‹ Origines du ChristianismeChapitre 58 sur 69 · KXAMEN DE LA DOCTRINE DU KORAN · texte numérisé non relu

KXAMEN DE LA DOCTRINE DU KORAN

Incomparable, indescriptible, Dieu est le premier et le dernier, le Seigneur de l'Orient et de l'Occident. Le ciel et la terre, toute la création cbante ses louanges; cbaque créature, jusqu'aux animaux et aux plantes, a sa prière et son hymne. Mais lui se suffit sans les mondes; il n'a besoin ni des hommes, ni de leur foi. Sur la sainteté de Dieu, le Koran se borne aux formules, peu précises, qu'il hait les orgueilleux, les impies et les injustes, qu'il aime les hommes purs et bienfaisants, qu'il ne commande rien de mauvais. La toute- puissance divine est, au contraire, exallée dans mille passages, surtout pour la création du monde et de toutes les créatures, et pour la résurrection future des morts avec leurs corps. Le Koran est de même surchargé de proverbes et d'exclamations sur la bienfaisante organisation de la nature, où la bonté de Dieu a tout disposé pour le bonheur des hommes. Sa science infinie est figurée par un livre où est écrit tout ce que fout les êtres créés, tant bons que mauvais. Il n'y a point de mystère entre trois ou

entre cinq , sans que Dieu se trouve au milieu d'eux comme quatrième ou comme sixième; il est la clef de tous les secrets , aucune feuille ne tombe à son insu. Il est juste ; Seigneur de la vengeance et du dernier jour, puissant dans ses récompenses, mais qu'il sait proportionner aux actions, ne réclamant de personne plus qu'il n'a pu faire. Celui qui n'aurait fait de bien ou de mal que ce qui équivaut au poids d'un atome solaire, en sera récompensé ou puni. Cette équité de rétribution est ensuite modifiée par la thèse que Dieu donne une récompense double, même décuple, aux bons, dont il apprécie les plus petites comme les plus grandes actions pour sa cause, dont il compte chaque pas dans un vallon ou à travers un fleuve, pour leur donner dans sa munificence plus même qu'ils n'ont mérité; tandis que les péchés graves , notamment l'idolâtrie, seront punis doublement au dernier jour. Comme preuves de la sévère justice de Dieu, sont très fréquemment cités les fléaux dont furent accablés des villes et des peuples entiers, après avoir été toujours avertis deux et trois fois par des prophètes. Près de la justice est la miséricorde : elle éclate surtout dans la grande grâce de l'islamisme, complément de l'amour divin, qui procure à ceux qui l'embrassent l'indulgence pour leurs fautes et la rémission des peines ; la facilité de Dieu à pardonner et à exaucer ne doit donc s'appliquer qu'au fidèle. Mais un infidèle cesse-t-il de l'être, toutes ses fautes antérieures sont oubliées; un croyant, pour obtenir le pardon d'un péché et le paradis, n'a qu'à se repentir d'une manière effective et à demander grâce. La miséricorde divine ne doit jamais être mise en 'doute. Néanmoins, comme la foi et l'incroyance dépendent de Dieu, qui les infuse irrésistiblement dans le cœur de l'homme , il s'ensuit que la miséricorde est tout-àfait arbitraire; de là ces mots du Koran : « Dieu châtie qui » il veut; il récompense sans mesure qui bon lui semble; il » a créé beaucoup d'anges et d'hommes pour l'enfer; et les » infortunés qu'il a résolu de laisser dans l'erreur sont pri- >> vés de tout secours. »

L'unité de Dieu, par opposition au paganisme et à la trinité chrétienne, est le fondement du mahomélisme, dont la formule sacramentelle est : « il n'y a de dieu que Dieu! » Dieu lui-même, les anges et tous les hommes raisonnables attestent qu'il n'y a qu'un Dieu. S'il y en avait deux ou plusieurs, ils se seraient combattus entr'eux.L'idolàlrieconsistant à adorer des hommes ou à associer des esprits créés à la Divinité, est un crime pour lequel il n'y a point de pardon. Sur l'adoration des statues impuissantes et inertes, le Koran s'exprime ordinairement d'une manière toute bibliques ; il parait néanmoins admettre l'animation de ces idoles par de mauvais esprits, car il montre, au jour du jugement, les idoles reprochant avec ingratitude à leurs adorateurs le culte qu'elles en ont reçu, et précipitées pêle-mêle dans le feu de l'enfer avec eux. Quant au polythéisme mitigé qui, reconnaissant un seul et suprême Dieu, invoque des génies inférieurs, espérant par eux arriver plus prés du Dieu souverain, il le menace également de la colère divine.

