon Ebedjesu de Soba , ils avaient déjà un métropolitain avant l'époque du patriarche Timothée ou avant l'année 778. Quoique les métropolitains des provinces voisines fussent tenus à se réunir en synode , chez le patriarche, tous les quatre ans, néanmoins ceux de l'Inde, de la Chine, de la Perse, de Samarkand, de Marou et de Hera dans le Khorasan, de Syrie et de Beth-Razih, furent exemptés de comparaître, à la condition d'envoyer tous les six ans un rapport sur l'état de leurs Églises.
Durant cette période, le christianisme s'introduisit même en Chine. Kosmas, il est vrai , déclare ne pas savoir s'il y i des chrétiens demeurant plus loin que la Taprobane, c'est
à-dire par-delà les Indes; et, en effet, de son temps, au VIe siècle, il n'y avait peut-être pas encore de chrétiens en Chine; niais il n'est pas douteux qu'il n'y en ait eu dans le siècle suivant. On lit dans Éhedjesu (1) que le patriarche nestorien Saliha-Zacha, en 720, ordonna uu métropolitain non-seulement pour les provinces de liera et Samarkand , mais encore pour la Chine, et Thomas de Marga nomme, au commencement du IXe siècle , comme métropolitain de Chine un certain David, qu'avait ordonné le patriarche Timolhée.Or,ceci prouve qu'il y avait depuis longtemps des églises dans ce pays. L'introduction du christianisme ou au moins du nestorianisme dans cet empire semble déterminée plus exactement par l'inscription, à la fois syriaque et chinoise, trouvée, en 1625, dans la province de Chensi. près de Sigan-Fou. Ce monument fut élevé, en 781 , au temps du patriarche nestorien Ananjesu , par Yezdhouzid, prêtre et chorévêque de Choumdam, capitale de l'empire chinois à celte époque. Cet Yezdhouzid était fils d'un prêtre venu de Balkh, ville duTokharistan (partie du Turkestan). L'inscription porte qu'un missionnaire , Olopuen , en syrien Yaballah, avait apporté du Ta-Thsin (l'empire romain) la vraie doctrine et ses saints livres à l'empereur de la Chine <jui, en 639, ayant approuvé cette religion, avait ordonné de construire une église; que sous les empereurs suivants l'Évangile avait continué de faire des progrés, jusqu'à ce que les bonzes et les partisans des pagodes eussent employé, de 699 à 713, tous leurs efforts pour opprimer la foi de Jésus- Christ : mais que , depuis 719 , l'empereur Ivensounchi a fait cesser cette persécution, et que les deux prêtres Jean et Kielieont recommencé renseignement et les cérémonies, favorisés par l'empereur, lequel a fait exposer dans l'église les portraits de cinq de ses devanciers, et dont le successeur a
(i) Assemani , bibl. or
même ordonné la construction de plusieurs temples chrétiens. Ces destinées de l'église de Chine sont consignées dans la partie chinoise de l'inscription; quant à la partie syriaque, elle contient les noms de soixante-dix personnes qui avaient prêché l'Évangile en Chine depuis 636 (1).
(1) Voyez sur ce monument Kircher, China illustrata , Renaudot , anciennes relat. des Ind. et de la Chine, Paris, 1718. Assemani, bibl. or., t. III , p. 21. Sur son authencité, voyez Deguignes, et saint Martin, t. VI, de Lebeau.