La même horreur que lui inspire l'idolâtrie, Mahomet l'exprime à l'égard de la trinilé chrétienne, qu'il défigure entièrement,ainsique ledogme relatif au Filsde Dieu. Ces croyances sont pour lui des blasphèmes qui devraient déchirer le ciel, entr'ouvrir la terre, et renverser les montagnes. Il prétend que les chrétiens adorent trois dieux : le Père, Marie, son épouse, et Jésus, son fils; d'après lui, Dieu ayant un fils, doit nécessairement avoir une épouse, ce fils ne pouvant être sans mère. Comme les anges étaient du sexe féminin chez les Arabes, et que par le Saint-Esprit Mahomet entendait Gabriel, le premier des archanges, il concluait que les chrétiens en avaient fait une divinité femelle et mère de Jésus, conçu par elle dans son union avec Dieu. Aussi, la Ve soure déclare que la mère de Jésus fut une véritable femme; et la XXI8 soure, mentionnant l'idée chrétienne que Dieu a engendré un fils, ajoute : « Les anges ne sont que les premiers » serviteurs de Dieu; et si l'un d'eux disait : je suis autant » dieu que lui. il serait aussitôt précipité dans l'enfer. »

Quelle cause put faire comprendre le christianisme si à contre-sens par Mahomet? Ce ne fut ni l'hérésie desKollyridiennes d'Épiphane, ni celle des prétendus Mariamiles,il faut en demander la raison aux livres apocryphes, où Jésus nomme le Saint-Esprit sa mère. Un autre passage du Koran dit : « Comment Dieu, n'ayant point d'épouse , aurait-il eu » un fils? s'il en avait un, moi, Mahomet, je serais le pre- » mier à l'adorer; mais s'il en avait désiré un, il l'aurait » choisi parmi ses créatures. Loin de se donner pour un » Dieu, Jésus lui-même se reconnaissait comme l'esclave de » Dieu, son maître; et au dernier jour, il témoignera contre » les chrétiens, protestant qu'il n'a jamais dit aux hommes : » reconnaissez dans moi et dans ma mère deux dieux , en » face du Dieu unique. »

Dieu a créé en six jours la terre et les sept cieux. Mahomet conserve l'idée chrétienne que tout sort du néant, en ce sens que rejetant l'existence éternelle de la matière, il fait produire par Dieu les éléments; mais il distingue entre cette production et la formation de l'univers. Avant l'homme, les diverses classes d'anges furent formées d'un feu pur ; ils entourent le trône de Dieu, le contemplent, le célèbrent jour et nuit, et demandent grâce pour les croyants. Le premier d'entr'eux est Gabriel, le Saint-Esprit, l'ange des révélations, tous les autres lui obéissent. Puis vient Israfil (le crieur), gardien de la table du destin dans le plus haut ciel , héraut du dernier jugement, pour lequel il éveillera tous les morts. Chaque homme a son ange qui le surveille et le protège , même après sa mort , et qui correspond à notre ange gardien. Il y a aussi un ange du trépas, dont la charge est de fixer l'heure de la mort de chaque être.

Eblisou Satan, créé par Dieu du souffle enflammé et empoisonné du vent Simoun , était autrefois un des premiers anges et tomba par orgueil. Lorsque Dieu eut ordonné aux anges de se prosterner devant l'homme nouvellement créé, en signe de vénération, Eblis s'y refusa, parce qu'étant créé du feu, il se voyait plus parfait qu'un être créé d'argile. En

conséquence Dieu le maudit et le chassa du ciel, le laissant toutefois, sur sa prière, libre jusqu'au jour de la résurrection; il lui permit même d'employer ce délai à séduire les hommes. Eblis n'y a que trop réussi et a entraîné la plupart d'entr'eux dans ses voies; les seuls croyants, par un décret divin , échappent à sa puissance. Les Djines forment une espèce particulière de démons, aussi créés de feu , et primitivement bons, mais déchus, quoique la plupart ne le soient pas pour toujours. C'est à eux, et non aux anges, que les païens rendent les honneurs divins. Ces génies apostats cherchent à se glisser dans le ciel, pour y surprendre les paroles de Dieu à ses anges , et celles des anges entr'eux , et au moyen de ces secrets séduire les habitants de la terre, mais les anges, qui gardent les portes, les repoussent avec leurs glaives de feu. Un jour une troupe de Djines ayant ouï attentivement la lecture du Koran, se convertit à l'islamisme et s'efforça d'entraîner les autres vers celte religion.

Le premier et le père de tous les hommes fut formé d'argile ; Dieu l'anima d'un souffle de son esprit, et lui enseigna à nommer toutes les créatures terrestres, dont il devait être le gouverneur. Puis il créa de lui une femme; il donna à tous les deux pour demeure le jardin du paradis, et pour nourriture ses fruits, excepté ceux d'un seul arbre. Satan vint et leur persuada que Dieu leur avait interdit cet arbre pour les empêcher de devenir immortels : trompés, ils mangèrent du fruit défendu, découvrirent qu'ils étaient nus, et furent chassés du paradis vers la terre inférieure, emportant pour malédiction la certitude que leurs enfants se combattraient entr'eux.

Si le Koran se tait, ou passe en deux mois, sur les questions de la rédemption , de la justification, de la grâce et de ses effets, en retour il décrit dans le plus grand détail l'état d'après la mort. La VIIIe et la XLVIe soure, ainsi qu'une tradition remontant à Mahomet, indiquent un jugement particulier pour chaque défunt. prononcé sur sa tombe immédiatement après ses obsèques, par les deux anges du

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